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La Fleur d’Or/L’Éloge de Nantes

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La Fleur d’OrAlphonse Lemerre, éditeurvol. 3 (p. 21-22).


L’Èloge de Nantes


 
Tes fils ont accueilli la mère du poète,
Ô Nantes ! dans tes murs j’acquitterai ma dette ;
De mes jours c’est un doux emploi :
L’aimer, puis chanter ceux qui l’aiment comme moi.
 
Nantes n’a plus au front ses parures ducales,
Mais toujours on la nomme une reine des eaux :
La Loire avec amour baigne ses larges cales,
Et jusqu’à l’Océan soulève ses vaisseaux.

Lorsque les blancs sauniers, par les jours de marée,
Amènent dans son port le sel de leurs palus,
Elle écoute en rêvant cette langue sacrée,
La langue des aïeux qu’elle ne parle plus.

Puis elle se souvient de Félix, son apôtrc,
Laborieux édile et pontife inspiré,
D’une main répandant l’Ëvangile, et de l’autre
Creusant l’immense fosse où le fleuve est entré.


Ô temple de Félix, opulentes murailles,
Les Normands t’ont brûlé, religieux manoir,
Sanctuaire incrusté de l’étain de Cornouailles,
Si luisant que la lune en faisait son miroir !
 
Mais grâce, grâce enfin pour ces hordes nomades !
Quelles destructions peuvent nous effrayer,
Dans ce siècle vanté, nous, témoins des noyades,
Ces hymens de la mort célébrés par Carrier !

De la vague et du feu cité victorieuse.
Suis tes riches destins ! Les travailleurs sont rois.
A l’Inde qui t’appelle obéis, voyageuse !
Mais orne ton vaisseau du Mercure gaulois.

Ce père du commerce inventa l’harmonie,
Partout à la pensée ouvrant un libre essor ;
Médite l’attribut de son double génie :
De la bouche du dieu sortaient deux chaînes d’or.

à boulay-paty


Je t’adresse ces vers, poète de la Loire :
Toi, redis-les aux bords amoureux de tes sons,
Auteur de fiers sonnets et de molles chansons,
Qui restent dans le cœur comme dans la mémoire.