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La Grande Mademoiselle/05

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La grande mademoiselle


V. LA FRONDE [1]


Peu de crises politiques ont laissé à ceux qui en furent les témoins ou les acteurs des impressions aussi diverses que la Fronde. Prenez ce merveilleux Retz, dont les Mémoires sont l’épopée du Paris révolutionnaire ; prenez Omer Talon, l’un de nos plus grands orateurs parlementaires ; prenez l’amie de la reine, Mme de Motteville ; prenez La Rochefoucauld, duc et pair, ou Gourville, son ancien laquais ; prenez les Gaston d’Orléans, les Beaufort, les Anne de Gonzague, les Mme de Chevreuse, tous ceux et toutes celles dont nous savons les façons de penser : chacun d’eux s’est représenté la Fronde sous un aspect qui tenait à sa situation et à ses amitiés, autant qu’à son caractère et à sa nature d’imagination.

Il fallait faire un choix entre ces faces multiples d’un même sujet. C’était le seul moyen de donner quelque unité au récit, surtout dans une étude bornée, comme celle-ci, aux sentimens et opinions d’où sortirent les événemens. La Grande Mademoiselle est notre centre, le personnage à qui nous avons toujours tout rapporté : je raconterai la Fronde à travers elle, je m’efforcerai à dégager de la masse des documens les scènes ou les états d’esprit qui l’ont frappée, et à évoquer ainsi l’une au moins des physionomies de la période la plus confuse de notre histoire moderne. On ne s’attend pas que le point de vue de Mademoiselle ait été le meilleur ; du moins n’est-il pas terre à terre. La Fronde a été son âge héroïque. Elle y entra par des raisons de roman, pour conquérir un mari à coups de canon, pour voir du neuf et de l’extraordinaire ; elle joua son rôle avec éclat, et s’étonna le reste de sa vie d’avoir pu commettre tant de « sottises. » C’est à faire comprendre l’état d’esprit qui existait alors en France, et qui permit ces « sottises » à la Grande Mademoiselle et à tant d’autres, que tendront les pages qu’on va lire.


I

Il va de soi que Mademoiselle n’avait pas vu venir la révolution, en quoi elle n’avait pas été plus aveugle que le reste de la cour. Lors des barricades de 1648, il y avait quatre ans que Paris grondait et s’agitait, sans que la régente, ni personne autour d’elle, eût l’idée de s’inquiéter de ce qui se passait dans les esprits. Dès le 1er juillet 1644, le peuple avait envahi le Palais de justice en protestant bruyamment contre un nouvel impôt, et le Parlement s’était chargé de porter ses doléances à la reine. Anne d’Autriche avait refusé de céder. La ville avait pris aussitôt sa physionomie de veille d’émeute : conciliabules en plein air, gens affairés sans savoir pourquoi, curieux le nez au vent, boutiquiers sur le pas de leur porte, attente inquiète de quelque chose d’inconnu. Le troisième jour, la soupe au lait s’envola. Des bandes armées de gourdins descendirent des faubourgs et « donnèrent, rapporte un témoin [2], assez de frayeur dans la ville, en laquelle telles émotions étaient inconnues. » Au bout de quelques heures, les bandes se dissipèrent d’elles-mêmes et l’émeute s’évanouit ; mais le premier pas était fait ; le peuple s’était familiarisé avec l’idée de troubler la rue.

A partir de ce jour, les signes avant-coureurs de l’orage se multiplièrent. Le Parlement soutenait ouvertement le peuple. Il avait des orateurs violens et magnifiques, qui éclataient en discours terribles sur la misère effroyable, les injustices et l’oppression qui jetaient la France dans une sorte de désespoir. La majesté du trône ne les arrêtait plus, et c’était aux séances solennelles des lits de justice, ou dans les salons même du Palais-Royal, en présentant les remontrances de leur corps, qu’ils prononçaient leurs philippiques les plus véhémentes. L’enfant-roi les écoutait, assis à côté de sa mère ; s’il ne comprenait pas toujours leurs paroles, il ne pardonna jamais le ton dont elles étaient prononcées. La cour les considérait avec étonne ment, et Mademoiselle, en ce temps-là, ne bougeait de la cour ; ses Mémoires ne font néanmoins aucune allusion à ces révoltes de l’opinion, tant elle avait été loin d’en saisir la portée ; elle l’avait aussi peu comprise que la reine, et c’est tout dire. Il n’y avait que soixante ans des barricades de la Ligue, il n’y en avait que dix d’une comédie appelée Alizon, où une ancienne ligueuse a pour les soldats du roi les yeux de nos communardes pour les Versaillais ; le peuple parisien n’avait jamais cessé d’entretenir ses vieilles armes, dans la pensée qu’elles resserviraient ; et la régente de France s’imaginait avoir paré à tout en défendant aux Français, par une ordonnance, de parler politique.

Un esprit nouveau montait des profondeurs de la nation dans les classes moyennes, où il avait déjà trouvé un apôtre. C’était un parlementaire, le président Barillon. « Il avait, dit Mme de Motteville, un peu de cette teinture de quelques hommes de notre siècle qui haïssent toujours les heureux et les puissans. Ils estiment qu’il est d’un grand cœur de n’aimer que les misérables, et cela les engage incessamment dans les partis qui sont contraires à la cour. » Les temps n’étaient pas mûrs pour les haines qui balayent sous nos yeux les vieilles sociétés, et le président Barillon était condamné à succomber. Tant que la reine avait été malheureuse, il lui avait été tout dévoué. Lors de son veuvage, il avait contribué à lui faire donner le pouvoir, la croyant, je ne sais sur quels fondemens, acquise à ses théories sur les droits des humbles et les devoirs des gouvernemens envers les peuples. La désillusion ne se fit pas attendre, et Barillon, de chagrin, se jeta dans l’opposition avancée. Anne d’Autriche était incapable de comprendre cette âme passionnée. Elle en voulut à son vieil ami et le fit enfermer à Pignerol, où il mourut, « regretté de tout le monde, » dit encore Mme de Motteville. Le président Barillon est déjà un précurseur des idéologues du XVIIIe siècle et des socialistes du XIXe. La reine était de ceux qui ont des yeux pour ne pas voir. Rien ne put les lui ouvrir. Le roi de France avait eu sa marmite renversée, faute d’argent pour payer les fournisseurs, et sa mère, pour apaiser les siens, avait dû mettre en gage les diamans de la couronne. Anne d’Autriche s’indignait néanmoins contre ces bourgeois qui osaient dire la France ruinée. Non qu’elle attachât de l’importance à l’opinion du Parlement, qu’elle appelait « cette canaille, » avec ses idées exotiques sur notre pays, mais toute critique lui paraissait une atteinte à l’autorité de son fils. Chacune de ses injures ajoutant à la popularité de l’opposition, celle-ci était toujours disposée à soutenir les réclamations du peuple, par intérêt autant que par sympathie : — « Les bourgeois étaient tous infectés de l’amour du bien public, » écrit avec amertume la douce Motteville. La cour n’avait donc pas à compter sur « cette canaille » en cas de difficultés.

Ni, d’ailleurs, sur elle-même ; trop d’ambitions s’y contrariaient, trop d’intrigues égoïstes, sans parler de l’instinct de la conservation, qui incitait les nobles à lutter une dernière fois contre l’établissement de la monarchie absolue, pour sauver ce qui restait à sauver de leurs anciens privilèges. Ils auraient été dans leur droit, car personne n’est tenu au suicide, si seulement ils avaient su comprendre que les devoirs envers le pays passent avant tout ; mais l’idée de patrie était encore bien trouble dans les consciences les plus claires. La Grande Mademoiselle n’hésitait pas plus que les autres, quand les intérêts de sa maison se trouvaient opposés à ceux du royaume. Elle raconte qu’après l’affaire Saujon [3], elle s’était à peu près retirée de la cour : « Je ne croyais pas que la présence d’une personne que la reine avait si fort maltraitée lui pût être agréable. » Elle allait faire des séjours à son château de Bois-le-Vicomte, près de Meaux, et ce fut là qu’on lui envoya la nouvelle de la bataille de Lens (20 août 1648). La petite cour de Mademoiselle savait que sa princesse verrait un malheur personnel dans le bonheur de nos armes ; c’était de la gloire en plus pour le prince de Condé, du crédit et de l’influence en plus pour cette autre branche cadette, aux prétentions insolentes, dont les usurpations avaient mis entre leurs maisons une aigreur que la mort du vieux Condé (1646) n’avait pu adoucir. « Personne ne me l’osa dire, continue Mademoiselle ; l’on mit sur ma table la relation qui était venue de Paris ; au sortir de mon lit, je vis ce papier sur ma table, je le lus avec beaucoup d’étonnement et de douleur… Dans cette rencontre, je me trouvais moins bonne Française qu’ennemie. » L’aveu est à retenir, car le crime de Mademoiselle a été celui de toute la noblesse frondeuse : eux d’abord, la France ensuite.

Elle en pleura. Son père lui ayant mandé de revenir à Paris « se réjouir avec la reine, » ce lui fut un redoublement de chagrin ; depuis la scène du Palais-Royal, il lui était impossible de « se réjouir » avec Anne d’Autriche. Il fallut pourtant obéir et assister avec la cour, le 26 août, au Te Deum de Notre-Dame. — « Je me mis auprès du cardinal de Mazarin, et, comme il était en bonne humeur, je lui parlai de la liberté de Saujon, pour laquelle il me promit de travailler auprès de la reine, que je laissai au Palais-Royal, et m’en allai dîner. Je ne fus pas plus tôt arrivée à mon logis, que l’on me vint dire la rumeur qui était dans la ville, que le bourgeois prenait les armes. » C’était la réponse des Parisiens à l’arrestation inattendue de deux parlementaires, dont le vieux Broussel, l’homme qui incarnait aux yeux de la foule les doctrines humanitaires et démocratiques du président Barillon, mort pour la bonne cause. La ville s’était levée en un tour de main.

Le chagrin de Mademoiselle se dissipa. Dans le désarroi de la monarchie, elle ne pensa qu’aux embarras où allaient se trouver la reine et Monsieur, et son plaisir fut « grand. » Les Tuileries étaient situées à souhait pour observer une révolution. Les boulevards n’existaient pas, et la Seine était le centre du mouvement et des affaires, la grande rue de Paris et sa grande salle des fêtes. A plusieurs lieues en amont et en aval, les étrangers reconnaissaient à son animation qu’ils approchaient de la capitale. Du Cours-la-Reine à l’île Saint-Louis, elle était bordée de ports et de marchés en plein air, encombrée de barges à marchandises, de trains de bois, de bateaux de plaisance, de coches d’eau en forme de maisons flottantes, et de toute une batellerie légère qui guettait le client pour le mener à ses affaires, lui faire voir de près une joute de mariniers, un feu d’artifice, une sérénade sur l’eau, une galère dorée qui filait banderoles au vent, soulevée par douze paires de rames. La Seine mettait une traînée de soleil au travers des petites rues obscures. Elle était la lumière et la joie de Paris, le cœur de sa vie publique. Ses bras enveloppaient Notre-Dame, l’Hôtel-Dieu et l’amas d’édifices dénommé le Palais, séjour du Parlement et de la Bourse, immense bazar dont les galeries à boutiques étaient le rendez-vous des flâneurs et des nouvellistes. Un peu au-dessous du Palais, le Pont-Neuf grouillait de marchands ambulans, de bateleurs, de charlatans et de filous, de badauds regardant une parade, de pauvres diables en train de se faire arracher une dent, mettre une jambe de bois ou un œil de verre. Toutes les émotions populaires partaient de la Seine. Elle était une reine ; nous en avons fait un égout.

Paris était déjà la ville cosmopolite arrangée pour les étrangers, celle qu’ils appelaient « la grande hôtellerie, » la seule en Europe où l’on vous meublât un palais « en moins de deux heures, » où l’on vous servît « en moins d’une heure » un dîner de cent couverts à vingt écus par tête. Cette puissante capitale était cependant, sous bien des rapports, dans l’état de barbarie. Elle n’était pas éclairée, pas balayée, remplie d’une boue noire et infecte : les habitans vidaient tout par les fenêtres. A peine s’il existait une police, et la ville était semée de « lieux d’asile, » survivance du moyen âge, qui servaient de retraites aux malfaiteurs. Le duc d’Angoulême, bâtard de Charles IX, envoyait ses domestiques se payer de leurs gages aux dépens des passans et les recueillait dans son hôtel ; il possédait le droit d’asile. Le duc de Beaufort envoyait les siens voler pour son propre compte. Des bourgeois en ayant arrêté quelques-uns, il les réclama et prétendit les faire indemniser.

Le caractère de la population parisienne, qui se renouvelle pourtant si vite, n’a pas changé depuis trois cents ans : « — Les vrais Parisiens, écrivait un contemporain de Mademoiselle, aiment le travail, la nouveauté des choses, les changemens des modes d’habits et même d’affaires, fort pieux, crédules et point. ivrognes, civils aux étrangers et inconnus [4]. » Otez la piété et ajoutez l’absinthe, mère de folie, vous aurez le Parisien d’à présent, toujours laborieux, toujours mobile, toujours crédule surtout ; il traite la religion de superstition, mais il a foi aux systèmes, aux panacées, aux grands mots, aux grands hommes vrais ou taux, il croit encore aux révolutions. En revanche, il est toujours prêt, comme aux siècles passés, à se faire tuer pour une idée, pour un Broussel, pour bien moins qu’un Broussel. Ce fut ce Parisien-là, le munie que nous connaissons, qui fit les barricades de 1648. Les fenêtres de Broussel donnaient sur la rivière. La batellerie de la Seine, instruite la première de son arrestation, s’élança dans les rues avec de grands cris. Les Halles se joignirent à la batellerie, le « bon bourgeois » suivit le peuple, les boutiques se fermèrent, les chaînes se tendirent, les rues se hérissèrent d’armes vieillottes qui donnaient à l’émeute un faux air de cortège historique, et Mademoiselle fit atteler ; elle voulait voir cela de près.

