La Grande Révolution/LXVIII

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P.-V. Stock (p. 721-733).


LXVIII

LE 9 THERMIDOR. — TRIOMPHE DE LA RÉACTION


Si Robespierre avait beaucoup d’admirateurs qui allaient jusqu’à l’adoration, il ne manquait pas non plus d’ennemis qui le haïssaient à outrance. Ceux-ci profitaient de toutes les occasions pour le rendre odieux, en lui attribuant les horreurs de la Terreur, et ils ne manquèrent pas non plus celle de le rendre ridicule en le mêlant à des propos d’une vieille folle mystique, Catherine Théot, qui se faisait appeler « mère de Dieu ».

Cependant, il est évident que ce ne sont pas les inimitiés personnelles qui renversèrent Robespierre. Sa chute était inévitable, parce qu’il représentait un régime qui s’effondrait. Après avoir eu sa phase ascendante jusqu’en août ou septembre 1793, la Révolution était entrée depuis lors dans sa phase descendante. Elle passait maintenant par le régime jacobin, dont Robespierre fut la meilleure expression, mais ce régime devait nécessairement céder la place à d’autres hommes « d’ordre et de gouvernement », qui avaient hâte d’en finir tout de bon avec la tourmente révolutionnaire et qui guettaient le moment où ils pourraient renverser les Montagnards terroristes, sans provoquer un soulèvement à Paris.

On put sonder alors tout le mal qui résultait de ce que la Révolution s’était basée, en matière économique, sur l’enrichissement personnel. Une révolution doit viser le bonheur de tous, autrement elle sera nécessairement étouffée par ceux mêmes qu’elle aura enrichis aux dépens de la nation. Chaque fois qu’une révolution fait un déplacement de fortunes, elle ne devrait pas le faire en faveur des individus, mais toujours en faveur de communautés. Or, c’est précisément par où pêcha la Grande Révolution. Les terres qu’elle confisquait chez les prêtres et les nobles, elle les donnait à des particuliers, alors qu’elle aurait dû les rendre aux villages et aux villes, puisque c’étaient autrefois des terres du peuple, — des terres dont les particuliers s’étaient emparés à la faveur du régime féodal. Il n’y a jamais eu de terres originairement seigneuriales ou d’Église. À part quelques communautés de moines, jamais seigneur ni prêtre ne défricha lui-même un arpent de terre. Le peuple, celui qu’ils appelaient le vilain, le manant, défricha chaque mètre carré du sol cultivé. C’est lui qui le rendit accessible, habitable. C’est lui qui donna à cette terre sa valeur, et c’est à lui qu’elle devait être rendue.

Mais, dans un but étatiste et bourgeois, la Constituante, la Législative et la Convention reconnurent, comme appartenant de droit au seigneur, au couvent, à la cathédrale, à l’Église, les terres que ces suppôts de l’État naissant s’étaient appropriées autrefois. Elles prirent possession de ces terres, et les vendirent, surtout aux bourgeois.

On comprend la curée qui se produisit lorsque des terres, dont la valeur totale se montait de dix à quinze milliards, furent mises en vente, en quelques années, dans des conditions extrêmement avantageuses pour les acquéreurs, et qu’il fut loisible de rendre encore plus avantageuses en recherchant la protection des nouvelles autorités locales. De cette façon se constituèrent sur les lieux ces « bandes noires », contre lesquelles s’émoussait l’énergie des représentants en mission.

Graduellement, l’influence pernicieuse de ces pillards, renforcés par les agioteurs de Paris et les fournisseurs de l’armée, remontait jusqu’à la Convention, où les Montagnards honnêtes se voyaient débordés, impuissants à contenir les « profiteurs ». En effet, que pouvaient-ils leur opposer ? Les Enragés une fois écrasés et les sections de Paris paralysées, — que leur restait-il, sinon le Marais de la Convention ?

La victoire de Fleurus, remportée le 26 juin (8 messidor) sur les Autrichiens et les Anglais réunis, — victoire décisive qui mit fin du côté du Nord à la campagne de cette année, — et les succès remportés par les armées de la République dans les Pyrénées, du côté des Alpes et du Rhin, ainsi que l’arrivée d’un transport de blé d’Amérique (au prix du sacrifice de plusieurs vaisseaux de guerre) — ces succès mêmes servaient de puissants arguments aux « modérantistes », qui avaient hâte de rentrer dans « l’ordre ». — « À quoi bon le gouvernement révolutionnaire, disaient-il, puisque la guerre touche à sa fin ? Il est temps de rentrer dans le régime légal, et de mettre fin au gouvernement des Comités révolutionnaires et des Sociétés patriotiques en province. Il est temps de rentrer dans l’ordre, de clore la période révolutionnaire ».

