La France Juive (édition populaire)/Livre 2/Chapitre 2

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Victor Palmé (p. 73-102).


CHAPITRE DEUXIÈME


De 1394 à 1789


Le recueillement du Juif après l’expulsion de 1394. — Le grand silence. - La Kabbale. — Luther et les Juifs. — Concini. — Les Juifs en Hollande. — Le monde de Rembrandt. — Cromwell. — Les quatre familles juives du Paris de Louis XIV. — Les Juifs du Comtat. — L’Avignon papale et Mistral. — Les Juifs de Bordeaux. — Montaigne et Alexandre Dumas. — Efforts des Juifs pour s’introduire à Paris. — La requête des marchands et négociants de Paris. — L’araignée d’or juive. — Voltaire et les Juifs. — Voltaire financier. — La colonie juive de Paris. — Le premier cimetière juif. — Louis XVI et les Juifs. — Le mouvement juif latent. — La franc-maçonnerie. — L’expulsion des jésuites. — Les Juifs déguisés : le comte de Saint-Germain, Cagliostro. — La haine des Juifs contre Marie-Antoinette. — Marie-Thérèse et les Juifs. — L’affaire du Collier. — L’illuminisme. — La loge Saint-Jean de la Candeur. — Le duc d’Orléans, grand maître de la franc-maçonnerie, allié des Juifs. — L’abbé Grégoire. — Les Juifs et la Constituante. — L’émancipation. — L’ancien régime et le régime actuel, — Le nouveau Sinaï.


I


Que devient le Juif de 1394 à 1789 ? On ne sait trop. Il s’est évanoui ; il s’est rasé, comme le lièvre poursuivi ; il a changé son plan d’action, modifié ses ruses, éteint beaucoup son ardeur. Il semble alors tout plongé dans la Kabbale[1]. Il est alchimiste, il tire des horoscopes, il interroge les astres, et il peut, en parlant du Grand Œuvre, avoir accès partout. Sur ce sujet, il est inépuisable : il sait en effet, et les frères errants avec lesquels il s’abouche dans chaque ville savent aussi, ce que ce mot de Grand Œuvre cache sous son mystérieux symbolisme. Faire de l’or, régner par le banquier sur ce monde qui ne croit qu’au prêtre et au soldat, à la pauvreté et à l’héroïsme, la politique juive est toujours là. Mais ce qu’il faut renverser avant de rien entreprendre, c’est la vieille hiérarchie, l’Église, le Moine, le Pape.

Sur quel point agir ? A la France il ne faut pas penser. L’Espagne, que les Juifs ont livrée aux Maures, conquiert pied à pied le sol de la patrie, et c’est par l’expulsion définitive des Juifs qu’elle se préparera aux grandes destinées qui l’attendent sous Charles-Quint et Philippe II. L’Allemagne est plus propice à un mouvement : elle est divisée, et l’on n’y rencontrera pas cette autorité royale déjà si puissante qui, de l’autre côté du Rhin, centralise la force et défend les croyances de tous. Autant que la France cependant, l’Allemagne répugne aux Juifs et en brûle quelques-uns de temps en temps.

Le Juif, rendu plus prudent par ses mésaventures, ne s’attaque plus en face au catholicisme ; il souffle Luther, il l’inspire, il lui suggère ses meilleurs arguments.

Luther cependant fut dur pour les Juifs, plus dur que ne l’avait été aucun prêtre.


En cendres, s’écriait-il, en cendres les synagogues et les maisons des Juifs ! et ceux-ci, qu’on les parque dans les écuries ; que de leurs biens on forme un trésor pour l’entretien des convertis ; que les Juifs et les Juives robustes, on les astreigne aux plus durs labeurs ; qu’on leur prenne leurs livres de prières, le Talmud, la Bible, et qu’il leur soit défendu, sous peine de mort, même de prononcer le nom de Dieu.

Pas de faiblesse, pas de pitié pour les Juifs ! Que les princes, sans forme de procès, les chassent ; que les pasteurs inculquent à leurs ouailles la haine du Juif.


Quelques Juifs chassés d’Espagne arrivèrent alors prendre pied à Bordeaux ; mais avec quelles précautions ils durent agir ! quels déguisements ils furent obligés de revêtir ! Les nouveaux venus ne se présentèrent aucunement comme Juifs ; ils ne firent, pendant cent cinquante ans au moins, aucun exercice de leur religion. Les lettres patentes de Henri II autorisant le séjour furent délivrés, non à des Juifs, mais à de nouveaux chrétiens.

Sous la minorité de Louis XIII, ils n’en revinrent pas moins en France en assez grand nombre. Ils avaient à la Cour un puissant protecteur : Concini était environné de Juifs. La Galigaï passait pour être Juive d’origine. « Elle vivait constamment, dit Michelet, entourée de médecins juifs, de magiciens, et comme agitée de furies. » Quand elle souffrait de la terrible névrose particulière à la race, Élie Montalte, un Juif encore, tuait un coq et le lui appliquait sur la tête.

Concini pillait tout, trafiquait, tripotait. La France était en pleines mains juives.

Ce tableau ne semble-t-il pas contemporain ? Que fut Gambetta, en effet, si ce n’est, en bien des points du moins, une seconde incarnation de Concini ?

Notre Concini, à nous, a pu malheureusement faire tout le mal qu’il a voulu, sans avoir trouvé de Vitry. La France n’enfante plus d’hommes comme ce vaillant, qui, tranquillement, son épée sous le bras, avec trois soldats aux gardes pour toute compagnie, s’en vint barrer le passage, sur le pont du Louvre, à l’aventurier orgueilleux qui s’avançait suivi d’une escorte nombreuse comme un régiment. — Halte-là ! — Qui donc ose me parler ainsi, à moi ? Et comme le drôle étranger ajoutait un geste à ces paroles, Vitry, l’ayant bien ajusté, lui cassa la tête d’un coup de pistolet.

Puis il entra chez le roi et dit : C’est fait. — Grand merci, mon cousin ! répondit Louis XIII à l’humble capitaine, que son courage, ainsi qu’on le voit encore en Espagne, venait de faire le parent du roi. Vous êtes maréchal et duc, et je suis heureux de vous saluer le premier de votre nouveau titre.

Par la fenêtre, une grande rumeur arrivait en même temps : c’était Paris qui, enfin vengé de tant de hontes subies, battait frénétiquement des mains.

