La France juive/Livre Quatrième

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LIVRE QUATRIÈME

CRÉMIEUX ET L’ALLIANCE ISRAÉLITE
UNIVERSELLE


L’Alliance n’est pas une Alliance française, allemande ou anglaise, elle est juive, elle est universelle, voilà pourquoi elle marche, voilà pourquoi elle réussit.
Crémieux.


Gordon et Reinach. — The mountebanks. — Le rôle de Crémieux. — Le serment more judaico. — Les gaîtés démocratiques. — Crémieux au 2 Décembre. — L’émancipation des Israélites algériens. — Le Juif en Algérie. — L’usure. — Le patriotisme des Juifs. — L’insurrection d’Algérie. — Un héros arabe. — Mokrani. — Le décret Crémieux devant l’Assemblée de Versailles. — Fourtou se dérobe. — Les Juifs et la loi française. — Tirman et son projet d’expropriation des Arabes. — La justice est la meilleure des politiques. — Le Juif Merguich et les pauvres. — La prétendue civilisation moderne. — Les Anglais dans l’Inde. — Les Russes en Asie. — L’anti-sémitisme en Algérie. — La presse algérienne. — Le monument de Crémieux. — L’Alliance israélite universelle, son organisation, sa puissance. — La presse israélite. — Juifs d’Allemagne et Juifs de France. — Le Bulletin de l’alliance. — Les contributions volontaires. — Les écoles d’Orient. — Maurice de Hirsch et Bischoffsheim magnifiques à nos dépens. — Le testament de Crémieux. — Ce qui est captation et démence sénile chez un chrétien est un acte de générosité intelligente et réfléchie chez un Juif.





Le Reinach de Gambetta a raconté, dans la Revue politique et littéraire, sa rencontre en Egypte avec Gordon, l’apôtre-soldat. Sans doute le héros chrétien flaira d’abord ce jeune Juif avec dédain, et se demanda, en l’apercevant dans ces parages, s’il allait mettre les cataractes du Nil en actions ; mais on se lie vite en voyage, et l’Anglais causa avec Reinach ; il ne lui cacha pas ce qu’il pensait de Disraeli et des autres gouvernants de son espèce qu’il appelait the mountebanks, les saltimbanques.

Le mot peint à merveille la classe d’hommes d’État, à laquelle appartiennent les Disraeli, les Gambetta, les Lasker, les Crémieux. La politique des Richelieu, des Colbert, des Bismarck est simple ; la politique des Juifs a toujours l’air d’une représentation foraine ; elle est à la fois romanesque et bassement, cupide. On y trouve invariablement un grand étalage de principes pompeux de liberté, d’égalité, de fraternité, un programme de progrès qui n’est jamais tenu et qui laisse bien vite voir l’affaire pécuniaire, un boniment d’émancipation et d’amélioration qui se traduit toujours par la persécution la plus intolérable et l’extorsion de sommes d’argent. Banquiers et banquistes marchent ensemble.

Parmi ces mountebanks Crémieux occupe cependant une place à part. Gambetta, avec sa faconde intarissable et ses allures de Mangin, ne fut guère qu’un personnage tout démonstratif chargé de faire la parade à la porte et d’exhiber

des biceps en coton en battant la grosse caisse.

_____V’là la peau d’âne qui ronfle ;
Entrez, bonnes d’enfants et soldats !
Les hommes grêlés ne paieront pas.

Crémieux, lui, était dans la baraque, ou, pour mieux dire, derrière la toile. Il fut l’impressario véritable de la comédie contemporaine en France. On est trop disposé à ne voir en lui que le fantoche en robe de chambre jaune qui, assis près d’un feu flambant, apparaissait de temps en temps devant les régiments défilant sous son balcon à Tours et à Bordeaux, et s’écriait : « Braves soldats, allez vous faire tuer ! L’exercice est bon en ce temps-ci ; moi, je retourne me chauffer. » Les grelots du Polichinelle ont trop fait oublier Isaac Moïse, le dépositaire des sagesses d’Israël, digne de porter comme un ancien Cohene-Hagadol le miszenophet à voile blanc, le mehil frangé d’écarlate et orné de clochettes d’or et le khoschen enrichi de douze pierres fines sur lesquelles les noms des tribus étaient gravés.

Sous ce grotesque, il y eut un Nazi juif, un prince de la Juiverie qui exerça l’influence la plus profonde sur l’évolution du peuple prédestiné, et mena de front, comme un premier ministre, la politique extérieure et la politique intérieure. Il y eut un homme d’un dévouement admirable qui, laissant à Gambetta la jouissance matérielle du pouvoir, l’assouvissement des grossiers appétits, aux Rothschild la satisfaction des vanités sottes, accomplit son œuvre dans une demi-teinte discrète, comme un Joad qui agirait à demi caché dans les replis du voile du Temple.

Souverain grand maître du Rite écossais, Président de l’Alliance israélite universelle, chef important de la démocratie française, Crémieux incarna la révolution maçonnique en ce qu’elle eut de plus complet. Il a contribué, plus que tout autre, à confisquer la Révolution française au profit de la Juiverie, à donner à un mouvement qui avait été mêlé d’une part d’idéal, d’aspirations généreuses, de rêves d’une organisation meilleure, un caractère strictement juif : il prépara et il annonça hautement, dans les dernières années de sa vie, le règne messianique, l’époque attendue depuis si longtemps où toutes les nations seront soumises à Israël, où tous les hommes travailleront pour les représentants de la race bénie par Jéhovah.

Dès ses débuts, Crémieux s’inspira d’une idée unique. Les Juifs devaient renoncer à vivre à part, à se différencier du reste de la nation, se confondre avec la collectivité de toutes les façons, faire abstraction momentanément, au besoin, de coutumes qui leur étaient chères, supporter même la vue des symboles abhorrés de la religion chrétienne.

De cette manière seule, ils pourraient agir efficacement, et détruire ce qu’ils haïssaient tant. Rentrer d’abord dans le droit commun pour en faire sortir les autres, telle fut la consigne imposée aux siens par Crémieux.

On eût dit qu’il s’inspirait du cantique des Maçons fendeurs[1].

Air : Mon père était pot.

Selon le bois, un bon fendeur
Ménage son adresse.
Les uns veulent de la raideur,
D’autres de la souplesse.
Toujours à droit fil
Posez votre outil,

Si vous voulez bien fendre,
Le coin bien trempé,
Bien mis, bien frappé,
Le bois devra se fendre.

Si vous fendez un jeune ormeau,
Ménagez l’encoignure ;
Sagement, avec le ciseau,
Disposez l’ouverture ;
Petit à petit
On ouvre un réduit
A l’instrument docile ;
Si l’on brusque trop,
Souvent le galop
Blesse l’ormeau fragile.

En 1839 déjà, il se débat comme un beau diable, ou plutôt comme un vilain diable, pour faire abolir le serment more judaico.

On sait comment se produisit ce fait peu connu. Au mois de mai 1839, un procès était engagé entre une femme Wolff, demeurant à Lixheim, canton de Phalsbourg, et un habitant de Drulingen (Bas-Rhin), arrondissement de Saverne, à propos d’une créance que celui-ci contestait.

Les juges déférèrent à la femme Wolff le serment more judaico.

M. Isidore, alors rabbin de Phalsbourg, et depuis grand rabbin de France, fut invité, par acte sur papier timbré, à faire prêter le serment. Au jour indiqué par l’assignation, les plaideurs et les témoins arrivèrent devant le temple, et le trouvèrent fermé. M. Isidore déclara nettement qu’il refusait son concours.

— Ce n’est qu’en qualité de rabbin, dit-il, que je puis faire prêter ce serment dans le temple, devant le livre de la Loi, le sanctuaire ouvert. Aujourd’hui, ce serait un serment exceptionnel, je m’y refuse. Le serment more judaico porte atteinte à nos droits de citoyen français.

A l’heure actuelle, quand un religieux veut défendre ses droits de citoyen français, tous les journaux juifs l’accablent d’injures, le traitent de rebelle, le diffament sur tous les tons. Aucun catholique n’insulta alors M. Isidore.

Le tribunal de Saverne, devant lequel le débat fut porté, se déclara incompétent et, l’influence des Rothschild déjà tout puissants aidant, le conseil d’État donna raison à M. Isidore, à la suite d’une très habile plaidoirie de Crémieux[2]. On sait qu’après avoir commencé à demander à prêter le serment comme tout le monde, les Juifs Lisbonne, Moise, Camille Dreyfus ont entrepris une campagne pour empêcher les Français de prêter le serment, comme ils en avaient l’habitude.

Crémieux agit de même pour l’enseignement. Les Juifs avaient une préférence qui se comprend pour les écoles où l’on enseignait la thora aux enfants, le Christ, qui sanctifiait nos classes, leur causait un sentiment d’horreur. Crémieux insista quand même pour qu’on envoyât les jeunes Israélites aux écoles publiques : « Mes amis, dit-il, dans une séance de l’Alliance israélite, ayez dans votre maison le petit morceau de bois consacré avec le nom de Dieu (une mezuza), faites le baiser à vos enfants, le matin à leur lever, le soir quand ils iront prendre le repas de la maison, mais envoyez-les dans les écoles laïques. »

Le vieux Franc-maçon savait bien qu’au bout de quelque temps, avec la pression des Loges, on n’hésiterait pas à attrister l’âme de millions de catholiques pour ne pas froisser quelque petit Juif que la vue du crucifix pouvait agacer[3].

Crémieux, en effet, avait une qualité maîtresse ; on aurait pu lui appliquer la parole de Bismarck : « La vraie politique, comme les affaires privées, se fait autant avec la connaissance du caractère des gens qu’avec celle de leurs intérêts. Il était convaincu qu’avec les Français on pouvait tout oser et qu’ils subiraient tout docilement.

Un jour que je causais des décrets avec Dumas, il me dit simplement : « Les catholiques sont des lâches ! » Quelques jours après, mon collaborateur à la Liberté, Joseph Cohen, qui a publié deux ouvrages d’une réelle valeur : les Déicides et les Pharisiens, me répétait : « Les catholiques sont des lâches !... Si on avait voulu nous faire ce qu’on vous fait, nous nous serions tous couchés devant les chapelles et la troupe n’aurait pas osé avancer. »

Les catholiques subissent tout. Ceux qui le peuvent sauvent leurs enfants, mais ils laissent tranquillement dépraver les autres enfants, sous leurs yeux, sans oser même refuser l’argent qu’on leur demande pour cette œuvre néfaste.

Crémieux avait la claire notion de l’affaiblissement de l’énergie et de l’intelligence nationale. Il était certain qu’avec quelques mots, on peut jouer du Français actuel comme on veut. La confiance naïve qu’eut le peuple dans cet homme est absolument inouïe. Au 2 Décembre, les ouvriers, persuadés que ce démocrate pour rire les aimait vraiment, vinrent le chercher pour le mettre à leur tête. Crémieux qui, avec Fould et tous les Juifs, était alors avec l’Empire, fut naturellement fort embarrassé. Mais c’est à M. de Maupas qu’il faut emprunter le récit de cette anecdote piquante.

Dans la matinée du 2 décembre[4], je recevais la visite d’une fort aimable femme dont le mari, avocat célèbre et montagnard par occasion n’avait pas été arrêté. C’est contre cette omission que venait protester Mme C… « Je suis au désespoir, me dit-elle ; ma maison est envahie par les plus sinistres figures. Une nuée de bandits demande à mon mari de se mettre à la tête de la résistance, de provoquer une émeute ; il leur prêche encore la patience, mais il sera forcé de céder à leurs obsessions ; ils le mèneront aux barricades et le feront tuer. Il n’y a qu’un moyen pour moi de retrouver un peu de tranquillité, de sauver les jours de mon mari, et ce moyen, vous seul en disposez, monsieur le préfet. » Et comme je semblais m’interroger pour savoir à quel genre de service Mme C… voulait faire appel, elle ajoutait : « Oh ! C’est bien simple, monsieur le préfet, faites-le arrêter. Je sais bien que vous ne lui ferez aucun mal et ses abominables amis ne pourront au moins aller le chercher à Mazas. »

Mais le montagnard pacifique n’avait rien fait encore, à cette heure, pour motiver les rigueurs si ingénieusement rêvées par Mme C… dans un excès de dévouement conjugal. Je ne voulus point recourir au moyen héroïque qui m’était demandé. Je promis seulement à ma visiteuse de faire surveiller de près son mari. Je lui tins parole, et je pus constater, ce dont je n’avais jamais douté, que les discours les plus menaçants n’étaient souvent qu’une dette payée à de trop exigeants amis, et qu’au jour du danger on laissait la besogne épineuse aux niais et aux écervelé, du parti, à ceux dont le métier est de se faire tuer pour le plus grand profit de quelques ambitieux.

Notre avocat républicain resta dans les saines et traditionnelles doctrines de l’aristocratie révolutionnaire. Il s’enveloppa dans sa dignité de chef de parti, donna force conseils, ne recula devant aucune extrémité dans ses paroles, s’épuisa plus encore qu’à la tribune en protestation, d’amour pour la liberté, pour le peuple, pour la démocratie ; mais il vint un moment où son ardeur de langage mit en émoi les agents chargés de le surveiller. Quelle ne fut pas ma surprise en recevant un rapport qui m’annonçait l’arrestation du fougueux montagnard ! Mes agents l’avaient-ils pris au sérieux, ou, plus heureuse près de mes subordonnés qu’elle ne l’avait été près de moi, Mme C… avait-elle enfin obtenu d’eux qu’ils ce prêtassent à ses prudentes sollicitudes ? Elle pus dormir en paix ; elle vit enfin réaliser la faveur qu’elle sollicitait : son mari était sous les verrous[5].

Il y a un tel côté cabotin dans le Juif, un tel mépris du public que Crémieux, dans le procès d’une dame Ronconi, qu’il plaidait devant la cour, raconta en détails ce qu’il avait enduré au coup d’Etat pour la cause de la liberté.

Ce qui est tout à fait joli, c’est qu’il fit intervenir dans son discours Mme Crémieux, se désespérant à la pensée de ce que souffrait son malheureux mari plongé au fond d’un cachot. « M. Crémieux, dit à ce sujet le compère Frédéric Thomas dans ses Petites causes célèbres, a hérité du privilège de Montaigne qui savait parler de lui sans offusquer personne. »

M. de Maupas a dû bien rire.

Le mountebank de Gordon n’est-il pas là bien complet ? Cela n’empêcha pas le pays, lorsque le sol fut envahi, de prendre ce vieil avocat juif pour organiser la victoire.

Jamais le Juif, peut-être, ne s’affirma plus odieusement indifférent à tout ce qui touche à la Patrie, plus implacablement préoccupé de lui-même et de sa race, que dans les décrets rendus alors par Crémieux pour l’émancipation des Israélites algériens.

Le gouvernement de la Défense nationale, remarquons le tout d’abord, n’avait aucun droit à modifier le régime de l’Algérie ; en s’emparant du pouvoir il avait eu, par un reste de pudeur, le soin de déclarer qu’il ne le prenait que pour une tâche déterminée. Lorsqu’il remaniait profondément l’organisation algérienne, Crémieux commettait donc une usurpation dans une usurpation. Mais ces scrupules ne sont pas de ceux qui arrêtent un Juif, et Crémieux n’en rendit pas moins de cinquante-deux décrets sur la colonie en dehors, bien entendu, des nominations de fonctionnaires.