Mais, loin de se ralentir, la Terreur, que l’on attribuait généralement à Robespierre, ne voulait pas désarmer. Le 3 messidor (21 juin) Herman, « commissaire des administrations civiles, police et tribunaux », très attaché à Robespierre, avait présenté au Comité de salut public un rapport, demandant qu’on lui permit de rechercher les complots dans les prisons, et dans ce rapport il lançait cette menace, qu’« il faudrait peut-être en un instant purger les prisons ». L’autorisation de faire les recherches lui fut accordée par le Comité de salut public, et alors commencèrent ces horribles tournées, ces charretées d’hommes et de femmes envoyés à la guillotine, que les Parisiens trouvèrent plus odieuses que les massacres de septembre, — d’autant plus odieuses qu’on n’en voyait pas la fin et qu’elles se suivaient au milieu des bals, des concerts, des galas de la classe nouvellement enrichie, et sous les huées de la jeunesse dorée royaliste, qui de jour en jour devenait plus agressive.

Tout le monde devait sentir que cet état ne pouvait durer, et les modérés de la Convention en profitaient. Dantonistes, Girondins, hommes du Marais serraient leurs rangs et concentraient leurs efforts sur le renversement de Robespierre — pour commencer. L’état d’esprit à Paris favorisait leurs plans, depuis que le Comité de salut public avait réussi à mutiler les vrais foyers des mouvements populaires, les sections.

Le 5 thermidor (23 juillet), le conseil général de la Commune dans lequel dominait maintenant Payan, un ami intime de Robespierre, fit une forte entaille à sa popularité, en prenant un arrêté absolument injuste contre les travailleurs. Il fit proclamer dans les 48 sections le maximum auquel devaient être limités les salaires des ouvriers. Quant au Comité de salut public, il s’était déjà rendu impopulaire, nous l’avons vu, auprès des sections en détruisant leur autonomie et en nommant lui-même les membres des Comité de plusieurs d’entre elles.

Le moment était donc propice pour tenter un coup d’État.

Le 21 messidor (9 juillet), Robespierre se décidait enfin à commencer l’attaque contre les conspirateurs. Huit jours auparavant il s’était déjà plaint, aux Jacobins, de la guerre personnelle qu’on lui faisait. Maintenant, il précisait. Il attaqua, légèrement d’ailleurs, Barère, — ce même Barère qui jusqu’alors avait été le docile instrument de sa faction, quand il fallait frapper un grand coup à la Convention. Et, deux jours plus tard, il se décida à attaquer en face, toujours aux Jacobins, Fouché, pour sa conduite terrible à Lyon. Il obtint même sa mise en jugement par le club.

Le 26 messidor (14 juillet), c’était déjà guerre déclarée, puisque Fouché avait refusé de comparaître. Et quant à attaquer Barère, c’était attaquer aussi Collot d’Herbois et Billaud-Varenne, ainsi que deux membres puissant du Comité de sûreté générale, Vadier et Voulland, qui se rencontraient souvent avec Barère et s’entendaient avec lui sur les affaires des complots dans les prisons.

Alors, tous ceux de la gauche qui se sentaient menacés — Tallien, Barère, Vadier, Voulland, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, Fouché, s’unirent contre les « triumvirs » : Robespierre, Saint-Just et Couthon. Quant aux modérés — Barras, Rovère, Thirion, Courtois, Bourdon, etc., qui auraient voulu renverser tous les Montagnards avancés, y compris Collot, Billaud, Barère, Vadier et les autres, ils durent se dire que pour commencer, il vaudrait mieux n’attaquer que le groupe robespierriste. Celui-ci renversé, ils auraient bientôt raison des autres.