Aujourd’hui, l’industrie a encore des chevaliers, et la Bourse, des barons ; mais l’héroïsme ne fait plus de maréchaux ni de ducs. Les Juifs étrangers peuvent tout se permettre chez nous : nul Vitry ne tirera l’épée pour arrêter les oppresseurs de sa patrie.

Je connais cependant à Paris un pont, au bout d’une place célèbre, où un colonel qui aurait du poil au menton, pourrait gagner un titre plus beau que celui que le hardi capitaine des gardes gagna le 24 avril 1617, sur le pont du Louvre.

Concini à peine tué, on intima l’ordre aux Juifs, qui, avec leur activité ordinaire, avaient déjà constitué comme une petite synagogue chez un membre du parlement, de disparaître immédiatement.


II


Si le Juif ne pouvait se faire accepter en France qu’en reniant énergiquement son origine, il avait cessé ailleurs d’être le paria des anciens jours : il avait trouvé en Hollande plus qu’un asile, un terrain favorable où tous ses défauts fussent impuissants à se développer, où ses qualités pussent se donner carrière.

La destinée de cette race, en effet, est singulière : seule de toutes les races humaines, elle a le privilège de vivre sous tous les climats, et en même temps elle ne peut se maintenir, sans nuire aux autres et sans se nuire à elle-même, que dans une atmosphère morale et intellectuelle spéciale.

Avec son esprit d’intrigue, sa manie d’attaquer sans cesse la religion du Christ, sa fureur de détruire la foi des autres, qui contraste si étrangement avec son absence de tout désir de convertir les étrangers à la sienne, le Juif est exposé dans certains pays à des tentations auxquelles il succombe toujours : c’est ce qui explique la perpétuelle persécution dont il est l’objet.

Dès qu’il a affaire à ces grandes cervelles d’Allemands avides de systèmes et d’idées, à ces esprits français épris de nouveautés et de mots, à ces imaginations de Slaves toujours en quête de rêves, il ne peut se contenir : il invente le socialisme, l’internationalisme, le nihilisme ; il lance sur la société qui l’a accueilli des révolutionnaires et des sophistes, des Hertzen, des Goldeberg, des Karl Marx, des Lassalle, des Crémieux, des Gambetta ; il met le feu au pays pour y faire cuire l’œuf de quelques banquiers, et tout le monde se réunit à la fin pour le pousser vers la porte.

Sur les têtes solides d’Anglais ou de Hollandais, au contraire, le Juif ne peut rien. Il sent d’instinct, avec son nez qui est long, qu’il n’y a rien à tenter sur ces gens attachés à leurs vieilles coutumes, fermes dans les traditions qu’ils ont reçues de leurs aïeux, attentifs à leurs intérêts. Il se contente de proposer des affaires que les indigènes discutent minutieusement et qu’ils font quand elles sont bonnes ; mais il ne raconte pas d’histoires, il ne dit pas aux fils que leurs pères étaient d’affreuses canailles ou des serfs abjects, il ne les invite pas à brûler leurs monuments, il ne fait là ni emprunt frauduleux ni Commune. Il est heureux, et les autres aussi.

Cette petite Hollande, industrieuse et commerçante, étrangère elle-même à cet idéal chevaleresque si antipathique aux fils de Jacob, fut vraiment le berceau du Juif moderne. Pour la première fois Israël connut là, non point le succès éclatant qui grise le Juif et qui le perd, mais le calme de longue durée, la vie régulière et normale.

C’est Rembrandt qu’il faut, je ne dis pas regarder, mais contempler, étudier, scruter, fouiller, analyser, si l’on veut bien voir le Juif.

Qu’ils sont parlants, ces Juifs de Rembrandt causant d’affaires au sortir de la synagogue, s’entretenant du cours du florin ou du dernier envoi de Batavia ! ces voyageurs qui cheminent leur bâton à la main avec des airs de Juifs errants, qui sentent qu’ils vont arriver et s’asseoir quelque part !

Tout allait mieux en effet pour les Juifs. En Angleterre, ils avaient trouvé l’homme qu’ils aiment, le Schilo, le faux Messie, le chef exclusivement terrestre, qui, ne s’appuyant sur aucun droit traditionnel, est bien forcé d’avoir recours à la force secrète que détiennent les Juifs. Cromwell, soutenu par la franc-maçonnerie, puissante déjà, mais très occulte et très discrète encore, avait été le protecteur zélé des Juifs, et s’était efforcé de faire lever l’arrêt de proscription qui pesait sur eux.

Sous Louis XIV, au moment où la France est à l’apogée de sa puissance et règne véritablement sur le monde, non seulement par les armes, mais par l’ascendant de sa civilisation, savez-vous combien Paris comptait de Juifs ? On ne comptait pas plus de quatre familles de cette religion habitant la capitale, et cent cinquante allant et venant.

Il n’y a pas de médaille sans revers et de victoire sans inconvénients. La conquête de l’Alsace avait, elle aussi, apporté à la France une quantité considérable de Juifs, dont elle se serait bien passée. Très nombreux en Alsace, les Juifs y étaient fort durement traités. La réunion de cette province à la France améliora un peu leur situation.

Dans le Comtat-Venaissin seulement, qui était alors terre papale, les Juifs de France avaient trouvé une liberté à peu près complète et une sécurité relative. En plein moyen âge, Avignon put être appelé « le Paradis des Juifs. »

Sans doute, de temps en temps, des mouvements populaires éclataient contre eux à la suite d’usures trop criantes ; mais le Pape ou le légat intervenait toujours pour calmer les esprits.

Là, comme ailleurs, cependant, les Juifs ne se gênaient guère pour faire des malhonnêtetés aux chrétiens qui consentaient à les accueillir, et pour insulter à leurs croyances. Longtemps on aperçut, à l’entrée de l’église Saint-Pierre d’Avignon, un bénitier qui rappelait un de leurs tours : le bénitier de la Belle Juive.

Une Juive, d’une rare beauté, avait trouvé plaisant de pénétrer dans l’église le jour de Pâques et de cracher dans l’eau bénite. Aujourd’hui, la Belle Juive, à la suite de cet exploit, serait nommée inspectrice générale des écoles de filles ; alors, elle reçut le fouet en place publique, et une inscription commémorative rappela le sacrilège commis et la punition subie.

La colonie juive de Bordeaux avait seule prospéré. Quand l’Espagne, après la défaite définitive des Maures de Grenade, se vit appelée à jouer un rôle en Europe, elle fit ce qu’avait fait la France dès que la monarchie s’était constituée : elle élimina de son sein les éléments qui étaient une cause perpétuelle de trouble. Le 30 mars 1492, le roi Ferdinand d’Aragon et la reine Isabelle de Castille, sur l’avis de l’illustre Ximénès, rendirent un arrêt qui ordonnait à tous les Israélites de sortir du pays.