Crémieux ignorait-il davantage les troubles qu’il allait exciter, dans une région où tout nous commandait le maintien du statu quo, pour ne point affaiblir encore notre malheureux pays impuissant à résister à l’ennemi qui le pressait de toutes parts ? Il était, au contraire, admirablement informé de la situation, il connaissait l’hostilité qui régnait entre les Arabes et les Juifs[6] ; il avait été maintes fois plaider en Algérie et il avait été témoin de rixes survenues entre Musulmans et Israélites à propos des fêtes religieuses. En profitant d’un pareil moment pour rendre le décret qui naturalisait les Juifs algériens, il trahissait donc purement et simplement la France pour servir les intérêts de sa race.

En 1871, cette mesure avait un caractère particulièrement odieux. Les Arabes avaient fait héroïquement leur devoir pendant la guerre. Ces « diables noirs, » comme les appelaient les Prussiens, qui bondissaient sous la mitraille, avaient émerveillé l’ennemi à Wissembourg et à Woerth. Albert Duruy, qui, pour aller de suite au feu, s’était engagé parmi ces tirailleurs algériens, m’a raconté maintes fois l’effet presque fantastique qu’ils produisaient avec leurs cris sauvages, leur joie en entendant parler la poudre, leur façon de se ruer en avant comme des tigres. Pour ce camarade, qu’ils nommaient « le fils du vizir, » ces farouches avaient à la fois du respect et de l’affection. Quand, à Wissembourg, les tirailleurs dispersés, genou à terre, dans les houblonnières, reçurent l’ordre de tenir jusqu’au dernier moment pour protéger la retraite, Duruy baissa involontairement la tète sous la grêle de balles. Tout à coup, il sent une main de fer qui s’abat sur son épaule. « As pas pour ! as pas pour ! lui crie un Turco en montrant, comme pour rire au danger, ses dents blanches qui brillaient sur son visage cuivré.

On ne se fût étonné qu’à demi si le gouvernement de la Défense nationale eût accordé quelque récompense éclatante à ces Arabes héroïques qui, après avoir lutté si longtemps contre nous, nous défendaient à l’heure du péril[7]. Rome émancipa les esclaves qui avaient combattu pour elle pendant la Guerre sociale, et quelque proclamation, honorant du titre de citoyen français ceux qui s’étaient montrés dignes de ce nom, eût produit un effet considérable en Algérie.

Mais les hommes de Tours ne considéraient pas les choses ainsi. A côté de l’Arabe qui se bat, il y a en Algérie une race abjecte qui ne vit que de trafics honteux, qui pressure jusqu’au sang les malheureux qui tombent sous ses griffes, qui s’enrichit de la dépouille d’autrui. C’est à cette race qu’étaient acquises toutes les sympathies du gouvernement de la Défense nationale, et plus particulièrement de Crémieux.

Ce qu’est le Juif, en Algérie, rien de ce que nous voyons ici ne peut nous en donner une idée, car l’usure juive, qui a atteint en certains pays, en Alsace notamment, des proportions incroyables, n’est rien à côté de l’usure arabe.

La lettre de l’Empereur sur l’Algérie cite dans cet ordre un fait entre mille[8] :

Au mois de novembre 1861, deux douars de la tribu de Djebela (Aghalih de Mostaganem), atteints par plusieurs mauvaises années consécutives, n’avaient pas de grain de semence. Les principaux membres de ces douars, leur caïd en tête, eurent recours à un Israélite de Mostaganem. Celui-ci consentit à leur livrer de l’orge au prix exorbitant de 36 francs le quintal. Cette somme devait être restituée à la récolte suivante, non en argent mais en nature, au prit courant des marchés. Or, au mois d’août 1862, l’orge valait 7 fr, le quintal et les gens de Djebela durent rendre près de six quintaux pour un, c’est-à- dire qu’ils avaient emprunté à 600 p. 100[9].

Grâce à ces procédés, le Juif jouit en Algérie d’un mépris que l’on comprend. Il peut entrer à toute heure sous la tente et dans la maison d’un Arabe, les femmes ne se couvriront même pas de leurs voiles, pour elles le Juif n’est pas un homme.

Un Arabe se croirait déshonorer s’il tuait un Juif.

Dans l’affaire de la caravane de Guefsa, en 1871, un des accusés, Ben Ganah, ordinairement impassible, eut comme une explosion de fureur quand on l’accusa du meurtre d’un Juif. « Moi, disait-il, tuer des Juifs ! J’ai tué des Hammama, je vengeais mon père, mais on ne tue pas un Juif, on ne tue pas une femme. Si j’avais tué un Juif, serais-je venu de moi-même m’offrir à votre justice ? Je n’oserai pas me montrer dans ma tribu. »

Jamais, dit à ce sujet M. du Bouzet[10], jamais un cavalier des Nemencha n’admettra que le fils du grand caïd Ganah ait pu tuer un Juif, le reconnaissant pour tel. Le dernier des bergers de la tribu aurait honte d’un pareil meurtre. Un brigand assassinera un Israélite isolé pour supprimer l’unique témoin de son crime. Mais dans l’attaque d’une caravane les Juifs n’ont qu’à se faire reconnaître pour que leur vie soit épargnée.

Nous ne saurions mieux faire, d’ailleurs, pour montrer quels étaient les intéressants protégés de Crémieux, que de reproduire le portrait plein de couleur et de mouvement, que M. de Maupassant, dans « Au soleil », a tracé du Juif arabe.

A Bou-Saada, on les voit accroupis en des tanières immondes, bouffis de graisse, sordides et guettant l’Arabe comme l’araignée guette la mouche. Ils l’appellent, essayent de lui prêter cent sous contre un billet qu’il signera. L’homme sent le danger, hésite, ne veut pas ; mais le désir de boire et d’autres désirs encore le tiraillent : cent sous représentent pour lui tant de jouissances ! Il cède enfin, prend la pièce d’argent et signe le papier graisseux. Au bout de six mois, il devra dix francs, vingt francs au bout d’un an, cent francs au bout de trois ans. Alors le Juif fait vendre sa terre, s’il en a une, ou, sinon, son chameau, son cheval, son bourricot, tout ce qu’il possède enfin.

Les chefs, caïds, aghas, ou bach’agas, tombent également dans les griffes de ces rapaces qui sont le fléau, la plaie saignante de notre colonie, le grand obstacle à la civilisation et au bienêtre de l’Arabe.

Quand une colonne française va razzier quelque tribu rebelle, une nuée de Juifs la suit, achetant à vil prix le butin revendu aux Arabes dès que le corps d’armée s’est éloigné. Si l’on saisit, par exemple, six mille moutons dans une contrée, que faire de ces bêtes ? Les conduire aux villes ? Elles mourraient en route, car comment les nourrir, les faire boire pendant les deux ou trois cents kilomètres de terre nue qu’on devra traverser ?

Et puis il faudrait, pour emmener et garder un pareil convoi, deux fois plus de troupes que n’en compte la colonne. Alors les tuer ? Quel massacre et quelle perte ! Et puis les Juifs sont là qui demandent à acheter, à deux francs l’un, des moutons qui en valent vingt. Enfin le Trésor gagnera toujours douze mille francs, on les leur cède. Huit jours plus tard, les premiers propriétaires ont repris à trois francs par tête leurs moutons. La vengeance française ne coûte pas cher.

Le Juif est maître de tout le Sud de l’Algérie. Il n’est guère d’Arabe, en effet, qui n’ait une dette, car l’Arabe n’aime pas rendre. Il préfère renouveler son billet à cent ou deux cents pour cent. Il se croit toujours sauf quand il gagne du temps. Il faudrait une loi spéciale pour modifier cette déplorable situation. Le Juif, d’ailleurs, dans tout le Sud, ne pratique guère que l’usure par tous les moyens aussi déloyaux que possible, et les véritables commerçants sont des Mozabites…

On peut compléter le tableau par quelques mots qu’un écrivain, qu’on n’accusera certes pas d’être un partisan de l’Inquisition, consacre aux mêmes personnages dans l’ouvrage qui a pour titre : France, Algérie, Colonies.

Les Juifs algériens, dit M. Reclus, ont été naturalisés en bloc, par décret, pendant que nous luttions contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. Ils ne l’avaient pas certes mérité, occupés qu’ils étaient uniquement de banque, de commerce, de courtage, de colportage et d’usure ; nul d’entre eux ne tient la charrue, n’arrose les jardins ou ne taille les vignes, et il y a très peu d’hommes de métiers parmi ces arrières neveux du supplanteur d’Esaü. Aucun n’avait péri dans nos rangs, sous les boulets du Nord, comme ces Berbères, ces Arabes, ces nègres, qui furent parmi les héros de Reichshoffen ; et s’ils n’ont point défendu l’Algérie contre nous, de 1830 à 1871, ils ne la défendront pas non plus contre nos ennemis.

Ces Juifs s’étaient-ils au moins recommandés par leur amour pour la France` ? Ils s’étaient bornés, selon leur coutume, à gagner de l’argent dans les deux camps.

« Au commencement de la conquête, dit le capitaine Villot, ils servaient d’espions tour à tour pour les Français et pour El Hadj Abd-El-Kader, se tenant dans une attitude habituellement neutre, jusqu’à ce que la fortune se fût décidée en notre faveur. »

Tandis que les Arabes se battaient pour nous, les Juifs, au contraire, applaudissaient à nos défaites avec le plus indécent cynisme. Le capitaine Villot a raconté les scènes qui se passèrent à Constantine à la nouvelle du désastre de Sedan. Toute cette population cosmopolite, « réellement ivre de joie, » trépignait de bonheur et se livrait dans les rues à des danses ignobles. Il y eut cependant un détail touchant. On avait jeté sur le pavé le buste de l’Empereur ; quelques indigènes en ramassèrent les débris et les emportèrent. N’est-ce pas émouvant, ce souverain qui a possédé le plus bel empire de la terre et qui n’a plus pour fidèles que quelques Arabes, qui se souviennent que ce vaincu est venu jadis leur rendre visite dans tout l’éclat de sa puissance, qu’il s’est intéressé à eux, qu’il a empêché leur dépossession ?

Les Juifs ne manifestèrent leur dévouement à la France qu’en se ruant, avec des Espagnols et des Maltais, sur le malheureux général Walsin-Esterhazy qui, souffrant encore d’une blessure et incapable de se défendre, fut accablé de mauvais traitements, roué de coups et obligé de se rembarquer[11].

L’Algérie fut alors le théâtre d’épisodes inouïs, auxquels se mêle cet élément d’impudence et de puffisme, ce côté saltimbanque, dit très bien Gordon, qui est entré dans les affaires publiques à la suite des Juifs. L’affaire des officiers laissée libres, à la condition de ne plus porter les armes contre la Prusse, semble un chapitre de Tartarin de Tarascon, une histoire de la Cannebière.

Vous savez de quelle écume se composent les villes d’Algérie. Depuis l’ouverture de la campagne, tous les foudres de guerre, qui déblatéraient contre nos généraux, avaient passé leur temps à faire l’absinthe dans les cafés pendant que les autres marchaient sous le soleil ardent, souffraient la soif, la faim, se battaient un contre dix. Quand nos malheureux officiers, accablés de fatigues et la plupart blessés, arrivèrent de Sedan et de Metz, ces farceurs refusèrent de les laisser séjourner en Algérie, sous prétexte que la vue de ces capitulés, c’est le nom qu’on leur donnait, offusquait et souillait la vue des patriotes. Peut-être, ces officiers eussent-ils été mieux inspirés en ne signant pas le revers, mais franchement cette susceptibilité militaire, de la part de gens qui ne se sont pas battus, n’est-elle pas le comble du comique ? N’est ce pas de l’Erckmann-Chatrian africain ?

Derrière ce délire patriotique apparent, il y avait tout simplement quelques agents allemands qui distribuaient de l’argent aux meneurs de cette tourbe internationale pour empêcher que nos officiers, en revenant prendre leur place en Algérie, ne rendissent disponibles d’autres officiers dont on avait grand besoin en France.

Ces preuves de dévouement ne firent qu’affermir Crémieux dans son dessein. Il était, comme il le dit lui-même, « Tout à la joie, une des plus grandes de sa vie, de donner à trente mille de ses coreligionnaires le titre de citoyen français. » Il préparait d’ailleurs ces décrets sans consulter personne qui fût au courant des affaires de la colonie ; il s’était fait, remettre tous les dossiers concernant l’Algérie et il eut soin en se retirant d’en dérober les principales pièces[12].

Le 24 octobre 1870, le gouvernement de la Défense publia le fameux décret.

Le gouvernement de la Défense nationale décrète :

Les Israélites indigènes des départements de l’Algérie sont déclarés citoyens français. En conséquence leur statut réel et leur statut personnel seront à compter de la promulgation du présent décret réglés par la loi française ; tous droits acquis jusqu’à ce jour restent inviolables.

Toute disposition législative, tout sénatus-consulte, décret, règlement ou ordonnance contraire sont abolis.

Fait à Tours, le 24 octobre 1870.

Ad. Crémieux, L. Gambetta, A. Glais-Bizoir, L. Fourichon.

Ce décret, on le comprend, excita en Algérie une unanime indignation. Sur ce point, nous renvoyons nos lecteurs à l’Enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale et à l’admirable rapport de M. de la Sicotière qui est une véritable page d’histoire. La majorité conservatrice de l’Assemblée borna son action au document ; elle léguera les plus intéressants matériaux à l’avenir, qui ne parviendra pas à comprendre comment, éclairée à ce point sur les crimes des hommes du 4 Septembre, elle ait hésité à les poursuivre, comment, convaincue des malheurs que la République avait attirés sur le pays, elle n’a pas eu le courage de la faire disparaître de suite. Meliora video, deteriora sequor, telle fut sa devise.

En écoutant les dépositions des témoins de cette enquête, en lisant tout ce qu’ont écrit sur cette question ceux qui étaient bien placés pour la juger, il n’est pas possible de douter que Crémieux n’ait été l’auteur principal, le seul responsable de l’insurrection algérienne.

Pour moi, dit l’amiral de Gueydon, le décret d’assimilation a été la cause déterminante de l’insurrection, les Musulmans en ont été extrêmement froissés.

Haine de classes et de races, intérêts froissés, dit le capitaine Villot, jalousies et ressentiments, telles furent les conséquences de ce décret malheureux.

Les indigènes musulmans furent écœurés de voir élever à la dignité de citoyens français leurs ennemis séculaires, des gens qu’ils considèrent comme lâches, serviles et méprisables. « Pourquoi donc cette préférence, dirent-ils, est-ce que les Juifs ont comme nous prodigué leur sang en Crimée, en Italie, au Mexique ; est-ce qu’ils ont dix mille des leurs prisonniers en Allemagne ? »

M, de Presbois, chef d’escadron en retraite, ancien représentant de l’Algérie, en 1848, était plus sévère encore……

Au moment où un comité dit républicain ou de défense obtenait la naturalisation en masse des Juifs, c’est-à-dire de la partie la moins intéressante de la population algérienne et à coup sûr la plus dérisoire au point de vue de la défense, l’insurrection des populations arabes et kabyles y répondait.

