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La Fleur d’Or/L’Idéal

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La Fleur d’OrAlphonse Lemerre, éditeurvol. 3 (p. 198-199).


L’Idéal


À mon frère Edmond, en Amérique


 
Tous le voyaient en rêve aux terres atlantiques,
Et, malgré les boas et les serpents ailés,
Chercheurs d’El-Dorado, les voilà tous allés
Au pays lointain des Caciques.
Là, sur un lit d’onyx et de saphirs, il dort,
Le vieillard idéal couvert de poudre d’or !
Au pays lointain des Caciques
Heureux, nouveaux Jasons, ceux-là qui sont allés !
Qu’importent les boas et les serpents ailés,
Si l’on suit son beau rêve aux terres atlantiques ! —

Fantôme du bonheur, son ombre, son reflet,
Que vous attirez l’âme humaine !
Ah ! s’il est un bonheur pur, durable, complet,
Anges, emportez-nous vers son riche domaine !

Dieu sur tout l’univers refléta sa beauté.
Notre âme par instinct cherche la belle image,
Et, croyant la saisir, frémit de volupté ;
Ô mers, cieux étoiles, vallons pleins de ramage,

Où l’homme bien souvent poursuit son idéal,
Jusqu’au divin auteur transmettez cet hommage !
Heureux les cœurs saisis d’un amour virginal,
L’un dans l’autre absorbés comme en leur bien suprême :
« Enfin, murmurent-ils, j’ai l’être sans égal ! »
C’est que l’objet aimé nous semble Dieu lui-même. —

Fantôme de l’amour, son ombre, son reflet,
Que vous entraînez l’âme humaine !
Anges, emportez-nous vers le brûlant domaine
Où rayonne l’amour pur, durable, complet !
 
Des âmes ont trouve des ailes
Pour voler avant l’heure aux choses éternelles.
Elles ont vu, — l’Amour, dissipant tout brouillard,
Fervent, leur déroulait ses plaines infinies, —
Enfin elles ont vu le mystique vieillard !
Ô saint El-Dorado, roi des sphères bénies,
Après ta grande voix que sont nos harmonies ?
Nos rubis sont les feux de ton ardent regard.
Pour voler avant l’heure aux choses éternelles,
Des âmes ont trouvé des ailes.