Quelques-uns de ces proscrits vinrent chercher un asile à Bordeaux. Parmi eux se trouvaient Ramon de Granolhas, Dominique Ram, Gabriel de Tarragera, Bertrand Lopez ou de Louppes, les Goveas, qui se firent assez rapidement comme jurisconsultes, médecins, négociants, une place dans la société de Bordeaux[2].

Montaigne et Dumas fils, tous deux d’origine juive par leur mère, sont les deux seuls écrivains français vraiment dignes de ce nom qu’ait produits la race d’Israël fécondée par le mélange de sang chrétien. Sans établir un rapprochement qui serait forcé entre la moquerie souriante et légère du premier et la raillerie âpre du second, il est permis de constater que tous deux ont été des destructeurs ; tous deux, sous des formes diverses, ont mis en relief les vices et les ridicules de l’humanité, sans lui proposer aucun idéal supérieur à atteindre ; tous deux ont été des rieurs et des tristes, des désillusionnés et des désillusionneurs.

Pour Dumas, particulièrement, l’influence exercée par la race constitue comme une diminution du patrimoine intellectuel de notre pays. Nul contemporain n’a été plus préoccupé des questions religieuses ; nul n’a pénétré plus avant dans certaines profondeurs de l’être humain. Éclairée par la Vérité, cette intelligence si ferme, si virile, aurait pu rendre d’immenses services. Lui-même semble avoir eu comme l’intuition de ce qu’il perdait et de ce qu’il faisait perdre aux autres en ne croyant pas ; il n’a obéi à aucune ambition basse, à aucune tentation vile, à aucun désir de se mettre bien avec les prétendus libres penseurs aujourd’hui au pouvoir, et dont il a souvent parlé avec un mépris hautain ; mais il n’a pu faire le pas décisif : il était aveugle-né, et il est resté aveugle.

Qu’elle sera curieuse à étudier plus tard dans le grand écrivain, cette sorte de fatalité de race à laquelle il n’a jamais pu se soustraire !


III


Les Juifs portugais n’avaient jamais été admis en France comme Juifs, mais comme nouveaux chrétiens.

Ils protestaient avec énergie toutes les fois qu’on les traitait de Juifs.

Ils se conformaient scrupuleusement à toutes les pratiques extérieures de la religion catholique : leurs naissances, leurs mariages, leurs décès, étaient inscrits sur les registres de l’Église ; leurs contrats étaient précédés des mots : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Après avoir vécu près de cent cinquante ans ainsi, les Juifs étaient restés aussi fidèles à leurs croyances que le jour de leur arrivée. Dès que l’occasion fut favorable, en 1686, suivant Benjamin Francia, ils retournèrent ouvertement au judaïsme, ils cessèrent de faire présenter leurs enfants au baptême et de faire bénir leur mariage par des prêtres catholiques.

Des Juifs même dont les familles, depuis deux cents ans, pratiquaient officiellement le catholicisme en Espagne, passèrent la frontière, et vinrent se faire circoncire et remarier selon le rite israélite, à Bordeaux, dès que des rabbins y furent installés.

La persistance, la vitalité opiniâtre de ce judaïsme que rien n’entame, sur lequel le temps glisse, et qui se maintient de père en fils dans l’intimité de la maison, est à coup sûr un des phénomènes les plus curieux pour l’observateur.

Parmi les innombrables Juifs étrangers qui se sont faufilés en France à la suite de la grande poussée de 1789, beaucoup se sont installés sans tambour ni trompette, et ont vécu de la vie de tout le monde. Soudain l’occasion s’est présentée : la vieille haine contre le christianisme, assoupie chez les pères, s’est réveillée chez les enfants, qui, travestis en libres penseurs, se sont mis à insulter les prêtres, à briser les portes des sanctuaires, à jeter bas les croix.

A Bordeaux, comme ailleurs, le développement du mal judaïque suivit son cours psychologique, l’évolution qu’il a partout, sous tous les climats, à toutes les époques, sans aucune exception.

Avec leur aplomb ordinaire, ils allaient toujours de l’avant. Pour rehausser l’éclat de leurs enterrements, ils se faisaient escorter par les chevaliers du Guet et les sergents.

Nous avons vu les mêmes faits se reproduire dans un ordre identique. Sous prétexte qu’un officier de service s’était conformé au texte strict du règlement et avait refusé de suivre l’enterrement civil de Félicien David, la franc-maçonnerie juive poussa des hauts cris et s’écria : « La libre pensée, cette chose sublime, qu’en faites-vous ? » C’est la première étape. Lorsqu’il s’agit de conduire Gambetta au Père-Lachaise, la franc-maçonnerie oblige des magistrats, des officiers à suivre un enterrement qui soulève l’indignation de tous les honnêtes gens. C’est la seconde étape. Dans quelque temps on empêchera les magistrats, les officiers, les citoyens, d’assister à des obsèques religieuses, en prétendant qu’il s’agit d’une manifestation cléricale. Ce sera la troisième étape.

Après cette étape, il surgit généralement, dans les pays qui ne sont pas tombés complètement en pourriture, un homme énergique qui, armé d’un vigoureux balai, met tous ces gens-là dehors.

A vrai dire, les Portugais étaient un peu victimes de leurs coreligionnaires. Les Gradis, les Fernandez, les Silva, les Laneyra, les Ferreyra, les Pereire et Cie, dont le chef Joseph Nunz Pereire se qualifiait de vicomte de la Menaude et de baron d’Ambès dès 1720, étaient à la tête de maisons de banque ou de commerce qui rendaient certains services. Malheureusement, voyant la ville ouverte, une nuée de Juifs avignonais et allemands s’était ruée sur Bordeaux. La tribu de Juda, à laquelle appartenaient les Portugais, était compromise par la tribu de Benjamin, qui s’était vouée avec ardeur à la négociation des vieux habits et des vieux galons, et qui n’apportait pas toujours dans ce trafic toute l’honnêteté désirable.

Malgré la résistance opposée par les Dalpuget, les Astruc, les Vidal, les Lange, lea Petit, Juifs avignonais qui prétendaient exercer un commerce sérieux, un arrêt du conseil, du 21 janvier 1734, signé Chauvelin, ordonna l’expulsion définitive sans aucun délai de « tous les Juifs avignonais, tudesques ou allemands qui sont établis à Bordeaux ou dans d’autes lieux de la province de Guyenne ».