Quand ils apprirent le décret de M. Crémieux qui naturalisait les Juifs, leur exaspération se transforma en profond mépris pour les Français qui s’étaient abaissés jusqu’à envoyer des délégués aux Juifs de Bordeaux, pour solliciter leur assimilation à une race méprisée. Alors les premiers symptômes de soulèvement se manifestèrent. Pour qui connaît ces races indigènes, fières et belliqueuses, il est de toute évidence que leur orgueil fut révolté de se voir menacées d’être subordonnées aux Juifs.

Les Français à leurs yeux descendaient au niveau des Juifs.

Ainsi, les Juifs naturalisés en vue de manœuvres électorales, après nous avoir suscité bien des embarras depuis le jour de la conquête, devaient mettre la colonie en péril.

Le général Ducrot écrivait en 1871 (La vérité sur l’Algérie) : « Le décret de M. Crémieux sur la naturalisation des Juifs mit le feu partout. »

M. Serre (Les Arabes martyrs, études sur l’insurrection de 1871 en Algérie) :

Sans la naturalisation des Juifs par le décret Crémieux et sans les événements de la Commune, la révolte n’eût point acquis le caractère effroyable et universel qu’elle a montré.

L’Akhbar disait de son côté, à la date du 15 novembre 1872 :

La naturalisation des Juifs a été une des causes principales de l’insurrection ; elle a jeté l’insulte à la face du peuple musulman en proclamant la suprématie du Juif indigène sur l’Arabe et sur le Kabyle.

L’insurrection éclata quand les populations musulmanes virent, à la fin de janvier 1871, les Israélites faire les fonctions de jurés. « Alors seulement, dit l’exposé des motifs du projet d’abrogation, ces populations, qui n’avaient pas été frappées de la déclaration du 24 octobre, ont compris qu’elles pouvaient devenir justiciables des Israélites indigènes. Et si cette interprétation des faits était contestée on rappellerait que le Kalifa de la Medjana, Si Mokrani, en renvoyant la croix d’officier de la Légion d’honneur, a fait savoir qu’il aimerait mieux mourir les armes à la main que de tolérer l’affront fait à sa race, en plaçant les israélites au-dessus d’elle. L’attribution du droit de siéger, faite à ces derniers, est donc à la fois prématurée et dangereuse ; elle a été, au moins, une des causes de l’insurrection. »

En face du Juif oblique comme Crémieux, qui trahit le pays qui s’est confié à lui, il faut placer la noble et loyale figure de notre vaillant ennemi Sidi Mohamed Ben Ahmed el Mokrani.

Mokrani est la plus complète personnification de ces grands seigneurs arabes, tels que Fromentin s’est plu à nous les montrer sous les ciels aux tons fins qu’il peint si bien, à nous les raconter dans ses livres pleins de couleur. Passionnés pour les belles armes et les beaux chevaux, superbes sur leurs étriers dans les brillantes fantasias, graves et dignes au seuil de leurs tentes, en souhaitant la bienvenue à leurs hôtes, fastueux, quand ils traitaient nos officiers, ces chefs, après de longues résistances, avaient été fascinés et séduits par la bravoure de nos soldats ; ils étaient fiers de porter sur leur burnous la Légion d’honneur, cette fleur aujourd’hui flétrie, cet emblème désormais prostitué qui, jadis, signifiait courage, talent ou vertu. Ennemi terrible, ami sincère, Mokrani était digne de vivre au temps de Yousouf-ben-Ayoub-Salah-Eddyn et de combattre avec des chevaliers croisés[13]. C’est par un fait d’armes digne des temps héroïques, dans un combat singulier qu’il avait gagné la croix d’officier, en tuant de sa propre main, au milieu de ses partisans, l’agitateur Bou Barghla.

Quand un officier français transmit au Bach-Aga le décret de Crémieux, il cracha dessus et le retourna à l’envoyeur en disant simplement :

« Je n’obéirai jamais à un Juif ! ».

Cet homme qui avait toutes les générosités ne voulut pas attaquer la France aux prises avec l’Allemagne. Il attendit chevaleresquement que nous puissions disposer de toutes nos forces pour lutter. Ce fut alors qu’il renvoya sa décoration au général Augeraud et qu’en le remerciant courtoisement des égards qu’il lui avait témoignés, il lui adressa la déclaration de guerre qui se terminait par ces mots : « Si j’ai continué à servir la France, c’est parce qu’elle était en guerre avec la Prusse et que je n’ai pas voulu augmenter les difficultés de la situation. Aujourd’hui, la paix est faite et j’entends jouir de ma liberté. »

Mokrani tomba en héros ; il se fit tuer, ne voulant ni servir la France déshonorée, ni combattre plus longtemps un pays qu’il avait aimé, un pays dont il avait été l’hôte dans les fêtes de Compiègne et de Fontainebleau. Pour être plus sûr de mourir, il quitta, lui, le cavalier sans rival, ce cheval qui peut-être, dans un élan désespéré, eût arraché son maître au péril. C’était dans l’Oued-Zeloun, il rencontra nos zouaves qui couronnaient un mamelon, il pouvait passer, il attaqua et comment ? Il descendit de cheval, lui, le grand seigneur et, à pied, à la tète de sa troupe hésitante, il gravit la côte et marcha en avant jusqu’à ce qu’une balle vienne le frapper au front. Il espérait que sa mort, annoncée par lui depuis plusieurs jours, mettrait fin à l’insurrection[14]. »

Sidi Mokrani, en tous cas, n’avait pas obéi à des Juifs. Parmi les officiers français que la fatalité des temps où nous sommes avait réduits à la triste nécessité de mettre leur épée au service de ceux qui vivaient d’usure et de vol, beaucoup pleurèrent et peut-être envièrent le sort du Scheik sans faiblesse et sans peur.

Détail amusant, en effet, et qui est bien juif, ce furent nos pauvres soldats, nos fils de mères chrétiennes qui furent obligés de se faire tuer pour assurer les droits de citoyens aux usuriers d’Algérie, qui ne daignaient même pas défendre les privilèges qu’on leur avait accordés.

Sauf des exceptions fort rares, dit M. du Bouzet, l’Israélite indigène ne peut devenir soldat : la guerre n’est point dans ses mœurs. Il lui faut trois mois pour apprendre à tirer un coup de fusil sans tomber à la renverse. Combien plus pour entendre siffler les balles sans prendre la fuite ! Or, vous n’ignorez pas, messieurs, qu’en cas d’insurrection arabe, tous les Français d’Afrique doivent prêter un concours actif à nos soldats. Fera-t-on une exception en faveur des Israélites devenus citoyens ? Ce privilège serait injuste. Marcheront-ils avec les vrais Français ? Leur esprit si peu militaire sera d’un dangereux exemple. Enfin qu’ils se battent ou qu’ils s’enfuient, leur présence dans nos rangs suffira pour ébranler la fidélité de nos auxiliaires musulmans et pour exaspérer l’ennemi.

L’Exposé des motifs ne permet pas de doutes sur ce point :

Lors de l’insurrection arabe, les Israélites ne se sont prêtés qu’avec une extrême répugnance au service militaire. Tout le monde sait qu’en Algérie, à part des exceptions très peu nombreuses, le tempérament et les mœurs des Israélites se refusent absolument à l’incorporation utile dans les rangs de notre armée. Ceux qui ont marché, en petit nombre, n’ont pu s’accommoder de l’ordinaire du soldat en campagne, par le motif que leur loi religieuse s’y opposait. Il a fallu les renvoyer d’autant plus vite que les tirailleurs musulmans et les hommes des goums ne pouvaient accepter l’idée de faire le coup de feu contre leurs coreligionnaires arabes en voyant des Juifs dans nos rangs. Ainsi, pour des raisons qui leur sont propres ou qui tiennent à leurs rapports avec d’autres races, les Israélites sont incapables du service militaire.

Les Juifs avaient eu peur ; ils furent sans pitié. Des Arabes, qui s’étaient rendus sur la parole formelle, sur la parole écrite de nos officiers, qui avaient des engagements signés par les généraux Lallemand, Bonvalet, Augeraud, furent exécutés sans que nos officiers osassent protester contre ces infamies qui les avilissaient eux-mêmes, qui détruisaient à tout jamais le beau renom de loyauté de notre armée.

A Rebval, un malheureux Arabe avait conservé sur lui la lettre d’aman signée par nos généraux et, naïvement obstiné dans cette croyance qu’un soldat français ne manquait jamais à ses engagements, il la tendit à l’officier qui commandait le peloton d’exécution. L’autre, au lieu d’obéir à la voix de l’honneur et de faire exécuter quelques Juifs à la place de ce vaincu, eut le triste courage de commander le feu… Le pauvre Arabe tomba en soulevant au-dessus de sa tête, comme par une sorte de protestation silencieuse, le mensonge écrit d’un Français.

Ce qui est plus saisissant encore, c’est que les Arabes furent soigneusement exclus de l’amnistie ; on amnistia des Français qui avaient assassiné, incendié, on fut impitoyable pour ces hommes qui étaient aussi excusables d’avoir voulu reprendre leur indépendance que nous le serions de nous révolter contre les Prussiens si nous étions conquis par eux[15].

Ce qui est intéressant, c’est de voir comment cette question se termina devant l’Assemblée nationale. Vous croyez peut-être que, parmi ces catholiques qui forment la majorité, un homme va se lever, souffleter de son mépris le fanatique vieillard qui, dans l’intérêt des siens, a déchaîné l’épouvantable insurrection qui a coûté la vie à tant de Français. Vous supposez qu’une voix tout au moins s’élèvera pour rendre hommage à tous ces Arabes tués dans la guerre d’Allemagne, pour la défense d’un pays qui leur avait enlevé leur indépendance.

Vous connaissez mal les conservateurs catholiques ; ils sont habiles avant tout, ils n’osent déplaire à Rothschild, proclamer la vérité, montrer les choses telles qu’elles sont. Ils souriaient déjà d’un air malin dès cette époque, et semblaient dire : « Laissez-nous faire ! » Encouragés par le succès de leur habileté, ils sourient encore aujourd’hui et, différents des braves gens d’autrefois qui sont morts en affirmant leur opinion, ils souriront encore d’un air de plus en plus malin sur la charrette qui les emmènera au supplice. « Le fin sourire » d’un politique conservateur ! Quel poème !

Le vrai malin c’est Crémieux ; c’est plaisir que de l’entendre expliquer à ses frères de l’Alliance israélite, dans la séance du 12 mai 1872, comment il s’y est pris pour empêcher le décret d’être rapporté ; il semble qu’on l’écoute marcher avec « ces chaussures de liège » dont parle Saint-Simon. Des planches, c’est ainsi qu’on appelle des lettres dans le jargon maçonnique[16], s’échangent activement. Au moment où Crémieux s’apprête à partir pour l’Algérie, Barthélemy Saint-Hilaire le prévient que l’amiral de Gueydon vient d’arriver, il lui donne son adresse[17]. Crémieux écrit à l’amiral pour lui demander un rendez-vous, mais avant de l’avoir vu il lui demande une permission. Laquelle ? C’est de lui dire qu’il est un homme admirable. Vous voyez d’ici le Juif moelleux, caressant, enveloppant.

Fourtou est circonvenu à son tour. On entend, sans y assister, la conversation du chef de la Juiverie cosmopolite, qui déniaise ce petit avocat de Ribérac devenu député influent, qui lui explique ce que c’est que la Haute Banque, qui survit à tout, qui distribue les places grassement rétribuées d’administrateurs de chemins de fer[18]. On aperçoit les yeux du Périgourdin qui s’allument. « Qu’est-ce que j’allais faire ? mon Dieu ? » s’écrie-t-il, et au lieu de presser la discussion du projet dont il est le rapporteur, il promet de la retarder.

Le décret d’abrogation avait été déposé par M. Lambrecht, ministre de l’intérieur, le 21 juillet 1871.

Chargé du rapport, M. de Fourtou avait été fort affirmatif et formel, il disait notamment : Rompre cet équilibre entre les Juifs et les Musulmans, appeler les Israélites à une place privilégiée dans la société algérienne, n’est-ce pas réveiller fatalement contre eux-mêmes des haines non encore assoupies, allumer contre nous d’implacables colères et jeter ainsi dans notre colonie une semence de soulèvements et de révoltes ?

…..La naturalisation des Juifs est devenue un des textes de prédication à l’aide desquels on a pu produire, entretenir et développer le mouvement insurrectionnel. Pour exalter le fanatisme religieux du peuple, les fauteurs de la révolte lui disaient : le Juif sera soldat, et il pourra combattre à coté d’un Musulman ; le Juif fera partie des milices et il pourra appréhender au corps un Musulman.

Les Juifs seront désormais les maîtres, et voilà la récompense de notre sang versé à flots pour la cause de la France, sur les champs de bataille de l’Europe !

Ces discours enflammaient les âmes ; et lorsque, en effet, les Musulmans voyaient inscrire les Iraélites sur les listes du jury, les autorités françaises en étaient réduites, pour apaiser leur fureur, à leur expliquer que les Juifs, toujours récusés par le ministère public ou par la défense, ne seraient, en définitive, jamais appelés à les juger. Les chefs musulmans ont donc prêché en quelque sorte la guerre sainte, et nous croyons pouvoir affirmer que le décret à abroger, étranger peut-être aux causes initiales de l’insurrection, a exercé une réelle et fatale influence sur son intensité et sa durée.

Le 21 août 1871, l’urgence fut demandée et obtenue.

Crémieux s’agita tellement qu’il empêcha la discussion de venir en temps utile. Ce fut alors que M. Lambrecht se vit obligé de proposer au Président de la République les décrets du 7-9 octobre 1871, qui se bornaient à faire disparaître du décret de naturalisation ce qu’il avait d’absolument anormal.

L’Assemblée nationale, disait M. Lambrecht dans son rapport au président, s’est séparée avant de statuer sur le projet de loi qui avait été présenté en vue de l’abrogation du décret du 24 octobre 1870 qui a conféré aux israélites indigènes de l’Algérie les droits de citoyens français. Ce décret reste donc provisoirement en vigueur et doit recevoir son application lors des élections, qui auront lieu très prochainement, pour les conseils généraux et les conseils municipaux de la colonie, mais il importe de prévenir le retour des difficultés auxquelles cette application a donné lieu jusqu’ici en exigeant, de ceux qui prétendront à l’exercice des droits électoraux, la justification préalable de l’indigénat d’après les principes du droit civil français.

L’article 1er du décret était ainsi conçu :

Le président de la République, sur la proposition du ministre de l’intérieur et du gouverneur civil de l’Algérie, décrète :

Article premier : Provisoirement, et jusqu’à ce qu’il ait été statué par l’Assemblée nationale sur le maintien ou l’abrogation des décrets du 24 octobre 1870, seront considérés comme indigènes et à ce titre demeureront inscrits sur les listes électorales, s’ils remplissent d’ailleurs les conditions de capacité civile, les Israélites nés en Algérie avant l’occupation française ou nés depuis cette époque de parents établis en Algérie à l’époque où elle s’est produite.

