La Guerre, les Télégraphes électriques et les Chemins de fer

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

LA GUERRE
LA TELEGRAPHIE ELECTRIQUE
ET
LES CHEMINS DE FER

L’art de la guerre subit de constantes modifications en rapport avec le progrès scientifique et industriel. Les moyens de défense et d’attaque, les armés sur terre et sur mer changent, se renouvellent sans cesse, à mesure que la science multiplie ses découvertes et que l’industrie en élargit les applications.

En effet, il n’y a plus de présomption à l’affirmer maintenant, le premier moyen d’assurer la victoire est de prévenir l’ennemi dans la mise en œuvre de forces nouvelles ou d’engins inusités. Le général qui disposera de canons rayés avant son adversaire n’éprouvera pas de difficultés à se mesurer avec lui sur un champ de bataille que ce dernier aura étudié d’avance. Le pays qui le premier construira des navires cuirassés défiera les vaisseaux de bois du monde entier. L’infanterie qu’un nouveau fusil mettra en mesure de décimer de feux redoublés l’ennemi qu’elle a devant elle, avant qu’il puisse recharger ses armes ou attaquer à la baïonnette, ne connaîtra pas d’obstacle et enlèvera la victoire au pas de charge.

Prévenir l’ennemi, c’est le point essentiel, car, s’il est clair qu’il serait aussi inutile à une batterie d’anciennes bouches à feu de répondre à une batterie rayée qu’au vaisseau de bois le mieux armé de tenir tête au moindre monitor muni d’une pièce de gros calibre, qu’aux anciens fusils de riposter aux armes nouvelles se chargeant par la culasse ; s’il est incontestable que ni l’adresse, ni le courage, ni l’expérience, ni la supériorité numérique ne peuvent rien contre cette autre supériorité brutale, écrasante, due à l’emploi d’un nouveau mécanisme ou d’une découverte chimique ou métallurgique particulière, à l’application, en un mot, d’une nouvelle force créée. par la science et l’industrie alliées, il n’est pas moins clair, il n’est pas moins incontestable qu’il n’y a d’avantage décisif à introduire ces réformes dans son matériel de guerre que si on devance en quelque manière ses rivaux, et qu’on détruise ainsi à son profit l’équilibre si prompt à s’établir entre les arméniens des grandes puissances.

Canons rayés contre canons rayés, navires cuirassés contre navires cuirassés, fusils à aiguille contre fusils à aiguille, on se retrouve absolument au même point que lorsqu’on combattait avec l’ancienne artillerie, l’ancienne marine ou l’ancien fusil. L’important donc n’est pas de découvrir, mais d’appliquer vite, pour être non pas aussi avancé, mais plus avancé que ses concurrens. Si le raisonnement n’y suffisait pas, le triple enseignement qui résulte des dernières guerres d’Italie, d’Amérique et d’Allemagne prouverait jusqu’à l’évidence la nécessité, dans l’art de la guerre, d’innover sans cesse.

Si simple que cette vérité paraisse aujourd’hui, il n’est pas inutile d’y insister. On ne peut pas opposer de meilleure réponse aux raisonnemens, aux timidités, aux résistances de la routine. La routine certes, c’est bien dans tout ce qui se rapporte à l’art militaire qu’elle a le moins d’empire. Que peut-elle contre l’évidence des faits ? Devant cet argument irrésistible, la victoire ou la défaite, quelle autorité garderait-elle encore ? Et cependant on a vu que le fusil à aiguille, une des causes du succès dans une des belles campagnes du siècle, a été repoussé par les commissions militaires de toute l’Europe, raillé par tous les comités d’armement avant d’être adopté en Prusse [1]. Maintenant les gouvernemens s’évertuent à démontrer qu’ils ne se sont pas laissé prendre en défaut, qu’ils connaissaient depuis longtemps le fusil en question, qu’ils ont cherché, trouvé, adopté un meilleur système. Il n’en est pas moins vrai que les Prussiens sont en possession de leur zündnadelgewehr depuis 1849, qu’en France, en Angleterre et ailleurs on en est encore aux essais, et qu’on témoigne suffisamment par l’empressement qu’on met partout à modifier l’ancien armement et de la surprise causée par la puissance du nouvel engin et de la dédaigneuse indifférence que cette innovation avait généralement rencontrée.

Oui, à n’en juger que par leur grande guerre civile, il faut avouer que les Américains, dans l’application à l’art militaire des découvertes scientifiques et industrielles, montrent, comme en toute chose, sinon plus de génie, au moins plus d’audace et d’initiative que nous, Européens, Français même. Là comme ailleurs, ils ne se contentent pas de ce qui existe, ils cherchent à faire autrement et mieux, et il est impossible de méconnaître que peu de peuples comprennent aussi bien que dans cette concurrence d’inventions meurtrières la palme restera toujours au plus entreprenant ; peu de peuples ont mieux obéi, lorsque les circonstances l’exigeaient, à la nécessité que nous signalions tout à l’heure, d’avancer sans cesse. Quoi que nous imaginions aujourd’hui en bâtimens blindés et à éperons, en torpilles, en projectiles ou en calibrés énormes, nous ne trouvons rien, ce semble, qu’ils n’aient déjà trouvé, nous n’exécutons rien qu’ils n’aient déjà exécuté.

Après les avertissemens, les exemples, les leçons que fournit ou peut fournir l’histoire des dernières luttes qui ont agité l’Europe et ensanglanté l’Amérique, il est un point spécialement où il semble que la science militaire chez nous est bien lente à se prononcer. Nous voulons parler du rôle des chemins de fer et de la télégraphie électrique dans la guerre. Quels que soient les services déjà rendus, avant et pendant les campagnes, par ces instrumens de civilisation qui deviennent au gré de l’homme d’actifs instrumens de guerre, ne peuvent-ils pas acquérir encore plus de valeur et d’importance comme élémens stratégiques ? Ne peut-on pas non-seulement faciliter la continuation de leurs services, mais en faire une application nouvelle, plus étendue et plus directe, pendant l’action et sur le théâtre même de la lutte ? Si cela est possible, de quelle organisation spéciale faudrait-il doter les voies ferrées et la télégraphie pour être parfaitement en mesure, au cas échéant, de tirer tout le parti désirable de si puissans auxiliaires ?

