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La Couronne effeuillée

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Poésies inédites, Texte établi par Gustave Revilliod, Jules Fick (p. 145-146).


LA COURONNE EFFEUILLÉE.


J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur ;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée :
Mon père a des secrels pour vaincre la douleur.

J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes :
« Regardez, j’ai souffert… » il me regardera,
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père il me reconnaïtra.

Il dira : « C’est donc vous, chère âme désolée !
La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?
Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;
Voici votre maison, voici mon cœur, entrez ! »

Ô clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô Père !
Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu !
Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.


Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle,
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non, d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.



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