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La Famille Beauvisage/Notice

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Albert Méricant (p. 5-6).


NOTICE


La Famille Beauvisage parut en 1853, chez l’éditeur de Potter, trois ans après la mort de Balzac. Tiré à un petit nombre d’exemplaires, mal imprimé sur de mauvais papier de coton dans une de ces éditions populaires dites « de cabinet de lecture », ce roman passa presque inaperçu. Les amateurs ne l’admirent pas dans leurs bibliothèques et quoiqu’il soit extrêmement intéressant, il n’a jamais été réimprimé dans aucune des collections des « œuvres complètes » du grand écrivain ; à peine s’il est brièvement mentionné par les spécialistes de la bibliographie.

L’œuvre, pourtant, méritait un meilleur sort. Elle est d’un bout à l’autre très attachante, comme dans les meilleurs romans de Balzac, le plan est fortement charpenté, les caractères sont puissamment dessinés et possèdent ce relief extraordinaire dont l’auteur de la Comédie humaine avait le secret et que personne, pas même Zola, n’a pu retrouver après lui.

Les amis de Balzac liront ce volume avec d’autant plus de plaisir qu’ils y retrouveront plusieurs des personnages de prédilection du maître écrivain, de ceux dont les portraits sont le plus fouillés et qu’il fait paraître dans presque toutes les scènes de la Comédie humaine. C’est d’abord Vautrin, forçat évadé qui, à force d’audace et de génie, devient directeur de la police, monstre de ruse et de cynisme, prototype du malfaiteur génial en lutte ouverte avec la société ; c’est Rastignac qui, arrivé à Paris pour y faire son droit avec une maigre pension, réussit à devenir ministre ; c’est enfin Maxime de Trailles, le viveur sans scrupules, joueur, escroc, entretenu, mais qui, dans les pires épisodes d’une existence échevelée, garde la courtoisie et le bon goût du grand seigneur.

Le héros principal du livre est le comte de Sallenauve, dont la naissance a été mystérieuse et qui, dès le début de sa carrière s’est trouvé entouré d’occultes et puissantes protections. Il vient d’être élu député d’Arcis-sur-Aube et il a tout de suite pris place dans les rangs de l’opposition, battant en brèche le ministère à la tête duquel se trouve le comte de Rastignac ; ce dernier est précisément l’ami de Mme de Trailles, le candidat vaincu dans la lutte électorale et le gendre du riche et stupide Beauvisage.

Très éloquent, très intègre, le comte de Sallenauve est un adversaire redoutable. Rastignac cherche en vain depuis le commencement de la session, les moyens de le réduire au silence. Nous verrons à l’aide de quels subterfuges audacieux et peu délicats, il parvient à atteindre son but.

Au moment où commence l’action, le comte de Sallenauve est en villégiature au château de son ami, M. de l’Estorade. Sympathique, séduisant même, Sallenauve est aimé de Mme de L’Estorade et en même temps de sa fille Naïs, qui est encore presque une enfant. C’est au moment où Sallenauve est combattu par ces deux affections qu’il est brusquement rappelé à Paris, où il va tomber dans le piège que lui a tendu Rastignac.

Tel qu’il est, ce roman dont nous ne voulons pas diminuer l’intérêt par une analyse détaillée, n’est pas indigne de prendre place à côté des autres chefs-d’œuvre de l’auteur de la Comédie Humaine, bien qu’il ait été terminé, après la mort du Maître, par un de ses anciens collaborateurs, Charles Rabou.

Bien avant que le mot fût à la mode, Balzac avait déjà créé de toutes pièces le Roman policier ; depuis lui, on n’a rien fait de mieux dans son genre, le forçat Jacques Collin dit « Vautrin » est et restera le prototype des Rocambole, des Sherlock-Holmes, des Arsène Lupin et de tant d’autres héros aujourd’hui si en faveur près du public.

Le texte que nous donnons ici de la famille Beauvisage est rigoureusement conforme à l’édition de 1853.

Gustave Le Rouge.