Voilà des questions qui, pour être à l’ordre du jour, ne nous paraissent avoir été résolues ni en théorie par l’autorité des hommes spéciaux, ni en pratique par le témoignage concluant de faits décisifs. Nous hésiterions davantage à en aborder l’étude, si nous n’étions pas de ceux qui pensent que la guerre n’est nullement un art mystérieux, accessible aux seuls initiés. Selon nous, tout homme de bonne volonté, en s’appuyant sur le raisonnement et l’expérience, a le droit de dire son avis et de proposer ses idées en cette matière. En France moins qu’ailleurs, on peut craindre de le rappeler : le savoir ni la pratique ne font les généraux pas plus que le travail ne fait les poètes. C’est l’instinct naturel, c’est l’inspiration qui crée ceux-ci et ceux-là. Notre histoire en fait foi, les plus jeunes et les moins exercés ont été nos plus brillans capitaines. Nous ne pousserons pas cependant le dédain de la science et de la spécialité jusqu’à nous flatter d’offrir, par cela seul que nous ne sommes pas du métier, la solution définitive du double problème posé plus haut dans sa généralité ; mais à défaut d’autre mérite, nous espérons que ce sujet empruntera aux circonstances l’intérêt de l’actualité.

I

Il était dans l’ordre des choses que l’usage de la télégraphie électrique s’appliquât aux besoins de la guerre comme à ceux de la paix. La rapidité des communications n’a pas moins de prix dans l’une que dans l’autre, et même on peut dire qu’elle est pour les opérations militaires la première condition du succès. On n’a pas encore signalé l’emploi du télégraphe électrique sur les champs de bataille ou seulement dans la direction générale de ces mouvemens combinés qui précèdent et préparent entre les armées les rencontrés décisives ; mais d’après l’application qu’on a commencé d’en faire cette année en Allemagne, on peut prévoir le jour où il deviendra le premier aide-de-camp des généraux, et comme le lien commun des corps d’armée entre eux, non-seulement dans la marche et les évolutions stratégiques, mais dans la manœuvre du combat, dans la conduite de ces immenses mêlées qui caractérisent la guerre moderne. Toutefois n’anticipons pas ; examinons ce qu’il y avait à faire et ce qui a été fait, pour être mieux à même de juger du rôle que l’avenir réserve à la télégraphie électrique pendant les campagnes militaires.

Dans la guerre, il y a toujours une offensive et une résistance, un agresseur et un état attaqué, un envahisseur et un pays envahi. Le problème de la communication télégraphique ne peut être le même dans un cas que dans l’autre, ou, pour mieux dire, il semble que ce n’est un problème que pour les belligérans entrés en pays ennemi. Il semble que l’armée qui combat chez elle et défend le territoire attaqué n’a qu’à profiter des lignes parfaitement organisées que l’administration publique met à sa disposition. Il nous sera permis de montrer cependant que l’installation actuelle de la télégraphie électrique ; très suffisante pour le service de la paix, n’est pas appropriée dans la même mesure aux nécessités de la guerre. Si le matériel télégraphique, fils et poteaux, n’est pas à l’abri en temps ordinaire des accidens ou de la malveillance, quels risques ne court-il pas quand le territoire est envahi par l’ennemi ! Combien la mutilation en est facile à ces colonnes volantes dont la mission consiste à intercepter les communications de l’ennemi, et qui arrivent à détruire des chemins de fer sur des étendues de plusieurs kilomètres. Quelques poteaux à abattre, les fils à arracher, et voilà une ligne qui est momentanément hors de service.

Il est donc important, au point de vue militaire, de donner une forme nouvelle à la transmission électrique. Faire disparaître les inconvéniens actuels pour n’en laisser subsister que l’incontestable mérite, une vitesse qui touche à l’instantanéité ; tel serait le but à atteindre, tel le résultat qu’on obtiendrait par l’établissement d’un réseau souterrain. Les fils souterrains sont employés dans presque toutes les villes, notamment à Paris ; la disposition en est très simple : tous les fils sont couchés dans une auge en bois, sur un lit de bitume, et recouverts d’une couche épaisse de la même substance. Si l’établissement de ces fils est coûteux, la durée par contre en est indéfinie, et d’ailleurs, dès qu’il s’agit de la défense du territoire, ce n’est pas à l’argent qu’on a le devoir ou l’habitude de regarder.

Nous passerons sur les détails faciles à imaginer de la nouvelle installation : tracé soigneusement dissimulé, et, pendant les hostilités, postes et service secrets, agens militaires, etc. Nous passerons sur les avantages non moins évidens que présenteraient les réseaux souterrains lorsque le territoire est envahi : continuité et sûreté des communications, mises à l’abri de toute atteinte ; connaissance immédiate, incessante des moindres opérations de l’ennemi, qui peut se croire garanti de toute surveillance et de toute surprise, s’il a renversé les poteaux et coupé les fils du télégraphe ordinaire. C’est là une ressource de plus de valeur qu’il ne semble au premier abord, une ressource dont l’adversaire, quoi qu’il fasse, ne peut trouver l’équivalent, et qui assure à la défensive contre l’offensive un premier élément de supériorité [2]. Nous aurons l’occasion, en traitant du rôle des chemins de fer, de montrer que ce n’est pas le seul, et qu’entre puissances égales l’initiative de l’attaque ou de l’invasion en viendra, grâce au progrès de la guerre, à n’offrir que des désavantages marqués.

