La Femme affranchie/Deuxième partie/Chapitre I

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CHAPITRE PREMIER.




BASES ET FORMULES DES DROITS ET DES DEVOIRS


I

Avant de dire quelle part de droit et de devoir nous réclamons pour la femme, nous avons à définir ces deux notions inséparables qui se supposent, s’expliquent et se complètent.

Fille de mon siècle, élève des doctrines résumées par notre glorieuse Révolution, je n’irai pas chercher les sources du Droit et du Devoir dans le monde du Surnaturalisme. Non ; je laisse aux derniers échos du monde ancien l’irrationnelle fantaisie d’employer leur argumentation, basée sur l’inconnu, à prouver que le Droit nous est octroyé, le Devoir imposé par un Dieu quelconque.

Je dis au contraire que l’un et l’autre ont en nous leur origine ; qu’ils ressortent de l’ensemble de nos facultés, de notre destinée, des rapports nécessaires que nous soutenons avec nous-mêmes, avec nos semblables, avec la nature.

Je dis que si l’origine, l’explication, la loi, la formule du Droit et du Devoir ne sont pas contenues dans ces faits et ces rapports, c’est que le Droit et le Devoir n’existent pas.

Mais c’est parce que je crois fermement qu’elles y sont contenues, que j’essaierai de les en dégager.

Il est temps enfin que se vulgarise cette vérité précieuse et féconde, que nous avons des Droits et des Devoirs, indépendamment de toute doctrine religieuse.

Quoi ! diront quelques personnes timorées, vous, une femme, vous osez éliminer Dieu des questions de Droit et de Devoir !… Ah ! il ne vous manque plus que de répéter cette phrase impie :

Dieu, c’est le mal !

Lecteur, c’est une pensée vraie, cachée sous une forme paradoxale. Dieu, dans son concept absolu, n’est pas le mal ; mais l’humanité pense que Dieu sous sa face relative, Dieu formulé par notre intelligence, Dieu caché sous le symbole inventé par nous, de bien qu’il apparaissait à l’origine, devient le mal, lorsque l’humanité qui progresse, a dépassé en science et en moralité l’objet immobile de son ancienne adoration.

Demandez aux chrétiens des premiers siècles, héritiers de deux croyances philosophiques symbolisées par Paul dans l’unité de Dieu et celle de la race humaine, si les dieux des nations qui leur semblaient diviser cette double unité, ne leur apparaissaient pas comme le mal…? Certes oui, puisque, de ces dieux de leurs ancêtres ils ont fait des démons.

Il est vrai que j’élimine Dieu des questions de Droit et de Devoir ; mais c’est parce qu’au point de vue rationnel, il n’est pas le fondement de ces deux notions ; et que, les rattacher à la divinité, c’est les livrer à toutes les chances de mort que subit nécessairement le dogme religieux.

Que font en effet les peuples qui voient en Dieu la source du Droit et du Devoir ? Quand Dieu tombe du piédestal qu’ils lui avaient dressé, le Droit et le Devoir disparaissent avec lui du sanctuaire de la conscience. L’histoire nous montre ces peuples livrant le Droit au despotisme qui le dévore ; l’histoire nous les montre en même temps livrés aux passions égoïstes, se vautrant dans les orgies du sensualisme, c’est à dire ayant perdu l’idée du Devoir et de la dignité de leur nature.

Si Dieu parle, c’est dans les lois de l’univers physique, intellectuel et moral. Son verbe sur la terre, c’est l’humanité se révélant à elle-même, non pas la vérité absolue, mais la vérité indéfiniment progressive.

C’est donc dans les lois et les rapports qui sont en nous et hors de nous que nous pouvons constater, et que nous devons chercher la vérité sur le Droit et le Devoir.

Cependant ne croyez pas, lecteurs, que je méconnaisse l’utilité du sentiment religieux, que je nie l’existence objective des faits inconnus qui servent de fondement aux dogmes ; non, car je ne comprendrais plus pourquoi notre espèce est religieuse ;

Pourquoi elle s’est développée dans le sein des religions ;

Pourquoi les sociétés humaines se dissolvent, lorsque tout dogme a perdu son empire sur les âmes.

Je ne comprendrais plus la grande loi biologique qui institue les penchants et tendances des êtres, en vue d’objets qui y correspondent.

Si, à nos instincts nutritifs, correspondent les substances alimentaires ;

Si, à notre besoin de connaître, correspond la nature ;

Si, à notre besoin d’aimer, de nous associer, correspondent nos semblables ;

L’unité de loi n’exige-t-elle pas qu’à nos instincts religieux, correspondent des réalités ?