Elle prit par les quais, traversa le Pont-Neuf, et fut témoin d’un spectacle qui influa sur la suite de sa vie. Les chaînes tombaient devant elle pour se relever derrière son carrosse. La Grande Mademoiselle se rendit au Luxembourg, et de là au Palais-Royal, en princesse de légende devant qui s’évanouissent les obstacles et les monstres. La popularité n’est jamais chose raisonnée à Paris ; les gens du peuple adoraient cette princesse autoritaire, pour qui leurs pareils n’étaient que des « coquins, » bons à bâtonner et à pendre, et ils en furent récompensés, comme on l’est très souvent, en ce monde, des sentimens désintéressés. Au retour de sa promenade, Mademoiselle était prisonnière de sa popularité.

La cour avait commencé par ne pas prendre l’insurrection au sérieux. Il fallut y venir, et Mademoiselle trouva le Palais-Royal « en grande rumeur. » Elle but des yeux les visages soucieux de ceux qui l’avaient offensée, rentra chez elle toute contente, et s’amusa comme une enfant à regarder les bivouacs établis sous ses fenêtres. La nuit fut cependant paisible. — « Le lendemain, je fus éveillée par le tambour, qui battait aux champs de bonne heure, pour aller prendre la Tour de Nesle [5], que quelques coquins avaient prise. Je me jetai hors du lit et courus à la fenêtre. » Elle vit bientôt revenir des soldats blessés, qui lui causèrent « grande pitié et frayeur. » Dans la rue des Tuileries, les passans avaient tous des épées ; ils les portaient si gauchement, que Mademoiselle s’en amusa longtemps. Elle se trouvait bloquée dans son palais ; toutes les rues de la ville étaient barricadées avec des tonneaux remplis de terre ou de fumier et reliés par des chaînes. Paris n’avait pas mis trois heures à exécuter ce bel ouvrage, plus redoutable encore à titre de symbole qu’autrement. Les barricades de la Fronde, pavoisées avec les vieux drapeaux de la Ligue, font toucher du doigt la continuité du courant révolutionnaire dans la population parisienne.

Retz se targue d’avoir été celui qui mit le feu aux poudres Ses Mémoires grossissent son rôle, moins qu’on ne l’a dit pourtant. Il tenait réellement dans sa main le Paris pauvre. C’était le fruit de sept années d’un travail patient. Elève très indigne de Vincent de Paul, son ancien précepteur, Retz avait gardé de leur commerce l’idée qu’il fallait compter avec le peuple, qu’il était quelqu’un et non quelque chose, et que l’avenir serait à qui saurait s’en servir. En conséquence, ce jeune abbé de bonne maison, coadjuteur de son oncle l’archevêque de Paris, s’était appliqué à connaître les opinions politiques des crocheteurs et des miséreux. Il fréquentait leurs greniers et y apprenait, en échange de ses aumônes, les mots qui font sortir les barricades de terre à Paris. Il recourut à cette science dangereuse dès qu’il se crut menacé du côté de la cour, trop heureux d’avoir un prétexte de jouer les Marius et les Coriolan ; c’était son rêve depuis son enfance, depuis qu’il avait lu Plutarque.

C’est la grande figure romantique de ces temps où Corneille croisait dans la rue les modèles de ses héros. Retz était bien moins un ambitieux qu’un passionné de l’extraordinaire et de l’éclatant. Rien ne valait à ses yeux une belle aventure. Aucune existence n’était comparable pour lui à celle du conspirateur, aucun surnom aussi flatteur que celui de « petit Catilina [6], » qu’on lui donnait quelquefois. Le peuple parisien s’entendait avec lui. La Rochefoucauld et Saint-Simon ont parlé avec admiration de son « puissant » et « prodigieux génie. » Mazarin, hors d’état de comprendre les héros de Plutarque, puisqu’il n’aimait ni la vertu ni le vice, craignait Retz sans l’admirer et confiait à Mademoiselle qu’il avait « l’âme noire. » Anne d’Autriche ne voyait en lui qu’un « factieux » et un intrigant. Les sots s’en moquaient, et il y prêtait ; il était ridicule avec sa face basanée, ses jambes torses, ses maladresses de myope, et son goût pour les costumes de cavalier, les étoffes voyantes et les fanfreluches, ses allures de petit-maître et ses sempiternelles aventures galantes. Mais il y a des hommes qui supportent le ridicule, et Retz était du nombre ; la preuve en est qu’il plaisait aux femmes.

Tandis qu’il contemplait son œuvre dans son quartier de Notre-Dame, où chacun se préparait à la bataille, les pères avec leurs mousquets, les petits enfans avec leurs petits couteaux, Mademoiselle profitait de ce que les communications étaient libres entre les Tuileries et le Palais-Royal pour se rendre chez la Régente. Elle y était quand le Parlement vint réclamer Broussel et emporta un refus indigné. Elle y était encore quand il reparut, bien malgré lui, pour signifier à la reine, de par le peuple, que Paris « voulait monsieur de Broussel [7]. » Tandis que Mathieu Mole s’expliquait avec Anne d’Autriche, un parlementaire, inconnu à Mademoiselle, lui parlait politique d’un ton qui lui ouvrait les yeux sur les dispositions de la magistrature française. Elle regarda sortir les « longues robes, » après que la reine eut promis de rendre Broussel, et leur trouva un air étrangement fier. Il fut clair pour elle que tout cela n’était qu’un commencement.

Les barricades disparurent le lendemain, au retour de Broussel ; mais la population restait nerveuse. Il suffisait du bruit le plus absurde, d’un passant criant que la régente préparait une seconde Saint-Barthélémy, ou que la reine de Suède était à Saint-Denis avec son armée, pour que les mousquets partissent tout seuls dans les rues. Il s’élevait alors un grand brouhaha et la populace se mettait à piller, puis tout s’apaisait jusqu’à la prochaine fois. La nuit, les alertes étaient continuelles. Le 30 août, Mademoiselle était allée au bal dans une maison située près de la rue Saint-Antoine. On entendit toute la soirée des coups de feu suivis de rumeurs. La reine et Mazarin auraient bien voulu être hors de Paris ; mais le Palais-Royal était surveillé par le peuple, et l’habitude de traîner son mobilier après soi rendait bien difficile de partir sans qu’on s’en aperçût. La cour décida cependant d’essayer.

Le Palais-Royal avait repris son train accoutumé. La surveillance des Parisiens se relâchait peu à peu. Alors, le 12 septembre avant le jour, quelques voitures de meubles filèrent du palais vers Rueil. Le 13, le petit Louis XIV était tiré de son lit de grand matin, et suivait les meubles en compagnie de Mazarin. Anne d’Autriche, « comme la plus vaillante [8], » resta la dernière pour couvrir la fuite de son ministre ; elle se promenait dans Paris pour détourner l’attention. Dans l’après-midi, elle aussi disparut par la route de Rueil.


II

Cette fuite affola Paris. On crut que la reine, une fois en sûreté, ne penserait qu’à se venger des barricades. Les affaires s’arrêtèrent, le bourgeois cacha son argent, les gens de la cour partirent en hâte, emportant leur mobilier, et les mauvaises figures des jours de troubles se répandirent par les rues. Des voitures de déménagement furent pillées. Ce fut ensuite le tour des boulangeries. Le Parlement avait pris l’autorité en main ; mais ses séances devenaient aussi orageuses que celles de notre Chambre des députés. Les questions de personnes et les intérêts de coteries y avaient fait leur entrée avec la politique, et Olivier d’Ormesson écrivait tristement dès le 23 septembre, après une scène déplorable : — « Le bien public ne servait plus que de prétexte pour venger les injures particulières. »

Mademoiselle considérait les événemens avec des sentimens mélangés. La première Fronde n’était pas pour plaire à une personne de son humeur, aussi sûre que les rois sont les vicaires de Dieu sur la terre. Au fond, elle ne vit qu’une aventure de « brouillons » dans ce qui était un coup de désespoir, provoqué par l’excès de la détresse publique. La France avait été riche au siècle précédent, et maintenant elle se mourait de misère, à cause d’un système de finances fondé sur l’usure. L’Etat dépensait sans compter, empruntait à des taux exorbitans, et se libérait en cédant les impôts à ses banquiers, les « traitans, » qui les levaient à main année et en vrais chefs de brigands. Après leur passage, le laboureur dépouillé de tout, n’ayant plus ni bestiaux, ni charrue, ni lit pour coucher, ni pain, ni rien, n’avait plus qu’à s’en aller dans les bois se faire brigand à son tour.

Chaque année un lambeau de la France retombait ainsi en friche, et, contre ces iniquités, le pays était sans recours. Ce fut alors que la plainte douloureuse du peuple suscita les Barillon et les Broussel, et que le Parlement, atteint lui-même dans sa bourse et dans la valeur de ses charges par des édits impolitiques, risqua une tentative dont le succès aurait changé le cours de notre histoire. Les yeux tournés vers l’Angleterre, il essaya de donner à la France une manière de constitution, et de marcher, malgré la différence des origines, sur les traces de la Chambre des communes. Des magistrats et des fonctionnaires, ayant acheté ou hérité leurs charges, cherchaient à s’emparer du pouvoir législatif et financier, afin, disaient-ils, de ramener et réduire l’autorité royale « à ce qu’elle doit faire pour bien régner [9], » et la nation les applaudissait, les uns parce qu’ils souhaitaient sincèrement leur succès, les autres dans l’espoir de pécher en eau trouble.

Au nombre de ces dernières était la Grande Mademoiselle. Elle venait d’avoir l’idée burlesque d’épouser le petit Louis XIV. Il avait dix ans, elle en avait vingt et un, l’air « brusque et délibéré, » un genre de beauté robuste qui ne la rajeunissait pas. Pour cet enfant qui jouait la veille encore sur ses genoux, Mademoiselle était une parente respectable et intimidante, qu’il redoutait plus qu’il ne l’aimait, et elle s’en doutait bien un peu ; les flatteurs avaient beau lui assurer « qu’on ne regardait jamais (aux âges) entre personnes de cette élévation [10], » elle devinait qu’elle n’aurait ce petit mari-là que par la force, et ses opinions politiques en étaient toutes chancelantes. Elle voyait les entreprises du Parlement avec d’autres yeux, selon qu’elle envisageait l’utilité des troubles pour mener à bien son projet, ou l’inconvénient d’affaiblir une couronne qui serait peut-être sienne. Ses Mémoires ont gardé la trace de ce conflit intérieur. Elle approuve à une page les réformes du Parlement, et s’indigne à la page suivante contre des sujets assez hardis pour « borner l’autorité du roi. » Elle adopte toutes les maximes qui découlent du droit divin, et elle est en joie à chaque faute de la cour.

Celle-ci accumulait les erreurs, et c’était presque inévitable, tant la situation était fausse. Mariée ou non, Anne d’Autriche laissait prendre un tour déplaisant à la faveur de Mazarin. Ce n’était pas lui qui la protégeait ; c’était elle qui le défendait, et avec une sorte de furie. De lui, tout était charmant ; les yeux de la reine, son sourire, le disaient aux assistans. Pour lui, elle supportait tout ; elle bravait la gêne, pourvu qu’il vécût parmi les tentures précieuses et les objets d’art, dans cet intérieur à l’italienne, trop raffiné pour le temps et pour la France, où l’imagination populaire ne le voyait que jouant avec des animaux singuliers, parfumés comme leur maître, et soignant sa beauté par des secrets de toilette de son invention. Elle était joyeuse infiniment de pouvoir mettre la France à ses pieds, sous ses pieds, et c’était justement ce que la France était résolue à ne pas supporter. Les immenses services de Mazarin dans nos relations avec l’étranger n’étaient guère connus que de ses agens. Paris s’inquiétait si peu des affaires du dehors, que la paix de Westphalie [11], l’un des grands événemens de l’histoire universelle, y passa presque inaperçue. On parla incomparablement plus des marmitons du roi, qui avaient voulu piller le dîner de Mazarin, parce que leur maître « n’avait que deux petites soles, et que M. le cardinal en avait quarante [12]. » Ces choses-là, les Parisiens en étaient toujours informés ; mais le grand diplomate leur était masqué par le « beau galant » qui avait eu le talent de devenir maître de maison chez la mère du roi, et qu’ils appelaient avec mépris, pour ne citer que des mots honnêtes, « l’inventeur de pommades » ou « la moustache collée. » Quand une foule parisienne criait : « Vive le roi ! » Retz entendait l’écho répondre : « Point de Mazarin ! » La reine, comme toutes les femmes très amoureuses, ne comprenait pas ce qu’on lui reprochait, et le malentendu s’aggravait entre elle et la nation.

A peine la cour fut-elle rentrée à Paris (le 31 octobre), sur les instances du Parlement, qu’on s’aperçut du chemin qu’avaient fait les esprits en son absence. Dans le peuple, il n’était plus question de respect, ni pour la régente, ni pour le premier ministre ; l’air résonnait de chansons satiriques, les murs étaient tapissés de placards injurieux. Le Parlement, gonflé par ses succès, avait pris des allures de réunion publique. Le refroidissement de ce que les Anglais appellent le loyalisme était encore plus sensible dans l’aristocratie. Le courtisan, sa poche bourrée de libelles, calculait ce qu’il pourrait faire rapporter d’écus et de dignités au malheur de la royauté ; les grands se mesuraient des yeux ; Retz poussait ses curés dans l’opposition ; La Rochefoucauld y poussait Mme de Longueville, et Conti à travers elle. Devant cette hostilité universelle, Anne d’Autriche n’eut pas la patience longue. Elle commença par s’assurer de Condé et se rendit ensuite au Luxembourg, où elle trouva son beau-frère au lit, sans qu’on pût jamais savoir, avec lui, si c’était une maladie diplomatique. Gaston n’avait pas changé depuis Richelieu. Il était toujours aussi névrosé, aussi poltron, aussi méprisable, aussi charmant à ne le voir qu’en passant et pour causer de choses intellectuelles. La reine, qui savait le prendre, l’étourdit d’un flot de paroles qui le fit passer de l’attendrissement à l’inquiétude et de l’inquiétude à la frayeur, pour retomber ensuite, sans avoir le loisir de respirer, dans des émotions sentimentales qui ne lui laissèrent plus la force de refusera sa belle-sœur la promesse de s’enfuir secrètement de Paris avec son neveu.