Un point resterait maintenant à examiner. La télégraphie civile et la télégraphie militaire doivent-elles être absolument distinctes, ou bien l’établissement des fils souterrains entraîne-t-il la suppression des fils aériens ? N’est-il pas d’une économie bien entendue de faire participer ces derniers aux bénéfices d’une circulation qui exclut toutes les chances ordinaires d’accident, variations atmosphériques ou malveillance ? La question mériterait d’être étudiée, mais nous laissons à de plus compétens que nous le soin de prononcer.

Nous avons hâte d’arriver à l’établissement des communications télégraphiques de l’armée qui envahit. Là le problème se pose différemment : tout est à faire. On comprend sans plus d’éclaircissemens que les troupes qui s’avancent en pays ennemi ne peuvent ni toujours suivre des routes qu’une ligne télégraphique accompagne, ni même utiliser les restes d’un matériel que l’adversaire n’abandonne pas sans l’avoir mis hors de service. Il s’agit donc dans ce cas de créer, dans des conditions particulières de promptitude et de mobilité, un service et une installation qui n’existent pas. Telle était dans la guerre de 1866 la tâche des Prussiens, qui avaient pris l’initiative de l’attaque et pénétré en Bohême. Aux Prussiens encore revient l’honneur d’avoir eu les premiers l’idée de l’organisation très simple qu’il suffit d’adopter pour assurer aux troupes en marche tous les avantages qui caractérisent le plus rapide des modes de communication. Laissons la parole au correspondant du Times, qui a suivi l’état-major prussien dans la campagne de Bohême :

« Partout où s’arrêtait l’armée, on se hâtait d’installer le télégraphe et la poste. Ces deux organisations méritent d’être décrites, la première surtout. Dès que le lieu du quartier-général est désigné, la division télégraphique se rend à la plus prochaine station du télégraphe permanent. De là elle établit un fil le long du chemin le plus court jusqu’à la demeure du général en chef, qui, à peine arrivé, trouve ainsi son télégraphe prêt à fonctionner. Il est difficile de concevoir une plus ingénieuse application de la science à l’art de la guerre. Tout l’appareil est contenu dans deux chars légers, dont l’un contient les batteries et les aiguilles et sert de cabinet au télégraphiste, tandis que l’autre renferme les perches, les fils et les outils nécessaires pour les placer. Les fils sont roulés autour de grandes bobines mobiles, et se dévident à mesure que le char avance. Quand on pense que le 23 au matin la frontière était encore occupée par les Autrichiens, et que le 24 à midi le château de Grafenstein, situé à cinq milles de la station la plus rapprochée, était en communication télégraphique directe avec Berlin, on peut s’imaginer quel avantage cet appareil peut procurer à une armée en campagne. »

Nous n’ajouterons rien à l’éloge que le correspondant du Times fait implicitement de l’entente des Prussiens dans l’application de la science à la guerre. Nous ne nous sommes pas fait faute d’expliquer que là nous semblait être l’avenir de l’art militaire. Ce que nous devons faire remarquer, c’est que le problème de la communication télégraphique dans le cas de l’offensive ou de l’invasion n’est résolu qu’à moitié. Il suffit en effet de se reporter et aux détails de l’installation si clairement décrite, et aux faits récens de la campagne de Bohême, pour découvrir le vice actuel de l’organisation prussienne. Ces perches et ces fils, faciles à apercevoir, à abattre ou à couper, sont exposés à toutes les entreprises dans un pays ennemi dont la population, sans prendre à la lutte une part effective, ne laisse pas échapper l’occasion d’exercer indirectement des représailles contre les envahisseurs. Rien n’est plus aisé que de détruire un aussi fragile matériel, qui se déploie à découvert sur un trop grand espace pour que la garde ou la surveillance en soit possible. C’est ce qui est arrivé en Bohême, où l’excitation des habitons contre le vainqueur s’est traduite à Trautenau et à Münchengraetz par de sanglans épisodes : le fait de l’interception par les paysans des communications télégraphiques des Prussiens sur les derrières de leur armée a été signalé à plusieurs reprises. Le remède est facile à trouver. Substituer une circulation cachée à la circulation visible des fils conducteurs, tel est encore le principe ; revêtir le fil métallique d’une matière isolante comme la gutta-percha, qui ne lui ôterait rien de sa légèreté et de sa flexibilité, tel serait le moyen. Cette enveloppe suffirait pour la durée d’une campagne à remplacer l’isolement qu’on obtient au moyen des poteaux et des supports de porcelaine. Les fossés qui longent les routes, les rivières ou les. ruisseaux, les buissons même, les champs couverts de récoltes, au besoin des tranchées rapidement creusées de main d’homme, recevraient alors les fils tour à tour submergés, enterrés ou cachés. Au lieu d’un réseau aérien, on aurait un réseau qui, souterrain ou fluvial suivant la nature des lieux, serait à l’abri des regards, et par conséquent des atteintes de l’ennemi.

Dès qu’il réunira la sûreté à la mobilité et à la facilité de déplacement que les Prussiens ont déjà su lui donner, nul doute que le service télégraphique de campagne ne prenne de nouveaux développemens. D’après les renseignemens que donne le correspondant du Times, les Prussiens n’auraient songé qu’à correspondre aussi directement et rapidement que possible avec Berlin, soit pour, transmettre les nouvelles de l’armée, soit pour demander les secours dont le besoin se serait fait sentir au fur et à mesure de la campagne ; mais il ne semble pas qu’ils aient donné un rôle à la télégraphie électrique dans l’action même de la guerre. Cependant ce rôle est marqué d’avance, et nous l’avons indiqué en commençant.