Le 20 octobre, Crémieux, dont pas un collège électoral n’avait voulu aux élections générales, trouva en Algérie un bourg pourri, oû il fut nommé par les Juifs qui lui devaient bien cela.

Crémieux eût cependant un instant de frayeur. Le projet d’abrogation dont personne ne s’occupait avait suivi son cours et il allait être mis en discussion. « Un matin, dit Crémieux, je vis à l’ordre du jour du surlendemain de la dernière séance cette phrase fatale : Première délibération, projet de loi relatif aux Juifs de l’Algérie, urgence déclarée. »

Ce jour-là Crémieux avait la goutte ! Il faut l’entendre raconter ce qu’il souffrit. « Je ne vivais plus, s’écrie-t-il ; messieurs, quand Dieu m’a conservé à ce moment-là, c’est qu’il n’a pas voulu me laisser mourir. »

Le salut de l’Algérie faillit dépendre d’un accès de goutte. C’était une fausse alarme. Lambrecht était mort subitement, ce qui arrive parfois à ceux qui gênent Israël, et Crémieux avait même versé sur lui quelques larmes de crocodile. M. de Fourtou, dont la conversation avec Crémieux avait décidément désillé les yeux, et qui voyait déjà des milliers de jetons de présence passer dans ses rêves, avait perdu sa belle ardeur de rapporteur. Tout resta dans le statu quo, et l’Algérie fut abandonnée à son malheureux sort[19].

Pas un membre de la droite, je le répète, n’eut assez de clairvoyance patriotique pour porter de nouveau le débat à la tribune.

Crémieux avait réussi, il avait profité des catastrophes de la Patrie pour octroyer aux siens le privilège d’opprimer ceux qui valaient mieux qu’eux et, bon gré mal gré, on avait régularisé l’empiétement au nom du fait accompli. C’est là toute la politique des Juifs depuis 1791 : La guerre, la paix, l’insurrection, la réaction tout leur rapporte. Ils avancent toujours, nous l’avons dit, à mesure que le pays recule.

Il n’est point sans utilité de montrer maintenant ce qu’est devenue l’Algérie grâce au décret Crémieux. Comme on devait s’y attendre, les Juifs sont les maîtres absolus du pays. M. du Bouzet prévoyait déjà ce résultat.

Les Juifs, disait-il, doivent inspirer à la population chrétienne et par cela même au gouvernement une crainte réelle. En effet, les Juifs ne forment qu’un seul et même parti. Ils sont complètement dévoués et soumis à leur autorité religieuse et comme il y a des divisions ailleurs et qu’il y a chez eux la plus parfaite union sous l’influence des chefs religieux qui les dirigent, ils porteront toujours d’un seul coté les forces dont ils disposent et seront les maîtres des élections[20].

Les Juifs, disposant en souverains du pays, noient incessamment l’élément français sous des flots d’israélites venus de tous les points de l’Afrique. En 1875, les habitants d’Oran, dans une pétition qui n’eut d’ailleurs aucun succès, constataient qu’il ne devait y avoir que 500 électeurs israélites inscrits sur les listes électorales du 31 mars 1875, mais qu’au dernier moment on y avait adjoint 1082 Juifs barbaresques, qui n’avaient aucun titre à voter[21].

On devine ce qu’est cette tyrannie du Juif, se vengeant du mépris qu’il a mérité et subi pendant tant de siècles. Il y a là-bas un potentat, à la fois grotesque et affreux, Kanoui, celui qu’on appelle le Rothschild d’Oran ; il mène tout le département ; le préfet est son humble esclave ; tous les agents du gouvernement sont à sa disposition.

Dans la séance du 23 novembre 1885, la discussion de l’élection de Thomson, petit gendre de Crémieux, un des plus vils parmi les Juifs que Gambetta traînait après lui, fournit à M. Andrieux l’occasion de montrer ce qu’était cette ignoble population.

Les Juifs de Constantine trafiquent de leur vote, ouvertement, en plein jour, ils se vendent pour deux ou trois francs en moyenne[22].

Dès que la mairie, disait M. Andrieux, a distribué les cartes électorales, c’est-à-dire cinq ou six jours avant l’élection, on fait un pointage soigneusement établi des Israélites qui figurent sur les listes électorales ; on leur adresse des courtiers qui viennent les trouver et réclament leurs cartes. Les Juifs donnent leurs cartes et reçoivent des arrhes sur le pris convenu. Le courtier emporte les cartes et les empile dans un magasin ; le jour du vote, les Juifs viennent les chercher ; elles leur sont remises ; on forme des groupes de quatre à cinq personnes que l’on fait accompagner par des surveillants jusqu’à la porte de la mairie et ce n’est qu’à leur sortie qu’on leur compte le complément du prix. C’est ainsi qu’ont voté presque tous les électeurs Israélites de Constantine, je ne dis pas seulement de la ville de Constantine, mais de la province tout entière.

Les députés ainsi nommés s’appellent des députés cachirs.

Bien entendu, les Juifs ne reconnaissent les tribunaux français qu’autant que ceux-ci leur donnent raison. Quand les juges ont refusé, par hasard, de sanctionner quelque épouvantable usure de cinq ou six cents pour cent, ils déclarent que Jehovah ne leur a pas dit d’obéir au code civil. {{interligne} Français, écrivait le correspondant du Figaro, à la date du 8 novembre 1883, ils le sont tant que ce titre procure quelque avantage, mais quand il s’agit d’obéir aux lois, ils sont uniquement Juifs et prétendent ne relever que de l’autorité du Consistoire.

Pour n’en citer qu’un exemple : qu’un différend surgisse entre Israélites et colons ou indigènes, ceux-ci se référeront, bien entendu, aux tribunaux ordinaires, mais alors messieurs les Juifs, tout Français que les ait faits le grand législateur Crémieux, récuseront ce tribunal, et en appelleront à l’autorité du Consistoire. Le plus curieux, en ce cas, c’est que jusqu’alors les juges leur ont donné raison en se déclarant incompétents dans les différends qui les amenaient à la barre du tribunal régulier.

A quoi tient ce déplorable état de choses ? Tout simplement à la puissance des enfants d’Israël, puissance qui n’a fait que croître et embellir depuis qu’on leur a octroyé le titre de Français.

D’un jugement rendu par la Cour de cassation, le 6 juin 1883, sous la présidence du Juif Bédarrides, il résulte que le mariage civil, l’enregistrement, comme on dit au village, qui n’a aucune valeur morale pour nous et auquel nous sommes assujettis, n’est point imposé aux Israélites qui n’en jouissent pas moins des droits de citoyens français.

Voici un des considérants de cet arrêt :

Aucune loi, aucun décret ou ordonnance n’imposant aux Israélites indigènes l’obligation de se marier devant l’officier de l’état civil français, toute union contractée dans ces conditions doit être considérée comme l’expression d’un vœu libre et spontané des parties, alors surtout que les juges du fond constatent souverainement, comme dans l’espèce, qu’aucun fait de pression administrative n’a même été allégué par la partie intéressée.

Pourquoi ne pas mettre les curés sur le même pied que les rabbins ? Pourquoi ne pas laisser aux chrétiens les mêmes droits qu’aux Juifs et leur permettre de se contenter du mariage religieux sans être obligés de passer par la mairie ?

Enchâssons comme une perle, à ce sujet, l’exclamation du Juif Naquet dans la discussion de la loi du divorce au Sénat : « Je proteste contre l’expression d’adultère légal, dont M. Chesnelong s’est servi en parlant du divorce. J’y vois une trace des doctrines de cette école gui ne reconnaît pas le mariage civil. (Réclamations à droite.) »

Non seulement ses coreligionnaires ne reconnaissent pas le mariage civil, mais ils ne s’y soumettent pas ! Quelle impudence dans ce Naquet !

Les Israélites ont gardé, naturellement, cette sainte horreur pour le métier des armes que constatait M. du Bouzet. Ils passent leur vie à diffamer nos généraux dans les journaux algériens qui leur appartiennent ; les uns publient contre nos braves officiers de zouaves des articles intitulés : Brutes ; les autres écrivent à la Lanterne, comme ce réserviste, qui était sorti des rangs pour insulter avec ses couacs ! couacs ! un vieux prêtre qui passait sur la route, et qui trouvait fort mauvais que son capitaine l’eût mis à la salle de police pour cet exploit.

Le général Davout s’était proposé de résoudre ce grand problème d’organiser l’armée d’Algérie de façon à faire face à une insurrection toujours possible sans recourir à des troupes de France. Il avait été très frappé de ce fait que l’envoi de quarante bataillons, en 1831, tout en jetant le désordre dans la mobilisation générale, n’avait eu, en Algérie, qu’un effet médiocre en raison du peu d’acclimatement des hommes et de leur inexpérience de la vie d’Afrique. Violemment attaqué par les Juifs, d’accord avec les députés radicaux de l’Algérie, toujours au premier rang quand il s’agit de trahir la Patrie, le général a dû renoncer à toute réorganisation sérieuse.

La France militaire a donné, à plusieurs reprises, des détails inouïs sur la façon dont les Juifs naturalisés comprennent leurs devoirs. La plaie de notre armée d’Afrique, dit ce journal, «  c’est le mosaïsme militaire[23]. »

Nul n’a idée du spectacle répugnant, écœurant, qu’offre l’incorporation des réservistes algériens dans un régiment, pardon, non pas de tous les réservistes algériens, car les fils de colons, somme toute, endossent l’uniforme d’assez bonne grâce, mais des réservistes israélites ! Chez les Juifs algériens, l’esprit militaire fait défaut de la façon la plus absolue. Il y a honte, honte vraiment, à donner l’uniforme des rudes soldats d’Inkermann et de Palestre à des gens qui pleurent dans les rangs pour une apostrophe un peu rude et qui sanglotent quand l’étape est un peu longue.

Tirman, le gouverneur actuel, ne reçoit même pas les Français. « En revanche, dit un journal algérien, il reçoit les Juifs indigènes dès qu’ils se présentent, il est bon d’ajouter qu’ils ne se présentent jamais aux portes du palais sans être richement lestés. »

De temps en temps la presse divulgue quelques-unes des monstrueuses exactions que le gouvernement républicain commet là-bas d’accord avec les Juifs.

Dans la commune mixte de Guergour, les indigènes avaient encore à payer une somme de 60,000 francs sur l’impôt de guerre de 1871.

Le gouverneur général donne l’ordre de faire rentrer cet argent dans les caisses du Trésor. Après en avoir longuement délibéré, l’administrateur Chanel et le caïd de l’Arach décident que, sans tenir compte des sommes précédemment versées, chaque famille indigène paiera proportionnellement à son revenu. Ce qui fut dit fut fait. Mais les indigènes, qui s’étaient libérés antérieurement, refusèrent de payer une seconde fois.

L’administrateur, armé des fameux pouvoirs disciplinaires votés par la Chambre pour une durée de six années, fait arrêter les récalcitrants, les fait rouer de coups de bâtons et jeter en prison. Puis il distribue des condamnations à cinq jours de prison et 15 francs d’amende.

Les indigènes viennent réclamer au sous-préfet de Bougie qui demande des explications à l’administrateur.

Celui-ci, pour toute réponse, fait mettre en prison ceux qui se sont permis de se plaindre et l’on distribue, à cette occasion, cinq ou six cents jours de prison accompagnés d’amendes qui pèsent cruellement sur des malheureux déjà sans ressources.

L’appétit vient en mangeant et le projet Tirman-Waldeck-Rousseau-Kanoui ne visait à rien moins qu’à l’expropriation pure et simple des Arabes au profit des Juifs.

La Chambre, à la grande colère des opportunistes, hésita devant l’énormité d’un tel acte et refusa les cinquante millions que demandait, avec toute sorte de paroles insidieuses, Tirman, l’ami des Juifs, qui avait fait le voyage tout exprès pour décrocher cette riche proie pour l’exploitation de laquelle un Crédit foncier était déjà constitué[24].

On se demande même comment un fonctionnaire a été assez hardi pour soumettre une telle proposition à un Parlement français ; il ne faut pas réfléchir longtemps pour voir quelles en seraient les conséquences.

Les Arabes, sobres par nature, et se contentant de peu, vivent tant bien que mal sur leurs terres. Une fois expropriés, ils laisseraient en un an ou deux aux mains des Juifs, qui tiennent tous les cabarets et tous les mauvais lieux de la colonie, le mince pécule qui leur aurait été remis, et dont il leur serait absolument impossible de faire un emploi utile. Ils emploieraient le peu qui leur resterait à acheter des armes et des munitions. C’est alors que la France interviendrait pour traquer ces outlaws, comme n’ont jamais été traqués les Iroquois, les Peaux-rouges, et les naturels de la Nouvelle-Zélande, qui ont fini par disparaître complètement.

Voilà la conception que les républicains, qui ont sans cesse dans la bouche les mots de civilisation et de progrès, se font de la fraternité.

Le cœur se serre lorsqu’on pense à ce que pourraient faire de ces peuples des hommes qui seraient pour ces frères cadets de la famille humaine des aînés compatissants et bons.

On ne sait pas quel sentiment de reconnaissance éveille dans le cœur de l’Arabe tout acte qui est honnête et droit.

J’ai eu quelque temps pour secrétaire un ancien déporté de Lambessa. C’était le portrait parlant d’un des personnages du tableau si philosophique, si spirituellement observé de Beraud : « A la salle Graffard. » Ces crânes en cône, qui ont comme une déviation du sens de l’idéal, sont malléables dans la jeunesse et facilement envahis par les vapeurs de tous les systèmes ; ils s’ossifient plus tard et la vapeur, l’idée fausse, la doctrine erratique restent là prisonnières. Doux d’apparence, têtus comme des mules, ces êtres-là résistent à tout. La vie épuise sur eux ses rigueurs sans les changer.

La vie, mon pauvre compagnon de travail avait appris à ses dépens ce qu’elle peut contenir d’amertumes. Traîné à travers la France, les menottes aux mains, tandis que les hommes qui ont profité de la République servaient l’Empire ou faisaient de l’opposition à l’eau de rose ; mis au silo, cassant des cailloux sous le soleil, puis courant après un morceau de pain dans les rues de Paris, il n’avait eu qu’un moment heureux, le court moment où, après l’amnistie impériale, il avait été chargé de régir un immense domaine, dont les concessionnaires n’habitaient pas l’Algérie.

Parfois, après lui avoir dicté quelques pages réactionnaires, je lui disais : « Bourrez une pipe et parlez-moi de l’Algérie ! »

A1ors la pensée de cette victime de la politique, de ce sectaire si durement traité par la Destinée, aux prises chaque jour avec la misère noire, grelottant l’hiver sous sa redingote râpée qu’il gardait propre quand même, s’en allait vers l’Afrique, vers les souvenirs des nuits claires passées à la belle étoile, vers les parfums des jardins, vers les silences profonds, vers ces grands espaces surtout où, débarrassé de toutes les vexations sociales, l’homme semble revenu à l’état édénique et se promène libre à travers ces étendues que nul ne songe à lui disputer.

