La Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports avec la théologie naturelle/Planche 26a

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Geology and Mineralogy considered with reference to Natural Theology, plate 26a.png


Planche 26a


Ornithichnites ou empreintes des pieds de plusieurs espèces perdues d’oiseaux, qui se rencontrent dans le nouveau grès rouge de la vallée du Connecticut. (Hitcheock.)[1]

Les traces fossiles dessinées sur cette planche le sont toutes à peu près sur une même échelle, savoir : un vingt-quatrième. Les empreintes récentes sont sur une plus grande échelle.

Fig. 1. Ornithichnites giganteus. Un grand nombre de traces de cette espèce se trouve à Mount-Tom, près de Northampton (États-Unis).
Fig. 2. O. tuberosus. On voit sur un même bloc des portions de trois traces, et une empreinte isolée faisant
partie d’une quatrième. Les deux plus longues ont une direction opposée.
Fig. 3. O. Tuberosus. Sur une dalle placée en avant de Court-House, à Northampton, et tirée des carrières de Mount-Tom.
Fig. 4. O. ingens. Tirée d’une carrière appelée HorseRace, près de Gill. L’appendice du talon ne se distingue pas bien sur cette trace.
Fig. 5. O. diversus. Sur une dalle placée près de la porte de l’église principale de Northampton (États-Unis).
Fig. 6. O. diversus. Nous avons ici trois rangs de traces et une empreinte isolée provenant de la carrière de Horse-Race. Ces traces ne présentent pas de marque d’appendice au talon.
Fig. 7. O. diversus. Trouvé près de South-Halley (États-Unis).
Fig. 8. O. diversus. Trace curviligne tirée de la carrière de Horse-Race.
Fig. 9. O. diversus. Deux traces parallèles tirées de la même carrière.
Fig. 10. O. diversus. Traces presque parallèles de deux oiseaux, avec un appendice derrière chaqup pied ; tirée des carrières de Montague (États-unis).
Fig. 11. O. minimus. Commun dans la carrière de Horse-Race. Ces empreintes de pieds de petits oiseaux varient en longueur depuis un demi-pouce jusqu’à un pouce et demi.
Fig. 12, 13, 14. O. diversus. De la carrière de Horse-Race. Des traces d’individus différens, d’espèces diverses, et de diverses grandeurs, se croisent confusément sur ces trois dalles.
Fig. 15. Trace récente, probablement d’une bécasse.

Fig. 16. Trace récente d’un paon femelle.
Fig. 17. Trace récente d’une poule domestique.



  1. American Journal of science and arts, janvier 1836, t. XXIX, no 2. Le professeur Hitcheock a publié une histoire très intéressante de la découverte récente des ornithichnites, ou empreintes de pieds d’oiseaux dans le nouveau grès rouge de la vallée du Connecticut. Ces traces ont été trouvées à différentes profondeurs au dessous de la surface actuelle du sol, dans des carrières de roches fissiles, à cinq endroits différens voisins de cette rivière, sur une distance de trente milles. L’inclinaison du grès varie depuis 5° à 50* et ces traces semblent avoir été faites avant que les couches eussent pris cette inclinaison j sept de ces traces se rencontrent dans trois ou quatre carrières, sur un espace de quelques verges carrées : elles sont si distinctes les unes des autres que cet observateur pense qu’elles ont été faites par des oiseaux d’espèces, sinon de genres différens. (Voy. pl. 26a, fig. 1-14.)

    Les empreintes se succèdent régulièrement, et constituent la trace d’un animal dans l’acte de marcher ou de courir, les pieds droit et gauche se montrant toujours à leurs places respectives.

    La distance entre les diverses empreintes d’une même trace varie ; mais cette variation n’est jamais assez grande pour qu’on ne puisse l’expliquer par la différence qui peut exister entre les pas de l’oiseau. Beaucoup de ces traces d’individus ou d’espèces différentes se croisent ; elles sont souvent multipliées comme les empreintes de pieds sur les bords fangeux d’un ruisseau ou d’un étang, aux endroits que hantent les canards ou les oies. (Voy. pl. 26a, fig. 12, 13, 14.)