Grâce à cette mesure, les Juifs portugais purent rester à peu près tranquilles à Bordeaux jusqu’à la Révolution.


IV


Bordeaux était cependant un bien étroit terrain pour les Juifs. C’était Paris surtout qu’ils ambitionnaient ; en 1767, ils crurent avoir trouvé un moyen d’y pénétrer. Un arrêt du conseil avait statué qu’à l’aide de brevets accordés par le roi, les étrangers pouvaient entrer dans les corps de métiers. Les Juifs, toujours à l’affût, s’imaginèrent qu’il serait facile de se glisser par cette porte.

Les six corps de marchands protestèrent énergiquement. La requête des marchands et négociants de Paris contre l’admission des Juifs est, à coup sûr, un des documents les plus intéressants qui existent sur la question sémitique.

On ne peut plus, en effet, nous raconter les vieilles histoires de peuples fanatiques excités par les moines, de préjugés religieux. Ces bourgeois sont des Parisiens du dix-huitième siècle, des contemporains de Voltaire, assez tièdes probablement.

Ce qu’ils discutent, n’est pas le point de vue religieux ; c’est le point de vue social. Leurs arguments, inspirés par le bon sens, le patriotisme, le sentiment de la conservation, sont les mêmes que ceux des comités de Berlin, d’Autriche, de Russie, de Roumanie, et l’on peut dire que leur éloquente requête est la première pièce du dossier antisémitique moderne, sur lequel le vingtième siècle statuera définitivement, si le procès dure jusque-là.

Les marchands parisiens protestent avec énergie contre l’assimilation qu’on veut établir entre le Juif et l’étranger : l’étranger s’inspire à un fonds d’idées commun à tous les civilisés ; le Juif est en dehors de tous les peuples : c’est un forain, quelque chose comme le circulator antique.


L’admission de cette espèce d’hommes dans une société politique ne peut être que très dangereuse. On peut les comparer à des guêpes[3], qui ne s’introduisent dans les ruches que pour tuer les abeilles, leur ouvrir le ventre et en tirer le miel qui est dans leurs entrailles. Tels sont les Juifs, auxquels il est impossible de supposer les qualités de citoyens que l’on doit certainement trouver dans tous les sujets des sociétés politiques.

De l’espèce d’hommes dont il s’agit aujourd’hui, aucun n’a été élevé dans les principes d’une autorité légitime. Ils croient même que toute autorité est une usurpation sur eux, ils ne font de vœux que pour parvenir à un empire universel ; ils regardent tous les biens comme leur appartenant, et les sujets de tous les États comme leur ayant enlevé leurs possessions.


Ces marchands du dix-huitième siècle, moins sots que nos boutiquiers d’aujourd’hui, qui consentent à se laisser chasser de chez eux pour faire place à des envahisseurs, indiquent en des termes dignes de Toussenel ce don d’agrégation qu’ont les Juifs, qui s’attirent entre eux et se coalisent contre ceux qui leur ont donné l’hospitalité. Ce qu’ils écrivent à propos des fortunes faites honnêtement par le travail, est en quelque sorte comme le testament des vieux commerçants parisiens, si probes, si consciencieux, si éloignés de tous les procédés de réclame éhontée qu’on emploie maintenant pour vendre de la camelote, et qui font regarder Paris par les touristes comme un vrai repaire de brigands.

Tous les étrangers sont pressurés de la part des Juifs. Ce sont des particules de vif-argent qui courent, qui s’égarent, et qui à la moindre pente se réunissent en un bloc principal.

Les fortunes dans le commerce sont rarement rapides, quand il est exercé avec la bonne foi qu’il exige : aussi, pourrait-on en général garantir la légitimité de celle des Français, et particulièrement des marchands de Paris. Les Juifs, au contraire, ont de tout temps accumulé en peu d’années des richesses immenses, et c’est encore ce qui se passe sous nos yeux.

Serait-ce par une capacité surnaturelle qu’ils parviennent si rapidement à un si haut degré de fortune ?

Les Juifs ne peuvent se vanter d’avoir procuré au monde aucun avantage dans les différents pays où ils ont été tolérés. Les inventions nouvelles, les découvertes utiles, un travail pénible et assidu, les manufactures, les armements, l’agriculture, rien de tout cela n’entre dans leur système.

Mais profiter des découvertes pour en altérer les productions, altérer les métaux, pratiquer toute sorte d’usures, receler les effets volés, acheter de toutes mains, même d’un assassin ou d’un domestique, introduire les marchandises prohibées ou défectueuses, offrir aux dissipateurs ou à d’infortunes débiteurs des ressources qui hâtent leur ruine, les escomptes, les petits changes, les agiotages, les prêts sur gages, les trocs, les brocantages ; voilà à peu près toute leur industrie.

Permettre à un seul Juif une seule maison de commerce dans une ville, ce serait y permettre le commerce à toute la nation ; ce serait opposer à chaque négociant les forces d’une nation entière, qui ne manquerait pas de s’en servir pour opprimer le commerce de chaque maison l’une après l’autre, et par conséquent celui de toute la ville[4].

Si la pratique était dangereuse partout, elle serait encore plus funeste dans cette ville de Paris. Quel théâtre pour la cupidité ! quelle facilité pour les opérations de leur goût ! Les lois les plus vigoureuses qu’on pourrait opposer à leur admission, toute la vigilance des magistrats de police, les soins particuliers que le corps de ville prendrait pour seconder les vues de l’administration, rien ne serait capable de prévenir les actes fréquents et momentanés de leur cupidité. Il serait impossible de les suivre dans leur route oblique et ténébreuse.


Citons encore la conclusion prophétique de ce mémoire, vrai chef-d’œuvre de raison, où l’on sent bien l’âme loyale et patriotique de nos ancêtres :


Que les défenseurs des Juifs ne s’y méprennent pas ! Les Juifs ne sont pas cosmopolites ; ils ne sont citoyens dans aucun endroit de l’univers ; ils se préfèrent à tout le genre humain ; ils en sont les ennemis secrets, puisqu’ils se proposent de l’asservir un jour.


Cas protestations indignées eurent gain de cause : un arrêt du 7 février 1777 débouta définitivement les Juifs.

Les Juifs avaient été défendus par Lacretelle ; mais il faut avouer qu’ils avaient choisi là un singulier défenseur.