Que ces réalités échappent à nos moyens de vérification, qu’elles ne soient point objet de connaissance, ce n’est pas un motif pour les nier ; mais c’en est un suffisant pour savoir que toutes les idées que nous nous en formons, n’ont de valeur que pour nous et que, sous peine de nous montrer absurdes et de fausser notre sens moral, nous devons les mettre en harmonie avec la science et la morale de notre époque ; car si elles sont au dessus de ces choses, elles ne doivent pas les contredire.

Ces quelques lignes prouveront aux personnes qui, du rationalisme dont sont empreints mes précédents travaux, ont cru pouvoir conclure à mon matérialisme et peut-être à mon athéisme, qu’elles se sont trompées sur mon compte. Le Matérialisme et l’Athéisme ne sont point des crimes, mais, à mon sentiment, de tristes erreurs, et je ne les partage pas.

J’appartiens à ce petit nombre qui, ne pouvant s’arrêter dans la négation stérile, cherchent une affirmation supérieure et féconde.

J’appartiens à ce petit nombre qui, ne trouvant pas la satisfaction de leurs besoins religieux dans les enseignements d’un dogme vieilli et rétrograde, la trouvent dans un dogme plus large que peut accepter la conscience et la Raison.

J’appartiens à ce petit nombre vraiment religieux, qui appellent de toutes les aspirations du cœur, la nouvelle doctrine générale, seule capable de nous relier dans l’amour et la communauté de but.

Mais pour moi, la Religion n’est point une base ; elle est un couronnement.

Pour moi, la Religion n’est pas une racine ; elle est une fleur.

Pour moi, la Religion n’explique ni la Science, ni la Morale, n’est le fondement ni du Droit ni du Devoir ; elle est la résultante de toutes ces saintes choses ; elle en est l’épanouissement poétique, le parfum. Si elle ne sort d’elles comme la fleur de sa tige, elle n’a pas d’autre raison d’être qu’une aberration de l’instinct religieux, abruti par l’ignorance, affolé par une imagination déréglée.

Après cette déclaration de principes que j’ai cru devoir à mes amis et à mes ennemis, passons à l’objet de ce chapitre.


II

Le Droit et le Devoir ressortant de nos besoins, de notre destinée, des rapports que nous soutenons ; et supposant l’intelligence et le libre arbitre, ne peuvent être conçus que par l’être humain, parce que seul il est capable de constater les rapports qui lient les choses, de découvrir les lois de ces rapports ;

Parce que seul il se distingue très nettement de ce qui n’est pas lui ;

Parce que seul il peut, jusqu’à certaines limites, violer les lois qu’il connaît ;

Parce que seul, enfin, il peut découvrir le but général des lois ou la destinée.

La formule des Droits et des Devoirs est donc une création humaine ;

Le Droit et le Devoir sont donc des découvertes de l’intelligence humaine ;

La Justice qui les résume est donc comme la Science une œuvre humaine, ainsi que l’affirment admirablement Feuerbach et après lui Proudhon.

Par cette création, l’humanité fait un monde à part, le monde moral, le monde de la Justice, composé comme notre planète de différentes couches ; monde de plus en plus en opposition avec le. monde physique qui est celui de la hiérarchie et de la fatalité.

Au point de développement où en est arrivé la Justice, comment définirons-nous le Droit et le Devoir sous leur aspect le plus général ?

Nous dirons : le Droit est la prétention légitime de tout être humain au développement et à l’exercice de ses facultés, conséquemment à la possession des objets qui en sont les excitants propres, dans les limites de l’égalité.

Le Devoir, corrélatif au Droit, et qui en est l’explication et la justification, est l’emploi de nos facultés et de leurs excitants en vue et dans le sens de notre destinée.

Tous les Droits et Devoirs particuliers dérivent de ce Droit et de ce Devoir fondamentaux, ou n’existent que pour les garantir.

Le Droit, tel que nous venons de le définir, est donc l’exercice même de la vie, la condition sine quá non de l’accomplissement du Devoir ou de la réalisation de la destinée.

On ne peut donc valablement l’aliéner, même en partie, sans amoindrir sa vie, fausser sa destinée.

Et si l’ignorance, la force nous en ravissent une partie, nous pouvons, nous devons en poursuivre la revendication : car il n’y a pas de Droit contre le Droit, et on ne prescrit pas contre lui.

Par l’ensemble de nos besoins et pour remplir notre destinée, nous soutenons trois sortes de rapports principaux :

lo Avec nous-mêmes ;

2o Avec la nature ;

3o Avec nos semblables.

De là trois formes du Droit et du Devoir, que nous ne pouvons comprendre qu’en nous formant une idée nette de notre Destinée.


III

La destinée de l’être organisé est donnée dans l’ensemble de ses facultés.

Quelle sera donc celle de l’être humain, animal intelligent, aimant, sociable, doué du sens de la justice, de libre arbitre, d’idéalité, d’aptitudes nombreuses par lesquelles il modifie tout ce qui l’entoure, afin de satisfaire à son désir de bien être et de bonheur ?

