La Dernière Aventure d’un homme de quarante-cinq ans/La Dernière Aventure d’un homme de quarante-cinq ans/Section2

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En achevant cette Nouvelle. Sara m’en expliqua fort au long les rapports. « L’homme, me dit-elle, qui se désigne par le nom d’Alcibiade, est fort riche : ayant fait connaissance dans une campagne, à quelques lieues de Paris, d’une jeune et grande personne, peu fortunée, il lui proposa de venir tenir sa maison, sous le nom de sa parente et d’accepter son cœur avec la moitié de sa fortune. Elle y consentit quand elle se fut bien assurée que ses vues étaient honnêtes, et un contrat cimenta leur arrangement, qui laissait à chacun d’eux la liberté de se marier.

« Ce fut dans les premiers temps de cette liaison où ils étaient l’un et l’autre heureux et contents, que le monsieur fit cette Nouvelle où il peint, sous des traits généraux, la tendresse dont la belle Flore a payé ses sentiments. Ils doivent avoir été bien heureux, à ce que j’imagine, car elle était beaucoup plus jeune que lui et elle l’aimait autant que j’aimerais à sa place ! — Je vous promets, mademoiselle, lui répondis-je, de faire aussi une Nouvelle, non de ce qui est arrivé, mais qui soit la peinture fidèle des sentiments que vous m’inspirez. Je vous proteste d’avance que fussé-je amoureux de vous à la fureur, je ne vous aimerais jamais que pour vous-même et que, dès que j’aurais découvert un homme capable de vous rendre plus heureuse que je ne le ferais, je lui céderais la place. C’est ce que je me propose d’exprimer dans une Nouvelle que je vais commencer dès le moment où je serai privé du bonheur de vous voir. — Ah ! que j’aurai de plaisir à la lire ! répondit Sara en pressant une de mes mains dans les siennes. »

Je tins parole à ma jeune voisine. Je me mis à l’ouvrage dès le soir même et je terminai la Nouvelle dans la semaine, de sorte qu’elle était toute prête pour la lire à Sara le dimanche. Mais ce qu’il y a de particulier, c’est que cette Nouvelle fut écrite en décembre et que je la réalisai dans tous ses points, le dénouement excepté, au mois de mars suivant. Sara en est la véritable héroïne, sous son premier nom d’Élisabeth, abrégé par Élise ; j’y fais le rôle de Parlis et, en la plaçant ici, je raconte des faits réellement arrivés.

Sara, lorsqu’elle fut montée chez moi, me montra la plus vive amitié, une confiance sans bornes. Quand je lui dis que la Nouvelle était faite, qu’elle était intitulée :

Les deux Cinquantenaires,

elle me pressa de la lire avec elle et, pour me rendre cette lecture plus agréable, elle se mit sur mes genoux. « Voyons, me disait-elle, ce que vous feriez si vous m’aimiez et qu’un autre m’aimât ? Pour moi, je sais bien ce que je ferais ; mais je n’en suis pas moins curieuse de connaître toute la générosité de vos dispositions. » Je commençai à lire après avoir pris un baiser à l’enchanteresse :

Jucundissimum est in rebus humanis aniari ; sed non minus amare.
Trajani Panegyricum Plinii.

« Que veut dire ce latin ? — C’est un passage du panégyrique de l’empereur Trajan, par Pline le jeune. Cela signifie : « Le plaisir le plus doux de la vie, c’est d’être aimé ; mais il ne l’est pas moins d’aimer aussi. » — Pline a raison… Voyons votre Nouvelle ? »

Alcibiade et Flore

La Dernière Aventure d’un homme de quarante-cinq ans

Les Deux Cinquantenaires