Une armée, surtout de celles que la guerre contemporaine met en présence, ne s’avance pas en une seule masse ni sur une même ligne, quoiqu’elle doive obéir à une impulsion unique et tendre à un but commun. Les différens corps dont elle se compose sont obligés, par les nécessités stratégiques autant que par la nature des lieux, d’agir à une distance plus ou moins grande et dans une certaine indépendance les uns des autres. C’est par l’intermédiaire de courriers ou d’estafettes qu’ils communiquent entre eux, qu’ils instruisent le général en chef de leur situation respective, qu’ils reçoivent de lui les ordres ou les instructions nécessaires. A combien de hasards est exposé ce mode de communications, tout le monde le sait ; mais on s’en convaincra davantage en lisant ce qui suit : c’est encore la correspondance du Times que nous mettons à profit.

« Le général prussien (prince Frédéric-Charles, armée de l’Elbe), ayant résolu d’attaquer, prit ses dispositions dans la nuit, et fit prévenir le prince royal, qui se trouvait à gauche, à Miletin, assez haut sur la Bistritz. L’officier chargé de ce message eut beaucoup de peine à échapper aux patrouilles et aux détachemens de l’ennemi. De son sort dépendait la liaison des mouvemens des deux armées, et par conséquent l’issue de la bataille. »

Quand de la bonne ou de la mauvaise fortune d’une dépêche dépend l’issue d’une campagne ou d’un combat décisif, on comprend combien il importe de la soustraire d’avance à des conditions de transmission aussi défavorables. Si l’armée du prince Frédéric-Charles avait communiqué avec celle du prince royal de la même manière qu’elle communiquait déjà avec Berlin, on peut croire que cette liaison de mouvemens combinés eût été assurée contre toute éventualité fâcheuse. Qu’on parvienne en effet à relier par une ligne télégraphique les différens quartiers-généraux ou les états-majors des corps d’armée en campagne, il est clair que les communications militaires changent aussitôt de nature : elles demandaient du temps, elles deviennent presque instantanées ; elles étaient intermittentes, elles peuvent être continues ; elles étaient soumises à de nombreuses chances d’accident, elles deviennent sûres, à peu près inattaquables, si le fil remplit les conditions d’invisibilité requises.

Cette application et plus directe et plus étendue de la télégraphie électrique à l’art de la guerre est-elle possible ? Sans nul doute : ce n’est que la conséquence immédiate de l’essai tenté par les Prussiens. On se demande même, étant donnée leur télégraphie de campagne, pourquoi il n’aurait pas été aussi facile et aussi avantageux au prince Frédéric-Charles de s’en servir pouf correspondre avec le général Herwarth pu l’aile droite, et, la jonction opérée à Gitschin, avec le prince royal ou l’aile gauche, que de la consacrer exclusivement à ses communications avec Berlin. Le matériel sans doute et une organisation indispensable faisaient défaut. Ce sera effectivement la grande difficulté et le mérite d’une bonne installation, que de se combiner avec l’active mobilité des troupes. On n’y arriverait pas si, par suite de l’extension donnée au service télégraphique de campagne, on ne créait, comme on a créé les compagnies des pontonniers et du génie, des compagnies spéciales, dont la mission consistera à relier continuellement dans le cours de la guerre, par une ligne télégraphique, les différens états-majors des corps qui opèrent loin les uns des autres mission très laborieuse, si on songe que, les hostilités à peine ouvertes, les troupes sont presque toujours en mouvement, d’abord pour marcher à l’ennemi, — victorieuses, pour continuer leur marche en avant, — vaincues, pour chercher une nouvelle base d’opération ou de résistance. La formation d’un corps de télégraphistes demandera donc une organisation aussi régulière, une discipline et une instruction aussi sérieuses, des exercices aussi répétés que les autres corps spéciaux, génie ou artillerie.

Quant à la manière dont s’effectuera l’installation si rapide de lignes télégraphiques purement temporaires, il serait difficile de le déterminer d’avance avec exactitude. Il est évident par le fait seul de la constante mobilité des troupes, que le fil télégraphique ne pourra pas s’établir en droite ligne d’une aile à l’autre de l’armée d’opération, en passant par le centre. Un bureau central, qui ne se déplacera que de loin en loin, et des bureaux secondaires, qui suivront les troupes, dans toutes leurs évolutions, tel nous paraît être le système le plus pratique. Du bureau central partira chaque fil que chaque corps d’armée déroulera à sa suite. Par ce poste intermédiaire passeront les rapports des différens généraux pour être transmis au commandant en chef, et les ordres du commandant en chef pour être transmis aux généraux placés sous ses ordres. Sans doute on ne peut tout prévoir par la pensée ni tout dire sur le papier ; sur les lieux et suivant les circonstances, on prend les dispositions les plus habiles, et on avise aux éventualités probables. Cependant nous pensons que les explications où nous sommes entré suffisent pour qu’on ne refuse pas de croire possible et prochaine l’application de la télégraphie électrique à la conduite des opérations militaires.

De là à l’emploi de l’électricité sur les champs de bataille, il n’y a qu’un pas. Dans des engagemens secondaires, des combats partiels, l’adoption en serait inutile, puérile ; mais dans les batailles, comme on en livre aujourd’hui, pour cet échange d’ordres, de contre-ordres, de dépêches et d’instructions, qui est à la mêlée ce que la pensée est à l’action, le plus rapide des systèmes de communication s’imposera, comme il s’est imposé dans les grandes villes pour la transmission des correspondances pressées. Le chiffre des forces que les belligérans arrivent à mettre en présence suit une proportion effrayante ; le théâtre des rencontres générales de tant de milliers d’hommes s’agrandit dans la même mesure. A Sadowa, les deux armées ennemies présentaient un front de près de six lieues d’étendue. Dans de pareilles conditions et après tout ce que nous avons dit, il serait superflu d’insister sur la possibilité et sur l’avantage pour tout général en chef d’être en relation permanente et directe même avec les plus extrêmes parties de son armée. Il est permis de supposer par exemple qu’à Custozza, si les trois corps de l’armée italienne avaient correspondu mutuellement par voie télégraphique, les deuxième et troisième, les plus éloignés du champ de bataille, auraient pu, informés plus tôt de l’attaque et du mouvement des Autrichiens, réparer plus promptement cette dispersion de forces, cause principale de l’échec, et arriver assez vite au secours de Durando, pour modifier l’issue du combat.