Ce peuple, écrivait-il dans son plaidoyer, familier avec le mépris, fait de la bassesse la voie de sa fortune ; incapable de tout ce qui demande de l’énergie, on le trouve rarement dans le crime, on le surprend sans cesse dans la friponnerie. Barbare par défiance, il sacrifierait une réputation, une fortune entière, pour s’assurer la plus chétive somme.

Sans autre ressource que la ruse, il se fait une ressource de l’art de tromper. L’usure, ce monstre qui ouvre les mains de l’avarice même pour s’assouvir davantage ; qui, dans le silence, dans l’ombre, se déguise sous mille formes, calculant sans cesse les heures, les minutes d’un gain] affreux, va partout, épiant les malheureux pour leur porter de perfides secours ; ce monstre paraît avoir choisi le Juif pour agent. Voilà ce que l’inquisition la plus rigoureuse pouvait recueillir sur le peuple juif ; et l’on avoue qu’il y a de quoi être effrayé du portrait, s’il est fidèle. Il ne l’est que trop ; c’est une vérité dont il faut gémir.


Ce sentiment de répulsion si énergiquement formulé est d’autant plus intéressant, que personne, en France surtout, ne paraît se douter de la force réelle du Juif.

Voltaire a accablé les Juifs de ses railleries polissonnes ; mais il a parlé d’eux comme il parlait de tout, sans savoir ce qu’il disait. La haine de l’auteur de la Pucelle contre Israël était, il faut le reconnaître, inspirée par les mobiles les plus vils et les plus bas.

Voltaire fut, au dix-huitième siècle, avec le talent, le style et l’esprit en plus, le type parfait de l’opportuniste d’aujourd’hui. Affamé d’argent, il était sans cesse mêlé à toutes les négociations véreuses de son temps. Associé aux fournisseurs qui faisaient crever de faim nos soldats et qui les laissaient tout nus, affilié à tous les maltôtiers de son temps, Voltaire, de nos jours, aurait eu Ferrand pour commanditaire ; il aurait réalisé un joli bénéfice dans l’emprunt Morgan ; dans les émissions, Léon Say lui aurait assuré des souscriptions irréductibles ; il eût damé le pion à Challemel-Lacour, à Léon Renault, à Christophle et à Dauphin, dans les négociations financières.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, que Voltaire ait été mêlé de bonne heure aux affaires des Juifs. Ce Français au cœur prussien résolut d’ailleurs le difficile problème d’être plus âpre au gain que les fils d’Israël, plus fourbe que ceux qu’il insultait.

Mêlé aux affaires du Juif Médina, Voltaire perdit dans la banqueroute du fils de Jacob vingt mille livres, qu’il regretta toute sa vie, car il n’avait pas la philosophie des bons souscripteurs des mines de Bingham.

Près d’un demi-siècle s’écoula sans amortir ce cuisant souvenir.

Ces désagréments financiers expliquent l’hostilité que Voltaire témoigna toute sa vie aux Juifs ; ses railleries sur leurs règles d’hygiène ; ses appellations de circoncis, de déprépucés, qui reviennent à chaque instant sous sa plume.


V


L’espèce de recueillement dans lequel le Juif était entré, avait permis à l’Europe, pendant tout le dix-huitième siècle, de vivre relativement tranquille et de cultiver en paix les muses. A la fin du dix-huitième siècle ; cependant, quelques Juifs paraissent avoir réussi à s’établir à Paris, dans des conditions bien précaires.

En dehors des nomades, plus ou moins receleurs, qui se glissaient entre les mailles de la loi, on tolérait dans la capitale quelques familles juives du rite allemand, venues de la Lorraine et de l’Alsace ; elles avaient ! pour syndic, chargé de les représenter, un nommé Goldschmidt, dont les descendants, je crois, ont un hôtel somptueux rue de Monceau, et portent même un titre nobiliaire, qu’ils n’ont certes pas gagné aux croisades. Elles étaient soumises à un exempt de police nommé Brugère, et devaient se présenter chez lui tous les mois, pour faire renouveler leur permis de séjour ; il restait le maître de refuser le visa et d’exiger le départ immédiat de Paris. C’était absolument, on le voit, la mise en carte que l'on applique à certaines catégories de femmes.

Ils ne savaient même pas où se faire enterrer. Ils ensevelissaient leurs morts à la Villette, dans le jardin d’une auberge de rouliers, à renseigne du Soleil d’or. Ils payaient au propriétaire cinquante francs pour le corps d’une grande personne.

N’est-ce point saisissant, ce contraste d’hier et d’aujourd’hui ? Regardez ces malheureux qui s’en vont furtivement dans un faubourg perdu de Paris, n’ayant pas même un lieu pour pleurer, pour dire en paix le Kaddisch des veuves et des orphelins, pour réciter la prière : « O Éternel, rocher des mondes ! »

Avant qu’un siècle soit écoulé, ils seront les maîtres de ce brillant Paris à travers lequel ils se glissent comme des ombres ; ils auront les palais, les chevaux fringants, les loges à l’Opéra, l’autorité : ils auront tout. En ce coin même de la Villette s’élèveront les usines d’Halphen, où trois mille ouvriers chrétiens, pliant sous le labeur sans trêve, étouffant dans une atmosphère de cinquante degrés, crachent le sang dès quarante ans pour que cet homme ait un peu plus d’or.

A cette époque. Je Juif, qu’on n’admettait nulle part, était en réalité partout, et cela depuis la Régence.

Ce qu’il n’avait pu faire au moyen âge avec les templiers, le Juif le faisait avec la franc— maçonnerie, dans laquelle il avait fondu toutes les sociétés secrètes particulières qui avaient si longtemps cheminé dans l’ombre.

Les moyens employés pour détruire l’ancienne France furent en réalité assez simples.

Les francs-maçons s’étaient débarrassés du seul ennemi qu’ils eussent sérieusement à craindre dans cette société inattentive et frivole : le jésuite. Très délié, très perspicace, le jésuite personnifiait l’esprit français en ce qu’il a de meilleur, le bon sens, l’amour des lettres, l’équilibre de l’intelligence, qui firent notre dix-septième siècle si grand dans l’histoire. Très informé, sans l’être aussi bien que le Juif, il avait et il a encore pour lui un certain don de flairer l’aventurier cosmopolite, il le devine d’instinct ; il aperçoit le point noir chez les êtres de cette nature, non point à un défaut dans les manières, qui quelquefois sont correctes, mais à un certain manque de culture intellectuelle. Le système d’éducation des jésuites, en outre, leurs exercices de logique forment des hommes capables de réfléchir, de ne pas se laisser prendre aux mots.