Même à Paris, cet Africain d’adoption avait reçu des témoignages d’affection des Arabes et, là-bas, il avait été aimé d’eux, autant qu’il les aimait lui-même. Pourquoi ? Parce qu’il avait été probe, parce qu’il avait été juste et que la justice, là plus encore qu’ailleurs, impressionne des gens qui n’y sont pas habitués.

Un simple fait raconté par M. du Bouzet prouve quels trésors de gratitude il y a chez l’Arabe pour ceux qui lui font quelque bien, ou, du moins, pour ceux qui empêchent qu’on ne lui fasse du mal.

L’histoire de la charité est la même sous toutes les latitudes et dans tous les climats. Des gens pieux, voulant servir Dieu en aidant ses créatures, se privent pour fonder des établissements où les pauvres et les malades soient hébergés, soignés, consolés. L’Etat s’empare de ces fondations sous prétexte d’y mettre de la régularité, il dépense tout en frais de paperasses et en traitements d’employés ; il ne peut plus soulager personne. À ce moment le Juif intervient et dit :

« Cédez-moi l’immeuble à bon compte pour que je réalise un bénéfice [25]. »

C’est l’histoire de l’Assistance publique qui est absolument organisée pour permettre à un Quentin ou à un Peyron d’avoir une bonne table, des domestiques, une voiture.

Ce sera l’histoire des établissements de bienfaisance qui existent aujourd’hui, lorsque les projets de spoliation des Francs-maçons se seront accomplis.

Des milliers d’êtres humains vivent là heureux, paisibles, s’arrangeant entre eux, se réconfortant mutuellement. Quand l’État aura volé ces biens, tous ces malheureux seront privés de ressources sans que l’État en soit plus riche.

Alors le Juif fondera une société financière et prendra les maisons pour y ouvrir une agence, un casino ou un lupanar.

Bref, de charitables Musulmans, sachant que le paradis est promis aux amis des pauvres, avaient laissé d’innombrables immeubles destinés à servir de mosquées, d’écoles, de refuges pour les pèlerins. Ce domaine, confisqué par l’État, devint le prétexte de toutes les malversations et de tous les tripotages imaginables.

On avait toléré cependant qu’un certain nombre d’indigents restassent dans quelques maisons de ce domaine musulman, qui n’avaient pas encore été aliénées, lorsque tout à coup le Juif Mesguich eut envie de ces maisons.

M. du Bouzet, qu’on n’avait pas prévenu de la situation, venait de signer la vente, lorsque quelques notables lui dirent : « Ce sont nos pauvres qu’on va chasser de ces maisons qu’on vend à un Juif. » Il répondit aussitôt : « J’irai visiter les deux maisons et si ce que vous me dites est exact, ces maisons ne seront pas vendues, vos pauvres y resteront. »

Les Musulmans partirent radieux, après avoir fait inscrire leur nom en arabe sur une immense feuille de papier.

Avant d’entrer au palais, ils avaient rencontré le Juif Mesguich, qui les guettait et qui, venu sans doute pour les narguer, leur dit qu’il aurait les maisons quand même.

Mais, laissons M. du Bouzet nous raconter lui-même sa bonne action [26].


J’allai, dit-il, visiter les dix maisons avec un jeune pharmacien musulman, mon secrétaire, M. Monin, et un physicien célèbre, M. Janssen.

M. Janssen, parti en ballon de Paris, parce qu’il n’avait pas voulu prendre un sauf-conduit prussien, avait été désigné par l’Académie des sciences pour observer, près d’Oran, l’éclipse totale de soleil, et il me faisait l’honneur d’accepter l’hospitalité au palais du gouvernement.

Nous trouvâmes dans ces maisons un entassement de familles musulmanes, toute une famille dans une seule chambre, et en général, la misère décente avec la propreté dans la maison, qui distingue les Maures d’Alger.

Ces familles étaient presque toutes d’une condition déchue, et on leur louait, par charité, à prix réduit et presque nominal.

Quelques-unes étaient tout à fait pauvres. Je vois encore sortir du dessous de l’escalier qui lui servait de demeure, une vieille femme aveugle la taille courbée, tenant à la main la carta qu’elle venait de recevoir et qui lui donnait congé.

Elle me poursuivait de ses gémissements.

Je dis partout à ces malheureux : « Vous resterez dans vos maisons, je vous le promets » Et ils y sont restés, malgré les sollicitations du génie et de l’administration. Mais je viens d’apprendre qu’il est question de vendre cent maisons du domaine musulman.


Tirman haussera les épaules en lisant ce récit. À la place de M du Bouzet, il aurait été enlever à ces pauvres gens leurs burnous.

Qu’importe ! Il n’en est pas moins intéressant, même au point de vue de la politique, non de la politique opportuniste toute de rapine et de persécution, mais au point de vue de la politique supérieure, de constater l’émotion que produisit ce simple acte d’équité. La nouvelle s’en répandit partout et, quelques jours après seulement, à Sebdou, à 130 lieues d’Alger, M. Alexis Lambert entendit déjà raconter ce fait grossi aux proportions d’une légende.

Au moment de la capitulation de Paris, alors que quelques troubles éclatèrent à Alger, les Musulmans offrirent à M. du Bouzet de venir le défendre.

Quant aux bons démocrates du conseil municipal, il est inutile d’ajouter que, selon la coutume de tous les bons démocrates, ils prirent le parti du Juif et du riche contre l’administrateur qui s’était prononcé pour les pauvres.

On voit l’influence que pourrait exercer sur cette terre d’Afrique, bien entendu sous un gouvernement différent du gouvernement actuel, qui traîne partout la corruption avec lui, un homme qui, sans être même un politique habile ou un administrateur retors, aurait simplement des sentiments purs et inclinés vers le bien.

Naturellement, il faudrait que cet homme ne fût pas imbu des préjugés modernes sur la civilisation. Il est à remarquer, en effet, et ceci peut être formulé comme une loi, que la tendance à égorger et à dépouiller ses semblables est en rapport direct de la facilité à parler de la civilisation, et de l’humanité [27].

Les Anglais, qui font grand usage du mot civilisation, ont commis dans l’Inde des atrocités inénarrables. Sans compter l’opium qu’ils forcent les Chinois d’acheter, et les couvertures de soldats morts du choléra qu’ils vendent aux indigènes, ils ont étreint ces malheureux habitants de l’Inde, si bons et si faciles à gouverner, dans un engrenage administratif, qui, pareil à une machine à pression gigantesque, exprime l’or et le sang de millions de créatures humaines.

« La somme retirée, depuis vingt ans de l’Inde, par l’Angleterre, dit le docteur Lebon [28], est évaluée à dix milliards, sans compter l’argent dépensé pour entretenir les conquérants, dont chacun reçoit, pour son séjour dans la colonie, un traitement de ministre ou de souverain. Le séjour des fonctionnaires aux Indes est généralement limité à cinq ans, parce que l’on considère, qu’après ce délai, ils doivent avoir réalisé une brillante fortune. »

Ces exploiteurs sans pitié ne laissent pas même à leurs victimes pitance de riz qui est nécessaire à un Hindou pour ne pas mourir,

Nous avons ici le témoignage écrasant d’un auteur anglais M. Hyndman :

« Chose effrayante, dit-il, les provinces du Sud-Ouest en étaient réduites à exporter leurs grains alors que trois cent mille personnes y mouraient de faim en quelques mois. » En 1877, ajoute-t-il, dans la seule présidence de Madras, neuf cent trente-cinq mille personnes sont mortes de faim d’après les rapports officiels.

Les chiffres publiés par M. Hyndman, dans la revue The Nineteenth Century, sous le titre la Banqueroute de l’Inde, n’ont jamais été démentis. Au lieu de tant parler de philanthropie universelle dans leurs Loges, les Francs-maçons anglais, cependant, feraient bien mieux de s’occuper de cette question [29]. Le Fortnightty Review s’est borné à dire à propos du budget de l’Inde que « ce n’était pour les peuples que le prix d’un gouvernement pacifique et régulier. »

Le docteur Lebon s’égaye un peu à propos de l’expression « pacifique et régulier, » appliquée à un régime qui fait mourir de faim en une année près d’un million d’hommes.

C’est le jargon des prétendus civilisateurs. Les hommes du 4 Septembre, qui ont été si durs pour les prolétaires qu’ils flattaient bassement la veille, étaient tous parfumés de modernisme, tous pénétrés de la pure doctrine libérale, tous experts à la période académique.

À l’épouvantable oppression qu’ont fait peser sur les populations orientales des races qui se prétendent supérieures, et cela dans le but unique d’enrichir quelques financiers, il faut opposer comme contraste l’exemple de la Russie qui n’a pas le mot civilisation dans son vocabulaire usuel. Elle a conquis, en quelques années, un tiers de l’Asie, et après s’être fait craindre par la bravoure de ses soldats, elle s’est fait aimer par l’esprit de justice de ses chefs ; elle n’a livré les populations qu’elle avait soumises ni aux Publicains ni aux Juifs, et elle les a laissées vivre paisiblement sous sa protection, selon leurs usages séculaires. M. Germain Bapst, l’infatigable voyageur, qui a été là-bas chercher les carreaux vernissés d’une mosquée, me disait qu’il avait parcouru d’immenses étendues de pays, avec la seule sauvegarde d’un mot donné par un général russe obéi et estimé parce qu’il ne s’était entendu avec aucune compagnie financière pour extorquer le peu d’argent possédé par les naturels, parce qu’il était en dehors de la civilisation judéo-moderne.


Une consolation cependant se dégage du spectacle de tant de tristesses. C’est par l’Algérie, peut-être, que commencera la campagne anti-sémitique française. De sourdes colères s’amassent dans le cœur des ces Arabes si durement foulés aux pieds par les Juifs. Des paroles, qui parlent d’une revanche prochaine, s’échangent dans l’ombre et si l’Alliance antisémitique universelle envoyait des agents de ce côté, nul doute qu’elle n’arrivât à un résultat.

En 1882, l’Atlas se montrait partisan d’un congrès anti-sémitique qui serait tenu à Oran. Au mois de novembre 1882, la police enlevait des affiches écrites en grandes lettres rouges, sur lesquelles on lisait : « Tous les moyens sont bons et doivent être employés pour l’anéantissement des Juifs par les Européens. »

En beaucoup de localités les Européens refusent d’admettre les Juifs dans leurs lieux de réunion. À Oran, les oppresseurs sont sévèrement exclus des fêtes de charité qui s’organisent au mois de janvier 1882. « Vous êtes Français de nom et non de cœur, » leur répond-on, quand ils essayent de protester contre cet ostracisme mérité.

Le maire, Abraham Nahon, fait alors interdire la cavalcade par le conseil municipal. A Tlemcen, au mois de mai 1883, le maire veut également imposer aux Européens l’obligation de recevoir les Israélites dans un bal organisé par souscription, et des troubles, réprimés avec violence, ont lieu à la suite de cette singulière fantaisie d’empêcher les gens de danser avec qui il leur plait.

Les troubles du mois de juillet 1884, à Alger, eurent une importance exceptionnelle et constituèrent un véritable commencement de soulèvement anti-sémitique. Les journaux parisiens, on le comprend, ne parlèrent de ces scènes si significatives qu’à mots très vagues, comme ils parlent de tout à ce peuple qui se croit en avance sur l’univers et qui est moins informé de tout ce qui se passe que le dernier bourgeois de Liverpool ou d’Augsbourg.

Effrayé par une émeute de trois jours et par l’assaut donné aux maisons juives, le Consistoire, moins arrogant que de coutume, démentit énergiquement les insultes vomies par les Israélites contre la France.

« Les Français sont des lâches ; ils ont capitulé en 1870. » Tels sont, d’après le Petit Colon lui-même, qui est favorable aux Sémites [30], les propos qui avaient péré la population et cette exaspération s’explique. Il est impossible de comprendre la monomanie qu’ont des Juifs, qui n’étaient pas Français en 1870, de nous reprocher nos malheurs dans la guerre prussienne. Nous avons déjà constaté cette impudence à propos des officiers dit capitulés ; nous la retrouvons dans les journaux radicaux parisiens rédigés par des Juifs, où ce sont des fils d’Allemands et des naturalisés qui injurient le plus violemment nos généraux vaincus.

Au mois de juin 1885, les mêmes scènes se reproduisent. On enferme cent cinquante manifestants dans le marché couvert de la place de la Lyre, mais, devant les protestations de la population, on est forcé de les remettre en liberté[31].

L’âme ardente de la jeunesse se révolte contre une si ignoble oppression. Un jeune indigène, élève du lycée d’Alger, ben Hassem écrit aux journaux en 1882 :

Qu’ont donc fait les Juifs algériens pour mériter du gouvernement français une faveur semblable, alors que le décret, relatif à la naturalisation des étrangers, des 28 et 31 mars 1848, qu’on peut considérer comme un décret organique sur la matière, leur ouvrait une porte suffisamment large ?

Est-ce que tous les peuples anciens, tous les peuples modernes ne les ont pas comparés à des plantes parasites qui vivent aux dépens de tout ce qui produit ; est-ce que le peuple juif est une nation ; est-ce que je ne me rappelle pas, alors que j’étais au lycée, que les rois légitimes de la France les ont expulsés du territoire français, et, aujourd’hui encore, ne les voyez-vous pas pourchassés par les Russes, les Allemands de notre époque ?

Mais sans aller si loin, voyez ce qui se passe à Oran. Les Juifs, à toutes les époques, ont été et seront la cause de tous les désordres. N’avons-nous pas vu dans notre ville ces Juifs, la plupart Marocains, nos ennemis, s’emparer du monopole des élections ?

Il faut ajouter que la presse algérienne n’est point servile envers les Juifs comme notre presse parisienne. Les journalistes de là-bas, malheureusement dépourvus de ces croyances religieuses qui donnent seules la force d’accomplir les grands desseins, ont, pour la plupart, infiniment plus de talent, de verve et surtout d’indépendance que les écrivains de Paris ; ils disent ce que tout le monde pense ici et ce que personne n’ose dire. Beaucoup de jeunes gens, désespérant de se faire une place à Paris, où tout ce qui n’est pas enrôlé dans la bande juive est condamné à mourir de faim, ont été chercher sur la terre africaine un endroit écarté « où d’être homme d’honneur on ait la liberté. »

Le Fanal, le Courrier d’Oran, le Courrier de Bône, le Petit Algérien, le Mont Atlas adressent incessamment à la mère patrie des appels qui, hélas ! ne sont pas entendus.

Le Courrier d’Oran écrit à la date du 8 mai 1882 :

Le plus grand pas dans la voie impolitique, qui tend à nous désaffectionner l’indigène musulman, a été fait sous les auspices de la République actuelle, par la délégation de Tours qui a décrété la naturalisation en masse des Juifs indigènes, en s’inspirant d’une façon bien inopportune, des idées d’égalité qui dominent en France depuis 1789.

Cette mesure nous a fait grand tort dans l’esprit des indigènes qu’elle a blessés cruellement. Elle n’était justifiée par aucune nécessité pas plus que par les mérites de ceux qui ont profité de cette faveur exceptionnelle, car si la race juive a conservé quelque part le caractère qui lui vaut le mépris des autres peuples, c’est bien ici.

On dirait que c’est pour les Juifs que la France a entrepris la conquête de l’Algérie.