Unité absolue dans le commandement, homogénéité dans l’action, ensemble parfait dans les mouvemens, voilà des résultats que la guerre contemporaine, ce semble, avec les énormes multitudes qu’elle fait entrer en jeu, rend plus que jamais difficiles à atteindre ; voilà les élémens de succès qu’une application hardie et intelligente de la télégraphie électrique peut en grande partie assurer aux belligérans qui, les premiers, l’accompliront. De toute manière, il n’est pas contestable que cette innovation doive contribuer singulièrement à diminuer la part du hasard dans le choc souvent désordonné et confus des masses armées.


II

Après la rapidité imprimée aux communications militaires vient la rapidité imprimée aux mouvemens des troupes ; après la télégraphie électrique les chemins de fer, et leur rôle dans la guerre. Du jour où les chemins de fer ont été créés, il n’a été douteux pour personne que les conditions de la guerre continentale étaient changées dans une certaine mesure. Comment, c’est ce qu’il serait assez facile de déterminer en s’appuyant sur des souvenirs présens à tous les esprits attentifs, et sur les faits récens que la publicité quotidienne a portés à la connaissance de chacun.

A l’ouverture de la campagne de 1859, une armée française fait son apparition sur les bords du Pô, lorsqu’on pouvait la croire encore en voie de formation. Quelle était la cause de cette célérité peu habituelle communiquée aux opérations préliminaires d’une campagne, concentration des troupes, réunion des régimens en corps d’armée, conduite de cette armée aux lieux de l’attaque ou de la défense ? Le lecteur a déjà répondu pour nous : la marche des troupes avait été remplacée par le transport, et ce transport s’était effectué par les chemins de fer. De cette façon, le soldat avait presque fait en une heure le chemin qu’en d’autres temps il aurait mis un jour à faire. Ce n’est pas tout ; les hostilités engagées, on peut remarquer un fait qui se reproduira avec de plus grandes proportions pendant la guerre de 1866, et ressortira comme un des principaux enseignemens de la stratégie des Prussiens dans leur marche en Bohême et sur Vienne : c’est le soin que les belligérans mettent à s’assurer de la possession des chemins de fer. Ainsi il est facile de voir que la plus grande partie des batailles s’engage déjà sur le parcours des voles ferrées : Montebello, Magenta, Buffalora, San-Martino, Marignan, sont autant de gares de chemins de fer. L’importance de la possession de ces voies pour les armées s’explique d’elle-même. Les chemins de fer, qui remplacent avant la guerre la marche des troupes par leur transport, peuvent se substituer pendant la guerre aux anciennes routes, aux anciens convois, aux anciens équipages, avec l’incomparable supériorité que donnent et la vapeur et une organisation régulière et un nombreux matériel. Comme moyens de communication et de transport, ils offrent donc toute sorte d’avantages aux belligérans que leur position et la géographie des lieux mettent dans l’heureuse nécessité de s’en servir.

La sécession éclate en Amérique. Nouvelle guerre, nouvelle importance prise par les chemins de fer. Ils jouent un rôle très actif dans la stratégie américaine, et lui donnent un caractère tout nouveau dans l’histoire de la guerre par la rapidité inouïe des opérations. L’interception ou l’occupation des voies ferrées, l’attaque des convois, deviennent un art où fédéraux et confédérés rivalisent d’habileté et d’audace. Rappellerons-nous qu’un des buts principaux du général Sherman, dans sa fameuse campagne au milieu de la Géorgie et de la Caroline du Sud, paraît avoir été de détruire sur son passage tous les railways ? N’était-ce pas en effet couper les artères qui, des organes les plus éloignés du camp confédéré, apportaient incessamment au cœur, c’est-à-dire à Richmond, un reste de sang et de vie ? N’était-ce pas surtout supprimer pour Jefferson Davis et pour Lee, en même temps que tout espoir d’échapper à l’étreinte savamment calculée de Grant, toute possibilité de déplacer subitement le théâtre de la lutte, et de jouer sur un autre terrain leur dernière partie ? Le spectacle de la guerre récente, plus rapproché de nous, est encore plus instructif. C’est sur la possession des lignes de chemin de fer autant que sur celle des places fortes que les belligérans semblent baser leurs opérations ; c’est le long des chemins de fer que les armées s’avancent, près des chemins de fer qu’elles prennent position, et par conséquent qu’elles en viennent aux mains. Toute ville où se bifurque une ligne, où s’embranchent plusieurs voies ferrées, devient par là même un objectif de l’attaque ou de la défense. Citons les faits. L’armée autrichienne du nord s’échelonne primitivement sur la grande ligne qui s’étend en arc de cercle de Prague à Olmütz, et de là à Cracovie ; grâce à cette disposition, elle peut se concentrer rapidement sur le point quelconque de la frontière où l’agression se démasquera. Particularité plus significative et plus curieuse, la marche combinée des Prussiens se calque presque exactement sur le tracé des deux chemins de fer qui mènent de Saxe et de Silésie en Bohême. Qu’on jette les yeux sur la carte, on verra que deux lignes, l’une qui de Littau passe à Reichenberg, l’autre qui de Landshut s’en vient courir dans la vallée de l’Aupa, se réunissent ou s’embranchent en formant un angle aigu à Josephstadt. Elles marquent, à peu de chose près, l’une, la direction prise par l’armée de l’Elbe, l’autre, la direction suivie par l’armée de Silésie : leur point d’embranchement n’est même pas sensiblement éloigné du théâtre où devait s’effectuer la jonction des troupes du prince royal avec celles du prince Frédéric-Charles. Quant aux combats préliminaires livrés par l’une et l’autre armée en vue d’opérer cette jonction, ils ont pour théâtres Turnau et Gitschin, Trautenau, Nachod et Skalitz, c’est-à-dire des localités sises sur le parcours même ou à peu de distance des deux lignes en question. Enfin, tandis que les Prussiens vainqueurs négligent toutes les places fortes, n’entament le siège ou n’essaient l’attaque ni de Theresienstadt, ni de Josephstadt, ni de Koeniggratz, ni d’Olmütz, tout leur plan tend visiblement à couper par des marches rapides les voies ferrées qui peuvent relier Vienne à un point quelconque de la Bohême et de la Moravie. Pardübitz, où la voie unique formée à Josephstadt des chemins de fer de Silésie et de Saxe s’embranche sur la grande ligne qui relie Prague à Olmütz d’un côté et à Vienne de l’autre, Bœmisch-Trubau, où s’opère cette bifurcation, Lündenbourg, où se rejoignent les deux lignes de la Moravie qui mettent Vienne en communication avec Olmutz, telles sont les étapes successives qui marquent de la part des Prussiens des intentions stratégiques bien arrêtées.