A tous ces points de vue, cet adversaire, très mêlé aux affaires du monde sans ressentir aucune des passions de la terre, était gênant : l’habileté suprême des francs-maçons fut de l’éloigner du théâtre sur lequel ils allaient agir.

Le succès obtenu par des hommes comme le comte de Saint-Germain et Cagliostro n’a rien qui étonne, lorsque, sans subir l’impression de ce qui est lointain, on juge ces faits par ce qui se passe sous nos yeux. Il n’est point nécessaire, pour comprendre, de se livrer à de grandes considérations historiques ; il suffit de rapprocher le présent du passé.

L’espèce de fascination exercée par l’étranger a toujours été la même. Il y a des milliers de Français natifs, très considérés et très honnêtes, qui n’entreront jamais dans les grands cercles, lesquels s’ouvriront à deux battants devant les spéculateurs juifs, des négriers, des aventuriers, des rastaquouères de tous les pays.

Ce qui est certain, c’est que la société française accueillait à bras ouverts le fils d’un Juif alsacien nommé Wolf, qui se faisait appeler le comte de Saint-Germain. Il eut un rôle dans toutes les intrigues diplomatiques de son temps, il fut initié à tous les secrets d’État ; et dans ces salons sceptiques il ne trouva pas un contradicteur, lorsque ce Juif errant de cour affirmait que, doué d’une éternelle jeunesse, il avait été contemporain de Jésus-Christ, et qu’il lui avait rendu de bons offices auprès de Ponce-Pilate ! Personne ne mettait en doute qu’il ne sût fabriquer des diamants à volonté.

A ceci quoi d’étonnant ? N’avons-nous pas vu Jules Ferry, ce noble esprit émancipé de tous les préjuges vulgaires, convaincu que la dame Cailhava, armée de sa baguette magique, allait lui découvrir assez de trésors à Saint-Denis pour combler le déficit que les dilapidations et les vols de la République ont creusé dans le budget de la France ?

L’influence de Cagliostro fut plus considérable encore.

Bien avant l’arrivée de cet aventurier, au moment même où Louis XVI montait sur le trône, la reine Marie-Antoinette, qu’Israël poursuivait d’une haine spéciale, nous dirons tout à l’heure pourquoi, avait été déjà attaquée comme reine et comme femme.

En déshonorant Marie-Antoinette, Israël, qui a la rancune tenace et poursuit ceux qui l’ont offensé jusque dans leur cinquième génération, se vengeait d’une souveraine qui l’avait persécuté avec rigueur. Marie-Thérèse avait été l’implacable ennemie des Juifs ; elle avait renouvelé contre eux toutes les prescriptions humiliantes d’autrefois : elle les avait forcés à porter une longue barbe, à coudre sur le bras droit de leur vêtement une petite pièce de drap jaune. Enfin, par un édit de 1745, elle les avait expulsés de la Bohême : 28,000 Juifs durent quitter Prague.


VI


Les Juifs, agissant par la franc-maçonnerie, se vengèrent sur Marie-Antoinette de ce que Marie-Thérèse leur avait fait endurer.

Jamais, depuis le Christ, passion ne fut plus douloureuse que celle de la souveraine que le peuple, qui ne comprend rien aux horreurs qu’on l’excite à commettre, avait appris à haïr sous le nom de l'Autrichienne, vulgarisé par des pamphlets sans nombre. Quand on relit les détails de cette lente agonie, on se demande comment un être humain peut autant souffrir sans mourir. Il y a là un raffinement dans l’ignoble, une ingéniosité dans la torture morale, une habileté dans l’art de déshonorer, de remuer le fer dans la plaie, de faire désespérer presque de Dieu, qui porte bien la marque juive.

C’est au Crucifié du Golgotha, je le répète, et je ne pense pas qu’on voie un sacrilège dans ma comparaison, c’est à la Victime sainte abreuvée de fiel, déchirée par les épines, accablée d’ignominies, que l’on songe quand, sans oser plonger jusqu’au fond, on se penche sur les indicibles souffrances de cette malheureuse femme ; souffrances particulières et spéciales, que ni Louis XVI ni Madame Élisabeth n’ont subies au même degré.

L'affaire du Collier est une des plus belles affaires que la franc-maçonnerie juive ait jamais montées ; c’est un chef-d’œuvre du genre ; il y a de tout là-dedans : la satisfaction d’une vengeance, le déshonneur de l’Église par le rôle qu’y joue le cardinal de Rohan, enfin le tripotage d’argent.

Quelle unanimité aussi dans toute l’Europe pour faire du vacarme autour de cette escroquerie d’un caractère si banal en réalité ! Comme on voit que les Juifs conduisent l’intrigue, à l’importance que prend tout à coup la chose ! Tout se met en mouvement à un signal, et les plus passionnés sont naturellement ceux qui ne sont pas dans le secret.

Cagliostro ne fut pas dans ces épisodes scandaleux un simple escroc, ni même un thaumaturge vulgaire ; il fut une manière de prophète. Le Juif, en effet, et c’est un fait que j’ai remarqué maintes fois, aime à annoncer par des paraboles et des figures le mal qu’il prépare. Dans le plus secret des agents il y a toujours le nabi.

Joseph Balsamo remplit ce rôle d’avertisseur, et, afin qu’elle n’en ignorât, vint déclarer à la reine qu’elle appartenait à la Fatalité et que rien ne pouvait la sauver.

Au moment où, par le phénomène de la suggestion, Cagliostro faisait apercevoir à la reine une tête coupée dans une carafe, la chute des Capétiens était décidée en effet. En 1781, l’illuminisme allemand et l’illuminisme français avaient opéré leur fusion au couvent de Willemsbad ; à l’assemblée des franc-maçons de Francfort, en 1785, la mort du roi du Suède et celle de la reine de France avaient été décrétées[5].

Les plus grands seigneurs de France, le duc de la Rochefoucauld, le duc de Biron, Lafayette, les Choiseul, les Noailles, poussaient de toutes leurs forces à la Révolution.

L’ouvrage du P. Deschamps, les Sociétés secrètes et la société, contient la curieuse énumération des membres de la loge de la Propagande, presque exclusivement recrutée dans l’aristocratie. La composition de la loge de Versailles est peut-être plus intéressante encore. Les inspirateurs occultes de la maçonnerie, par une ironie assez spirituelle, avaient baptisé cette loge Saint-Jean de la Candeur : il fallait effectivement une forte dose de candeur à des grands seigneurs, pour conspirer contre eux-mêmes, en s’affiliantà une société qui allait les dépouiller et les mettre nus comme de petits saint Jean.

