La Grand’mère

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Petits châteaux de Bohême : prose et poésie
Eugène Didier (p. 29-30).

LA GRAND’MÈRE

Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
— La bonne femme, ― et, quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère.

Moi seul j’errais dans la maison, surpris
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, ― quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.


Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres émotions,
Des biens, des maux, ― des révolutions, ―
Ont dans les cœurs sa mémoire effacée.

Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
Depuis trois ans, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant !