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La Discorde

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Fables, premier recueil : livres iv, v, viClaude Barbin & Denys Thierry (p. 224-226).

XX.

La Diſcorde.



LA Deeſſe Diſcorde ayant broüillé les Dieux,
Et fait un grand procès là-haut pour une pomme ;
On la fit déloger des Cieux.
Chez l’Animal qu’on appelle Homme
On la receut à bras ouverts,
Elle & Que-ſi que-non, ſon frere,
Avecque Tien-&-mien ſon pere.
Elle nous fit l’honneur en ce bas Univers
De préferer notre Hemiſphere
A celuy des mortels qui nous ſont oppoſez ;
Gens groſſiers, peu civiliſez,
Et qui ſe mariant ſans Preſtre & ſans Notaire,

De la Diſcorde n’ont que faire.
Pour la faire trouver aux lieux où le beſoin
Demandoit qu’elle fuſt preſente,
La Renommée avoit le ſoin
De l’avertir ; & l’autre diligente
Couroit viſte aux debats, & prévenoit la paix ;
Faiſoit d’une étincelle un feu long à s’éteindre.
La Renommée enfin commença de ſe plaindre
Que l’on ne luy trouvoit jamais
De demeure fixe & certaine.
Bien ſouvent l’on perdoit à la chercher ſa peine.
Il falloit donc qu’elle euſt un ſejour affecté,
Un ſejour d’où l’on puſt en toutes les familles
L’envoyer à jour arreſté.

Comme il n’eſtoit alors aucun Convent de Filles,
On y trouva difficulté.
L’Auberge enfin de l’Hymenée
Luy fut pour maiſon aſſignée.