Tirés par nous de l’ignorance où, sous la domination arabe, ils étaient maintenus par des préventions séculaires, ils envahissent insensiblement notre société, non pour s’assimiler à elle, mais, pour rester une caste à part qui veut dominer. Ils pénètrent partout audacieux et arrogants ; la fortune publique passe dans leurs mains usuraires et, comme si ce n’était déjà trop, ils briguent les fonctions électives avec un succès menaçant. Le moment n’est peut-être pas éloigné où juges consulaires, officiers de l’état civil, députés et sénateurs algériens seront tous Juifs. Un projet de loi a été voté le 3 décembre 1880, par la Chambre des députés, a l’effet d’étendre le suffrage universel aux élections consulaires comme aux élections politiques.

Que ce projet soit maintenant accepté par le Sénat et qu’il soit promulgué en Algérie, où tous les Juifs sont marchands patentés, ils envahissent nos chambres et nos tribunaux de commerce, devenant absolument maîtres du pays et réalisant, en peu de temps, mes trop justes appréhensions. Leur insolence, si prompte à se manifester, n’a déjà plus de bornes, et, dans nos principales villes, ils tiennent le haut du pavé, humiliant sans vergogne notre vieille fierté gauloise. Tel est le maître que notre politique sentimentale nous a donné et à l’unique profit de qui, jusqu’à présent, le sang français a coulé sur la terre d’Afrique.

Un conseiller général de la province d’Oran, M. Autun, soumet à chaque session à cette assemblée un vœu qui serait le salut de l’Algérie.

Messieurs, disait-il, en 1883, le 24 octobre 1870, M. Crémieux, profitât des troubles de la guerre, faisait passer à l’aide d’influents banquiers, ses coreligionnaires, le décret de naturalisation en masse des Israélites algériens.

Nous ne reviendrons pas sur les conséquences funestes de cet acte, pour lequel les Français algériens ne furent jamais consultés…

Nos compatriotes de France se demandent quels sont les services rendus par ces gens naturalisés d’hier, pour qu’ils soient gratifiés des vacances de Pâques, dont les Français de France n’obtiennent pas la faveur.

Enfin nous demandons aux gouvernants de notre République si les Juifs n’ont d’autre idéal, comme le dit en maints endroits leur unique loi la Bible, dans le Deutéronome, que de dominer par usure tout peuple qui n’est pas juif, nous demandons, dis-je, que la colonisation ne soit pas entravée par les faveurs accordées à une race parasite et usurière, qui se vante de n’avoir jamais manié le mousquet, la rame, la pioche ou la charrue, c’est-à-dire de n’avoir jamais défriché ou défendu le sol qu’elle n’a possédé que par des moyens trop connus des colons de tous les pays.

Le journal oranais, le Mont Atlas, quoique républicain, rend un loyal hommage à la patriotique sagesse, à l’admirable prévoyance des rares membres de l’Assemblée constituante qui se sont opposés, avec tant d’énergie, à ce qu’on accordât aux Juifs les droits de citoyens français.

Nos pères, dit-il, ont commis une erreur, réparons-la ! Nous voulons que cette Patrie vive, dussions-nous, pour assurer son salut en revenir à l’âge de toutes les énergies et de toutes les forces, à l’âge de fer.

Le Petit Africain, à propos de l’extension du vote pour l’élection des juges consulaires, formule quelques réflexions fort sensées.

La Chambre haute vient d’adopter le projet de loi sur l’extension du vote pour l’élection des juges consulaires. Il peut, d’un moment à l’autre, être promulgué à l’Algérie, parce qu’il est tout naturel que, jugeant l’Algérie comme nous, à notre arrivée ici, le Parlement ne doute pas que cette loi, qui est un réel progrès en France, n’en soit un aussi dans cette colonie qu’il ne connaît pas. On sait cependant les inconvénients que cette loi aurait ici.

Des Juifs jugés par des Juifs ! Ils parlent de leur solidarité, leur solidarité n’est pas en vain mot.

Nous ne dirons pas le nombre incommensurable des faillites juives. Nous ne parlerons pas des quantités considérables de cessations de paiement avec arrangement à tant pour cent.

Nos lecteurs savent tout cela, nos députés ne peuvent l’ignorer.

La promulgation de cette loi, c’est la fin du commerce honnête, le manque de sécurité absolue dans les affaires.

C’est rendre un véritable service à la France, à laquelle la presse parisienne cache obstinément la vérité, que de lui montrer l’état réel de la colonie. Lorsque éclatera la plus formidable insurrection, dont jamais l’Algérie ait été le théâtre, les Français pourront se dire qu’un écrivain au moins les a prévenus. S’ils veulent remercier l’homme auquel ils devront d’avoir perdu cette terre africaine, sur laquelle notre sang a coulé à flots, ils n’auront qu’à aller au cimetière Montparnasse regarder le monument élevé par le Juif Aldrophe, et qui fut inauguré, en grande pompe, le dimanche 13 mars 1883.

Tous les délégués de la Juiverie et de la Maçonnerie étaient là. On apercevait dans l’assistance Thomson, Germain Casse et Camille Sée, députés ; Hérold, préfet de ]a Seine, Bourneville et Leven, conseillers municipaux, Koechlin-Schwarfz, maire du huitième arrondissement ; Bédarrides, président de chambre à la Cour de cassation ; Manau, président de chambre à la Cour d’appel ; Cartier, président du tribunal civil ; Crupy, substitut ; Denis Weill, juge suppléant au tribunal de la Seine ; Lehmann, avocat à la Cour de cassation ; Salvador Abram, Derenbourg, membre de l’Institut, etc., etc. Leven, le grand rabbin Isidore et Proal, président du suprême Conseil de la Franc-maçonnerie française, prirent successivement la parole pour louer l’homme si dévoué à Israël et si funeste à la France.

La bannière de l’Alliance israélite universelle était plantée devant le monument. Avant de mourir, Crémieux avait indiqué l’inscription éloquente et simple qu’il voulait voir figurer sur son tombeau.

A ISAAC ADOLPHE CRÉMIEUX
PRÉSIDENT DE L’ALLIANCE ISRAÉLITE UNIVERSELLE.

La grande œuvre de Crémieux, en effet, c’est l’Alliance israélite universelle, et il a eu raison de dire, à son point de vue, qu’elle était « l’institution la plus belle et la plus féconde qui ait été fondée dans les temps modernes. »

On ne peut rêver d’instrument de domination plus puissant, et l’on s’explique qu’elle gouverne le monde.

L’Alliance, telle qu’elle est constituée actuellement, ne date que du mois de juillet 1860 ; sa première assemblée générale eut lieu le 30 mai 1861. En réalité, elle fonctionnait déjà à l’état latent depuis de longues années, mais les Juifs, sûrs de leur victoire, éprouvèrent le besoin d’avoir un pouvoir officiel, une représentation effective de leur nation qui pût parler en leur nom à l’Europe.

La constitution de l’Alliance est fort simple en apparence. Tout Juif peut faire partie de l’Alliance, moyennant une faible cotisation de six francs par an.

L’Alliance est gouvernée par un Comité central qui se composait d’abord de 40 membres et qui en compte maintenant 60, les Juifs étrangers ayant trouvé qu’ils n’étaient pas assez représentés. Le Comité central réside à Paris ; il correspond avec les comités régionaux ou locaux. Les membres du Comité sont nommés pour neuf ans par le vote universel des membres de l’Alliance, renouvelables par tiers tous les trois ans et indéfiniment rééligibles ; ils élisent, chaque année, parmi eux, un bureau composé d’un président, de deux vice-présidents, d’un trésorier et d’un secrétaire général.

Un comité peut être constitué dans toute localité où la société compte dix adhérents et des comités régionaux constitués dans tout pays où il existe plusieurs comités locaux.

Les comités locaux et régionaux agissent par eux-mêmes dans les questions d’un intérêt purement local, mais sous leur propre responsabilité.

Ils transmettent au Comité central et en reçoivent les communications sur tout objet intéressant la société.

Ils provoquent et recueillent les souscriptions et en versent le produit dans la caisse du Comité central.

Le Comité central est composé, en ce moment, de la manière suivante :


MEMBRES RÉSIDANT A PARIS

MM.
L. ISIDOR, grand rabbin de France, président honoraire.
S.-H. GOLDSMIDT, président.
Joseph DERENBOURG, vice-prés.
Narcisse LEVEN, vice-président.
E.-S. KANN, secrétaire général.
Léonce LEHMANN, trésor.-délég.
E.-A. ASTRUC, grand-rabbin.
G. BEDARRIDES.
Jules CARVALLO.
Abraham CREHANGE.
Hartwig DEREMBOURG.
Michel ERLANGER.
Baron M. de HIRSCH.
Zadoc KAHN, grand rabbin.
Edouard KOHN.
Ernest LEVI-ALVARES.
Théodore LEVY.
Eugène MANUEL.
Jules OPPERT.
Eugène PEREIRE.
Joseph REINACH.
Jules ROSENFELD.
Victor SAINT-PAAL.
Louis SINGER.
E.-F. VENAZIANI
Hippolyte RODRIGUES, membre honoraire.

MEMBRES NE RÉSIDANT PAS A PARIS

MM.
Dr ADLER, grand-rabbin, à Cassel
Dr BAERWALD, à Francfort-sur-Mein.
Dr BAMBERGER, rabbin, à Koenigsberg.
Comte A. de CAMONDO, à Constantinople.
Israël COSTA, rabbin, à Livourne.
Alexandre-A. DANIELS, à Amsterdam.
Samuel DREYFUS-NEUMAN, à Bâle.
Moses-A. DROPSIE, à Philadelphie.
Dr DUNNER, grand-rabbin de la Hollande septent. à Amsterdam.
Dr FEILCHENFELD, rabbin, à Posen.
Dr FRANK, rabbin, à Cologne.
Dr FULD, avocat, à Francfort-sur-Mein.
Dr GRÆTZ, professeur, à Breslau.
Sir Julian GOLDSMID, Bart, à Londres.
Myer-S. ISAACS, à New-York.
Dr JOSEPHTHAL, avocat, à Nuremberg.
Eude LOLLI, grand-rabbin, à Padoue.

H. MAGNUS, à Leipzig.
MARONI, grand-rabbin, à Florence.
Dr S. NEUMAN, à Berlin.
J. OPPENHEIM, à Bruxelles.
Dr PHILIPPSON, rabbin, a Bonn.
Esdra PONTREMOLI, rabbin, à Verceil.
Dr Léone HAVENNA, à Ferrare.
Simon C.-SALOMON, à Metz.
Dr A. SALVENDI, rabbin, à Durkheim a. d. H.
Philipp SIMON, à Hambourg.
Le chevalier JOSEPH de WERTHEIMER, Vienne.
Dr A.-A. WOLFF, K. D., grand-rabbin, à Copenhague.

Le nombre des adhérents est de 28.000 environ. Le budget ostensible, dont dispose l’association, est d’un million de francs, mais les ressources réelles, on le comprend, sont à peu près illimitées.

A l’Alliance se rattachent d’innombrables sociétés répandues dans le monde entier : L’Anglo-Jewisch association, l’Union of American hebrew congregations, le Kesher Shel barzel, les B’nai Brith, d’Amérique, le Judisch orthodoxe reprœsentanz de Prague, l’Amour national de Philippoli ; toutes les petites associations parisiennes : la Société des Dames, la Société Esther et Rébecca, l’Accord israélite, les Israélites français, le Lien d’Israël, les Disciples de Moïse, les Enfants de Sion, les Loges comme la Concordia, la Jérusalem, les Trinitaires.

Disposant par l’argent de toute la grande presse européenne, sauf de rares exceptions, et agissant par elle sur les peuples, les Israélites n’en ont pas moins des centaines de journaux qui s’adressent uniquement aux fils de leur race et les entretiennent des destinées qui les attendent. Citons au hasard : les Archives Israélites, l’Univers israélite de Paris, la Famille de Jacob d’Avignon, le Jewish Chronicle, le Jewish World de Londres, le Jewish messenger de New-York, le Wiener Israelit, le Libanon de Mayence, le Volkszeitung, le Vochenschrift de Magdebourg, l’Allgemeine Zeitung der Judenthums, le Vessilo israelitico de Casale, le Corriere israelitico, l’Educatore israelitico, la Famiglia israelitica, Ben Hanania, Der Orient, le Maggio, l’Ariel de Jérusalem, l’Esperanza de Smyrne, le Jaetz de Bucarest, etc., etc.

L’Alliance est absolument étrangère à l’idée de patrie dans le sens que nous prêtons à ce terme ; il serait superflu d’insister sur ce point. Quelques mots de Crémieux résument l’esprit de l’institution plus nettement que nous ne pourrions le faire.

L’Alliance n’est pas une Alliance française, allemands, ou anglaise, elle est juive ; elle est universelle. Voilà pourquoi elle marche, voilà pourquoi elle réussit.

Rien ne montre plus clairement les sentiments qui animent les membres de l’association que les effusions auxquelles les Français allèrent se livrer, entre les bras de leurs frères d’Allemagne, quelques mois avant la guerre de 1870. Écoutez Crémieux vous raconter la séance du 3 février 1870, cette scène idyllique, qui eut lieu à propos d’une souscription organisée en faveur des Juifs de la Pologne russe.

L’Alliance émue, incertaine des mesures à prendre, s’adressa à ses comités d’Allemagne ; elle n’hésita pas, elle les convoqua à Berlin et là, messieurs, nous eûmes une délicieuse réunion. Point de rivalité entre Paris et Berlin, nous étions les aînés en France et nos cadets étaient comme nous dévoués à la grande cause.

Tous y sont : Goldschmidt, le vice-président « toujours empressé quand il faut payer de sa personne et de sa bourse, » Albert Cohn « toujours dévoué » et Leven « qui sanctifiait ainsi son grand deuil. » C’est une vraie fête de famille, un bouquet de fleurs jaunes.

Point de sentiment de rivalité, un concours entier, spontané, sans réserve, la différence de nationalité n’existe pas ; il n’y avait dans notre réunion que des Juifs venant secourir des infortunes juive. Ai-je besoin de vous rappeler que nous étions en Allemagne, dans ce grand pays de savoir et d’intelligence où les esprits, en apparence calmes et froids, se passionnent noblement pour les idées du Beau et du Bien, que nous étions à Berlin, dans ce grand foyer de science que les triomphes sur les champs de bataille viennent de grandir avec tant d’éclat, et que dans notre réunion étincelaient les grandes lumières de l’intelligence ! (Applaudissements.)

Cette réunion eut l’importance historique du fameux convent de Willemsbad où furent résolues la mort de Louis XVI et celle du roi de Suède. Ce fut là qu’on décida l’écrasement de la France qui devait rapporter tant de milliards à la Finance Israélite, et, en désorganisant pour longtemps notre cher pays, permettre aux Juifs d’envahir toutes les situations importantes et d’en chasser tous les Français.

On devine, en effet, de quel poids pèse dans le plateau de la balance le concours de ces hommes de toutes les nationalités étroitement unis entre eux, obéissant docilement à un mot d’ordre. Gambetta rêva sans doute un moment d’avoir à son tour dans la main ce levier qui se déplace selon l’intérêt du moment, mais l’Allemagne avec sa forte organisation, son personnel d’officiers sévèrement fermé aux Juifs, son patriotisme clairvoyant et solide, est autrement difficile à entamer que cette France qui choisit pour la gouverner le premier étranger venu.