Qui, laissé au seuil de l’animalité par la nature, se crée lui-même humanité, en développant peu à peu ce qui le distingue des espèces inférieures ?

Évidemment, pour quiconque réfléchit, cette destinée sera d’organiser progressivement une société fondée sur la Justice et la Bienveillance où chacun, ne dépendant que de soi-même, trouvera dans la science, la satisfaction de ses besoins intellectuels, et les principes propres à diriger ses facultés productrices ; dans ses semblables, la satisfaction de ses besoins d’aimer, de s’associer, de perpétuer son espèce ; dans la culture des arts, des sciences, de l’industrie, la satisfaction de ses aptitudes ; et dans les produits qu’il obtient de leur exercice, celle de ses besoins matériels et de ses plaisirs.

Et comme il ne pourra remplir cette tâche d’intérêt humain, sans l’harmoniser lui-même, sans agir profondément sur son globe, sans l’humaniser par l’emploi de son activité, en lui imprimant progressivement le cachet de sa Raison, ou principe d’ordre, il en résulte que la destinée de notre espèce peut être définie ; la création de l’Ordre dans l’Humanité et sur le globe qui lui est soumis.

Cette tâche imposée à l’espèce, requiert une multitude d’aptitudes trop différentes pour qu’elles se trouvent réunies en chacun de nous. Aussi, sous les caractères généraux qui font de nous une seule espèce, se cachent de si profondes dissemblances, qu’on peut établir en principe qu’il y a autant d’hommes différents qu’il y a d’individus masculins, autant de femmes différentes que d’individus féminins. Cette diversité devient évidente en raison de la culture : tout le monde sait que deux paysans se ressemblent bien plus que deux hommes instruits.

De là il suit que la jouissance du droit individuel est la garantie du progrès social, puisque ce progrès dépend du libre développement des aptitudes, et qu’elles ne peuvent se développer que par la liberté : donc quiconque est ennemi de la liberté et l’entrave, s’il n’est un aveugle, est un ennemi de la destinée collective et du Droit.


IV

J’ai dit qu’il est dans la nécessité de notre destinée de soutenir trois sortes de rapports : avec nous-même, avec la nature, avec nos semblables.

Examinons les premiers.

Chacun de nous se présente à l’analyse comme une Société de facultés qui, toutes, ont droit de fonctionner, parce que toutes sont nécessaires à l’harmonie de l’ensemble.

Certaines de nos impulsions sont antagoniques ; et celles qui ont pour but la satisfaction de nos besoins égoïstes, ont une propension constante à dépasser leurs limites légitimes, conséquemment à opprimer celles qui nous relient à nos semblables.

Quand nous sommes tiraillés en sens contraire, quand la dissidence est en nous, qui fera cesser le conflit en déterminant l’option ? Évidemment notre libre arbitre, influencé par une autre faculté.

Mais pour nous décider en vue de notre destinée, quelle doit être la faculté rectrice, sinon la Raison ou principe d’ordre en chacun de nous ?

C’est donc en établissant en nous la hiérarchie des facultés en vue de la destinée, et sous le gouvernement de la Raison, qu’aucune de nos facultés ne sera sacrifiée ; que toutes s’harmoniseront selon l’expression de M. Proudhon pour le bien et la gloire de l’ensemble.

C’est dans l’établissement et le maintien de cette hiérarchie que consiste le grand devoir Autonomique, ou de gouvernement de soi par soi.

Ainsi, dans ce premier ordre de rapports, il y a Droit de chaque faculté à s’exercer ;

Droit de chacune d’elles à son excitant propre ;

Mais en même temps Devoir pour chacune de ne s’exercer que pour le bien de l’ensemble ; c’est à dire de ne jamais dépasser ses limites et pour cela d’obéir à la Raison.

Ainsi celui qui donne la prédominance à ses instincts nutritifs, opprime habituellement en lui les facultés intellectuelles, et développe les instincts égoïstes aux dépens des instincts de Justice et de Sociabilité : il viole son Devoir autonomique.

Celui qui, par une exaltation vicieuse de son imagination, refuse à ses facultés nutritives l’exercice auquel elles ont droit, affaiblit la Raison, exalte l’orgueil jusqu’à l’intolérance, met la folie dans le domaine intellectuel et moral : celui là viole aussi le Devoir autonomique.

La Sagesse et le Devoir sont, je le répète, de soumettre notre être tout entier à la Raison : l’exaltation même du sens de la Justice, le plus élevé de tous, est un mal.


V

Quelle sera la règle du Droit et du Devoir dans nos rapports avec la nature, avec les êtres sensibles des espèces inférieures ? L’être humain, Raison, Justice, Liberté, a Droit sur les créatures de son globe à deux titres : d’abord pour sa conservation, puis comme pouvoir harmonisant.