L’orage éclata le 8 thermidor (26 juillet 1794) à la Convention. On s’y attendait, puisque la salle était bondée de monde. Robespierre, dans un discours très étudié, attaqua le Comité de sûreté générale, et dénonça une conspiration contre la Convention, C’était la Convention et lui-même qu’il venait défendre contre les calomnies. Il se défendait de tendances dictatoriales, mais il ne ménageait pas ses adversaires — y compris Cambon, dont il parlait, ainsi que de Mallarmé et de Ramel, en des termes empruntés aux Enragés, en les traitant de Feuillants, d’aristocrates et de fripons.

On attendait quelles seraient ses conclusions, et lorsqu’il y arriva, on s’aperçut qu’au fond il demandait simplement un surcroît d’autorité pour lui-même et son groupe. Aucune vue nouvelle, aucun nouveau programme. Rien qu’un homme de gouvernement demandant encore plus de pouvoirs, pour sévir.

« Quel est le remède au mal ? » disait-il dans sa conclusion. – « Punir les traîtres ; renouveler les bureaux du Comité de sûreté générale, épurer ce Comité et le subordonner au Comité de salut public ; épurer le Comité de salut public lui-même; constituer l’unité de gouvernement sous l’autorité de la Convention nationale, qui est le centre et le juge. »

On comprit qu’il se bornait à demander plus d’autorité pour son triumvirat, pour en user contre Collot et Billaud, Tallien et Barère, Cambon et Carout, Vadier et Voulland. Les conspirateurs de la droite devaient se frotter les mains. Ils n’avaient qu’à laisser faire Tallien, Billaud-Varenne et les autres Montagnards.

Le soir de ce même jour, le club des Jacobins couvrit d’applaudissements le discours de Robespierre et se montra furieux contre Collot d’Herbois et Billaud-Varenne. Il fut même question de marcher contre les deux Comités de salut public et de sûreté générale. Mais le tout se borna à des paroles. Le club des Jacobins n’avait jamais été un foyer d’action.

Pendant la nuit, l’appui des conventionnels de la droite fut acquis par Bourdon et Tallien. Le plan convenu fut, paraît-il, de ne laisser parler ni Robespierre, ni Saint-Just.

Le lendemain, le 9 thermidor, dès que Saint-Just voulut lire son rapport — très modéré, puisqu’il ne demandait qu’une révision des procédés de gouvernement — Billaud-Varenne et Tallien ne le laissèrent pas lire. Ils demandaient qu’on arrêtât le « tyran », c’est-à dire Robespierre, et les cris À bas le tyran étaient répétés par tout le Marais. On ne laissa pas parler Robespierre non plus, et on le décréta d’accusation, ainsi que son frère, Saint-Just, Couthon et Lebas. Ils furent conduits à quatre prisons différentes.

Entre temps, Hanriot, chef de la garde nationale, suivi de deux aides de camp et de gendarmes, galopait dans les rues en se dirigeant vers la Convention, lorsque deux représentants, le voyant passer dans la rue Saint-Honoré, le firent arrêter par six des gendarmes mêmes qu’il conduisait.

Le Conseil général de la Commune ne se réunit qu’à six heures du soir. Il lança un appel au peuple, l’invitant à se soulever contre Barère, Collot, Bourdon, Amar, et il envoya Coffinhal pour délivrer Robespierre et ses amis que l’on croyait arrêtés au Comité de sûreté générale. Coffinhal n’y trouva que Hanriot, qu’il délivra en effet. Quant à Robespierre, qui avait été conduit au Luxembourg pour y être incarcéré, il n’y fut pas reçu et, au lieu d’aller droit à la Commune et de se lancer dans l’insurrection, il resta à ne rien faire, à l’administration de la police, Quai des Orfèvres. Saint-Just et Lebas, délivrés des prisons, se rendirent à la Commune, mais Coffinhal, envoyé par la Commune pour aller chercher Robespierre, dut lui forcer la main pour l’amener (vers les huit heures) à l’Hôtel de Ville.

Le Conseil de la Commune se mettait en insurrection, mais il devenait évident que les sections ne tenaient pas à se soulever contre la Convention en faveur de ceux qu’elles accusaient d’avoir fait guillotiner Chaumette et Hébert, tué Jacques Roux, destitué Pache et anéanti l’autonomie des sections. D’ailleurs, Paris devait sentir que la Révolution se mourait, et que les hommes pour lesquels le Conseil de la Commune appelait le peuple à s’insurger ne représentaient aucun principe de révolution populaire.