En dehors de la question du transport et du prompt ravitaillement des troupes, de l’intérêt par conséquent que les belligérans ont à se saisir des chemins de fer, soit pour s’en approprier les avantages, soit pour en priver l’ennemi, le plan de campagne prussien n’est-il pas de nature à révéler encore d’autres modifications introduites dans la stratégie continentale par le seul fait de l’établissement des nouvelles voies ? La double entrée des Prussiens en Bohême semble s’être opérée en partie par la double trouée que les chemins de fer de Saxe et de Silésie font, l’un au travers des monts de Lusace, l’autre au travers des monts des Géants. Sans tirer de conclusion trop formelle d’un fait qui n’est pas suffisamment établi, il est néanmoins facile de comprendre que des rapprochemens matériels, créés d’état à état par la construction des chemins de fer, il peut résulter pour l’invasion des facilités particulières. Quelle était jadis la première barrière qu’un pays opposait à ses envahisseurs ? C’était sa ligne de défense naturelle, ses montagnes, ses fleuves, tous les accidens de son sol. Aujourd’hui les frontières ou les lignes de défense purement naturelles peuvent être considérées comme supprimées ou singulièrement affaiblies par le passage des voies ferrées. La séparation qui venait de la configuration topographique du sol n’existe pas plus que celle qui venait de la distance. Les grands ouvrages exécutés soit pour combler les ravins, soit pour unir par des viaducs gigantesques les bords de vallées profondes, soit enfin pour gravir par des pentes ménagées les flancs des montagnes, ou pour en percer la base, peuvent devenir à l’occasion autant de routes tracées à l’ennemi, autant de portes ouvertes à ses irruptions. C’est ce que la marche suivie par les Prussiens pour pénétrer dans le quadrilatère de la Bohême pourrait jusqu’à un certain point servir à prouver.

Voilà démontrée et expliquée dans ses traits les plus généraux l’importance des chemins de fer dans la guerre. Doit-on croire qu’ils aient dit leur dernier mot dans ce rôle spécial, et ne peut-on pas inférer des services qu’ils ont rendus : ceux qu’ils pourraient être appelés à rendre ? Ne peut-on pas chercher si, plus particulièrement utilisés jusqu’ici avant et après l’action, ils ne sont pas capables, comme la télégraphie électrique, de coopérer directement à l’action même de la guerre ? Essayons.

Il est certain, il est notoire pour ceux même, qui ne sont qu’à moitié familiarisés avec la conduite des opérations militaires que la rapidité dans la marche, que la soudaineté dans les changemens de front, que la facilité enfin et la promptitude dans toutes les grandes évolutions stratégiques sont autant de conditions essentielles du succès. « La victoire est dans les jambes des soldats, » disait Napoléon, qui leur faisait souvent accomplir de véritables prodiges. Il était tellement pénétré de ce principe qu’il recourait, dans les occasions pressantes, aux moyens artificiels pour imprimer plus de célérité aux mouvemens des troupes : en 1805, il mettait en réquisition, les chaises de poste pour transporter sa garde dans le plus bref délai sur les derrières de l’armée autrichienne postée à Ulm. Or il est évident que si on pouvait au fort de la guerre, et aussi souvent que les circonstances l’exigeraient, remplacer la marche des troupes par leur transport, non plus en chaises de poste, mais en wagons et par la vapeur, des combinaisons stratégiques deviendraient possibles, auxquelles il est interdit de songer dans les conditions ordinaires de locomotion.

Sans doute, si l’action se passe et que les mouvemens s’accomplissent dans un espace borné, dans un rayon de quelques kilomètres, il sera inutile, impossible peut-être, de s’aider des voies ferrées qu’on aura sous la main ; mais si la guerre se fait sur une grande échelle, si la superficie des lieux et le déploiement des forces mises en présence veulent que, le théâtre s’élargissant, l’action prenne des proportions très étendues, peut-on douter que le voisinage d’une grande ligne, à l’abri d’un coup de main ennemi, puisse être du plus précieux secours pour un général innovateur et déterminé ? Qu’il désire arriver vite en face d’un adversaire engagé dans un mauvais pas, et opérer contre lui, autour de lui, une concentration de forces écrasante, ou bien qu’il veuille en une nuit lui échapper parce qu’il se sent trop faible, parce qu’il se trouve placé dans des conditions désavantageuses, dans l’un et l’autre cas le chemin de fer ne lui offre-t-il pas cette double ressource d’épargner la fatigue à ses troupes et d’exécuter le mouvement avec une rapidité qui assure le succès ?