D’éminents penseurs m’arrêteront ici pour me dire : vous confondez le fait avec le Droit, Ce dernier est une création de la Conscience humaine ; il n’existe que de l’être humain à son semblable parce qu’il suppose la réciprocité, et la possibilité d’une revendication devant une autre conscience.

Je réponds : oui le Droit est une création de l’humanité, mais seulement en tant que notion et formules. Nos formules exposent la vérité des rapports, mais ne sont point ces rapports, pas plus que la formule de la loi d’attraction n’est l’attraction. Une notion est nécessairement tirée des choses qui la contiennent et conséquemment lui étaient antécédentes, car notre esprit ne crée ni les faits ni les rapports, ni les lois, il ne fait que les découvrir, les définir et les systématiser. Avant de savoir que nous avons des droits, nous le sentons ; si nous ne le sentions pas, nous ne le saurions jamais.

Oui, le Droit suppose la réciprocité dans les rapports humains, mais ne soutenons-nous de rapports qu’avec nos semblables ? N’en soutenons-nous pas avec nous-même, en tant que Société de facultés ? N’en soutenons-nous pas avec les êtres inférieurs ?

Prétendre, par exemple, qu’entre l’animal et nous il n’y a ni Droit ni Justice, n’est-ce pas affirmer qu’il y a tout un ordre de rapports d’où peut être bannie la notion double et corrélative de Droit et de Devoir ?

Eh ! bien, je ne puis accepter cela. Pourquoi, s’il en était ainsi, dirait-on : c’est mal, quand on voit quelqu’un torturer une bête ou la faire mourir de faim ? Une chose n’est mal que quand elle est contraire au Devoir, et elle n’a ce caractère que quand elle est la violation d’un Droit. Je ne comprends pas, s’il n’y a pas de Justice entre l’animal et nous, pourquoi l’on applaudit aux lois protectrices des animaux. Si les animaux n’ont pas de Droit, on viole celui de leur propriétaire, en réglant la manière dont il doit se servir de ces êtres sensibles.

Je sais que l’on explique ces lois par l’obligation d’empêcher l’homme de s’endurcir, et de le préparer à être bon pour ses semblables. On en a dit probablement autant des lois protectrices des esclaves. Mais la conscience qui est tout autant émue par le Sentiment qu’éclairée par la Raison, va plus loin sans le savoir elle-même. Si elle analysait, elle comprendrait que, sous toute loi de protection, il y a la reconnaissance implicite d’un Droit.

On peut m’objecter encore qu’en transportant la notion du Droit au delà de l’humanité, j’anthropomorphise les animaux et que, si je le fais, je suis tenue, pour être conséquente, de respecter leur vie, leur progéniture et l’exercice de toutes leurs facultés.

Je n’anthropomorphise pas les animaux : je n’assimile pas leur Droit au nôtre ; mais leur reconnaissant un Droit, admettant qu’entre eux et nous il y a Justice, je suis tenue de m’expliquer rationnellement la différence que je mets entre eux et nous sous le rapport du Droit, et de fixer le principe en vertu duquel je puis légitimement disposer d’eux et en éliminer. Alors je me dis : notre race est la Raison et la Justice du globe : c’est elle qui en a le gouvernement pour l’harmoniser : elle est aux autres créatures, ce que notre Raison et notre Justice personnelles sont à nos autres facultés.

Or personne de nous ne conteste que notre Raison et notre Justice ne puissent légitimement supprimer ceux de nos actes ou désirs qui seraient contraires à notre harmonie personnelle.

Donc l’espèce humaine, Raison et Justice de la terre, a le droit d’éliminer tout ce qui nuit à son harmonie avec la création qui lui est confiée et dont elle fait une partie de son organisme. Mais lorsque nous conservons des êtres sensibles qui se font nos auxiliaires, deviennent en quelque sorte un de nos organes, et accomplissent ainsi inconsciemment un Devoir, c’est à nous de leur reconnaître leur Droit naturel dans la mesure exigée par l’Ordre. L’animal sent son Droit, car il regimbe, se révolte, faut-il l’en dépouiller parce qu’il ne le connaît pas ; parce qu’il ne peut le formuler ; parce que, comme l’esclave abruti, il n’a que notre voix pour le revendiquer ?

Oui, de nous à l’animal, il y a Justice ; Justice faite par nous seuls, au nom de la Raison, seul juge de la mesure des rapports. Celui qui fait souffrir une créature sensible sans nécessité évidente ; qui en abuse comme d’une chose, qui ne la rend pas aussi heureuse que possible, qui ne la fait pas progresser, est non seulement un être cruel, mais souvent un lâche qui abuse de sa supériorité intellectuelle pour violer le droit le plus sacré : celui des faibles ; c’est le même qui, dans l’ancienne Rome, jetait son esclave au vivier pour engraisser ses murènes, qui l’attachait dans son vestibule avec cet écriteau au dessus de sa tête : prenez garde au chien ! qui se servait du sein de l’esclave femelle, comme d’une pelotte, pour y piquer ses épingles pendant la toilette.

