Aller au contenu

La Grande Morale/Livre I/Chapitre 25

La bibliothèque libre.
CHAPITRE XXV.

§ 1. La juste indignation, en grec Némésis, est le milieu entre l’envie, qui se désole du bonheur des autres, et la joie malveillante, qui est heureuse de leurs maux. Toutes les deux sont des sentiments blâmables ; et l’homme seul qui s’indigne à juste titre, doit recevoir notre louange. La juste indignation est la douleur qu’on éprouve de voir le succès échoir à quelqu’un qui ne le mérite pas; et le coeur qui s’indigne à juste titre, est celui qui peut ressentir des peines de ce genre. Réciproquement aussi, il s’indigne de voir souffrir quelqu’un qui ne mérite pas son malheur. Voilà ce que c’est à peu près que la juste indignation ; et tel est le caractère de celui qui s’indigne justement.

§ 2. L’envieux lui est contraire, en ce sens qu’il est toujours indistinctement peiné de voir la prospérité d’un autre, que cet autre d’ailleurs la mérite ou ne la mérite point. De même que l’envieux, le malveillant, qui se réjouit du mal, sera toujours heureux du malheur des autres, que ce malheur soit ou ne soit pas mérité. L’homme qui ne s’indigne qu’au nom de la justice, ne leur ressemble ni à l’un ni à l’autre ; il tient le milieu entre ces deux extrêmes.