Les romans publiés sur la Compagnie de Jésus donnent un peu l’idée de ce qu’est en réalité l’Alliance Israélite universelle. Ce qui n’est pas vrai pour les Jésuites l’est pour elle. Les Juifs, eux-mêmes, ont été frappés de ce rapprochement, en déclarant bien entendu, avec leur modestie habituelle, que tout l’avantage de la comparaison était pour eux et qu’ils ne voulaient que notre bien, ce qui est assez exact après tout, puisqu’ils passent leur vie à nous le prendre.

Je me rappelle en ce moment, disait un de leurs orateurs dans cette assemblée générale du 3 février 1870, où l’on fit un si chaleureux éloge de l’Allemagne, une conversation que j’ai eue naguère avec un coreligionnaire qui avait assisté la veille à une séance de l’Alliance. Je lui demandai son opinion sur notre Alliance et voici ce qu’il m’a répondu :

En assistant hier à votre séance, j’ai pensé au Juif Errant, d’Eugène Sue, à cette scène où Rodin dépouillant sa correspondance trouve des lettres venant des quatre coins du monde.

La comparaison entre ces deux sociétés est juste quant à l’extension et à l’étendue de nos rapports avec le monde, mais ne l’arrête là. Ah ! Quelle différence entre ces deux œuvres ; l’une, dit-on, a des ressorts pour opprimer, l’autre pour affranchir, l’une s’étend pour étouffer la liberté, l’autre pour la donner ; l’une veut éteindre les lumières, l’autre les rallumer ; l’une répand le froid et la mort, l’autre la chaleur et la vie. (Bravos.)

Ce qu’il y a d’amusant c’est que ces Juifs, qui déclarent hautement qu’ils ne sont ni Français, ni Anglais, ni Allemands, reprochent sans cesse aux catholiques dans leurs journaux de reconnaître l’autorité du Pape, d’obéir à un souverain étranger.

Un souverain étranger ! S’écrie le candide prolétaire. Est-il possible ? Et ce bon Juif est-il patriote de tonner contre cette énormité !

Un homme d’esprit prétendait qu’il ne voulait plus lire en fait de journaux que la Gazette de Hongrie. Je me contenterai fort bien, pour ma part, de la lecture du Bulletin de l’Alliance Israélite, et je serais assurément l’homme le plus parfaitement informé de tout ce qui se passe dans le vaste univers.

L’Alliance israélite traite d’égal à égal avec les puissances, elle envoie des notes, des protestations, des ultimatum que les souverains reçoivent avec une docilité exemplaire. Nous avons montré à nos lecteurs, à propos de la question de la Roumanie, la politique extérieure, que Crémieux avait fait accepter du gouvernement républicain. Sous le prétexte, assurément bizarre, que la France, au temps où elle avait son bon sens et où elle comptait dans le monde, a été la seule nation de l’Europe qui ait extirpé complètement les Juifs de son sein, Crémieux prétendait que nous étions les pères, les champions, les tuteurs nés de tous les Israélites de la terre.

Cette thèse a fini par ne plus soulever de contradictions et, dès qu’un Juif est emprisonné pour vol dans quelque coin de la planète, nos ambassadeurs, nos consuls, nos chanceliers, nos drogmans s’agitent, se remuent, trottent, rédigent des mémoires, formulent des protestations. Au zèle déployé on voit de suite quels sont les membres du corps diplomatique qui auront de l’avancement. Mellinet, ministre de France en Roumanie, puis en Perse, se multiplie à Téhéran ; Tissot se met en quatre au Maroc pour mériter d’être envoyé à Constantinople puis en Angleterre, mais Roustan les surpasse tous à Tunis.

Il y a dix ans que j’ai prédit la guerre de Tunisie. Il suffisait de constater que les Juifs n’étaient pas heureux dans la Régence pour prévoir que nos pauvres soldats français iraient quelque jour mourir là Las pour améliorer leur sort. Songez donc, un Israélite ouvrier en galons d’argent reçoit la bastonnade à Tunis pour avoir mis en gage quelques objets qu’on lui avait confiés ! Cela se peut-il supporter ? Quelques Juifs sont expulsés comme l’ont été de simples congréganistes ; l’Alliance réclame à corps et à cris que l’Europe se lève pour punir un semblable crime.

D’effroyables récits nous arrivent d’outre-mer ! Le fanatisme musulman s’est encore une fois déchaîné contre nos frères dans la régence de Tunis et ils ont été victimes d’une terrible persécution. Après avoir subi tous les excès d’une inqualifiable barbarie, ils se sont vus, sur divers points de la Régence, dépouillés de tous leurs biens, chassés de leurs demeures et réduits à chercher un refuge dans les villes de Tripoli et de Tunis. Leur malheur est immense, des populations entières sont dans le désespoir et dans le dénuement, elles implorent le secours de leurs coreligionnaires.

Quelques-uns de nos agents poussent si loin la servilité envers les Juifs, au profit desquels ils rançonnent les gouvernements auprès desquels ils sont accrédités, qu’ils en étonnent même les journaux Israélites. Nous lisons dans les Archives du 13 décembre 1883 :

A la suite d’insultes populaires contre un agent subalterne de la France au Maroc, notre ministre à la cour de Fez a exigé et obtenu une indemnité pécuniaire de 5,000 francs. Il est intéressant de constater que, sur cette somme, 500 francs ont été attribués à l’école israélite des garçons et autant à l’école des filles. Nous nous demandons à quel titre notre culte a bénéficié de cette distribution, n’ayant été impliqué en rien dans l’affaire, et n’étant pas habitué à ces faveurs au Maroc !

Ordega comptait bien jouer les Roustan.

Au mois de mai 1884, nous le voyons déjà venir à Paris pour tâter le terrain, sonder les banquiers, amorcer l’affaire, faire parler de lui, dans les journaux juifs, comme d’un grand patriote. L’Elias Mussali de celui-là était un Juif de Tanger, qui est le vrai maître à la légation : Haïm Benchimol, que nous voyons figurer dans l’Annuaire du Suprême Conseil pour la France et ses dépendances : « No 194. L’Union du Maroc, or.•. de Tanger (Maroc), Vénér.•. le F.•. Haïm Benchimol à Tanger. »

L’opinion, cependant, s’étant montrée tout à fait hostile à une seconde campagne de Tunisie, Ordega, grâce à la protection de l’Alliance, fut, à la fin de 1884, envoyé comme ministre à Bucarest, où les Juifs tiennent à avoir un homme à eux[32]. Il montra là un zèle si inconsidéré qu’il devint impossible, au bout de quelques mois, et qu’on dut le remplacer par M. de Coutouly.

Encore une fois la lecture du Bulletin de l’Alliance israélite, dont beaucoup de nos grands politiciens ignorent même l’existence, est infiniment précieuse. Le côté touchant n’y manque pas. Je suis de ceux qui respectent toutes les croyances et qui regardent la foi, où qu’elle habite, comme le plus inestimable des trésors ; je trouve intéressantes, par la pensée qui les a inspirées, ces souscriptions, petites ou grandes : inscriptions de rentes, obligations, actions libérées ou sommes imperceptibles. Les uns donnent « en mémoire d’un père, d’une mère, d’un fils ; » d’autres « à l’occasion de la Barmitzwah de leurs enfants ; » un M. Geret envoie cinq francs « à l’occasion de sa nomination d’officier de l’instruction publique. »

Les sacrifices que s’imposent les riches Juifs, pour les écoles d’Orient particulièrement, sont parfois magnifiques. Sans doute, c’est l’argent qu’ils nous ont pris qui passe là, mais, encore une fois, il ne faut pas juger leurs actions d’après nos idées qui ne sont point les leurs. Pour eux, ruiner le goy, je ne puis que le répéter, est une action méritoire. Pareils aux chevaliers chrétiens qui enrichissaient les églises des dépouilles des Sarrazins, ils prélèvent, sur ce qu’ils ont conquis, des offrandes qui rappellent l’Omez d’épis remis jadis au Cohène après la moisson et les pains de Proposition déposés dans le Saint sur la table en bois d’acacia[33].

Sur le bénéfice des Bons turcs, Maurice de Hirsch a offert un million pour la jeunesse Israélite d’Orient. Sur les gains du Honduras, les Bischoffsheim ont fondé une école pour les jeunes filles, qui est en même temps une école normale et une école professionnelle, et qui porte le nom d’Institution Bischoffsheim.

Les élèves de l’institution reçues par voie de concours sont âgées de douze à quinze ans. Elles sont nourries, logées, habillées, instruites gratuitement. Les différentes professions enseignées sont celles de lingères, de fleuristes, de couturières, de commerçantes et d’institutrices. Le séjour à l’école est de trois ans ; le nombre des pensionnaires est de cinquante. L’établissement, ouvert en 1872, a formé déjà deux cent trente-six élèves. Celles qui ont terminé leurs études et leur apprentissage en même temps sont placées, par les soins des dames patronnesses qui sont chargées de les surveiller, dans les grands ateliers et magasins de Paris. Celles qui se destinent à l’éducation quittent l’école après avoir subi leurs examens de l’Hôtel de Ville. Parmi ces élèves institutrices, les unes se recrutent à Paris même ; l’autre partie du contingent est fournie par le Maroc ou l’Orient.

L’Alliance a dans tout l’Orient, en Syrie, au Maroc, en Tunisie, en Mésopotamie, à Jérusalem, trente-six écoles qui reçoivent plus de sept mille élèves, dont cinq mille quatre cent garçons et sept cent filles.

C’est dans ces séances de l’Alliance qu’il faut chercher le vrai Crémieux ; il se montre là familier, bonhomme, avec des airs de patriarche en gaîté ; on aperçoit des tableaux de genre tout faits dans le spectacle de ce vieillard qui s’entretient avec les siens. En 1878 on parlait des Israélites de Russie. « Qu’on les laisse commencer, » dit Crémieux, puis baissant un peu la voix, « je suis tranquille, ils sauront avancer, se faire jour (rire général). » A un geste de la main, à un clignement d’œil, tous ces rusés compères, hommes politiques, banquiers, marchands de lorgnettes, s’étaient compris ; ils savaient que, dès que leurs coreligionnaires auraient conquis une parcelle de droits, ils mettraient la Russie et les Russes sous leurs pieds comme eux-mêmes y avaient mis la France et les Français.

Crémieux, dans son testament, tint à laisser publiquement une preuve de sa sollicitude à l’Alliance israélite.

Je lègue, écrivait-il, une somme de 40.000 francs à l’Alliance israélite universelle. Comme l’Alliance n’est pas une société légalement autorisée, j’impose à mes enfants l’obligation de compter, dans les trois mois de mon décès, au président de l’Alliance israélite universelle cette somme de dix mille francs, dont l’emploi sera fait selon la décision que prendra le Comité central[34].

Les catholiques n’eurent garde de blâmer cette disposition. Quel droit plus sacré que celui de disposer d’une partie de son patrimoine en faveur d’une cause qu’on a servie toute sa vie, de se survivre en quelque sorte par sa fidélité à une idée qui vous a été chère, de s’associer par delà le tombeau à des labeurs et à des préoccupations qui ont été les vôtres ?

Supposez que je lègue dix mille francs à l’ordre des Bénédictins, chez lesquels j’ai passé un mois charmant dans ma jeunesse, dont les travaux littéraires et historiques se rapprochent des miens. Voyez-vous d’ici Lockroy ou Camille Dreyfus à la tribune. « Captation ! Messieurs, biens de main morte… Cet homme sait que cette congrégation n’est pas autorisée, et il lui lègue tout de même. Peut-on imaginer un mépris plus profond pour les lois ? Voilà ce qu’enseigne le Syllabus ? Vous n’admettrez pas qu’un Français puisse enrichir un ordre dans lequel il y a des étrangers[35] ! »

Pour ces gens là, en effet, et pour la majorité républicaine suspendue à la poche des financiers juifs, les membres du Comité central, qui habitent Berlin, Munich, Hambourg, ne sont pas des étrangers, et, si on les pressait un peu, ils finiraient par avouer qu’il n’y a que les Juifs qui soient chez eux en France…