Nous ne voyons rien là que de très rationnel et de très possible, et cependant, si on demandait à l’appui de notre thèse des exemples concluans, nous serions forcés d’avouer qu’il n’en existe à notre connaissance qu’un seul d’une sérieuse valeur. Si nos souvenirs sont fidèles, c’est au chemin de fer d’Alexandrie que l’empereur Napoléon III, au début de la campagne d’Italie, a dû de pouvoir opérer sur la droite des Autrichiens un remarquable mouvement stratégique, qui porta en quarante-huit heures notre armée de Voghera à Verceil, de la rive droite du Pô sur la rive gauche, à vingt ou vingt-cinq lieues du point de départ, pour y menacer les lignes du général comte autrichien Giulay. Surpris par cette brusque arrivée, celui-ci n’eut que le temps de se retirer sur Magenta, où il comptait arrêter, mais n’arrêta pas la marche de nos troupes.

Nous ne sommes pas moins obligé de reconnaître que ni de cette campagne de 1859, ni de la guerre d’Amérique, ni même de celle de 1866, il ne ressort d’enseignement positif à cet égard, nous disons d’enseignement positif, c’est-à-dire d’où l’on puisse légitimement déduire des conclusions certaines et des règles pratiques pour la conduite des campagnes à venir [3]. Qu’importe ? En guerre comme en toute chose, nous l’avons dit, l’innovation est une force, et, pour être nouvelle, une tactique n’en est que plus profitable au premier qui l’emploie. D’ailleurs, si on ne semble pas avoir donné toute l’extension possible à l’application militaire des chemins de fer, cette lenteur ne tiendrait-elle pas à l’absence d’une organisation spéciale dont nous allons essayer de fixer les caractères essentiels et de montrer l’utilité ?

Nous le croyons si bien que la question n’est réellement pas, selon nous, de savoir si le rôle des chemins de fer dans une grande guerre se borne nécessairement à amener les différens corps d’armée à leurs postes respectifs et à les approvisionner avec rapidité, ou s’il n’ira pas jusqu’à rendre possibles, au fort même de la lutte, des déplacemens de troupes, considérables, inattendus, qui dérouteront l’ennemi, et du jour au lendemain ruineront ses plans. Il ne nous semble pas qu’on puisse différer d’avis là-dessus. La vraie question est de savoir si les chemins de fer ont reçu, si leur matériel possède quelque part, chez nous, en Italie ou ailleurs, une organisation spéciale, exclusivement militaire, sans laquelle ils ne rendront jamais qu’une partie des services qu’ils sont capables de rendre, et qu’on leur demandera peut-être plus tôt qu’on ne pense. Nous croyons pouvoir répondre négativement, et nous nous expliquons.

Aussi brièvement qu’on peut le poser, quel est le problème à résoudre ? Transporter avec le moins d’embarras, de bruit et de retard le plus grand nombre de troupes possible sur un point donné. En d’autres termes, pour arriver à l’un de ces résultats que doit ambitionner tout général énergique, le déplacement d’une armée ou d’une partie de cette armée doit être facile, rapide et secret, toutes conditions qu’il n’est pas possible de réaliser avec le matériel ordinaire des compagnies.

S’il ne s’agissait que des chevaux et de l’artillerie, on pourrait déjà montrer que les trains de marchandises connus de tout le monde sont insuffisans pour faire face aux besoins d’une situation pressante [4]. Toutefois on se passe à la rigueur de cavalerie et de canons pour tenter une surprise, un coup de main hardi : les positions prises par l’infanterie et la nouvelle base d’opérations occupée par elle, on peut attendre sans trop de préjudice l’arrivée des armes qui, par leur nature, se prêtent plus difficilement aux exigences d’un transport immédiat ; mais on ne se passe pas de l’infanterie, et c’est d’elle qu’il s’agit d’abord. Les wagons, nous prenons naturellement ceux de troisième classe pour exemple, ne contiennent en moyenne que cinquante personnes. Cent wagons par conséquent ne porteront que cinq mille hommes, et cinq cents wagons vingt-cinq mille seulement. Pour transporter le double ou le triple, et cette force numérique est bien nécessaire si l’on veut frapper un coup décisif, le lecteur voit d’ici le nombre effrayant de voitures et de machines qu’il faudrait mettre en réquisition.

Les faits actuels au reste parlent assez éloquemment. Que lisait-on dans les journaux avant la guerre ? C’est que tel jour le gouvernement prussien, pour diriger promptement d’une frontière à l’autre un seul corps d’armée, se faisait livrer par les compagnies soixante-six convois à la fois. C’est encore que l’Autriche, pour réunir près de la Silésie son armée du nord, avait consacré au transport des troupes plus de quinze jours. Qu’arrivait-il après la bataille de Kœniggratz ou de Sadowa ? C’est que la marche rapide du prince Frédéric-Charles le portait à Lündenbourg, où il interceptait les voies ferrées qui relient Vienne à Olmutz, avant que l’armée de Benedek, réfugiée dans cette dernière place, eût entièrement effectué par le chemin de fer sa jonction avec l’armée de Vienne. Le transport des corps autrichiens n’avait été ni assez rapide, ni assez simultané pour parer au péril. Que dans une situation plus pressante, et celle-là l’était pourtant au premier chef, on parvienne à faire mieux ou plus vite, nous le voulons bien. Pourra-t-on néanmoins avec le déploiement d’un si nombreux matériel, avec cet inévitable encombrement de la voie, arriver à cette facilité parfaite dans le maniement des troupes, à cette rapidité d’évolution et au secret absolu d’où dépend évidemment la réussite de toute manœuvre hardie et inattendue au fort de la campagne ? Nous ne le pensons pas.

