La Goguette

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André-Antoine Ravrio Extrait de : Mes Délassements

La Goguette

1812


Amis, chantons la goguette,
Cette aimable déité
Qui naquit à la guinguette
Dans le sein de la gaité.
Les écarts
Des hasards
Pour elle sont peu de chose,
Car l'amitié la compose,
Unie avec les beaux-arts. (ter)

 
Aux grands qui règnent sur terre,
Aux gens du rang le plus bas,
La goguette est étrangère,
Ils ne la connaissent pas.
Sots loisirs,
Vils désirs,
Quittez vos sales orgies,
Et venez voir aux bougies
La goguette et ses plaisirs.


Les doux accents de la Lyre
De Thalie et d'Erato,
Enflamment d'un saint délire,
Archet, équerre et pinceau :
Leurs transports,
Les accords
Font naître pour la goguette
Mille traits qu'elle répète,
En vidant ses rouges bords.


L'histoire qu'on y raconte,
Pleine de sel, de gaîté,
Fait place à quelqu'heureux conte
Par la malice inventé :
Les canons (1),
Les chansons,
Et la romance touchante,
Tour à tour chacun enchante,
L'instant dont nous jouissons.
 

Toi, que souvent on insulte
Dans maint réduit ignoré,
Tu sais, Amour, si ton culte
En goguette est révéré :
Quand Bacchus,
Quand Momus
Font entendre leurs antiennes,
Tu viens y mêler les tiennes,
Et nous couronnons Vénus.


Les Dieux étaient en goguette,
Lorsqu'Hébé, l'aiguière en main,
Dans leur céleste retraite
Versait le nectar divin :
Apollon,
Cupidon
Enchantaient la troupe entière,
Et le maître du tonnerre,
Ces jours-là fêtait Junon.


Nous qu'un même goût rassemble,
Enfants des Muses, des arts,
Bravons, s'il se peut, ensemble,
Du temps les fâcheux regards ;
Nous charmer,
Nous aimer,
C'est l'esprit de la goguette,
Le vieux Saturne nous guette,
Buvons pour le désarmer.

(1) Espèce de chants. (note de l'édition de 1834)