    Aucune de ces empreintes ne parait avoir été faite par des oiseaux palmipèdes ; elles ressemblent plutôt à celles que feraient des Échassiers (Waders) ou des oiseaux d’habitudes analogues. Excepté dans un petit nombre de cas, ou distingue ordinairement les empreintes de trois doigts. L’empreinte du quatrième doigt ou doigt postérieur manque ordinairement, comme dans les empreintes des pieds des échassiers modernes.

    La plus remarquable de ces empreintes est celle d’un oiseau gigantesque ayant deux fois la taille de l’Autruche, son pied offrant quinze pouces de long, non compris l’ongle dont la longueur est de deux pouces. Ses trois doigts sont larges et épais. (PL 26a et pl. 26b, fig. 1.) Ces grandes empreintes n’ont encore été trouvées que dans une carrière seulement, à Mount-Tom, près de Northampton ; on y a rencontré trois traces parallèles du même genre, et dans une d’elles on voit six empreintes se succédant d’une manière régulière, séparées par une distance de quatre pieds. Dans les autres la distance varie de quatre à six pieds. Cette dernière est probablement la plus grande enjambée de cet oiseau gigantesque lorsqu’il courait.

    Après ces empreintes viennent pour la grandeur celles du pied d’un autre oiseau gigantesque (pl. 26", fig. 4), offrant trois doigts plus déliés, et qui, mesurés, ontde quatorze à seize pouces de longueur, non compris un appendice remarquable qui s’étend en arrière, à partir du talon, dans une étendue de huit à neuf pouces, et qui probablement était destiné, comme ces larges patins dont on se sert pour marcher sur la neige, à soutenir le poids d’un animal lourd lorsqu’il marchait sur un sol mou.

    (Voy. pl. 26b, f fig. 2.) Les empreintes de ces appendices ressemblent à celles de plumes raides, ou de grosses soies qui semblent s’être enfoncées dans la vase et le sable à une profondeur de près d’un pouce. Les doigts pénètrent très profondément, et autour de leurs empreintes la boue s’est soulevée de manière à former une élévation de plusieurs pouces, comme celle qui se forme autour de l’empreinte du pied d’un éléphant sur l’argile. La longueur de l’enjambée de cet oiseau semble avoir quelquefois atteint jusqu’à six pieds. Dans les autres traces les enjambées sont moins longues, et la plus petite empreinte rappelle un pied qui n’aurait qu’un ponce de longueur avec une enjambée de trois ou quatre pouces. (Pl. 26a, fig. 2, 3, 5-11)

    Dans les différentes traces la longueur des enjambées croît avec la grandeur du pied ; elle est beaucoup plus grande proportionnellement que celles des oiseaux de notre époque, d’où l’on peut conclure que les oiseaux anciens avaient les jambes plus longues qu’aucun des échassiers modernes. Des enjambées de quatre pieds, par exemple, indiquent avec probabilité une jambe de six pieds.

    Dans l’autruche d’Afrique, dont le poids est de cent livres, et dont la hauteur est de neuf pieds, la jambe n’a qu’environ quatre pieds de long, et la longueur du pied n’est que de dix pouces.

    Toutes ces traces semblent avoir été faites sur le bord d’une eau basse, sujette à changer de niveau, et dans laquelle se déposaient alternativement des sédimens de sable et de vase ; et la longueur des jambes de ces oiseaux, que l’on peut conclure de la distance qui sépare les empreintes de leurs pieds, était bien en harmonie avec cette circonstance. On n’a pas encore trouvé de traces d’ossemens, excepté d’ossemens de poissons (palœothrissum), dans la roche où l’on rencontre ces empreintes, qui sont du plus haut intérêt pour les palœontologistes, puisqu’elles établissent l’existence d’oiseaux à l’époque ancienne de la formation du nouveau grès rouge, et qu’elles démontrent que les plus anciennes formes de cette classe d’animaux atteignaient dans quelques cas des dimensions bien plus grandes que celles des plus grandes espèces actuellement existantes, et qu’elles étaient constituées plutôt pour marcher et pour courir que pour voler.