À minuit, les sections n’avaient pas bougé. Toutes étaient divisées, dit Louis Blanc, leurs Comités civils ne s’accordant pas avec les Comités révolutionnaires et les assemblées générales. Les quatorze sections qui obéirent d’abord à la Commune ne faisaient rien, et dix-huit sections, dont six avoisinaient l’Hôtel de Ville, lui étaient hostiles. Les hommes de la section de Jacques Roux, les Gravilliers, firent même le principal noyau d’une des deux colonnes qui marchèrent, sur l’ordre de la Convention, contre l’Hôtel de Ville[1].

La Convention, entre temps, mettait les insurgés et la Commune « hors la loi », et lorsque ce décret fut lu place de Grève, les canonniers de Hanriot, postés sur cette place sans rien faire, s’en allèrent un à un. La place resta déserte et l’Hôtel de Ville fut bientôt envahi par la colonne des Gravilliers et des Arcis. Alors un jeune gendarme, qui pénétra le premier dans la salle où Robespierre et ses amis étaient réunis, lui tira un coup de pistolet et lui brisa la mâchoire. Le centre même de la résistance, l’Hôtel de Ville, était envahi, sans coup férir. Alors Lebas se tue ; Robespierre jeune essaye de se tuer en sautant du troisième étage, Coffinhal s’en prend à Hanriot qu’il accuse de lâcheté et le lance par la fenêtre ; SaintJust et Couthon se laissent arrêter.

Le lendemain matin, après qu’une simple constatation d’identité eut été faite, ils furent tous exécutés, au nombre de vingt et un, après qu’on leur eut fait faire un long trajet jusqu’à la place de la Révolution sous les insultes de la foule contre-révolutionnaire. Le « beau monde », accouru pour se régaler de ce spectacle, était en fête, plus encore qu’au jour de l’exécution des hébertistes. Sur la route du cortège les fenêtres étaient louées à des prix fabuleux. Les dames y siégeaient en grande toilette.

La réaction triomphait. La Révolution avait touché à sa fin.


Ici, nous nous arrêterons aussi, sans relater les orgies de la Terreur blanche, qui commencèrent après thermidor, et les deux tentatives d’insurrection contre le nouveau régime : le mouvement de prairial an III, et la conspiration de Babeuf en l’an IV.

Les adversaires de la Terreur, ceux qui parlaient toujours de clémence, n’en voulaient que pour eux-mêmes et les leurs. Ils s’empressèrent, avant tout, d’exécuter les partisans des Montagnards qu’ils avaient renversés. En trois jours, le 10, 11 et 12 thermidor (28, 29 et 30 juillet) il y eut cent trois exécutions. Les dénonciations, venant de la classe moyenne, pullulaient, et la guillotine fonctionnait de nouveau — cette fois-ci au bénéfice de la réaction. Du 9 thermidor au 1er prairial, en moins de dix mois, 73 représentants montagnards furent condamnés à mort ou décrétés d’arrestation, tandis que les 73 Girondins rentraient à la Convention.

C’était maintenant le tour des vrais « hommes d’État ». Le maximum fut bientôt aboli, ce qui produisit une crise violente, durant laquelle l’agiotage et le spéculation atteignirent des proportions gigantesques. La bourgeoisie faisait la fête — comme elle la fit, plus tard, après juin 1818 et mai 1871. La jeunesse dorée, organisée par Fréron, dominait Paris, tandis que les travailleurs, voyant la Révolution vaincue, étaient rentrés dans leurs taudis, en discutant les chances de la prochaine commotion.

Ils essayèrent un soulèvement le 12 germinal an III (1er avril 1795) et le 1er prairial (20 mai), en demandant du pain et la Constitution de 1793. Les faubourgs se soulevèrent cette fois-ci avec entrain. Mais la force bourgeoise avait eu le temps de s’organiser. Les « derniers Montagnards » — Romme, Bourbotte, Duroy, Soubrany, Goujon et Duquesnoy, furent condamnés à mort par une commission militaire — le tribunal révolutionnaire avait été aboli — et exécutés.