M. l'abbé Davin a découvert, au château de Blémont, les procès-verbaux de cette loge. C’est un d’Hozier que ce registre : les plus beaux noms y sont représentés. Les femmes y coudoient les hommes : on y trouve la sœur marquise de Choiseul-Gouffier, la sœur marquise de Courtebonne, la sœur marquise de Montmaur, la sœur comtesse de Blaclie, la sœur vicomtesse de Faudoas. On y rencontre, dans l’ordre des inscriptions, le marquis d’Arcinbal, le marquis de Lusignan, le marquis de Hautoy, le marquis de Gramont-Caderousse, le vicomte de la Roche-Aymon, le marquis d’Havrincourt, le comte de Launay, le vicomte d’Espinchel, le marquis de Saint-Simon, le comte de Busançois, le comte de Gouy-d’Arcy, le comte de Damas, le vicomte de Grammont, le comte d’Imécourt, le chevalier d’Escars, le vicomte de Béthune, le chevalier de la Châtre, le marquis de Jumilhac, le comte de Clermont-Tonnerre, le marquis de Clermont-Gallerande, le marquis de la Ferronnays, le baron de Montesquieu, etc. Le sérénissime grand-maître était le duc d’Orléans.

Ces niais de tant d’esprit, ces ambitieux et ces imprévoyants, dupes de gens plus forts qui les menaient, ne se doutaient guère qu’en les conviant à rebâtir le temple de Salomon, qui ne les intéressait aucunement, on les invitait à servir d’instruments à la démolition de ce noble édifice de la vieille France, qui pendant tant de siècles les avait abrités tous : noblesse, tiers état et peuple. On les eût fort étonnés si on leur avait annoncé qu’avant moins de cent ans révolus les plus beaux châteaux appartiendraient à des Juifs.

Quand se seront produites les catastrophes qui nous menacent, il sera très instructif de rapprocher de cette liste de grands seigneurs qui ont fait la Révolution la liste des membres du centre droit et du centre gauche qui ont fait la République juive. Les personnalités sont moins brillantes, sans doute ; mais il y a là force gens honnêtes dans le sens mondain du mot, des propriétaires, des manufacturiers, des Casimir Périer quelconques, beaucoup plus coupables certainement que le Juif qui crache sur le Christ et le chasse de l’école par haine de race.

Quelles réflexions se feront ces hommes, lorsqu’ils seront non seulement condamnés eux-mêmes, mais qu’ils verront, comme les victimes de la Terreur, leurs femmes, leurs filles, vouées à une mort affreuse, et qu’ils se diront : « C’est notre œuvre ! »


VII


Quand la Constituante se réunit, quelques Israélites de Paris, Mardochée, Polack, Jacob Trenel, Goldschmidt, rentiers, et J. Lazare, joaillier, se groupèrent pour solliciter de l’Assemblée l’émancipation des Israélites de France.

Par un hasard singulier, la Constituante eut à s’occuper le même jour des deux êtres si méprisés jadis, et qui tiennent maintenant le haut du pavé dans notre société de cabotins et de tripoteurs. Il s’agissait de savoir si les membres de ces deux corporations intéressantes seraient admis aux fonctions publiques. Pour les comédiens, la chose souffrit peu de difficultés ; mais la discussion fut vive quand on aborda la question des Juifs.

L’abbé Maury fit entendre quelques paroles de raison, et montra par l’exemple de la Pologne ce qu’allait devenir la France mise à la glèbe par le Juif.


Les Juifs, dit-il, ont traverse dix-sept siècles sans se mêler aux autres nations ; ils n’ont jamais fait que le commerce de l’argent, ils ont été les fléaux des provinces agricoles. Aucun d’eux n’a ennobli encore ses mains en dirigeant le soc et la charrue. En Pologne, ils possèdent une grande province : eh bien ! les sueurs des esclaves chrétiens arrosent les sillons où germe l’opulence des Juifs, qui pendant que leurs champs sont ainsi cultivés, pèsent des ducats et calculent ce qu’ils peuvent ôter des monnaie sans s’exposer aux peines portées par la loi.

Ils possèdent en Alsace douze millions d’hypothèques sur les terres : dans un mois ils seront propriétaires de la moitié de cette province ; dans dix ans ils l’auront entièrement conquise, et elle ne sera plus qu’une colonie juive.


Un représentant de l’Alsace, Rewbell, confirma l'exactitude de ces faits.

Néanmoins, l’Assemblée finit par décréter que les Juifs prêteraient le serment et jouiraient des droits de citoyens français.

Le Juif était en France !

La nouvelle circulait de ville en ville, réveillant l’espérance dans les plus lointains ghettos, faisant éclater les actions de grâces au Saint Béni dans tous les temples, dans toutes les synagogues, dans toutes les schoules. Le 21 octobre 1793, un cantique hébreu, de Moïse Enshiam, chanté dans la synagogue de Metz, sur l’air de la Marseillaise, proclama le triomphe d’Israël.

Le mot mystérieux, l’incantation décisive de l’Hermès Trismégiste, qu’avaient si lontemps cherché au fond de leurs laboratoires les vieux alchimistes du moyen âge penchés sur leurs hiéroglyphes, était enfin trouvé ! Pour décomposer, pour dissoudre cette France dont toutes les parcelles se tenaient si bien, quelques appels à la fraternité, à l’amour des hommes, à l’idéal, avaient été plus puissants que toutes les formules de grimoire.

L’ancienne Kabbale était finie, la nouvelle commençait. Le Juif n’allait plus être le sorcier maudit que Michelet nous montre accomplissant ses maléfices dans les ténèbres de la nuit ; il se transforme, il opère en plein jour ; la plume du journaliste remplace l’antique baguette. On peut briser le miroir magique ; aux apparitions fantastiques de jadis succéderont des prestiges d’un ordre tout intellectuel, qui sans cesse montreront aux pauvres dupes la décevante image d’un bonheur qui fuit toujours.

Que nous parlait-on de ce naïf Shylock réclamant une livre de chair avec une àpreté de mauvais goût ? Ce n’est pas un lambeau du corps du chrétien que demande le Juif ; c’est le corps tout entier, c’est le corps de centaines de milliers de chrétiens, qui vont pourrir sur les champs de bataille du monde en toutes les guerres qu’il conviendra aux intérêts d’Israël d’entreprendre[6].