Cette seconde fuite fut fixée à la nuit du 5 au 6 janvier. On convint de se retirer à Saint-Germain, malgré l’absence de meubles et bien qu’il n’y eût pas à songer, cette fois, à faire sortir quoi que ce fût du Palais-Royal à l’insu des Parisiens. Mazarin fit porter deux petits lits de camp au château, et l’on s’en remit du reste à la Providence. Le 5, Anne d’Autriche se coucha à l’heure ordinaire. Dès que le palais fut endormi, elle se releva, confia son secret à une femme de chambre et fit réveiller les quelques personnes dont elle ne pouvait se passer. A trois heures du matin, on leva le petit Louis XIV et son frère. Leur mère les emmena par un escalier dérobé qui donnait sur le jardin. Il faisait clair de l’une et le froid était piquant. La famille royale, suivie seulement de la femme de chambre et de quelques officiers, gagna une petite porte ouvrant sur la rue Richelieu, y trouva deux carrosses et arriva sans encombre au Cours-la-Reine, où était le rendez-vous général. Il n’y avait encore personne. On attendit.

Mazarin était allé à une soirée. Il monta en voiture à l’heure convenue et s’en fut tout droit au Cours. Monsieur et Condé étaient rentrés de leur côté pour réveiller leurs familles. Condé eut vite fait d’empaqueter la sienne, hormis Mme de Longueville, qui refusa obstinément de se lever, étant décidée à rester à Paris. Monsieur eut plus de peine à mettre sa maisonnée en mouvement, entre une femme qui se croyait toujours expirante, et trois filles [13] dont l’aînée avait deux ans et demi, la dernière deux mois et demi. Cependant des messagers couraient dans Paris pour avertir les gens de la Cour. Ceux-ci envoyaient à leur tour chez leurs parens et amis, et chacun se hâtait, à moitié endormi, vers le Cours-la-Reine, les hommes boutonnés de travers, les femmes en coiffes de nuit et traînant des enfans, tous effarés et se demandant ce qu’on allait faire de Paris pour le fuir ainsi. Mademoiselle fut parmi les derniers arrivans. Après avoir été « toute troublée de joie de voir qu’ils allaient faire une faute et d’être spectatrice des misères qu’elle leur causerait, » l’ennui du dérangement avait pris le dessus et elle était d’une humeur exécrable, grognant parce qu’elle avait froid, parce qu’elle était mal assise, et cherchant toutes les occasions d’être désagréable à la reine. La lune se coucha sur cette cour fagotée et en détresse, et le jour ne paraissait pas encore. On partit dans le noir, cahin-caha, pour Saint-Germain. La gaieté de la reine contrastait avec l’anxiété générale : « — Jamais, dit sa nièce, je n’ai vu une créature si gaie qu’elle était : quand elle aurait gagné une bataille, pris Paris et fait pendre tous ceux qui lui auraient déplu, elle ne l’aurait pas plus été. »

A Saint-Germain, l’on ne trouva que les quatre murs, et la journée sembla longue. Elle se passa à questionner tous ceux qui arrivaient de Paris. On apprit ainsi que personne n’aurait ses meubles ni ses malles ; le peuple, dans son indignation, avait remisé de force les chariots du roi et brisé les autres, ne faisant d’exception que pour une voiture des Tuileries, par laquelle Mademoiselle reçut des matelas et un peu de linge. Les cinq ou six principaux de la Cour se partagèrent les lits de camp du cardinal et quelque literie apportée dans les carrosses ; le reste dormit sur de la paille ou à même le plancher. Les dames n’avaient pas de femmes de chambre, et c’était ce qui leur paraissait le plus dur.

Mademoiselle se piquait d’être « une créature… fort au-dessus des bagatelles. » Elle recouvra sa bonne humeur devant le désarroi général, d’autant que sa belle-mère, l’ex-héroïne, ne cessait de gémir : « Je me couchai dans une fort belle chambre,… bien peinte, bien dorée et grande, avec peu de feu et point de vitres, ni de fenêtres, ce qui n’est pas agréable au mois de janvier. Mes matelas étaient par terre, et ma sœur, qui n’avait point de lit, coucha avec moi : il fallait chanter pour l’endormir, et son somme ne durait pas longtemps ; elle troubla fort le mien ; elle se tournait, me sentait auprès d’elle, se réveillait et criait qu’elle voyait la hôte ; de sorte que l’on chantait de nouveau pour l’endormir, et la nuit se passa ainsi… Je n’avais point de linge à changer, et l’on blanchissait ma chemise de nuit pendant le jour, et ma chemise de jour pendant la nuit ; je n’avais point mes femmes pour me coiffer et habiller, ce qui est très incommode ; je mangeais avec Monsieur, qui fait très mauvaise chère… Je demeurai ainsi dix jours…, au bout desquels mon équipage arriva, et je fus fort aise d’avoir toutes mes commodités. »

Le roi était moins avancé ; il attendait toujours ses bagages, que le peuple empêchait toujours de partir. Les portes de Paris étaient gardées ; on ne passait qu’avec des passeports, si difficiles à obtenir pour les personnes de qualité, que plusieurs grandes dames se sauvèrent déguisées, qui en paysanne, qui autrement, la marquise d’Huxelles en soldat, à cheval et « un pot de fer en tête [14]. » La seule Mademoiselle n’était jamais refusée, quelque chose qu’elle fît demander ; ses chariots circulaient librement, rapportant à Saint-Germain les malles de ses amis avec les siennes : — « Le roi et la reine manquaient de tout, et moi, j’avais tout ce qu’il me plaisait et ne manquais de rien. Pour tout ce que j’envoyais quérir à Paris, l’on donnait des passeports ; on l’escortait ; rien n’était égal aux civilités que l’on me faisait. » La reine en fut réduite à prier sa nièce de lui faire rapporter en contrebande quelques hardes. Mademoiselle s’y prêta avec joie. — « L’on en a assez, dit-elle, d’être en état de rendre service à de telles gens, et de voir que l’on est en quelque considération. » Une popularité aussi éclatante la désignait clairement, dans son esprit, pour partager le trône de son jeune cousin.

Paris n’avait appris qu’à son réveil, le 6 janvier, sa brouille avec la royauté. Le premier sentiment fut la consternation. Le Parlement, trouvant que les choses allaient trop loin, s’empressa de faire des ouvertures de paix à la régente. Repoussé rudement, il prit son parti, rendit un arrêt d’expulsion contre Mazarin, et se mit en devoir de lever de l’argent et des hommes. Le conseil de l’Hôtel de Ville, représentant du commerce parisien, envoya une députation se jeter aux pieds du roi, à qui un échevin dépeignit à deux genoux l’abomination d’une guerre contre Paris. Les larmes étouffèrent tout à coup ce pauvre homme et la parole lui manqua. Mieux que tous les discours, son émotion fit sentir combien l’heure était solennelle. Le petit roi pleurait, tout le monde pleurait dans la salle, excepté la reine et Condé. Anne d’Autriche refusa encore de se laisser fléchir, et le sort en fut jeté ; la guerre civile devint inévitable. Après de grandes hésitations, l’Hôtel de ville se déclara aussi pour la résistance. La masse de la population parisienne criait à la trahison de la royauté et demandait vengeance. C’est dans ce décor tragique de la grande ville rendue furieuse par le désespoir que Mme de Longueville fit son entrée sur la scène politique.

La nature ne l’avait pas destinée aux grandes affaires. Elle était toute grâce, elle était la duchesse adorable qui a charmé les hommes par-delà son tombeau, qui les charmera tant qu’il existera un portrait pour montrer ses cheveux pâles et ses yeux doux, un historien pour dire les délices de son esprit nonchalant, « aux réveils lumineux et surprenans [15]. » L’éducation à la mode avait été sa perte. La petite cour de l’hôtel Condé, « temple de la galanterie et des beaux esprits [16], des séjours à Chantilly, où l’on vivait « à la manière de l’Astrée [17], » l’abus des romans et du théâtre, l’habitude des conversations subtiles sur l’amour, avaient rendu Mme de Longueville aussi romanesque que les héroïnes de la littérature de son temps. Elle croyait que l’on ne pouvait s’élever que par l’amour, et elle trouva sur son chemin un homme tout disposé, — c’est lui-même qui l’ose dire, — à exploiter cette folie. La Rochefoucauld visait à accroître la grandeur de sa maison et ne trouvait rien de disproportionné à mettre la France à feu et à sang pour que sa femme eût le tabouret chez la reine [18]. Sous sa direction, Mme de Longueville sacrifia sa paresse à ce qu’on lui disait être « sa gloire, » devint le centre des intrigues, et acquit une influence romanesque comme elle-même.

Beaucoup avaient été entraînés par elle, parmi les princes et seigneurs qui accoururent, après la fuite de la cour, offrir leur épée au Parlement « pour le service du roi » opprimé ; c’était la formule adoptée. Le prince de Conti et M. de Longueville furent des premiers. Le lendemain de leur arrivée à Paris, Mmes de Longueville et de Bouillon se présentèrent à l’Hôtel de ville pour y habiter, en otages de la fidélité de leurs maris. — « Imaginez-vous, raconte Retz, ces deux personnes sur le perron de l’Hôtel de ville, plus belles en ce qu’elles paraissaient négligées, quoiqu’elles ne le fussent pas. Elles tenaient chacune un de leurs enfans dans leurs bras, qui étaient beaux comme leurs mères. La Grève était pleine de peuple jusques au-dessus des toits ; tous les hommes jetaient des cris de joie ; toutes les femmes pleuraient de tendresse. » Econduites par les échevins, les duchesses s’installèrent quand même à l’Hôtel de ville. D’une vieille chambre qu’on leur abandonna, elles firent en quelques heures un salon luxueux qui se remplit le soir même du Tout-Paris, les femmes en grande toilette, les hommes en harnais de guerre. Des violons jouaient dans un coin, des trompettes sonnaient au dehors, et les amateurs de romans se crurent transportés dans l’Astrée, chez la nymphe Galatée.

C’est ainsi que le peuple fut dupe dès les premiers jours de la Fronde. Galatée régnait sur Paris, mais les règnes de nymphes coûtent cher. Sa cour de généraux grossissait sans cesse, et tous ces nobles qui s’offraient à la cause populaire, et que la foule acclamait naïvement, réclamaient de l’argent pour eux et leurs soldats. Ils exigeaient aussi de ne pas être oubliés le jour où le Parlement traiterait avec la cour. Le prince de Conti demandait l’entrée au Conseil, une place forte, de l’argent, des grâces pour ses amis. Le duc d’Elbeuf demandait de l’argent, un gouvernement pour son fils, des grâces pour ses amis. Le « roi des Halles, » M. de Beaufort, bote à plaisir avec sa tête somptueuse de Phébus-Apollon, affectant de parler argot et mettant toujours un mot pour un autre, demandait un gouvernement pour son père, de l’argent et des pensions pour lui-même, des grâces pour ses amis. Le maréchal de la Motte demandait un million, un régiment, des grâces pour ses amis. Ainsi de suite. Le document que j’ai sous les yeux contient seize noms [19], des plus grands de France, et tous ayant trahi leur roi pour le peuple dans l’espoir de faire une bonne affaire, tous prêts à trahir le peuple pour le roi si l’affaire paraissait meilleure. La noblesse en était tombée là parce qu’elle était ruinée [20] et qu’il était entré dans les desseins du règne précédent de la rendre dépendante des gratifications royales. C’était une excuse insuffisante, mais une excuse. Richelieu avait dressé les grands à mendier : ils mendiaient à main armée.

A l’autre bout de l’échelle sociale, la racaille avait pris le haut du pavé, déshonorant la cause populaire et donnant les Parisiens en risée au monde. Les soldats de la Fronde faisaient triste figure devant les troupes régulières qui bloquaient la capitale sous les ordres de Condé. Après s’être sauvés, ils criaient à la trahison. Leur folie de dénonciation avait gagné toute la ville, et le Parlement lui-même était devenu suspect. Au travers de tous ces agités passait et repassait la figure active du coadjuteur, tantôt vêtu en cavalier et galopant à l’ennemi, tantôt en habits sacerdotaux et haranguant la foule, tantôt courant conspirer, de nuit et déguisé, et trouvant encore le temps de prêcher et de ne jamais manquer une réunion de jolies femmes. Cependant le prix du pain avait triplé, la révolution gagnait la province, et les généraux avaient signé un traité d’alliance avec les Espagnols. C’était payer trop cher les violons de Mme de Longueville. Au Parlement, les grands magistrats qui en étaient l’honneur se révoltèrent contre les seigneurs et contre la populace, la pression d’en haut et celle d’en bas. Le sentiment national les souleva au-dessus des rancunes et de la crainte, et ils prirent sur eux de conclure la paix de Rueil (11 mars 1649). Les généraux, déçus et irrités, commencèrent par demander « toute la France [21] » pour accepter le traité. Après de honteux marchandages, ayant tous tiré pied ou aile de la monarchie malheureuse, ils consentirent à poser les armes, et la paix fut proclamée à son de trompe. Dès le lendemain, 3 avril, Mademoiselle demandait à son père et à la reine la permission de venir à Paris ; elle voulait voir où elle en était avec les Parisiens, et comment on la recevrait. Elle partit le 8, à travers les ruines de la banlieue. Les soldats des deux partis avaient brûlé les maisons, coupé les arbres, massacré ou mis en fuite les habitans. En plein mois d’avril, le mois des vergers en fleurs, les environs de Paris, à six lieues à la ronde, restaient défeuillés.
III

« Jeudi, 8 avril, rapporte un contemporain, Mademoiselle d’Orléans arrive en son logement des Tuileries, avec grand applaudissement des Parisiens. Vendredi 9, tout le monde va visiter Mademoiselle. » Elle écrit de son côté : « Dès que je fus à mon logis, tout le monde me vint voir, les plus grands et les plus petits du parti : les trois jours que je fus à Paris, ma maison ne désemplit pas. » Un second « petit tour » aux Tuileries, la semaine d’après, n’ayant pas été moins triomphant, Mademoiselle se sentit très encouragée dans son projet, devenu public, d’épouser le roi ; la capitale du royaume l’y conviait par ses acclamations.

Dans le même temps, il se jouait à Saint-Germain une comédie dont personne n’était la dupe. Les chefs de la Fronde, généraux, belles dames, parlementaires, représentais de tous les corps constitués et de toutes les classes, jusqu’aux plus humbles, s’en venaient les uns après les autres assurer la régente de leur fidélité. « Car, dit Mademoiselle, contre le roi, je ne vis jamais personne qui avouât d’en avoir été : c’est toujours contre quelque autre. » Tout le monde était reçu, le boutiquier aussi gracieusement que le duc et pair, Anne d’Autriche avait l’air de croire tout le monde, et l’on se séparait avec des démonstrations « de joie et d’amour [22]. » Le seul personnage qui manqua son entrée fut Mme de Longueville. Elle se troubla, rougit, balbutia, et sortit furieuse contre la reine, qui n’avait pourtant rien fait pour l’intimider.