J’ajouterai, pour compléter ma pensée et justifier ma manière de voir, qu’à mes yeux, il n’y a pas un acte ou un rapport humain qui ne doive être soumis à la notion du Devoir corrélative à celle du Droit : car notre espèce n’est pas l’humanité en dehors de cette double notion ; elle ne serait plus qu’une famille animale : en conséquence nos rapports avec la nature ne peuvent être exclus de la théorie du Droit.

Je demande pardon à mes adversaires de différer d’avis avec eux sur ce point si grave de Philosophie : mais ils comprendront qu’une femme qui ne consent pas à être un daguerréotype masculin, doit oser dire sa pensée et avoir confiance en sa raison.


VI

Dans les deux premiers ordres de rapports que nous avons envisagés, le Droit et le Devoir tendent à fonder l’harmonie ou l’Ordre par la Hiérarchie.

Pourquoi ?

Parce que le Droit et le Devoir sont, en tant que notions et systématisation, des créations de la Raison humaine qui, légitimement, se subordonne tout.

Parce qu’en chacun de nous, cette subordination doit exister, puisque chacun de nous n’a qu’une Raison.

Parce qu’en dehors de l’Humanité sur ce globe, il ne peut y avoir entre elle et les êtres inférieurs que des rapports de subordination.

Entre nos facultés d’espèces différentes, il faut un Régulateur ; Entre nous et les créatures inférieures, il faut un régulateur encore :

Dans le premier cas c’est la Raison individuelle qui gouverne ;

Dans le second c’est la Raison de l’humanité.

Mais cette loi de Hiérarchie peut-elle rationnellement s’appliquer aux rapports des êtres humains entre eux ?

Non ; car ils sont de la même espèce ;

Car chacun d’eux a sa raison, son sens moral, son libre-arbitre, sa volonté ;

Car chacun d’eux n’est qu’un élément de destinée collective ; un être incomplet au point de vue de cette destinée, et n’a pas plus la faculté de classer les autres , que les autres de le classer ;

Car chacun d’eux est progressif en lui-même et dans sa race et peut, par la culture, monter du dernier rang au plus élevé sous le rapport de l’utilité.

Qu’à l’origine des sociétés, l’homme, se distinguant à peine des autres espèces sur lesquelles il établissait son Droit par la ruse et la force, ait transporté cette notion brutale dans les rapports humains, ait confondu le semblable faible d’esprit ou de corps avec l’animal, se soit cru, au même titre, droit de possession sur eux, et n’ait reconnu comme libres et égaux à lui que les forts et les intelligents, les choses ne pouvaient se passer autrement peut-être.

Que, plus développée, l’humanité ait transformé la notion de Droit sur le modèle du gouvernement de soi-même, ait, en conséquence, établi la hiérarchie et subordonné certaines classes, certaines castes, aux individus qu’elle considérait comme les représentants de la Raison et de la Justice, les choses ne pouvaient peut-être encore se passer autrement.

Mais nous, français, enfants de 89, disciples d’une philosophie, qui établit ses axiomes, non plus sur les a priori de la fantaisie, mais sur les faits et les lois de la nature et de l’humanité, nous concevons parfaitement aujourd’hui que l’être humain ne peut être comparé ni à une chose, ni à quelqu’une de nos facultés ;

Qu’étant d’espèce identique, nous avons un droit identique ;

Qu’il ne s’agit que d’équilibrer nos droits individuels ;

Que la loi d’équilibre, c’est l’égalité ;

Que l’égalité c’est la Justice ;

Qu’en dehors de l’égalité, il n’y a plus Raison ni Justice, mais règne de la force, retour à la brutalité de la nature qui est si inférieure à nous par l’absence de moralité et de bonté.

À la lumière de cette Révélation de la conscience de la France, la notion de la société se transforme. La société n’est plus une hiérarchie, ce n’est plus un être de raison, incarné dans un ou quelques-uns ; c’est quelque chose de bien autrement grand et beau ; c’est un ensemble organisé d’êtres humains, associés pour se garantir mutuellement l’exercice de leur Droit individuel, se faciliter la pratique du Devoir, échanger équitablement leurs produits, et travailler de concert à la réalisation progressive de la destinée humaine.

C’est une autonomie collective, gouvernée par la Loi, synthèse de la Raison, de la Justice et de l’Amour de tous.

L’État n’est plus que l’ensemble des organes sociaux, fonctionnant au profit de tous.

Le Pouvoir n’est plus qu’une fonction déléguée par la volonté nationale.

Conçue ainsi, la société élabore progressivement quatre formes du Droit : Droit naturel, Droit Civil, Droit Politique, Droit Économique.