Qu’est-il question de quelques ducats à rogner ? Ce sont des milliards que va suer désormais le goy. On va remuer l’or à la pelle dans les banques, les institutions de crédit, les emprunts de toute sorte : emprunts nationaux, emprunts étrangers ; emprunts de guerre, emprunts de paix ; emprunts d’Europe, d’Asie, d’Amérique ; emprunts de Turquie, emprunts du Mexique, emprunts du Honduras, emprunts de la Colombie.

L’ensorcellement, d’ailleurs, est complet ; le charme a pleinement réussi cette fois. Par une hallucination singulière, ce serf du Juif, plus esclave que ne le fut jamais la bête de somme des Pharaons, se croit le plus libre, le plus fier, le plus malin des hommes. Regardez-le cependant, vous qui avez conservé votre raison, tel que cet abominable ancien régime l’avait laissé.

Ouvriers des champs ou des villes, il est tranquille sur une terre où il n’y a que des Français comme lui. Paysan, il danse le soir aux musettes, il chante ces belles rondes des aïeux dont un lointain écho parfois nous ravit dans une province reculée. Artisan, il a ses corportions fraternelles, ses confréries, où l’on se réunit afin de prier pour les compagnons morts ou pour entendre la messe avant d’aller souper ensemble le jour où l’on reçoit un maître. On aime ce travail qu’on a le loisir de bien faire, et qu’on relève par cette jolie préoccupation d’art qui nous enchante dans les moindres débris du passé. La milice, qui prend dix mille hommes par an et ceux uniquement qui ont le goût du régiment, ne pèse pas bien lourdement sur le pays ; et c’est gaiement que le village conduit jusqu’à la ville prochaine le soldat des armées du roi.

Regardez maintenant ce paria de nos grandes cités industrielles, courbé sous un labeur dévorant, usé avant l’âge pour enrichir ses maîtres, abruti par l’ivresse malsaine : il est redevenu ce qu’était l’esclave antique, selon Aristote, un instrument vivant, emphukon organon.

Il faut chauffer cette machine humaine ; il faut que ce damné de la vie, auquel les journaux juifs ont enseigné qu’il n’y a plus de ciel, s’arrache un instant à l’affreuse réalité qui lui pèse. On a inventé l’alcool. Plus de ces bons vins frais qui quelquefois montaient à la tête, mais dont la légère ivresse s’envolait dans une chanson ; à leur place, d’horribles mélanges de vitriol et d’acide acétique, qui donnent le delirium tremens au bout de quelques années, mais qui sur le moment galvanisent un peu l’organisme endormi.

N’importe ! l’envoûtement tient toujours. Écoutez ce malheureux, couché ivre dans la rue, qui se relève péniblement pour ne point être écrasé par la voiture d’un Rothschild, d’un Ephrussi, d’un Camondo ; il se souvient, dans son délire, du jargon biblique que ces exploiteurs lui ont appris à parler, et il murmure : « C’est vrai, tout de même, que la Révolution française a été un nouveau Sinaï. »

  1. Kabbale vient du verbe Kibbel, qui veut dire, en hébreu, recevoir par tradition orale.
  2. Ici encore se vérifie ce que nous disions de l’influence du milieu pour le Juif. Malgré leur apparente exubérance, les Bordelais sont, au fond, des gens froids et sérieux comme leur vin. L’Angleterre, qui a occupé si longtemps ces contrées, y a laissé un peu d’elle-même, de son bon sens, de son esprit réfléchi. Les Bordelais, par bien des points, sont des Anglais plus capiteux. Israël, représenté d’ailleurs par des hommes de mérite, ne trouva pas là une population qu’il pût troubler, mais une bourgeoisie très capable d’apprécier les sérieuses qualités commerciales des nouveaux venus. Plus que les lettres patentes de Henri II, les dispositions générales des classes élevées protégèrent les arrivants, les défendirent, leur permirent de fonder un durable établissement.
      Notons, en passant, le côté vil de la race, qui rend toujours la mal pour le bien. Sous la Terreur, dans une fête de la Raison, les Juifs de Bordeaux organisèrent une parodie sacrilège dans le genre de celles d’aujourd’hui : la Papauté, qui dans tous les pays du monde avait pris la défense des Juifs, était traînée dans la boue ; un Juif d’une taille colossale marchait à la tête du cortège en vomissant des obscénités.
      Au moment de l’exécution des décrets, toute la canaille juive de Bordeaux insulta dans la rue les religieux qu’on venait de chasser de chez eux.
  3. C’est l’idée que les Allemands expriment d’une façon plus pittoresque encore en appelant le Sémitisme : l’Araignée d’or juive {die judische Goldspinne).
  4. Qu’est-ce donc maintenant, — où ministères, police, juges, commissaires, agents subalternes, banques, journaux, tout est à eux, et où ils s’entendent comme d’innombrables larrons, dans une foire immense, pour dépouiller le chrétien ?
  5. Ces faits sont aujourd’hui hors de conteste.
      « Il y a dans mon pays, écrit le cardinal Mathieu, un détail que je puis vous donner comme certain. Il y eut à Francfort, en 1785, une assemblée de francs-maçons, où furent convoqués deux hommes considérables de Besançon, qui faisaient partie de la société : M. de Reymond, inspecteur des postes, et M. Maire de Bouligney, président du parlement. Dans cette réunion, le meurtre du roi de Suède et celui de Louis XVI furent résolus. MM. de Reymond et de Bouligney revinrent consternés, en se promettant de ne jamais remettre les pieds dans une loge, et de se garder le secret. Le dernier survivant la dit à M. Bourgon, qui est mort après de quatre-vingt-dix ans, possédant toutes ses facultés. Vous avez pu en entendre parler ici, car il a laissé une grande réputation de probité, de droiture et de fermeté parmi nous. Je l’ai beaucoup connu et pendant bien longtemps. car je suis à Besançon depuis quarante-deux ans, et il est mort récemment. Il a raconté souvent le fait à moi et à d’autres. Vous voyez que la secte sait à l’avance monter ses coups ; c’est là en deux mots son histoire. »
  6. M. Le Play a bien vu cette transformation. « Une influence toute nouvelle, dit-il, tend d’ailleurs à déchaîner le fléau de la guerre : c’est celle de certains manieurs d’argent qui, appuyés sur l’agiotage des « Bourses européennes, » fondent des fortunes scandaleuses sur les emprunts, contractés pour les frais de la guerre et pour les rançons excessives imposées de nos jours aux vaincus. » (La Constitution essentielle.)