  1. Rituel de la Maçonnerie forestière contenant tout ce qui a rapport à la Charbonnerie et à la fenderie suivi d’une analyse de quatorze associations politiques secrètes, par F. M. Ragon, ancien Vénérable.
  2. Le serment more judaico a été rétabli en Alsace-Lorraine depuis l’annexion. On le fait prêter aux recrues israélites sur le sepher déroulé, en présence de rabbin.
  3. Voir à ce sujet une curieuse brochure de M. Aristide Astruc : l’Enseignement chez les anciens Juifs (discipline, programme, laïcité, obligation), dans lequel l’auteur, plein d’admiration pour Ferry, montre que le plan de l’éducation actuelle est identiquement le même que celui de l’éducation juive.
  4. Mémoires sur le second Empire.
  5. C’est le pendant de l’histoire de Lockroy allant se faire arrêter à Clamart, en 1871, pour échapper à ses amis de la Commune.
  6. Cette haine était telle que Mérimée, que je soupçonne d’avoir été un peu judaïsant et qui, en tous cas, n’avait jamais été baptisé, raconte dans ses Lettres à Panizzi, que pour animer les turcos contre les autrichiens pendant la campagne d’Italie, on n’avait eu qu’à leur dire que c’étaient des Juifs qu’ils avaient devant eux.
  7. Le général Bosquet avait été un des premiers à prévoir les services que pourraient rendre les troupes indigènes. Dans une lettre, écrite le 30 janvier 1856, au général Randon, alors gouverneur de l’Algérie, il disait : « un jour la France trouvera chez les Arabes ses légions arabes comme autrefois Rome en trouvait dans ses colonies d’Espagne et des Gaules, et c’est une belle question à préparer, je crois, comme appendice du système de recrutement général de notre armée… »
  8. Lettre sur la politique de la France en Algérie, adressée par l’Empereur au maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta, gouverneur général de l’Algérie.
  9. Dans un journal républicain, et à coup sûr peu hostile aux Juifs, la France, M Huguounet écrivait à la date du 3 juillet 1884, à l’occasion des troubles sémitiques d’Alger : « L’usure est réellement épouvantable. En voici un exempte : Les Turcos et les Spahis, à la veille de toucher leur solde, empruntent un franc pour en rendre deux le lendemain, c’est-à-dire 8.630 francs pour 100.
        Thomson, le député d’Oran, et le Juif Etienne qui, contrairement à la loi, est à la fois inspecteur général des chemins de fer et député, auraient eu une belle occasion pour vanter les vertus d’Israël et ses sympathies envers ceux qui servent la France.
  10. Les israélites indigènes de l’Algérie, pétition centre le décret du 24 octobre 1870, par M. Charles du Bouzet, ancien préfet d’Oran, ancien commissaire extraordinaire en Algérie.
  11. Voici le certificat significatif délivré par M. Warnier au capitaine Guichard, qui avait courageusement défendu son général.
        « Je soussigné, préfet d’Alger, à la date du 23 octobre et appelé par le général Walsin Esterbasy à l’accompagner au palais du gouvernement à l’amirauté, où le triomphe de la Commune révolutionnaire l’obligeait à s’embarquer, certifie, comme témoin oculaire partageant les danger du général Walsin Esterhazy, que sans l’assistance du capitaine Guichard et de ses hommes de la 2eme batterie de l’artillerie de la milice d’Alger, qu’il commandait, nous aurions été exposés à toutes les colères de plusieurs milliers de Juifs, de Maltais, d’Espagnols, égarés par quelques énergumènes français, et que, si les avanies que nous avons subies se sont bornées à des injures et à des insultes, nous le devons à l’énergie et au dévouement de l’escorte de la 2eme batterie de l’artillerie de la milice d’Alger.
        « En foi de quoi, j’ai délivré au capitaine Guichard le présent certificat pour servir à qui de droit.
    « Warnier,
    « Député du département d’Alger »
  12. Rien n’a pu être retrouvé des documents à l’aide desquels furent préparés les décrets du 14 octobre. (Rapport de M. de la Sicotière.)
  13. Il prétendait, on le sait, descendre d’un Montmorency qui, surpris par une tempête, se serait fixé en Algérie et, par plus d’un point la destinée de ce chef intrépide, victime des sentiments les plus élevés et poussé comme malgré lui à une révolte contre laquelle son cœur protestait secrètement, rappelle le sort tragique du vaincu de Castelnaudary.
        La presse juive, pour déshonorer Mokrani, a soutenu que c’était la situation embarrassée de ses affaires qui l’aurait poussé à la révolte. Rien n’est plus faux. Les dettes mêmes de Mokrani avaient l’origine la plus honorable. Lors de la terrible famine de 1867-1868, il avait, avec sa magnanimité habituelle, emprunté des sommes considérables pour donner du blé aux hommes de ses tribus. Le maréchal Mac-Mahon lui avait engagé sa parole que s’il n’était pas remboursé aux échéances par ses débiteurs, la France lui payerait ce qu’il avait avancé pour le service public sur les centimes additionnels des tribus. Le gouvernement de la Défense, qui gaspillait l’argent pour enrichir des fournisseurs comme Ferrand, refusa, naturellement, de faire honneur à l’engagement du Maréchal et l’on dit au Bach-Agba : « Tire-toi de là comme tu pourras. »
  14. Plaidoyer pour Bou-Mezrag devant la cour d’assises de Constantine (27 avril 1873).
  15. Dans le journal L’Evénement, Aurélien Scholl, presque seul dans la presse, a pris la défense de ces infortunés auxquels il a consacré deux ou trois articles éloquents.
        La question des Arabes fut la principale cause du rejet de l’amnistie, au mois de février 1886. On sait que Henri Rochefort avait pris l’initiative de cette proposition, que fît échouer Crijanowski, plus connu sous le nom de Sigismond Lacroix et qui, en sa qualité de Polonais, eût été presque excusable de chercher à rendre la liberté à Berézowski. Le pamphlétaire profita de l’occasion pour exécuter son collègue de l’extrême gauche qu’il convainquit, preuves en mains, dans le numéro de l’Intransigeant du 28 janvier 1886, d’être un agent provocateur. Il est rare, lorsque deux républicains s’expliquent ensemble, qu’on n’apprenne pas quelque vérité.
        Tout ce point est à étudier soigneusement. Rien de curieux comme la colère des députés juifs qui sont hors d’eux-mêmes à la pensée d’amnistier ces Arabes, prisonniers déjà depuis de longues années. Etienne ne sait plus même ce qu’il dit : « Ignorez-vous, s’écrie-t il, qu’ils ont incendié des fermes, des femmes et des enfants ? » Thomson déclare qu’on ne peut libérer ces captifs parce que l’on a profité de la circonstance pour voler leurs biens et qu’il faudrait les leur rendre. Camille Dreyfus se prononce énergiquement contre la proposition.
        Henri Rochefort, qui n’a jamais réfléchi, est, dans ce cas particulier, par son seul instinct d’être indépendant, un politique très prévoyant. Ce n’est pas le moment pour nous, en effet, d’abandonner l’espèce de droit nouveau qui admettait que les peuples soumis par la force défendent leur indépendance. La France est, ou plutôt était, avant de tomber aux mains des Juifs, un pays de pur sentiment ; l’Allemagne pays de raisonnement, au contraire, tient à pouvoir formuler une théorie à l’appui de ses actes. Le refus de tout pardon, l’implacabilité montrée à des patriotes révoltés, le droit, affirmé crûment par Thomson, de s’emparer des biens des insurgés, sont des précédents que la Prusse enregistre soigneusement et qui lui serviraient, à l’occasion, à exercer toutes les violences contre les Alsaciens lorrains qui voudraient secouer le joug.
        La Russie tenait également à faire nier par un Polonais ce droit à l’insurrection que la Pologne a si souvent revendiqué contre ses oppresseurs, et elle s’est servie de Cryjanowski. Tout cela, encore une fois, est utile à regarder au point de vue de l’évolution des idées, montre bien la fin de la légende de la France révolutionnaire, émancipatrice de nations, généreuse, pardonnant vite à ceux mêmes qu’elle a été obligée de combattre. Il n’y a plus que l’intérêt du Juif qui touche nos Assemblées françaises.
  16. En argot maçonnique, un travail s’appelle une architecture, une pièce de monnaie une brique, une plume un crayon, une chanson un cantique, un procès-verbal une colonne. En terme de table la nappe est une voile ou un grand drapeau, les serviettes sont des drapeaux, les assiettes des tuiles ou des platines, les fourchettes des pioches ou des tridents, les bouteilles des barriques, les couteaux des glaives, les verres des canons, Manger c’est mastiquer, boire c’est tirer une canonnée.
  17. « J’allais partir pour l’Algérie lorsqu’un heureux incident m’arrêta. J’appris que l’amiral de Gueydou arrivait. H. Bathélémy Saint-Hilaire m’écrivit : « Mon cher ami, l’amiral est arrivé hier soir, il demeure à Paris, 9, rue d’Aguesseau. Je lui ai déjà fait votre compliment sur les bureaux arabes et annoncé votre visite. »
  18. « M. de Fourtou fit un rapport dont les conclusions étaient plus mauvaises encore que la loi proposée. Mais la conversation que j’eus avec lui à Versailles se termina par des paroles généreuses et par la promesse qu’il me fit de ne pas presser la mise à l’ordre du jour de la discussion de ce projet que je redoutais à ce moment.
  19. C’était Victor Lefranc qui était devenu ministre. Quand la délibération vint à son ordre, M. de Fourtou, rapporteur de la commission, annonça que, dans l’intervalle des vacances qui venaient d’avoir lieu, le gouvernement avait modifié largement le décret du 24 octobre, que la commission examinerait le nouveau décret qui lui semblait devoir mettre un terme a toute espèce de discussion relative a celui du 24 octobre. L’affaire était donc définitivement enterrée. (Bulletin de l’Alliance, séance du 12 mai 1872).
  20. Cartier, le secrétaire et l’âme damnée de Crémieux, voyait lui-même cette situation et il cherchait ce qu’il appelait ingénument le moyen pratique d’éviter de la mettre en relief.
    23 décembre 1870.
    Justice à commissaire extraordinaire, Alger.

    « On me signale certaines localités où les israélites naturalisés formeraient à eux seuls la majorité au sein des corps électoraux. Veuillez en établir la liste avec le chiffre et rechercher pour ces localités quel serait le moyen pratique d’éviter de mettre en relief les inconvénients purement locaux du progrès réalisé. Il ne faut pas que l’affranchissement d’une race puisse être critiqué par des hommes de liberté sur quelques exemples accidentels.

    « Cartier. »
    (Enquête parlementaire).
  21. Le Mzab, on le sait, fût annexé en 1882, au mépris de traités formels qui garantissaient à ce petit pays son indépendance, ce que le général La Tour d’Auvergne reconnaissait lui-même dans la proclamation qu’il adressa aux habitants lors de la prise de possession. L’unique raison de cette annexion était la présence à Ghardaïa notamment, ainsi qu’à Guerara et à Benian, de 4.000 Israélites qu’on faisait ainsi bénéficier des droits de citoyens français.
  22. Une interruption de M. Raoul Duval fit ressortir, une fois de plus, l’iniquité du décret Crémieux qui privait du droit de vote de braves soldats pour l’accorder à la fripouille juive. M. Andrieux citât le témoignage d’un honnête indigène qui avait assisté à ce trafic de voix : il rappelait que le lieutenant Soliman ben Slimar avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite de brillants services militaires. « Et cet homme n’est pas électeur, tandis que ces Juifs le sont ! » s’écria M. Raoul Duval avec dégoût.
  23. La France militaire, numéro du 11 décembre 1884.
  24. On n’avait même pas attendu le vote des cinquante millions pour commencer les expropriations. « Dans les départements d’Oran et de Constantine, dit le Journal des Débats, on a exproprié 7.896 hectares, avant une valeur de 477.164 fr. On a, de plus, préparé des projets d’expropriations pour 14.906 hectares, estimés 1.607.369 fr. Ce n’est qu’une entrée eu matière, car, avec le crédit de 50 millions c’est par centaines de milles hectares qu’on procédera. »
  25. C’est la situation des biens habbous dont nous avons déjà parlé à propos de laTunisie et qu’une société financière juive s’est efforcée d’accaparer par l’intermédiaire de Floquet et de Naquet
  26. Enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale », tome III ; déposition de M. du Bouzet.
  27. Les deux civilisations réunies de la France et de l’Angleterre ont dépassé en Égypte, avec leurs contrôleurs européens les exactions impitoyables de ces percepteurs de tributs et de ces scribes de la vingtième dynastie dont les stèles nous ont conservé l’image. Nous voyons dans les martaba de Gizeh, les Ameneman et les Pantour faisant rouer de coups sous leurs yeux quelque ancêtre des Fellabs actuels, étendu tout de son long sur le ventre et maintenu sur le sol par des exécuteurs qui tirent le patient, les uns par les pieds, les autres par les mains. Avec l’habit noir en plus, c’est la représentation exacte des de Blignières, des Rivers Wilson, des Baring, des Clifford-Lloyd (Voir Livre II)
  28. La Civilisation des Arabes.
  29. Voir aussi l’épisode des officiers anglais faisant, il y a quelques mois, photographier les Birmans prisonniers pendant qu’on les fusille. Ce spectacle de l’alliance de la science moderne et de la sauvagerie évoque un monde d’idées. Le général anglais qui présida à ces horreurs est fermement convaincu que Timour-Leng et Gengis-Khan étaient des barbares tandis que lui représente le Progrès.
  30. La presse sémitique serait singulièrement représentée là-bas, s’il faut en croire ce que raconte le Cri du Peuple du 9 janvier 1884 sur un Juif nommé Mer, gérant du Petit Colon. Un pauvre soldat avait quitté le régiment sans permission pour assister à l’enterrement de sa mère ; les exigences de la discipline avaient forcé de l’envoyer au pénitencier de Cherchell ; il s’était échappé et avait trouvé une place parmi les compositeurs du Petit Colon, qui connaissaient son secret et qui le gardaient fidèlement. Mer parvint à découvrir la situation de Sebouques, c’était le nom du soldat, et, pour avoir une petite somme d’argent, il dénonça le malheureux à l’autorité.
  31. La manie vaniteuse qui pousse les Juifs à se faire décorer sans aucun droit excita une nouvelle émeute à Alger, en juillet 1885. Tirman, l’homme des Juifs, avait accordé la croix de la Légion d’honneur à un nommé Jacob Jaïs, adjudant des pompiers, absolument indique de cette distinction. Les pompiers protestèrent et, pour ne plus servir avec Jais, allèrent solennellement, aux applaudissements de la population, déposer leur fourniment dans la cour de l’Hôtel de Ville.
        Tirman n’avait pas craint d’affirmer un fait faux dans un document public en attribuant vingt ans de services à Jaïs, qui en comptait six à peine. Quelques mois avant sa nomination comme chevalier de la Légion d’honneur, Jais avait été l’objet d’une poursuite correctionnelle pour agression contre un vieillard. Voilà des actes que ratifie le conseil de la Légion d’honneur où figurent des généraux français !
  32. Comme la plupart des diplomates chargés aujourd’hui de représenter la France, cet Ordega se fait gloire de ne pas être d’origine française ; il appartient, non pas à la Pologne héroïque et croyante pour laquelle tous les chrétiens forment des vœux, mais à la Pologne ralliée aux Juifs. Dans le discours qu’il a prononcé avant de quitter Tanger et que nous ont transmis les Archives Israélites du 11 mars 1885, le nouveau ministre à Bukarest a eu soin de déclarer qu’il allait en Roumanie pour y soutenir les intérêts juifs. « Si je n’ai pas pris une part plus active à la défense des Juifs ici, dit-il, c’est que ma modeste action a été souvent contrariée et mal interprétée par d’autres agents consulaires. Il aurait donc été impolitique à moi d’agir chaque fois que je n’avais pas d’instructions directes de mon gouvernement. Mais vous pouvez être assurés que les Juifs de Demban et ceux du Maroc, en général, n’auront pas de meilleur défenseur que moi, aussitôt que je pourrai me départir de la réserve que j’étais obligé d’observer dans les fonctions que je quitte.
        « Dans le nouveau poste auquel je viens d’être appelé, je ne doute pas que mon initiative soit moins réservée. Les Israélites, en Roumanie, forment une communauté considérable dont la condition n’est pas, en général, des meilleures. J’aurai, par conséquent, une plus grande liberté d’action et mes sympathies pour les Juifs trouveront occasion de se manifester. »
  33. La Maçonnerie juive a conservé le souvenir de la table en bois d’acacia du Temple. Le tablier du 3eme grade est blanc, bordé et doublé couleur feu, au milieu un compas et une équerre entourés d’une branche d’acacia. A la demande : « Etes-vous Maître Maçon ? » on répond : « L’acacia m’est connu. »
  34. Les libéralités de ce genre sont fréquentes. Dans son testament, M. L.-M Rothschild, le richissime joaillier, mort à Paris en 1884, stipule que si sa fille Sarah Halfon meurt sans enfants, un tiers de sa fortune reviendra à l’Alliance israélite universelle.
  35. Au mois de mars 1884, le conseil d’Etat, dont le Juif Camille Sée est le plus beau fleuron, a refusé à la supérieure des Filles de Saint-Vincent-de-Paul l’autorisation d’accepter le legs d’une dame Lecerf, qui avait consacré une somme de quarante mille francs à fonder deux lits dans la maison de retraite de Sainte Anne d’Auray, à Chatillon-sous-Bagneux.
    Dans leur haine pour ces saintes Filles de Charité, que les sauvages eux-mêmes vénèrent, ces malheureux n’ont pas reculé devant la pensée de spolier les pauvres.
    Si on proposait aux Juifs de détourner de leur destination les dix mille francs de Crémieux, ils pousseraient les hauts cris ; ils trouvent tout simple qu’on chasse les Sœurs de Charité de l’hôpital Cochin et qu’on garde l’argent que le fondateur a laissé spécialement pour leur entretien.