Saint-Germain rendait à Paris ses visites. Condé fut hué ; les Parisiens avaient sur le cœur la destruction de leurs maisons de campagne et de leurs jardins de la banlieue. Le reste de la cour fut bien reçu, et, quand la reine apparut en personne à la porte Saint-Denis, ramenant son fils (18 août), l’enthousiasme tint de la crise de nerfs. Les vivats couvrirent le canon de la ville, qui exécutait une salve à quelques pas de là ; au grand dépit des échevins, on ne s’aperçut même pas qu’il tirait [23]. Les gens du peuple passaient la tête par la portière du carrosse royal et faisaient leurs remarques à haute voix. Le succès de la journée fut pour Mazarin ; les femmes le trouvaient beau et le lui disaient, les hommes lui donnaient des poignées de main. Il fit du tort à Mademoiselle, qui fut délaissée et trouva le temps long : « Jamais, dit-elle, je ne me suis tant ennuyée. » La belle mine de son ami avait rendu à la reine l’estime des Halles ; la première fois qu’Anne d’Autriche ressortit du Palais-Royal, les harengères « se jetèrent toutes en foule sur elle,… et lui demandaient pardon avec tant de cris, de larmes et de transports de joie [24], » que la reine en demeura abasourdie.

Paris avait fait les avances. La royauté les accepta, et le notifia à la France en s’invitant à l’Hôtel de ville. A défaut de journaux pour parler au pays, un bal, suivi d’un feu d’artifice à sujets symboliques, remplaça nos articles officieux. La fête eut lieu le 3 septembre avec une grande magnificence ; la ville de Paris a toujours aimé à bien faire les choses. Le petit Louis XIV y fut très admiré, et sa grande cousine presque autant : « Le roi, dit le procès-verbal officiel [25], mena Mademoiselle à la première courante, avec tant de bienséance et de mignardise, qu’on l’eût pris pour l’Amour dansant avec l’une des Grâces. » Les invités de l’Hôtel de ville, bourgeois petits et gros avec leurs femmes et leurs filles, contemplaient ce spectacle du haut de leurs tribunes, sans être admis à se mêler à la cour. Anne d’Autriche, de son côté, considérait les tribunes, sans pouvoir celer sa surprise. Ces bourgeoises étalaient un luxe égal à celui des plus grandes dames. Leurs toilettes sortaient de chez la même faiseuse, leurs diamans étaient aussi beaux. Depuis plus de trente ans que la reine assistait à toutes les l’êtes officielles, c’était la première fois qu’elle voyait cela. Elle ne comprit pas l’avertissement, et qu’il fallait compter désormais avec la bourgeoisie française.

Quand Paris eut bien pleuré de tendresse, il redevint mécontent et agité comme devant. Il y avait des soulèvemens en province. Condé se montrait impérieux et exigeant. Il essaya de se débarrasser de Mazarin en donnant un autre favori à la reine, le marquis de Jarzé, un fat et un étourneau, qui crut qu’il suffisait de se faire friser et de payer d’audace pour réussir. Anne d’Autriche le mit à la porte et en voulut mortellement à Condé. Ce grand général ne faisait que des sottises en politique. Rien ne ressemblait moins au Condé des batailles que le Condé de la vie civile. Le premier était un inspiré, qui paraissait devant son armée en dieu de la guerre, impétueux et terrible, jamais troublé : « Alors son esprit se développait, et il était capable de donner cent ordres à cent personnes différentes [26]. » Au Parlement ou avec les chefs de partis, M. le Prince, « le héros, » n’était plus qu’un nerveux, qui n’avait ni sang-froid, ni esprit de suite, éclatait de rire quand il y avait de quoi pleurer, se fâchait quand il aurait fallu rire, n’avait de fixe en lui qu’un immense orgueil et « l’immodération invincible [27] » par laquelle il fut précipité dans l’abîme. Personne n’avait autant d’esprit, et personne n’était aussi bizarre dans ses goûts et dans sa conduite. Il adorait les lettres et sanglotait à Cinna, mais le Polexandre de Gomberville lui paraissait admirable. Il s’évanouissait en disant adieu à Mlle du Vigean, et l’oubliait « tout d’un coup [28] » quelques jours après. Bref, un grand génie avec une fêlure, un être compliqué, à contrastes et à contradictions, mais singulièrement intéressant. Au physique, un prince efflanqué et mal peigné, poussiéreux, avec un visage d’oiseau de proie et un regard d’aigle, difficile à supporter.

L’été s’achevait à peine, qu’il avait fait signer au cardinal (2 octobre) la promesse de ne rien faire sans sa permission. La partie était belle pour la maison d’Orléans ; elle pouvait vendre très cher à la couronne son appui contre l’autre branche cadette. Madame et Mademoiselle, si rarement d’accord, poussaient Monsieur à ne pas laisser échapper l’occasion. On répandait à Paris une chanson où la France le suppliait de la défendre contre Condé. Gaston répondait à la France :

… Je veux dormir.
Je naquis en dormant. J’y veux passer ma vie.
Jamais de m’éveiller il ne me prit envie.
Toi, ma femme et ma fille, y perdez vos efforts,
Je dors.

Monsieur « tremblait de peur », écrit Retz. Il y avait des momens où il était impossible de le faire aller au Parlement, même escorté de Condé : « L’on appelait cela « les accès de la colique de Son Altesse Royale. » Un jour qu’en se mettant à plusieurs, on l’avait mené jusqu’à la Sainte-Chapelle, il tourna les talons et se sauva chez lui [29] avec la précipitation et les grimaces d’un client de M. Purgon. Mademoiselle se désolait. Le moyen de rien entreprendre ? La deuxième Fronde, celle « des Princes, » se prépara et s’engagea sous ses yeux sans qu’elle eût part à rien. Elle vit en simple spectatrice Mazarin entourer son adversaire de pièges savans et se rapprocher de la vieille Fronde, Condé marcher vers une sorte de dictature, les Parisiens allumer des feux de joie à la nouvelle de son arrestation (18 janvier), et un grand parti commandé par des femmes se lever pour lui dans la France entière. Elle assista dans l’inaction à l’apogée du pouvoir de son sexe dans notre pays. Mme de Longueville, réfugiée à l’étranger après des aventures retentissantes, avait signé un traité d’alliance contre la France avec le roi d’Espagne et le maréchal de Tu renne. On croit rêver. Mme de Chevreuse et la princesse Palatine étaient à Paris sur le pied d’hommes d’Etat consultés et obéis. Les duchesses de Montbazon et de Châtillon [30] avaient chacune leur sphère d’action où elles se rendaient redoutables. D’autres, à la douzaine et d’un bout à l’autre du royaume, s’ingéraient dans les affaires publiques. Il n’y avait pas jusqu’à la femme de Condé, cette petite princesse si effacée, ne comptant pour personne, pas même pour son mari, qui ne fût passée tout d’un coup au premier plan en soulevant Bordeaux. Cependant la Grande Mademoiselle se traînait par ordre derrière la cour, qui allait d’une province à l’autre étouffer les insurrections. Le seul temps utilement employé de toute cette période fut celui qu’elle passa à avoir la petite vérole si heureusement qu’elle en fut embellie : « Devant, j’étais fort couperosée,… et cela m’emporta tout. »

Le 4 juillet 1650, elle dut partir avec la cour, qui allait assiéger Bordeaux. Avant de se mettre en route, elle avait commis une action dont elle n’a garde de se vanter dans ses Mémoires. L’alliance de Mme de Longueville avec l’Espagne nous avait valu l’invasion de l’archiduc Léopold et de Turenne. Mademoiselle n’eut pas honte d’envoyer ses félicitations aux envahisseurs. Elle écrivit à l’archiduc : « Vos troupes sont plus capables de causer de la joie que de donner de la crainte. Toute la cour juge en bonne part votre arrivée en France, et vos entreprises ne passeront jamais pour suspectes ; faites tout ce qu’il vous plaira. Les victoires que vous remporterez en France sont des victoires de bienveillance et d’affection [31]. » Il faut voir dans les documens de l’époque ce qu’étaient ces « victoires d’affection, » à quel degré de férocité bestiale en arrivaient les armées régulières au XVIIe siècle. Devant ces abominations, les manœuvres des grandes Frondeuses pour multiplier les invasions et les soulèvemens perdent leur air trompeur de roman héroïque pour devenir de laides réalités. On prend en horreur ces faussés héroïnes, ces femmes sans bonté et d’imagination pervertie, qui badinaient agréablement sur la guerre civile entre deux jeux de société, mettaient leur vanité à rendre un honnête homme criminel et trouvaient élégant d’attirer de la souffrance sur quelque pauvre village ignoré. Mme de Longueville disait : « Je n’aime pas les plaisirs innocens. » Quant aux galans qui exploitaient l’influence des amazones de la Fronde, ils sont écœurans.

La cour arriva le 1er août à Libourne et y séjourna un mois. Il faisait très chaud. La reine restait renfermée et tenait sa nièce auprès d’elle à faire de la tapisserie. Mademoiselle se dévorait. Elle était quasi prisonnière, et tourmentée par le regret d’avoir fait une fausse démarche dont les Parisiens allaient se moquer quand ils rapprendraient. L’empereur étant redevenu veuf, Mademoiselle lui avait renvoyé Saujon pour arranger leur mariage. Elle n’avait pas renoncé au roi pour cela, et un ami lui avait fait sentir le ridicule de poursuivre ainsi deux maris à la fois, l’un barbon, l’autre enfant, et ne voulant d’elle ni l’un ni l’autre. Mademoiselle faisait des vœux pour que la guerre civile se prolongeât et empêchât les Parisiens de s’occuper d’elle, lorsque, brusquement, la scène changea.

Monsieur s’était réveillé : Retz avait fait ce miracle. Secoué par lui, Gaston prenait le rôle de médiateur entre les partis. A peine sut-on à Libourne qu’il devenait à ménager, que sa fille fut comblée d’attentions. La reine lui soumettait les dépêches, Mazarin affectait de dire très haut qu’il fallait la consulter sur tout, le reste de la cour la traitait avec la déférence due à une puissance. Mademoiselle reçut ce premier sourire de la fortune avec joie, mais sans étonnement ; les choses rentraient dans l’ordre, rien de plus. Elle fut modérée dans la victoire. Un jour que le cardinal s’étendait sur son affection pour elle et son désir de la voir impératrice, elle le laissa parler longtemps et se contenta de lui dire enfin : « Il n’y a pas de bassesse dont vous ne vous avisiez ce matin. » Mazarin ne s’en troubla pas autrement. Quelques semaines après, Mademoiselle confiait à Lenet que le cardinal « lui avait promis cent fois de lui faire épouser le roi [32], » mais qu’il « était un fourbe. » La reine disait : « Mademoiselle devient furieusement frondeuse. » C’était la vérité. Mademoiselle avait maintenant ses courriers de cabinet, qui lui apportaient le mot d’ordre de Paris. Sa cour était plus grosse que celle de la régente. Quand Bordeaux fut pris, les Bordelais n’eurent d’yeux que pour la fille de Monsieur : « Pendant le séjour de dix jours que la cour y fit, écrit Mademoiselle, personne n’allait chez la reine, et, quand elle passait par les rues, l’on ne s’en souciait guère ; je ne sais si elle avait fort agréable d’entendre dire que ma cour était grosse, et que tout le monde ne bougeait de chez moi, pendant qu’il y en allait si peu chez elle. » Tandis que la régente se morfondait dans la solitude, son ministre recevait des avanies des Bordelais. La reine en l’ut malade de chagrin et quitta la ville le plus tôt possible.

La cour s’arrêta quelques jours à Fontainebleau avant de rentrer à Paris. Monsieur y vint, s’emporta contre Mazarin dès la descente du carrosse, et fut bouder dans sa chambre sans avoir voulu voir la reine. Priée d’être la colombe de l’arche, Mademoiselle s’y prêta de fort mauvaise grâce. Après « force allées et venues, » Monsieur se décida cependant à saluer la régente ; « mais les choses, au lieu de s’adoucir, s’aigrirent, et il se sépara d’avec la reine de cette manière. » L’influence de Retz l’avait rendu agressif.

L’heure était critique pour le premier ministre. Il lui restait deux ressources : acheter Retz en le faisant cardinal, ou gagner la Grande Mademoiselle en la mariant au roi. Mazarin, ce qui n’est pas d’un grand politique, ne put jamais prendre sur lui de faire un plaisir à Retz. L’autre parti était difficile, à cause de la résistance de la reine, témoin des répugnances de son fils ; le cardinal était maître de la femme, il ne l’était pas de la mère et ne le fut jamais. Il eut recours à ses finasseries ordinaires, trouva des gens qui ne voulaient plus se payer de paroles, et s’aliéna définitivement le coadjuteur et Mademoiselle. Celle-ci était devenue « fort soupçonneuse » depuis qu’elle s’occupait de politique. Donnant, donnant : la paix contre la couronne de France Mazarin eut ainsi tout le monde contre lui, la noblesse et les Parlemens, la vieille Fronde et la Fronde des seigneurs. Pour comble d’imprudence, il prit part à la bataille de Rethel (15 décembre 1650), gagnée sur Turenne et ses troupes étrangères. Sa part de gloire fit peur ; elle menaçait de le rendre trop puissant. La crainte fit signer à ses ennemis un traité d’alliance qui avait été négocié, selon l’usage nouveau, par une femme sans autre mandat que ses beaux yeux et son esprit : Anne de Gonzague, princesse Palatine. L’exil du ministre et la liberté des princes en étaient les articles principaux.