VII

Par Droit naturel, la Société ne peut plus entendre la satisfaction des seuls besoins animaux : car l’être humain n’est pas une brute : il est une Intelligence, une Raison, une Justice ; il est aussi l’art, l’industrie, la Liberté.

Donc, de Droit naturel, toute créature humaine est libre, autonome, doit développer ses facultés, exercer ses aptitudes sans autre limite que l’Égalité, ou le respect du droit identiquement le même en autrui.

Quand la Raison générale sera suffisamment pénétrée de ces notions, elle formulera non seulement des lois pour protéger également la vie, l’honneur, la propriété légitime des associés, contre quiconque pénétrerait dans la sphère d’autrui pour la troubler ou la détruire ; mais, de plus, elle mettra à la disposition de tous, les moyens de développement qu’elle pourra généraliser : tel que l’enseignement des sciences, des arts, de l’industrie, des lois, etc. Elle comprendra que c’est son Devoir et son intérêt.

Son devoir, parce que la société poursuit la réalisation d’une destinée dont chacun de ses membres est un élément ;

Son devoir, parce que tous les co-associés ont un droit égal aux avantages sociaux ;

Son devoir, parce qu’ils sont réunis pour se garantir la jouissance de leurs droits, et se faciliter la pratique du Devoir.

Son intérêt, parce qu’en travaillant à rendre possible à chacun de ses membres la puissance de se bien gouverner, elle assure la sécurité de tous.

La Raison générale, modifiée par la notion moderne de la société, réformera profondément son Droit Civil. Devant ce Droit, tous les individus majeurs et sains d'esprit, seront reconnus aptes à concourir aux actes de la vie civile, à disposer de leur travail, de leur fortune. La société se contentera de sauvegarder les intérêts des mineurs et des interdits et d’empêcher que, dans aucun contrat, puisse s’introduire une clause attentatoire à la dignité de la personne et à l’exercice de ses droits. Toutes les fonctions étant du ressort du Droit Civil, la société respectera la manifestation de l’activité de chacun, et soumettra les fonctions publiques à l’élection ou au concours.

Le Travail est notre grand Devoir : c’est par lui que se réalise la destinée humaine ; c’est par lui que se produit le bien-être ; c’est le père de tout bien, l’auxiliaire de la vertu. La Raison générale, éclairée par la science Économique qui se forme, comprendra que le travail est un Droit, puisque vivre, pour l’individu social, est un Droit ; elle transformera donc le grand atelier national, et parviendra progressivement à introduire l’égalité, c’est à dire l’équité, dans le domaine de l’échange. Le Droit Économique n’existe pas : l’humanité le tirera de ses entrailles souffrantes et de son cerveau, comme elle en a tiré tous les autres.

Chacun devant avoir des Droits naturels, civils et économiques égaux, et un intérêt égal à ce que les lois et les institutions soient au profit de tous, a, par cela même, un Droit égal à concourir aux actes politiques qui sauvegardant ses autres droits, et à l’aide desquels les progrès réalisés dans les esprits s’incarnent dans les faits sociaux. La Raison générale, bien pénétrée de ces vérités, organisera sous la loi d’égalité, le concours de tous à la vie politique, concours par lequel seul on peut se réputer libre, en n’obéissant qu’à la loi qu’on a faite ou consentie. Tel est l’idéal de la société fondée par la Révolution Française ; idéal qui confond toutes les races, tous les peuples devant le Droit.

À l’aide de cet idéal supérieur, glorieux Credo de la foi de nos pères, nous comprenons que les individualités, les nations et les races supérieures ne sont pas des maîtres, mais des frères ainés, des éducateurs ; qu’elles commettent une lâcheté, un crime de lèse-humanité lorsqu’elles oppriment et abrutissent au profit de leurs passions égoïstes, ceux que la Raison leur confie comme élèves ;

Nous comprenons que, devant le dogme de la Perfectibilité, tombent tous leurs hypocrites prétextes de domination ;

Qu’enfin, en violant les droits de leurs semblables, elles nient les leurs propres ; qu’en les traitant comme s’ils étaient des brutes, elles se rangent elles-mêmes au rang des brutes qui n’ont pour loi que la force et la ruse.

Si la notion du Droit se transforme avec l’idéal social de 89 combien, en même temps, se précise, se purifie, s’élève la sublime notion du Devoir !