Désormais, la bourgeoisie était seule maîtresse de la Révolution et la phase descendante continuait. La réaction devenait bientôt franchement royaliste. La troupe dorée ne se cachait plus : elle portait ouvertement l’habit gris, à collet vert ou noir, des chouans, et frappait tous ceux qu’elle appelait « terroristes », c’est-à-dire tous les républicains. La lutte se faisait en gros et au détail. Quiconque avait contribué à l’exécution du roi, ou à son arrestation lors de la fuite de Varennes, quiconque avait pris part d’une façon quelconque à l’assaut des Tuileries était dénoncé à tous les royalistes et la vie lui était rendue impossible.

Dans les départements, surtout dans le Midi, les « compagnies de Jésus », les « compagnies du Soleil » et autres organisations royalistes se livraient aux représailles en masse. À Lyon, à Aix, à Marseille, on égorgea dans les prisons ceux qui avaient participé au régime précédent. « Presque tout le Midi eut son 2 septembre », dit Mignet — son Deux septembre royaliste, bien entendu. Et à côté des égorgements en masse, les hommes des compagnies de Jésus et du Soleil faisaient la chasse à l’homme au détail. À Lyon, lorsqu’ils rencontraient un révolutionnaire qu’ils avaient désigné au massacre et qui leur avait échappé, ils le tuaient et le jetaient dans le Rhône sans autre forme de procès. De même à Tarascon.

La réaction montait toujours, et enfin le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) la Convention se séparait. Le Directoire lui succédait, pour préparer le Consulat, d’abord, et ensuite l’Empire. Le Directoire, ce fut la bacchanale de la bourgeoisie qui dépensait dans un luxe effréné les fortunes acquises pendant la Révolution et surtout pendant la réaction de thermidor. Car si la Révolution avait émis, jusqu’au 9 thermidor, huit milliards environ d’assignats, la réaction thermidorienne avait décuplé le pas : elle avait émis, en quinze mois, la somme épouvantable de trente milliards d’assignats. On voit d’ici les fortunes acquises grâce à ces émissions, par les « profiteurs ».

Une fois encore, les révolutionnaires communistes, sous la conduite de Babeuf, essayèrent en l’an IV (mai 1796), une insurrection préparée par leur société secrète ; mais ils furent arrêtés avant que l’insurrection eût éclaté. La tentative de soulever le camp de Grenelle dans la nuit du 23 fructidor an IV (3 septembre 1796) échoua de même. Babeuf et Darthé furent condamnés à mort et se frappèrent l’un et l’autre d’un coup de poignard (7 prairial an V). Mais les royalistes eurent aussi leur échec, le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), et le Directoire se maintint encore jusqu’au 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).

Ce jour-là, Napoléon Bonaparte fit son coup d’État, et la représentation nationale fut définitivement supprimée sans phrases, par l’ex-sans-culotte qui avait pour lui l’armée. La guerre, qui durait déjà depuis sept ans, était arrivée à sa conclusion logique. Le 28 floréal an XII, (18 mai 1804), Napoléon se fit proclamer empereur, et la guerre recommençait, pour durer, avec de courts intervalles, jusqu’en 1815.

  1. Les sections, dit M. Ernest Mellié, « ne conduisaient plus, mais suivaient docilement leurs Comités, dont les membres ne dépendaient que des Comités de salut public et de sûreté centrale de la Convention. La politique se faisait en dehors d’elles… On en vint même à leur défendre de s’intituler assemblées primaires : le 20 floréal an II (9 mai 1794), une lettre de l’agent national de la Commune (Payan, par lequel on avait remplacé Chaumette) les prévint que, sous un gouvernement révolutionnaire, il n’y avait point d’assemblées primaires… C’était leur rappeler que l’abdication était complète » (pp. 151, 152). Après avoir raconté les « épurations » consécutives que les sections subissaient pour se faire accepter par les Jacobins (p.153), M. Mellié conclut par ces mots : « Michelet a donc raison de dire qu’à cette époque les assemblées des sections étaient mortes et que tout le pouvoir était passé à leurs Comités révolutionnaires, qui, eux-mêmes nommés par l’autorité, n’avaient pas grande vie non plus » (pp. 154, 155). – Au 9 thermidor (Ernest Mellié en a trouvé la preuve aux Archives) dans presque toutes les sections, les Comités révolutionnaires étaient réunis pour attendre les ordres du gouvernement (p. 169). On ne s’étonnera pas que les sections n’aient point bougé contre les thermidoriens.