Mademoiselle avait approuvé ces deux articles. Ses vues sur Louis XIV s’étaient compliquées soudain d’un nouveau projet de mariage. Elle s’était dit qu’à défaut du trône de France, il y avait une belle place à prendre en réunissant par une alliance les deux branches cadettes. Au lieu de faire le jeu de la royauté en combattant M. le Prince, il était plus politique de l’épouser. Que M. le Prince fût déjà marié, cela n’avait aucune importance ; sa femme, l’héroïne de Bordeaux, était si délicate qu’elle finirait bien par mourir. Le seul obstacle sérieux était l’opposition que ne manquerait pas de faire la cour à un dessein aussi dangereux pour l’autorité royale et la paix publique ; mais Mademoiselle pensait qu’à eux deux, elle et Condé, ils forceraient l’obstacle. Mazarin, se sentant ébranlé, était « quasi à genoux » devant elle et lui offrait le roi pour mari, pourvu qu’elle empêchât « son père de se joindre au prince ; de Condé [33]. » La reine la suppliait, au nom de leur ancienne amitié, « d’adoucir Monsieur envers M. le cardinal, » et lui laissait entendre qu’elle n’aurait rien à lui refuser en échange. Mademoiselle crève d’orgueil en racontant ces choses. Elle entrevoyait un avenir éclatant. Pour la première fois, et la dernière, ce n’était pas un pur mirage.

Son père était le chef reconnu de la coalition contre Mazarin. On n’avait pas obtenu sans peine son nom au bas du trait d’union des deux Frondes. Il n’aimait pas ce qui laisse des traces et peut un jour compromettre. On l’avait poursuivi le papier à la main dans le Luxembourg et il avait fini par être pris entre deux portes. On lui mit une plume dans la main, un chapeau servit de table, et il signa, « comme il aurait signé la cédule du sabbat, dit un témoin, s’il avait eu peur d’être surpris par son bon ange. » Quelques semaines plus tard, le Parlement réclamait la liberté des princes et l’éloignement du premier ministre, et Mademoiselle assistait à une scène qui la transportait d’aise : « J’avais, dit-elle, fait dessein de me coucher de bonne heure, m’étant levée fort matin : ce que je ne fis pas. Car, comme je me déshabillais, l’on vint me dire qu’il y avait grande rumeur dans la ville. La curiosité me prit d’aller sur une terrasse, qui est aux Tuileries, où je logeais : elle regarde de plusieurs côtés. Il faisait lors beau clair de lune ; je vis au bout de la rue [34], à une barrière du côté de l’eau, des cavaliers qui gardaient la barrière pour favoriser la sortie de M. le cardinal par la porte de la Conférence ; contre lesquels des bateliers s’étant mis à crier, force valets et mes violons, qui sont soldats, quoique ce ne soit pas leur métier, allèrent chasser les cavaliers de la barrière ; il y eut force coups tirés. »

A la même heure, le Palais-Royal était le théâtre d’une autre scène à laquelle on ne saurait refuser d’avoir été dramatique. Mazarin allait fuir, la reine croyait le voir pour « la dernière fois [35], » et ces deux êtres entre lesquels il y avait tant de choses, qui auraient en tant à se dire avant de se quitter, n’osaient pas se dérober à la surveillance des centaines d’yeux rivés sur eux. Ils se parlèrent longtemps devant le monde, lui incapable de cacher son trouble, elle tranquille en apparence, mais très grave, et tout, jusqu’à leur adieu, dut être dit à mots couverts et d’une voix indifférente. La porte refermée sur lui, Mazarin courut se déguiser en cavalier et sortit à pied du Palais-Royal (6 février). Apprenant qu’on se battait sur le quai, il tourna dans la rue de Richelieu et s’éloigna sans obstacle. On sait qu’avant de passer en Allemagne, il se rendit au Havre, où les princes étaient eu prison, et qu’il remit ceux-ci en liberté. Le 15 février, Paris apprit que Condé approchait et qu’il comptait souper le lendemain au Luxembourg.

Les nouveaux projets de Mademoiselle allaient dépendre de sa première entrevue avec M. le Prince. Elle lui avait fait porter le rameau d’olivier dans sa prison et ignorait comment il l’avait reçu. Elle fut l’attendre au Luxembourg : « MM. les Princes vinrent dans la chambre de Madame, où j’étais, où, après l’avoir saluée, ils vinrent à moi et me firent mille complimens ; et M. le Prince me témoigna en particulier avoir été bien aise, lorsque Guitaut l’avait assuré du repentir que j’avais d’avoir en tant d’aversion pour lui. Les complimens finis, nous nous avouâmes l’aversion que nous avions eue l’un pour l’autre : il me confessa avoir été ravi, lorsque j’avais eu la petite vérole, avoir souhaité avec passion que j’en fusse marquée, et qu’il m’en restât quelque difformité, et qu’enfin rien ne se pouvait ajouter à la haine qu’il avait pour moi. Je lui avouai n’avoir jamais eu joie pareille à celle de sa prison ; que j’avais fort souhaité que cela arrivât, et que je ne pouvais songer à lui que pour lui souhaiter du mal. Cet éclaircissement dura assez longtemps, réjouit fort la compagnie, et finit par beaucoup d’assurances d’amitié de part et d’autre. » Pendant cet entretien, on entendait au dehors le vacarme d’une grande fête populaire. Les Parisiens s’étaient pris pour Condé de l’un de ces engouemens dont ils sont coutumiers.

Au Palais-Royal, le peuple gardait les portes pour empêcher la régente d’enlever son fils une troisième fois et d’aller rejoindre Mazarin. Les Frondeurs étaient les maîtres de Paris. C’était le moment de montrer qu’ils n’avaient pas fait courir de pareilles aventures à la France sans avoir l’excuse d’un plan de réformes, d’un système quelconque, jugé par eux, à tort ou à raison, meilleur que l’ancien. Si quelques-uns eurent cette pensée, il faut avouer que l’on ne s’en aperçut pas. La notion de l’intérêt général se perdait dans notre pays, un peu comme aujourd’hui ; on n’y connaissait, de plus en plus, que l’intérêt des gens en place ou ayant de grandes situations, et c’étaient leurs rivalités, leurs alliances, leurs efforts pour se supplanter, leurs luttes pour le pouvoir ou la fortune, qui devenaient les événemens publics de la France. Le Parlement voulait garder le monopole des réformes, et il se brouilla avec la noblesse dès qu’elle fit mine de les approuver. La noblesse, jalouse de la robe, s’adressait imprudemment aux passions populaires. Retz ne pensait qu’à être cardinal, Condé qu’à devenir le premier dans l’Etat, Gaston qu’à tirer son épingle de tous les jeux, Mme de Longueville qu’à avoir d’autres aventures amusantes, et la régente, dirigée de loin par Mazarin, ne pensait qu’à les tromper tous et y réussissait généralement. Grâce à ce concours d’égoïsmes et de faussetés, de paroles données et violées, l’automne de 1651 retrouva les Espagnols dans l’Est, la guerre civile dans l’Ouest, la cour à la poursuite des rebelles, la misère partout, et la Grande Mademoiselle en suspens pour son établissement.

Au printemps, elle avait cru pendant trois jours son mariage fait avec Condé : « Madame la Princesse fut grièvement malade d’un érésypèle à la tête qui lui rentra, et qui fit dire à beaucoup de gens que, si elle mourait, je pourrais bien épouser M. le Prince. » Mademoiselle s’ouvrit alors de son projet à l’un de ses plus fidèles serviteurs : « Les trois jours que son extrémité (de Madame la Princesse) dura, ce fut le sujet de mon entretien avec Préfontaine ; je n’en eusse point parlé à d’autres. Nous agitions toutes ces questions, et ce qui m’en donnait sujet, outre ce que j’en entendais dire, c’est que M. le Prince me venait voir tous les jours ; mais la guérison de Madame la Princesse fit finir ce chapitre à l’instant, et l’on n’y pensa plus. »

Dans le courant de l’été, la princesse Palatine, qui ne doutait plus de rien depuis qu’elle avait conclu l’union des Frondes, lui fit offrir de la marier avec le roi avant la fin de septembre. Une autre politicienne, Mme de Choisy, lui exposait en ces termes les conditions du marché : « Elle… me dit, raconte Mademoiselle : « La princesse Palatine… est gueuse ; ainsi il faut que vous lui promettiez trois cent mille écus, si elle fait réussir (votre affaire). » Je disais oui à tout. « Et moi, reprenait Mme de Choisy, je veux que mon mari soit votre chancelier. Nous passerons si bien le temps ; car la Palatine sera votre surintendante, avec vingt mille écus d’appointemens. Elle vendra toutes les charges de votre maison ; ainsi jugez de l’infaillibilité de votre affaire par le grand intérêt qu’elle y aura. Nous aurons tous les jours la comédie au Louvre ; elle gouvernera le roi. » L’on peut juger quel charme c’était pour moi de me proposer une telle dépendance, comme le plus grand plaisir du monde. »

Sans aller jusqu’à dire non, Mademoiselle, à la réflexion, cessait de dire « oui à tout, » par une raison parfaitement folle. Elle s’était mis dans la cervelle que le petit Louis XIV devenait amoureux de la grande cousine qui paraissait si vieille à ses treize ans [36], et dont les brusqueries, les emportemens, le faisaient rentrer dans sa coquille d’enfant timide. Elle était si sûre de son fait, qu’elle laissa tomber dans l’eau « la négociation de Mme de Choisy » pour s’en remettre au cœur du roi, « et cette voie d’être reine, ajoute-t-elle ingénument, m’aurait beaucoup plus plu que l’autre. » Cela se comprend ; mais il n’arriva rien, sinon qu’Anne d’Autriche jurait devant sa nièce de lui donner le roi, et disait derrière son des : « Ce n’est pas pour son nez, quoiqu’il soit bien grand [37]. »

Mazarin n’aurait pas vu de mauvais œil, en ce qui le concernait, un mariage qui aurait remis la division entre les deux branches cadettes : « On m’a fait savoir de divers endroits, écrivait-il à la reine, qu’avec le mariage de Mademoiselle avec le roi, tout serait accommodé. Le Tellier [38] est venu exprès me trouver de la part de Retz et de la princesse Palatine, pour cela, et d’autres m’en ont écrit ; mais, si le roi et la reine ont les mêmes sentimens qu’ils avaient là-dessus, je ne crois pas que ce soit une affaire facile (7 janvier 1652). » Il n’osait pas insister, ne se sentant plus en situation d’exiger de la reine ce qui lui déplaisait.

Tandis que le Parlement rendait arrêt sur arrêt contre lui, on travaillait autour de la reine à le faire oublier, et l’on y réussissait [39]. On occupait l’imagination d’Anne d’Autriche avec d’autres amis, dont la pensée dévorait le cardinal de jalousie dans sa retraite de Bruhl. Il écrivait le à mai à la reine : « Je voudrais vous pouvoir exprimer la haine que j’ai contre ces indiscrets qui travaillent sans relâche pour faire que vous m’oubliiez et que nous ne nous voyions plus. » Le 6 juillet, il a su que Lyonne se vantait de ne pas déplaire à la reine : « Si on pouvait me faire croire une chose semblable, ou j’en mourrais de déplaisir, ou je m’en irais au bout du monde… Si vous voyiez l’état où je suis, je vous ferais pitié ; et il y a de petites choses qui me tourmentent au dernier point. Par exemple, je sais que vous avez dit plusieurs fois à Lyonne pourquoi il ne prenait pas les chambres (du cardinal) [40], lui témoignant tendresse de ce qu’il se mouillait en passant la cour. Cela m’a fait perdre le sommeil deux nuits de suite. » Il lui parle de son amour en termes passionnés ; il « se meurt » pour elle, sa seule joie est de lire et relire ses lettres, et il « pleure des larmes de sang » lorsqu’elles sont froides, bien qu’il ne soit au pouvoir de personne de rompre le lien qui les unit. Nous n’avons pas les réponses de la reine, mais nous savons qu’elle lui fit écrire vers le 1er septembre qu’il devrait « s’en aller à Rome, » et qu’elle fit signer au roi, deux ou trois semaines plus tard, une « déclaration » qui arracha à Mazarin une lettre pathétique (26 septembre) : « J’ai pris dix fois la plume pour vous écrire, sans l’avoir pu, et je suis si hors de moi du coup mortel que je viens de recevoir, que je ne sais pas du tout si tout ce que je vous pourrai dire aura ni rime ni raison…

« Le roi et la reine, par un acte authentique, m’ont déclaré un traître, un voleur public, un insuffisant, et l’ennemi du repos de la chrétienté… Cette déclaration court déjà par toute l’Europe, et le plus zélé des ministres qui aient jamais été passe à présent pour un scélérat, un infâme…

« Il n’est plus question ni de bien, ni de repos, ni de quoi que ce puisse être. Je demande l’honneur qu’on m’a ôté, et qu’on me laisse en chemise, renonçant de très bon cœur au cardinalat et aux bénéfices… »

Il était clair que le temps pressait. Mazarin fit flèche de tout bois, leva une année et rentra en France. A mesure qu’il se rapprochait de Poitiers, où était alors la cour, on voit à travers ses lettres que celles de la reine redevenaient tendres. Le jour de son arrivée (30 janvier 1652), Anne d’Autriche l’attendit une heure entière à sa fenêtre.


IV

Mademoiselle avait eu en 1651 une année bien remplie. Elle avait suivi les séances du Parlement, les soirées séditieuses du Luxembourg, et passé la moitié des jours à pousser les Frondeurs aux résolutions violentes. Le reste du temps avait été donné aux plaisirs dont Paris ne manque jamais, même en temps de révolution, et à accompagner le roi à la chasse ou à la promenade, tant que la cour avait été à Paris. Mademoiselle avait refusé une fois de plus Charles II d’Angleterre, roi sans royaume, roi cependant et très résolu à rentrer dans ses Etats. Elle était recherchée, écoutée, populaire, portée au trône par les vœux des mazarinades, à défaut de mieux ; mais, et c’était son chagrin, elle n’avait fait aucune action d’éclat, rien qui la rangeât parmi les « héroïnes, » à côté de la princesse de Condé et de Mme de Longueville. L’année 1652 allait enfin lui apporter sa part d’aventures et de « gloire. »

Condé avait repris la campagne et appelé les Espagnols, après une tentative de réconciliation qui avait échoué par sa faute ; ses exigences étaient trop élevées. Il était parti avec la résolution de briser cette fois, et à son profit, le pouvoir absolu fondé par Richelieu. Gaston le soutenait. Retz, au contraire, et une partie des Frondeurs, tendaient à se rapprocher de la reine et consentaient même au retour de Mazarin, tandis que le Parlement n’était ni pour Condé ni pour Mazarin. Celui-ci avait acheté Turenne à force de promesses, et emmené la cour dans l’Ouest, combattre les rebelles. Sur ces entrefaites, la ville d’Orléans, de l’apanage de Monsieur, se vit menacée par les troupes des deux partis, et appela son prince à son secours, ou Mademoiselle à défaut de son père. Celle-ci vint voir Monsieur : « Je le trouvai fort inquiet ; il se plaignit à moi de la persécution que les amis de M. le Prince lui faisaient d’aller à Orléans ; que, s’il abandonnait Paris, tout était perdu, et qu’il n’irait point. » Le soir du même jour, comme Mademoiselle était à souper aux Tuileries, un officier s’approcha d’elle et lui dit à voix basse : « Nous sommes trop heureux ; c’est vous qui venez à Orléans. »

Sa joie fut sans pareille. Elle passa une partie de la nuit en préparatifs, alla le matin appeler les bénédictions de Dieu sur son expédition, et parut à midi chez son père en ai pareil de campagne, suivie d’un état-major emplumé où s’apercevaient plusieurs jolies femmes. L’appartement était bondé de curieux, les uns applaudissant, les autres haussant les épaules. Gaston avait trop d’esprit pour ne pas sentir le ridicule de « cette chevalerie. » Il commençait, d’autre part, à être un peu ému d’avoir déchaîné cette impétueuse personne, qui allait inventer on ne savait quoi, sans se soucier de le compromettre. Dans son inquiétude, il recommandait tout haut d’obéir à sa fille « comme si c’était lui-même, » et donnait tout bas des instructions pour la tenir en lisières. Après les adieux, il se mit à la fenêtre pour voir le départ. Mademoiselle était « en habit gris tout couvert d’or [41]. » Elle monta en voiture parmi les hourras des badauds, et fut acclamée jusqu’à sa sortie de Paris.

Le lendemain de son départ, elle rencontra une escorte envoyée au-devant d’elle par les généraux frondeurs, et fut reçue des troupes en chef d’armée : « Ils étaient en bataille et me saluèrent. » Elle monta à cheval, à la grande joie des soldats, et prit le commandement. Son premier acte d’autorité fut de faire arrêter « deux ou trois courriers, » pour lire leurs lettres. A Toury, où était le gros des troupes, elle présida le conseil de guerre et régla la marche, malgré les résistances de quelques généraux qui disaient avoir en poche des instructions de Monsieur et ne devoir obéir qu’à lui. Leur mauvaise volonté n’empêcha pas Mademoiselle d’être le lendemain à Orléans (27 mars 1652).

Les portes de la ville étaient fermées et barricadées. Mademoiselle fit dire que c’était elle ; on n’ouvrit point. Elle eut beau appeler, crier, menacer : la garnison lui rendait les honneurs militaires du haut des remparts, la population l’acclamait de loin, le gouverneur lui faisait passer des bonbons ; mais les verrous restaient tirés, tant les Orléanais avaient peur que l’armée n’entrât sur ses talons. De guerre lasse, elle se mit à longer les murailles, suivie de Mmes de Fiesque et de Frontenac, ses « maréchales de camp. » Tout Orléans était sur les murs comme au spectacle. Mademoiselle allait toujours et disait en plaisantant : « Je ferai rompre des portes, ou j’escaladerai la ville. »

A force de tourner autour d’Orléans, elle rencontra la Loire. Des bateliers vinrent lui offrir d’enfoncer une porte qui donnait sur le quai. Mademoiselle les prit au mot, leur distribua de l’argent et monta sur une butte pour les voir faire. « Je grimpai comme aurait fait un chat, me prenant à toutes les ronces et les épines, et sautant toutes les haies. » Ses gentilshommes la suppliaient de s’en retourner. Elle leur imposa silence et se confia aux bateliers. Ils la tirent passer sur des barques et grimper par une grande échelle cassée jusque devant la porte, qui résistait encore. Mademoiselle renvoya les hommes de sa suite, insupportables avec leurs observations, et anima les travailleurs par de bonnes paroles. On les aidait du dedans. A la longue, les deux planches du milieu cédèrent. Mademoiselle s’approcha : « Comme il y avait beaucoup de crotte, un valet de pied me prit, et me porta et me fourra par ce trou, où je n’eus pas sitôt la tête passée, que l’on battit le tambour… Les cris de Vive le roi, les princes, et point de Mazarin ! redoublèrent. Deux hommes me prirent et nie mirent sur une chaise de bois. Je ne sais si je fus assise dedans ou sur le bras, tant la joie où j’étais m’avait mise hors de moi-même : tout le monde me baisait les mains, et je me pâmais de rire de me voir en si plaisant état. »

On l’emporta en triomphe. Une compagnie de soldats marchait en tête, tambour battant, et faisait faire place. Mme de Fiesque et Mme de Frontenac pataugeaient par derrière dans la boue, entourées de gens du peuple qui ne se lassaient pas de baisotter et de caresser ces officiers d’une nouvelle espèce. On en fit une chanson :

Deux jeunes et belles comtesses,
Ses deux maréchales de camp,
Suivirent sa royale altesse,
Dont on faisait un grand cancan.
Fiesque, cette bonne comtesse,
Allait baisant les bateliers ;
Et Frontenac (quelle détresse ! )
Y perdit un de ses souliers.

A mi-chemin de l’Hôtel de ville, le cortège rencontra les autorités, la tête basse et ne sachant quelle figure faire. Mademoiselle fit semblant de croire qu’elles étaient en route pour lui ouvrir, écouta les discours officiels, rendit les révérences, et termina cette belle journée par l’envoi à Paris d’une dépêche triomphante. Son état-major l’avait rejointe, très penaud de ne pas avoir pris Orléans avec elle. Quant à l’armée, les Orléanais étaient décidés’ à ne pas la laisser entrer, et il fallut en passer par là.

Le jour suivant, à sept heures du matin, Mademoiselle eut le plaisir de narguer du haut d’une tourelle « quantité de gens de la cour, » de sa connaissance, qui arrivaient, — trop tard, — pour s’emparer de la ville. Le peuple les raillait. Ce fut un moment délicieux. Dans l’après-midi, elle fît ses débuts d’orateur à l’Hôtel de ville devant une nombreuse assemblée. Très intimidée au début, elle se remit, et exposa aux Orléanais la théorie frondeuse, d’après laquelle on se battait contre le roi « pour son service, » afin de le délivrer « d’un étranger. » Rentrée au logis, elle se mit dans une violente colère en apprenant que M. de Beaufort avait attaqué une ville sans son ordre et essuyé un échec. Elle convoqua le conseil de guerre pour le lendemain soir, dans un cabaret situé hors de la ville.

Ce fut une séance orageuse, bien que des robes s’y mélangeassent aux uniformes. MM. de Beaufort et de Nemours eu vinrent aux gros mots et de là aux coups, s’arrachèrent leurs perruques et tirèrent leurs épées. Mademoiselle passa une partie de la nuit à apaiser le tumulte, qui avait gagné toute l’assistance.

Le 30, elle commença à recevoir des lettres de félicitations. Son père lui écrivit : — « Ma fille,… vous m’avez sauvé Orléans et assuré Paris ; c’est une joie publique, et tout le monde dit que votre action est digne de la petite-fille de Henri le Grand. » Condé lui disait : — « C’est un coup qui n’appartient qu’à vous, et qui est de la dernière importance. » L’état-major de Mademoiselle renchérissait sur ces complimens. Les officiers lui assuraient qu’elle avait le coup d’œil militaire, et elle en convenait de bonne grâce. Elle en était si persuadée, qu’elle écrivit à une personne de la cour une lettre destinée à être montrée à la reine, où elle déclarait « vouloir épouser le roi, » ajoutant qu’on aurait tort de la mépriser, car « elle pouvait mettre les choses en état qu’on la demanderait à genoux [42]. » Anne d’Autriche se moqua de sa nièce.

Après ces brillans débuts, le séjour d’Orléans devint moins agréable. Mademoiselle passait son temps à se fâcher : — « Je me mis en colère,… je m’emportai,… je les grondai fort… Ma colère me mena jusqu’aux larmes… » et ne parvenait pas à se faire obéir. Les autorités lui envoyaient des confitures, lui répondaient : — « Tout ce qui plaira à Mademoiselle, » et n’en faisaient qu’à leur tête. L’ennui la prit, et l’impatience de s’en aller ; Monsieur faisait la sourde oreille, la trouvant bien où elle était, pour la tranquillité du Luxembourg. Elle se passa de sa permission et rejoignit l’armée frondeuse à Etampes (2 mai). Il faisait beau temps. Mademoiselle était à cheval avec ses dames, « tous les généraux et quantité d’officiers » étaient venus au-devant d’elle, le canon tonnait, le tambour battait, et elle se sentait dans son élément ; Condé avait dit, d’une marche ordonnée par elle, que Gustave-Adolphe n’aurait pas mieux fait.

Le lendemain, elle se rendit à la messe à pied, précédée de la musique militaire, et « cela était tout à fait beau [43]. » Elle présida à cheval le conseil de guerre, passa sur le front des troupes, qui demandaient à grands cris la bataille, et reprit la route de Paris sans se douter que Turenne avait profité des distractions données aux officiers par les dames pour surprendre les quartiers des Frondeurs. A Bourg-la-Reine, elle rencontra Condé, revenu du Midi et accouru au-devant d’elle, puis ce fut un immense flot populaire, ce fut le chemin bordé de carrosses « une lieue durant, » la foule courant après elle dans les rues de Paris, le Cours-la-Reine, où l’on se doutait bien qu’elle viendrait se montrer, rempli d’équipages à ne pouvoir passer, le palais des Tuileries bondé de monde, et partout des acclamations, des complimens, un enthousiasme, une joie, une fête, qui achevèrent de lui tourner la tête, et il y avait vraiment de quoi. Il n’y eut qu’au Luxembourg que l’accueil fut froid. Monsieur, ennuyé de la voir revenue, s’était mis dans son lit, où il faisait le malade et refusait d’entendre parler affaires.

Ce pauvre Monsieur était déjà très opprimé sans elle. Condé, plus terrible que jamais, et plus en plein dans la trahison, soulevait la populace, réduisait le Parlement à ne plus se réunir faute de sécurité, livrait à l’étranger tout ce qu’il pouvait de la France et terrorisait Gaston, qui se voyait envahi à toute heure, jusque dans sa chambre, par une foule de gens ignobles, de repris de justice, de gamins et de filles, venus pour le conseiller et l’assurer de leur protection. Aux promenades, le chœur des laquais et des femmes galantes lui dictait sa politique. Sa vie devint tout à fait amère après le retour de Mademoiselle, qui croyait avoir conquis le droit de parler haut, et en abusait ; elle raconte qu’un jour, étant chez Madame, elle la « gourmanda comme un chien. »

Il est étrange qu’aucun des princes n’ait vu que la révolution les emporterait avec le reste, si la royauté ne parvenait pas à enrayer le mouvement. La canaille était maîtresse de la rue, et son règne est toujours violent. Elle avait, en 1652, ses Marat et ses Hébert, qui la provoquaient par leurs écrits à des massacres en masse. Elle avait ses Maillard, qui la menaient piller et assommer les suspects et se moquaient de ce qu’en diraient les princes. Des chefs d’un jour, insolens et haineux, surgissaient avec une émeute et disparaissaient avec elle. Paris avait le même aspect trouble et menaçant qu’aux approches de la Terreur ; l’accablement et l’épouvante gagnaient les laborieux et les pacifiques, et la bourgeoisie s’opposait de toutes ses forces à l’entrée des troupes de Condé, dans la pensée que la ville serait mise à sac par ces soudards. On en était là, quand l’armée du roi et celle de la Fronde, après des combats aux issues diverses, engagèrent sous Paris la bataille où Mademoiselle acheva de s’illustrer.

Elle était alors « comme la reine de Paris. » Les Tuileries étaient devenues le centre politique et mondain de la France : « J’étais honorée au dernier point, et en grande considération. » Dans le fond, et elle s’en apercevait bien, c’était la répétition de l’affaire d’Orléans ; à Mademoiselle les hommages et les flatteries, à d’autres la confiance et l’influence ; on ne la trouvait ni discrète ni de bon conseil. Monsieur lui avait toujours tout caché. Condé, avec les dehors d’une entière ouverture, ne lui disait jamais l’essentiel ; il allait tenir ses conciliabules chez la belle duchesse de Châtillon, qui était en train de reléguer Mmes de Longueville et de Chevreuse au deuxième plan [44], et avait failli raccommoder les Princes avec la Cour en dehors de Mademoiselle. L’affaire ayant manqué, cette dernière tomba un soir, dans le Cours-la-Reine, au milieu d’une armée en marche. Les troupes de Condé, pressées par Turenne, contournaient Paris en suivant les remparts, le long de ce qui est aujourd’hui la place de la Concorde et les grands boulevards.

Mademoiselle considéra ce défilé en causant avec un officier. Elle s’en vint le regarder encore de la terrasse de Renard [45], et rentra inquiète ; l’armée marchait « dans le plus grand désordre du monde [46], » et en prêtant le flanc. « Toutes les troupes, écrit-elle, passèrent toute la nuit le long du fossé ; et, comme il n’y avait que les Tuileries, qui en sont sur le bord, entre mon logis et ledit fossé, l’on entendait distinctement les tambours, les trompettes, et l’on discernait aisément les marches différentes. Je demeurai appuyée sur ma fenêtre jusqu’à deux heures après minuit à les entendre passer, avec assez de chagrin de penser tout ce qui pouvait arriver ; mais parmi cela j’avais je ne sais quel instinct que je contribuerais à les tirer d’embarras. » Mademoiselle nous confesse ici qu’elle avait eu l’intention de se purger le lendemain. Le pressentiment qu’elle pourrait « être utile » lui fit décommander sa médecine. A quoi tient la gloire !

A six heures du matin, le 2 juillet, des coups à sa porte la réveillèrent en sursaut. Condé la faisait appeler au secours. Attaqué dans le faubourg Saint-Antoine, acculé contre Paris fermé, il avait d’abord envoyé chez Monsieur, mais Monsieur s’était aussitôt senti malade. Mademoiselle se jeta hors du lit, courut au Luxembourg, et éclata en rencontrant son père sur l’escalier. Gaston répondait : « Je ne suis pas assez malade pour être (au lit), mais je le suis assez pour ne pas sortir. » Mademoiselle le suppliait de monter à cheval, ou alors d’aller se coucher ; elle tempêtait, elle pleurait, le tout au vol, quand son père, dans son mouvement perpétuel, passait à portée ; et elle ne gagnait rien sur une lâcheté que Retz attisait, Retz devenu cardinal [47] et chef d’un tiers-parti, Retz « qui voulait se défaire du prince de Condé et le laisser périr [48]. » Cela durait depuis une heure, « (tendant laquelle tout ce que l’on avait d’amis pouvait être tué, et M. le Prince tout comme un autre, sans que l’on s’en souciât ; cela me paraissait d’une grande dureté. » Survinrent des amis de Gondé, qui se joignirent à elle, et Monsieur, succombant à la fatigue, se débarrassa d’eux tous en expédiant sa fille, « de sa part, » à l’Hôtel de ville. Elle partit en hâte. Les bourgeois attroupés lui réclamaient des ordres au passage. Place de Grève, une foule déguenillée hurlait contre l’Hôtel de ville, où personne « n’osait mettre la tête aux fenêtres [49], » de peur de recevoir une balle. Mademoiselle monta à la grande salle, demanda des troupes et l’ouverture des portes, et vit « qu’ils se regardaient tous, » le prévôt des marchands, ses échevins et le maréchal de l’Hôpital, gouverneur de Paris. « M. le Prince, s’écria-t-elle, est en péril dans nos faubourgs, et quelle douleur et quelle honte ce serait pour jamais à Paris, s’il y périssait faute de secours ! Vous pouvez lui en donner, faites-le donc vivement ! » Ils allèrent se consulter dans la pièce à côté, tandis que Mademoiselle se jetait à genoux devant une fenêtre d’où l’on entendait le plain-chant d’une messe. Elle se relevait de temps à autre pour aller leur rappeler que le temps pressait, mais ils ne se décidaient pas. Alors, dans un élan de colère et de désespoir, montrant par les fenêtres la populace en furie, elle leur jura que, s’ils ne signaient l’ordre demandé, « ces gens-là… le leur feraient bien signer [50]. » Ils signèrent. Condé était sauvé.

Elle s’élança vers la porte Saint-Antoine. A quelques pas de l’Hôtel de ville, elle vit venir un cavalier en pourpoint blanc, aveuglé par une horrible blessure, inondé de sang, étouffé par le sang, que deux autres cavaliers, tout sanglans aussi, menaient par la main en pleurant. C’était La Rochefoucauld. Mademoiselle lui parla ; il ne répondit pas. A l’entrée de la rue Saint-Antoine, en parut un autre, « sans chapeau, tout déboutonné… pâle comme la mort », qu’un homme soutenait sur son cheval. C’était le petit Guitaut. Elle lui cria : « — Mourras-tu ? » Il fit signe que non et passa. Presque aussitôt un blessé que l’on portait se fit approcher de sa portière. C’était Valon, maréchal de camp, avec qui elle avait cavalcade en Beauce. Il fut ensuite impossible de les compter : « — Je trouvai à chaque pas que je fis dans la rue Saint-Antoine des blessés, les uns à la tête, les autres au corps, aux bras, aux jambes, sur des chevaux, à pied, sur des échelles, des planches, des civières, des corps morts. » Défilé très aristocratique, car c’était la noblesse de France qui se faisait, tuer, dans la dernière de ses batailles contre la royauté. La porte Saint-Antoine ne s’ouvrait que pour les morts et les blessés. Les remparts étaient chargés de spectateurs. Louis XIV et Mazarin regardaient des hauteurs de Charonne.

Les soldats de la Fronde en avaient assez ; ils rechignaient à marcher. Leurs chefs marchèrent pour eux, d’où la somptueuse hécatombe. Le faubourg Saint-Antoine vit ce jour-là des charges de cavalerie composées de princes et de seigneurs, des défenses de barricades par des fantassins portant les plus grands noms de France. A leur tête à tous, un grand coupable rachetait son crime envers la patrie en lui donnant l’une de ces visions d’héroïsme qui élèvent les cœurs. Condé était partout à la fois ; un « démon, » disaient les soldats du roi ; un « surhumain, » disaient les siens. Pareil aux preux des vieilles légendes, il plongeait dans la mêlée, reparaissait l’armure rougie et bossuée, et replongeait, se battant d’un courage si éclatant, si entraînant, que les gens du peuple, sur les remparts, étaient émus d’une grande pitié et murmuraient d’indignation de ce qu’on laissait un pareil homme périr sans secours. Il jetait en même temps autour de lui des ordres si nets, il avait de si merveilleuses inspirations, que ceux de ses officiers qui survécurent gardèrent le souvenir d’avoir vu véritablement, ce jour-là, un héros, un frère de Roland et de Rodrigue. La fatigue n’existait pas pour lui ; « fondu de sueur, » sous le soleil de juillet, « étouffé dans ses armes, » il se fit déshabiller, se jeta « tout nu sur l’herbe d’un pré, où il se tourna et se vautra comme les chevaux qui se veulent délasser [51], » fut rhabillé en un clin d’œil et se rejeta, frais et dispos, au plus fort des coups.

Il fallait mourir cependant, accablé sous le nombre, si Mademoiselle, arrivée enfin place de la Bastille, n’eût immédiatement fait ouvrir la porte Saint-Antoine. On lui offrit l’hospitalité dans une maison près de la Bastille ; elle y monta : « — Aussitôt que j’y fus, M. le Prince m’y vint voir ; il était dans un état pitoyable : il avait deux doigts de poussière sur le visage, ses cheveux tout mêlés ; son collet et sa chemise étaient tout pleins de sang, quoiqu’il n’eût pas été blessé ; sa cuirasse était toute pleine de coups, et il tenait son épée à la main, ayant perdu le fourreau ; il la donna à mon écuyer. Il me dit : — « Vous voyez un homme au désespoir ; j’ai perdu tous mes amis… » Il se jeta sur un siège, pleurant et me disant : — « Pardonnez à la douleur où je suis ; » et, après cela, que l’on dise qu’il n’aime rien ! Pour moi, je l’ai toujours connu tendre pour ce qu’il aime. »

Ils convinrent de leurs faits ; Condé s’en fut diriger la retraite, et Mademoiselle veiller de sa fenêtre à faire évacuer les bagages, recueillir les blessés et porter à boire aux combattans. Le peuple la secondait de tout son bon cœur. Elle fut touchée de son empressement à soigner les blessés et à donner du sien pour réconforter les autres. Les bourgeois, devenus plus qu’à demi « mazarins » par dégoût du désordre, restaient indifférens, regardaient en badauds, et quelques-uns même riaient, ou tiraillaient des remparts sur les Frondeurs. Mademoiselle ne bougea de son poste que pour monter un instant sur la Bastille, où, ayant pris une lunette, elle vit l’ennemi manœuvrer pour couper M. le Prince de la porte Saint-Antoine. Elle laissa l’ordre de canonner l’armée royale et revint jouir de sa gloire : elle avait sauvé Condé deux fois dans la même journée. Des ovations sans fin furent sa récompense. L’armée en retraite lui criait : « Vous êtes notre libératrice. » Condé reconnaissant la portait aux nues, et, le soir au Luxembourg, le lendemain aux Tuileries, après une. nuit d’insomnie passée à avoir « tous ces pauvres morts dans la tête, » Mademoiselle s’enivra d’un encens dont la douceur l’empêchait de « faire les réflexions… qui auraient pu troubler sa joie. » Le seul qui lui battit froid fut encore son père, comme au retour d’Orléans. Dans l’après-midi, Monsieur, croyant le danger passé et guéri subitement par cette nouvelle, était accouru embrasser M. le Prince rue Saint-Antoine et se faire raconter la bataille, de l’air du monde le plus « riant » et le plus à son aise. Le soir, devant la réception triomphale faite à sa fille, il fut guindé : — « J’attribuai cela, écrit celle-ci, au repentir qu’il devait avoir que j’eusse fait ce qu’il devait faire. » Mademoiselle le flattait ; Monsieur ne regrettait que de lui avoir laissé prendre trop d’importance.

La peur l’emportait chaque fois sur ce regret. Le 4 juillet, il y avait eu à l’Hôtel de ville une grande réunion des représentant de la bourgeoisie parisienne, pour décider de la ligne à suivre. Les Princes s’y étaient rendus, persuadés que l’assemblée leur offrirait le pouvoir. Ils n’entendirent parler que de se raccommoder avec la royauté, et se retirèrent pleins d’humeur. La place de Grève était couverte d’une populace mélangée de soldats, avec leurs officiers. On a prétendu [52] que les Princes, ou des gens de leur suite, avaient excité la foule au passage. Quoi qu’il en soit, des coups de feu partirent derrière eux, et ils poursuivirent leur chemin comme si de rien n’était. Mademoiselle les attendait au Luxembourg. — « Monsieur, dit-elle, entra dans, sa chambre pour changer de chemise, ayant eu grand chaud. » Le reste de la compagnie causait paisiblement, quand apparut « un bourgeois essoufflé et qui ne pouvait quasi parler, tant la vitesse dont il était venu et la frayeur qu’il avait l’avaient saisi. Il nous dit. : « — Le feu est à l’Hôtel de ville, et l’on y tire ; l’on se tue… » Condé fut prévenir Monsieur, qui oublia, dans son trouble, le désordre où il était, « et vint en chemise devant toutes les dames. » Il disait : — « Mon cousin, allez à l’Hôtel de ville ; » mais Condé refusait, donnant ainsi raison au public, qui s’écria tout d’une voix, en apprenant l’action « la plus sauvage qui eût été faite depuis la monarchie [53], » que M. le Prince avait fait le coup et payé les assassins. Outré que des bourgeois osassent lui tenir tête, le héros splendide du faubourg Saint-Antoine était tombé, dans une heure néfaste et ineffaçable, au niveau des septembriseurs, et Monsieur avait été son complice, en sachant tout et n’empêchant rien.

Ils envoyèrent Beaufort, qui fit de son mieux pour disperser la foule. Mademoiselle demanda à le suivre et ne sut pas arriver jusqu’à la Grève. Elle lanterna, quoique ce ne fût guère le moment, et écouta ceux qui trouvaient le danger trop sérieux. Son père, effrayé du train que prenaient les choses, la renvoya à nouveau. Il était minuit passé, et il n’y avait plus personne dans les rues ; elle approcha, cette fois, sans difficulté. L’Hôtel de ville, devenu désert, n’avait plus de portes ni de fenêtres et flambait encore par places. L’intérieur était pillé et saccagé : « — Nous passâmes par-dessus des poutres qui étaient encore » toutes fumantes : je ne vis jamais un lieu si solitaire : nous tournâmes tout autour sans trouver qui que ce soit. » A la fin, le prévôt des marchands sortit d’une cachette, avec quelques autres. Mademoiselle les fit mettre en sûreté et s’en alla se coucher. Le jour grandissait déjà et le peuple s’attroupait sur la place, se nommant les victimes : plusieurs parlementaires, des prêtres et trente ou quarante bourgeois parmi les morts, des blessés en nombre considérable. « — Dieu vous bénisse ! » disaient les gens en reconnaissant Mademoiselle, qui s’éloignait tristement ; ce sang répandu ne lui disait rien qui vaille : « — L’on a parlé diversement de cette affaire, écrit-elle ; mais toujours l’on s’accordait à en donner le blâme à son Altesse Royale et à M. le Prince. Je ne leur en ai jamais parlé, et je suis bien aise de l’ignorer, parce que, s’ils avaient tort, je serais fâchée de le savoir ; et cette action m’a tant déplu, que j’aurais beaucoup de déplaisir que non seulement elle eût été faite, mais tolérée par des personnes qui me sont si proches… Cette affaire fut le coup de massue du parti. »

Au premier moment, M. le Prince sembla au contraire en être venu à ses fins. Profitant de la terreur qui était dans Paris et du départ de beaucoup d’hommes politiques, il avait fait, nommer par des débris de Parlement un gouvernement dont Gaston était le chef nominal, lui-même le généralissime, et il avait installé la révolution à l’Hôtel de ville avec Broussel pour prévôt des marchands. Le « coup de massue » rendit son pouvoir complètement illusoire. La conscience publique, très calleuse pourtant en matière de meurtres, s’était rebiffée contre le 4 Juillet, parce que c’était un guet-apens : c’était lâche. Elle condamna Condé et, aussitôt, le parti de Condé tomba en miettes. La fatigue de la guerre civile, déjà grande la veille du massacre, parut intolérable le lendemain, et le rideau acheva de se déchirer sur l’immense duperie qu’avait été la Fronde pour le pays. À part une poignée de parlementaires, patriotes et humanitaires avant la lettre, qui avaient rêvé bonheur public et liberté, et qui détestaient l’étranger, et encore plus ceux qui l’appelaient, quand donc avait-on pensé à la France ? Qui donc s’était jamais inquiété des souffrances du peuple ? Etait-ce par hasard la noblesse ? Ou les deux branches cadettes ? Qu’est-ce que cela faisait au laboureur réduit à se terrer dans les bois, au bourgeois dont les affaires étaient arrêtées depuis quatre ans, que Mme de La Rochefoucauld s’assît devant la reine ou que M. de Longueville gouvernât Pont-de-l’Arche ? La belle consolation pour eux, dans leur malheur, de savoir qu’il y avait près de Paris un camp en goguette, où « l’on ne voyait que collations et galanteries aux dames [54] ! »

Aucune de ces réflexions n’était neuve ; mais toutes avaient pris en quelques jours une force qui donna beau jeu aux agens de Mazarin [55]. Ce dernier eut la bonne grâce de lever les derniers scrupules des Parisiens en faisant semblant de retourner en exil (19 août). La débâcle fut immédiate ; tout ce qui comptait dans Paris députa au roi pour le supplier de revenir. Retz, très calmé depuis qu’il tenait son chapeau, y fut l’un des premiers, à la tête de son clergé. Monsieur, et ce fut le grand signe, jugea le moment venu d’abandonner ses amis et négocia en dessous avec la cour. Condé, voyant que tout lui échappait, même ses soldats, qui jetaient leurs armes et s’en allaient, essaya aussi de faire sa paix et demanda encore trop cher ; l’affaire manqua. Sa situation devenait critique ; il n’avait plus guère avec lui que Mademoiselle, pleine d’honneur et qui fut fidèle jusqu’au bout, mais pleine aussi d’illusions et de chimères.

Dans sa conviction qu’elle était un grand général, elle imaginait des choses insensées, comme de lever à ses frais une armée qui lui appartiendrait ; on l’appellerait l’armée de Mademoiselle. Il se trouverait bien quelqu’un pour lui livrer une place forte, ou même deux places fortes. Le roi serait obligé d’en venir à composition avec sa grande cousine, qui trouverait la couronne fermée au fond de son pot-au-lait, à moins cependant qu’elle n’eût épousé M. le Prince d’ici là, car la santé de Mme la Princesse permettait de s’attendre à tout ; en quelques semaines, elle avait été deux fois à l’extrémité. La première fois, la nouvelle s’en répandit à Paris dans la soirée : « — Je me fus promener chez Renard : M. le Prince y était ; nous fîmes deux tours d’allée, sans nous dire un seul mot ; je crus qu’il pensait que tout le monde le regardait, et j’avais la même pensée que lui ;… ainsi nous étions tous deux fort embarrassés. » Les gens faisaient leur cour à Mademoiselle en « remariant » M. le Prince devant elle ; un peu plus, elle aurait reçu les complimens.

Elle croyait sans y croire à ces contes de fées. Dans le fond, Mademoiselle sentait approcher la fin de son héroïnat, si l’on me passe le mot, et n’en était que plus ardente à jouir de son reste. Elle se donnait en spectacle aux Parisiens, entourée de « ses compagnies, » levées et habillées de ses deniers en attendant le reste de « son armée, » et s’amusait comme une enfant du bruit des trompettes et du luxe des uniformes. Elle allait dîner au quartier général de M. le Prince, hors de Paris, et passait une journée inoubliable. « L’homme du monde le plus, malpropre » avait fait sa barbe et mis du linge blanc en son honneur ; la chose fut très remarquée. Condé et son état-major « burent sa santé » à genoux, au son des trompettes et du canon. Elle passa l’armée en revue et s’avança à cheval jusqu’aux avant-postes de l’armée royale, où l’on était averti de ne pas tirer : « — Je parlai quelque temps à eux. Après, je poussai mon cheval, ayant grande envie d’aller jusque dans le camp des ennemis ; mais M. le Prince courut devant, et sauta à la bride de mon cheval, et le fit tourner. » C’élait par trop une idée de femme. Le soir, elle donna le mot d’ordre et repartit au clair de lune. La journée se termina par un joyeux souper aux Tuileries.

Cette expédition lui avait monté la tête. Quelques jours après, elle « supplia » son père de lui permettre de faire pendre les principaux meneurs de la réaction. Monsieur manqua de « vigueur [56], » et refusa, fort heureusement pour sa fille, car l’heure du règlement de comptes était proche. Le 13 octobre, elle se grisa une dernière fois du cliquetis des armes et de l’éclat des costumes de guerre. M. le Prince était venu lui dire adieu, avec tous ses amis, avant d’emmener son armée dans l’Est, vers une fortune inconnue : « Cela était si beau, écrit-elle, de voir la grande allée des Tuileries toute pleine de inonde, tous bien vêtus. M. le Prince avait (un habit) fort joli, avec des couleurs de feu, de l’or, de l’argent, et du noir sur du gris, et l’écharpe bleue à l’allemande, sous un justaucorps qui n’était point boutonné. J’eus grand regret à les voir partir, et j’avoue que je pleurai, en leur disant adieu… On se trouvait si seul ; l’on était si étonné de ne voir plus personne. Cela causait bien de l’ennui ; et il fut bien accru par le bruit qui courut que le roi venait, et que nous serions tous chassés. »

Les Princes étaient partis un dimanche. Le samedi suivant, au matin, pendant que Mademoiselle était à se coi lier, on lui remit une lettre du roi : « — Elle contenait que, s’en allant à Paris et n’ayant point d’autre logement à donner à Monsieur, son frère, que les Tuileries, il me priait d’en déloger dans le lendemain midi. » Le coup fut rude. Mademoiselle alla se cacher chez des amis. Elle faisait la brave, parlait de mettre Paris sens dessus dessous, et versait cependant des torrens de larmes. Le 21, on lui apprit que son père était exilé de Paris. Elle partit pour le Luxembourg et vit chemin faisant, sans être vue, passer le roi. Il était devenu grand ; c’était un bel adolescent qui saluait bien : la foule l’applaudissait avec fureur. Arrivée chez Monsieur, Mademoiselle trouva un homme tout hérissé, dont le premier mot fut qu’il n’avait pas de comptes à lui rendre. Elle prit la mouche, et ils se dirent leurs vérités. Gaston lui reprochait son intempérance de conduite et sa manie de se mettre en avant, il l’accusait de l’avoir compromis pour le plaisir de « faire l’héroïne ; » elle, de son côté, en avait gros sur le cœur contre les gens qui ne donnent jamais d’ordres par écrit, parce que cela gêne ensuite pour désavouer. Lorsqu’ils se furent soulagés, Mademoiselle demanda tout à coup à venir habiter au Luxembourg : « — Il me répondit : « Je n’ai point de logement. » Je lui dis : « Il n’y a personne céans qui ne me quitte le sien, et je pense que personne n’a plus de droit d’y loger que moi. » Il me repartit aigrement : « Tous ceux qui y logent nie sont nécessaires, et n’en délogeront pas. » Je lui dis : « Puisque son Altesse Royale ne le veut point, je m’en vais loger à l’hôtel de Condé, où il n’y a personne. — Je ne le veux pas. — On voulez-vous donc, Monsieur, que j’aille ? — Où vous voudrez ; » et s’en alla. »

Le lendemain de cette scène, tous les principaux de la Fronde s’envolèrent sur un mot du roi. Les routes se couvrirent de grands seigneurs en pénitence et d’héroïnes en disponibilité, idoles de la veille que Paris chansonnait déjà. Monsieur était parti avant l’aube,

Avec une vitesse extrême,
Mademoiselle son ainée
Disparut la même journée [57].

Elle s’était encore cachée, mais la peur l’avait prise en recevant un billet anonyme, deux billets, vingt billets, « d’écritures différentes, » et lui disant tous qu’on allait l’arrêter. Sans prendre le temps de rechercher d’où venaient ces avis, sans vouloir écouter son fidèle Préfontaine, qui lui prêchait le sang-froid, la Grande Mademoiselle, effarée, hors d’elle, oubliant le soin de sa gloire et perdant toute dignité, criant après ses gens qui la retardaient, s’enfuit honteusement de Paris dans un carrosse sans armes et avec un cocher sans livrée. Elle ne respira que lorsqu’elle eut perdu la ville de vue, et, encore, chaque cavalier, chaque voiture que l’on apercevait lui causaient un nouvel accès de terreur ; elle les croyait à sa poursuite. Il était impossible de sortir de scène plus piteusement.

Les aventures de la route vinrent la distraire. Elle était masquée et voyageait sous le nom de « Mme Dupré, » personne sans conséquence, qui dînait avec le gros des voyageurs et bavardait volontiers. Pour une Altesse, cela ne manquait pas de saveur ; un jour, dans la cuisine d’une auberge de village, un moine lui parla longuement de Mademoiselle et de ses hauts faits : « C’est une brave fille, disait le Père ; elle porterait aussi bien une pique qu’un masque. » Une femme de la cour reçut « Mme Dupré » dans son château, avec des précautions de comédie pour l’empêcher d’être découverte. Des hommes sûrs la tenaient en correspondance avec Condé, qui la suppliait de venir le rejoindre sur la frontière. Il lui écrivait : « Je vous offre mes places et mon armée ; M. de Lorraine en fait de même, et M. le comte de Fuensaldagne aussi [58]. » Mademoiselle eut assez de sens pour refuser ; mais il fallait aboutir et aller quelque part ; elle ne pouvait pas rester indéfiniment dans le mystère et le roman comique. Monsieur ne voulait pas la recevoir à Blois ; c’était une idée bien arrêtée. A Limours, sa première couchée, il s’était mis en colère contre Préfontaine, qui le priait instamment de ne pas refuser un asile à sa fille : « Non, je ne le veux pas ! Et, si elle vient, je la chasserai ! >« Tout bien pesé, Mademoiselle résolut d’aller attendre la fin de la bourrasque à Saint-Fargeau [59], dont le château lui appartenait. Elle en prit le chemin, et reçut presque aussitôt une lettre du roi lui garantissant « toute sûreté et liberté » dans la demeure de son choix. Mademoiselle fut vexée ; elle s’était figuré la cour « fort en peine de savoir où elle était. »

Au moment d’arriver, après une étape à cheval de plus de vingt lieues, la peur la reprit, l’une de ces peurs irrésistibles qu’on appelait à Paris « les paniques de Monsieur. » Malgré la lettre du roi, elle voyait en imagination tout, un corps d’armée à ses trousses, elle se voyait arrêtée, emprisonnée : « J’étais hors de moi, » écrit-elle. On avait beau la raisonner, c’en était bien fait de l’héroïnat ; l’amazone d’Orléans n’était plus qu’une pauvre femme éplorée, qui fit son entrée à Saint-Fargeau dans un état de terreur et de désespoir. Il était deux heures du matin : « Il fallut mettre pied à terre, le pont étant rompu. J’entrai dans une vieille maison où il n’y avait ni porte ni fenêtres, et de l’herbe jusqu’aux genoux dans la cour… La peur, l’horreur et le chagrin me saisirent à tel point que je me mis à pleurer. »

Laissons-la pleurer. Elle n’avait que ce qu’elle méritait pour sa part du mal fait par la Fronde. Quatre années d’une guerre scélérate, entreprise sous la pression d’intérêts généraux, mais dégénérée aussitôt en foire aux vanités et en chasse aux écus, avaient couvert la France de ruines matérielles et morales. Dans un seul diocèse, celui de Laon, plus de cent vingt curés avaient été contraints « de se retirer dans les villes, n’ayant plus de paroissiens ni de quoi vivre [60]. » Dans tout le royaume, les âmes, rendues molles et serviles par l’excès de fatigue et le besoin impérieux du repos, avaient pris le dégoût de l’action ; les héros de Corneille, avec leur idéal surhumain, à la Nietzsche, avaient fait leur temps : il fallait désormais aux Français des modèles moins hauts. Quand la Grande Mademoiselle revit la cour après cinq ans d’exil, elle trouva un autre monde, d’autres idées qui la liront paraître singulière, et dont elle eut le malheur de subir l’influence le jour où elle s’éprit pour Lauzun d’un amour romanesque. Nous espérons la rejoindre prochainement dans ce nouveau milieu.


ARVEDE BARINE.

  1. Voyez la Revue des 15 juillet et 1er octobre 1899, 15 février et 15 août 1900.
  2. Omer Talon, Mémoires.
  3. En mai 1648. Voyez la Revue du 15 août 1900.
  4. Gomboust.
  5. La Tour de Nesle était au bord de la Seine, proche l’emplacement actuel de l’Institut.
  6. Duchesse de Nemours, Mémoires.
  7. Histoire du Temps.
  8. Motteville.
  9. André d’Ormesson, en note du Journal d’Olivier d’Ormesson.
  10. Lenet, Mémoires.
  11. La nouvelle en arriva à Paris le 31 octobre 1648.
  12. Olivier d’Ormesson.
  13. Monsieur eut de son second mariage cinq enfans, dont trois seulement, trois filles, survécurent.
  14. Journal des Guerres civiles, de Dubuisson-Aubenay.
  15. Retz.
  16. Mémoires anonymes et inédits, cités par Chéruel.
  17. Cousin, La Jeunesse de Mme de Longueville.
  18. Cf. La Rochefoucauld, par J. Bourdeau.
  19. Demandes des Princes et Seigneurs qui ont pris les armes avec le Parlement et Peuple de Paris (15 mars 1649). Cette pièce, souvent réimprimée, se trouve, entre autres, dans le Choix de Mazarinades de M. C. Moreau.
  20. Sur les causes compliquées de sa ruine, Cf. Richelieu et la monarchie absolue, par le vicomte G. d’Avenel.
  21. Motteville.
  22. Ormesson.
  23. Registres de l’Hôtel de ville pendant la Fronde.
  24. Motteville.
  25. Registres de l’Hôtel de ville pendant la Fronde.
  26. Segraisiana.
  27. Mémoires de La Rochefoucauld.
  28. Mémoires de Mademoiselle.
  29. Journal de Dubuisson-Aubenay.
  30. Sur les intrigues de Mme de Châtillon, voyez La Jeunesse du maréchal de Luxembourg, par M. Pierre de Ségur.
  31. M. Feillet, qui cite cette lettre dans La Misère au temps de la Fronde, n’en donne pas la date.
  32. Mémoires de Lenet.
  33. Motteville.
  34. La rue qui séparait le palais du jardin, aujourd’hui la rue des Tuileries.
  35. Motteville.
  36. Pas même ; il ne les eut que le 5 septembre.
  37. Mémoires de La Porte.
  38. Nom douteux. Les lettres de Mazarin à la reine sont écrites en partie en chiffres. Nous suivons le texte de M. Ravenel : Lettres du cardinal Mazarin à la princesse Palatine, etc. (1651 -1652).
  39. Cf. les Mémoires de Guy Joly et ceux de Mme de Nemours.
  40. L’appartement de Mazarin au Palais-Royal, près de celui de la reine. Lyonne logeait rue Vivienne.
  41. Dubuisson-Aubenay, Journal.
  42. Motteville.
  43. Mémoires de Mademoiselle.
  44. Cf. La Jeuneuse du maréchal de Luxembourg, par M. Pierre de Ségur.
  45. Nous rappelons que le jardin de Renard était comme un prolongement de celui des Tuileries.
  46. Lettre de Fouquet à Mazarin.
  47. Il avait été nommé le 19 février 1652.
  48. Motteville.
  49. Registres de l’Hôtel de ville.
  50. Mémoires de Conrart.
  51. Conrart, Mémoires.
  52. Cf., notamment, les Mémoires de Conrart, et les Registres de l’Hôtel de ville.
  53. Omer Talon, Mémoires.
  54. Montglat.
  55. Voyez les Mémoires du Père Berthod.
  56. Lettre de Marigny à Lendt, du 25 septembre 1652.
  57. La Muse historique de Loret.
  58. Gouverneur des Pays-Bas espagnols.
  59. Saint-Fargeau est situé sur le Loing, dans l’Yonne.
  60. Enquête de 1656. La Misère au temps de la Fronde, par A. Feillet.