Respecter les Droits d’autrui égaux à ceux qu’on se reconnaît ;

Protéger quiconque est opprimé quand la société n’est pas présente ou n’a pas pour ;

Faire respecter sa dignité, son Droit ; car ne pas punir celui qui, sciemment et méchamment, y attente, c’est se rendre complice de ses mauvaises passions, du mal qu’il fait, de celui qu’il peut faire par suite de l’impunité de sa première faute ;

Travailler, non pas seulement dans son intérêt particulier, mais en vue de la destinée collective, observant, autant qu’il est en soi, la bonne foi et l’équité dans l’échange des produits ;

S’efforcer de connaître sa propre capacité, non pour en tirer vanité, ce qui est puéril ; mais afin de rendre tous les services dont on est capable, au grand corps dont on est un organe ;

Contribuer selon ses forces, son intelligence, au Progrès d’autrui à l’établissement de la Justice, à la vulgarisation des idées vraies et morales, à la destruction des idées fausses ;

Se considérer comme instituteur des ignorants, comme Justicier, comme solidaire de tous ;

Aimer la patrie dans l’Humanité et la famille dans la Patrie ;

Chérir par dessus tout la Justice.

Tels sont les principaux devoirs de ceux qui acceptent l’idéal nouveau ; de ceux qui ne sont plus des esclaves, mais des organes de la société qu’ont fondée et scellée de leur sang nos glorieux pères.

Et l’on ne peut remplir ces devoirs sans travailler à s’harmoniser soi-même : admirable économie de ressort, qui met d’accord notre perfectionnement propre avec le bien général, l’amour et le respect de nos semblables et de l’Ordre.

VIII

Plusieurs fois, lectrices, nous avons prononcé le mot Liberté ; j’espère qu’aucune ne s’est méprise sur le sens que nous lui attribuons. La liberté n’est pas le pouvoir de faire tout ce qu’on veut et qu’on est capable de faire : cela, c’est la licence ; la liberté, c’est l’exercice des facultés dans les limites de l’égalité ou du Droit identique en autrui, dans les limites du Devoir.

Jusqu’à quel point la société a-t-elle le droit de s’immiscer dans le gouvernement de nous-même et de limiter notre liberté ?

C’est quand par des actes, et seulement par des actes, nous transportons dans la sphère d’autrui le trouble, que nous avons établi dans la nôtre : car nous ne pouvons en agir ainsi sans violer le Droit de quelqu’un.

Quant aux actes qui ne nuisent qu’à nous-même, la société n’a pas à les régler par la loi. Ce qu’elle doit faire, c’est de nous instruire, et de s’organiser de telle sorte, que nous n’ayons pas besoin de les commettre.

Il est de même bien entendu qu’en parlant de l’égalité, nous n’avons pas prétendu que nous fussions égaux ou même équivalents en valeur physique, intellectuelle, morale et fonctionnelle : non seulement nous différons tous ; mais encore, dans la même série de travaux, les uns excellent, d’autres sont médiocres, d’autres encore, inférieurs.

Ce n’est pas parce que vous êtes égales en beauté, en forces, en intelligence, en bonté, en talent, ni entre vous, ni avec vos frères. Mesdames, que vous êtes égales, à eux et à vos sœurs devant l’héritage : c’est parce que, sur ce point, on veut bien reconnaître que vous appartenez à l’espèce humaine et que, sans déchoir dans l’opinion, vos parents peuvent avouer que vous êtes, dans leur tendresse, les égales de Messieurs vos frères.

De même ce n’est pas par l’égalité de valeur que les êtres humains socialisés doivent être égaux en Droit, c’est parce que tous, quelqu’humbles qu’ils soient, ont le Droit semblable de se développer, d’agir librement, d’accomplir leur destinée.

Travaillons donc à la création de la liberté dans l’égalité. Incarnons ces saintes choses dans la loi, les institutions sociales, la pratique générale et notre pratique particulière.

Que chacun puise dans un même milieu les éléments qui conviennent à sa nature. L’un sera Cèdre ou Chêne ; l’autre un arbrisseau modeste ou bien une simple fleur, c’est possible, c’est probable même ; mais personne n’aura le droit de se plaindre ; car chacun sera et fera tout ce qu’il pourra être et faire. Il n’y aura plus, comme aujourd’hui, ce qui est le crime de quelques uns et la faute de tous, des créatures humaines qui meurent sans se connaître, sans avoir pu se développer et rendre les services auxquels les appelait leur organisation.

L’Histoire nous dit : l’exercice du Droit est tellement lié au Progrès, que de nouveaux progrès ont été faits par l’Humanité, chaque fois que la société des libres a élargi ses rangs pour y admettre de nouveaux émancipés, ou chaque fois qu’elle a proclamé la reconnaissance de nouveaux droits et mis ses institutions en accord avec eux.

Par sottise ou par égoïsme, ne restons pas sourds à cet enseignement : car nous sommes coupables de tout le mal et de tout le malheur qui se produisent par l’absence de Liberté et d’Égalité, et la culpabilité est comme le sommet des hauts édifices : elle attire la foudre.

IX

Et maintenant, lecteurs, résumons ce chapitre.

Les notions de Droit et de Devoir, qui sont inséparables, ne peuvent être conçues que par l’être humain.

Le Droit fondamental, pour chacun de nous, est la prétention légitime que nous avons à nous développer, à exercer nos facultés et à posséder les choses au moyen desquelles et sur lesquelles elles agissent.

Le Devoir fondamental, corrélatif au Droit, est l’emploi de nos facultés et de leurs excitants en vue, et dans le sens de la destinée.

Toute destinée est donnée par l’ensemble des facultés : d’après ce principe, celle de notre espèce est de fonder une société basée sur la Justice et la Bonté ; de satisfaire à tous nos besoins par la création de la science, de l’industrie, de l’art ; de nous harmoniser individuellement et collectivement, et d’harmoniser progressivement notre globe à mesure que nous mettons l’ordre en nous.

Le Droit, pour chacun de nous, comprend non seulement la vie matérielle, la liberté de nos mouvements, notre sécurité, mais le développement de notre Raison, de notre intelligence, de notre moralité, de notre amour, de nos facultés productrices, de notre autonomie.

Notre Devoir est d’employer toutes nos facultés à la réalisation de notre tâche particulière, tâche qui nous est dévolue par nos attractions, qui est précisée et dirigée par la Raison, rendue possible par l’éducation, et qui est accomplie par l’activité et la liberté.

Dans nos rapports avec nous-même, comme ensemble de facultés : Droit légitime de chacune d’elles à s’exercer ; Devoir de toutes à se soumettre à l’approbation et au contrôle de la Raison, en chacun de nous principe d’Ordre.

Dans nos rapports avec la nature, Droit de possession concédé par nos besoins et par notre titre de pouvoir harmonisant du globe ; Devoir envers les créatures sensibles qui sont en notre puissance.

Dans nos rapports avec nos semblables. Droit et Devoir réciproques ; limitation de la liberté individuelle par la liberté individuelle, égale en autrui, ou formation de l’équilibre des droits semblables dans l’égalité. En conséquence, reconnaissance des principes suivants :

Tout être humain est, de Droit, libre et autonome, jusqu’à la limite de la liberté et de l’autonomie d’autrui ;

Tout être humain a un droit égal aux éléments intellectuels acquis à la société, et aux institutions générales ;

Tout être humain a Droit à la rémunération équitable du travail qui pourvoit à ses besoins ;

Tout être humain majeur a la même dignité civile. Toutes les fonctions publiques lui sont accessibles sans autre formalité que le concours, ou le choix des co-associés.

Dans aucune de ses stipulations, l’être humain ne peut traiter de sa personne, de sa liberté. Ses engagements sont personnels. Tout être humain étant égal aux autres devant le Droit naturel, civil et économique, est, en principe, égal aux autres devant le Droit politique, créé pour sauvegarder les précédents, faire descendre dans les faits sociaux les progrès réalisés dans les idées, et empêcher que nul ne subisse la loi qu’il n’a pas contribué à formuler.

Tels sont, Mesdames, les principes du Droit moderne, proclamés du haut de ce nouveau Sinaï, la France, notre chère et glorieuse patrie, au milieu des éclairs et des tonnerres de notre Révolution.

Ah ! Bénie soit elle cette Révolution qui a dit à l’esclave : relève ton front, brise tes chaînes : car tu es un homme. Devant moi, génie de l’Humanité moderne, il n’y a pas de noirs, de blancs, de jaunes, de cuivrés ; il n’y a pas d’Allemands, d’Anglais, de Français, d’Italiens, il y a des êtres humains, tous égaux devant le Droit, tous égaux devant moi, parce qu’ils sont tous égaux devant la Raison.

Relevez-vous tous, hommes courbés sous le sceptre, sous la houlette, sous le fouet ou sous le bâton, car vous n’avez pas de maîtres ; les ainés d’entre vous ne sont que vos instituteurs, et votre éducation aura son terme.

Relevez-vous tous, hommes frères : écoutez ma voix qui vous crie ; l’être humain ne peut être heureux et vertueux, ne peut être digne et utile, ne peut être une créature humaine, enfin, que par la liberté individuelle dans l’égalité collective.

Et on l’a stupidement maudite cette voix sainte qui venait substituer la justice à la force, rappeler l’humanité au sentiment de sa dignité, la remettre dans la voie de ses sublimes destinées ! On l’a stupidement maudite, cette voix consolante qui promettait le bonheur par le travail et la liberté ; qui électrisait d’un pôle à l’autre tout ce qui souffrait, tout ce qui pleurait tout cet immense troupeau d’hommes et de femmes mis au rang des brutes par les passions odieusement égoïstes et perverses d’une poignée de privilégiés !

Révolution sainte, qu’ils te jettent leurs derniers anathèmes, les disciples du principe qui se meurt ! Tu as crié : Délivrance universelle ! Ils s’obstinent à barrer la route du Progrès ; mais l’humanité leur passera sur le corps pour obéir à son génie : Car la Femme commence à comprendre.