Le problème revient donc à trouver une disposition, un format de voiture qui permette, à nombre égal et sans cependant que le volume des nouveaux wagons ait rien d’excessif, de transporter une quantité de voyageurs bien supérieure au chiffre ordinaire. Problème d’un ordre secondaire ! Supprimer les compartimens, établir dans tous les sens, en long et en large, des bancs commodes ; élargir la voiture autant que s’y prête l’écartement des voies, l’allonger, la faire aussi basse que possible pour la surmonter de l’impériale qui garnit les trains de notre banlieue, de telle sorte que, l’intérieur contenant quatre-vingts ou quatre-vingt-dix soldats, l’étage supérieur soit capable d’en contenir soixante ou soixante-dix ; arranger le dessous des banquettes de manière que, pendant le voyage, tous les soldats aient tour à tour la facilité d’y dormir ou de s’y reposer un instant ; au besoin, si la chaleur dégagée par la réunion de tant de monde dans un si étroit espace présente de sérieux inconvéniens, construire à claire-voie une partie de la clôture inférieure du wagon ; disposer enfin aux plafonds des râteliers mobiles où l’on puisse placer et reprendre facilement les fusils et autres armes, sont-ce là des modifications difficiles à réaliser ?

Dès qu’une voiture, sans être démesurément lourde ou grande, contiendra cent cinquante soldats, comme cinq cents voitures suffiront à emporter soixante-quinze mille hommes, en occupant les deux voies d’aller et de retour rendues libres par dépêche télégraphique, en faisant précéder d’une locomotive pilote, pour prévenir tout accident, chacun de ces deux immenses convois parallèles, composés de plusieurs trains partiels qui se suivront de près, alors, croyons-nous, on ne sera pas loin d’effectuer en un ou deux jours des mouvemens de troupes qui en demanderaient près de quinze aujourd’hui encore. Quelle différence dès lors entre notre guerre et celle du premier empire, où l’admirable conversion de l’armée française autour d’Ulm, considérée à juste titre comme un prodige de précision et de célérité, ne s’accomplit qu’au prix d’un mois environ de marches forcées ! Quelle différence même à un autre point de vue avec la guerre actuelle, dont les préparatifs interrompent toute espèce de circulation sur les voies ferrées, circulation de voyageurs, circulation de marchandises, dont les préliminaires, en un mot, contribuent presque autant que la lutte elle-même au ralentissement du commerce, à la suspension de la vie intérieure. Étant donné le moyen de transporter en quarante-huit heures, sur n’importe quel point de la frontière, une armée entière, pourquoi le ministère de la guerre, au détriment de tous les intérêts matériels et moraux du pays, accaparerait-il un mois ou trois semaines d’avance la circulation d’une partie des voies ferrées ?

Utilité non moins grande avant l’action que dans l’action même de la guerre, voilà donc en résumé les mérites de cette innovation qui, nous en sommes persuadé, s’accomplira tôt ou tard.

Ce jour-là, de même qu’on voit les guerres qui duraient anciennement des années ne durer que des mois, on verra celles qui durent actuellement des mois ne durer que l’espace de quelques journées. Disons toute notre pensée ; on verra la guerre non-seulement devenir plus courte, mais plus difficile, partant plus rare entre les grandes puissances. Si on a suivi d’un œil attentif les perfectionnemens introduits dans l’armement naval, on a dû faire cette réflexion, que tous ces perfectionnemens pouvaient s’appliquer, sur une plus grande échelle et avec une supériorité facile à comprendre, à la défense du littoral. En effet, quelle que soit l’épaisseur des cuirasses dont on arrive à envelopper les flancs des navires, on pourra toujours adapter aux fortifications d’un port ou d’une rade des cuirasses dix fois, vingt fois plus épaisses, puisqu’il n’y a pas sur terre comme sur mer une limite de poids à observer. Pour la même raison, on ne pourra jamais armer un bâtiment de pièces d’un calibre aussi considérable, c’est-à-dire capables d’aussi terribles effets que celles dont on garnit les côtes en Amérique, en France, en Prusse et un peu partout. Le poids de ces canons monstrueux, qui lancent des boulets coniques et oblongs d’acier du poids de deux ou trois hommes, en interdit l’usage à toute espèce de navires. Ainsi, par une nécessité évidente, la cuirasse des vaisseaux offrira toujours moins de résistance que le blindage des batteries de terre, l’artillerie navale moins de puissance que celle qui pourra lui être opposée du rivage. De là, dans l’attaque d’un pays par mer, une infériorité inévitable pour l’agresseur, une supériorité sensible pour la défense.

Si le raisonnement n’y suffisait pas, de récentes expériences démontreraient surabondamment cette vérité. Sans parler de l’impuissance de la flotte italienne contre les batteries de Lissa, événement trop voisin de nous pour qu’il soit nécessaire d’y appuyer, nous rappellerons l’échec essuyé par l’escadre cuirassée espagnole dans les eaux du Pérou. Lorsque cette escadre s’est attaquée aux batteries blindées du Callao, elle a été forcée non-seulement de battre en retraite après un feu de quatre ou cinq heures à peine, mais de couler deux de ses frégates, mises hors de service par des avaries irréparables. Et pourtant les Péruviens n’avaient que cinquante et une pièces à opposer aux deux cent soixante-quinze canons des Espagnols.

Qu’on ajoute maintenant l’emploi de ces engins destructeurs, torpilles et autres, qui se cachent sous l’eau et rendent une côte presque inabordable aux navires de guerre ; qu’on songe aussi à ces bâtimens d’un rang inférieur, mais d’une puissance incomparable, monitors à tours et à éperons, une des plus redoutables inventions de la science navale américaine, qui offrent par leur forme peu de prise aux feux les mieux nourris, dont une flotte peut difficilement se faire accompagner, parce qu’ils ne sont pas faits pour les longues traversées, mais qui sont particulièrement aptes à la défense des côtes ; on devra bien conclure avec nous qu’entre puissances maritimes de même rang l’offensive devient de plus en plus périlleuse, et la défensive de plus en plus avantageuse et facile. Fort chez soi, faible chez autrui, telle est la loi qui commence à se dégager pour chaque peuple, en ce qui concerne la guerre navale, des moyens de défense et d’attaque tels que les font des innovations multipliées. La conséquence toute naturelle à déduire, c’est que l’agression, rebutant par ses difficultés les plus belliqueux, la guerre deviendra plus rare sur mer.

Eh bien ! dès que sera adoptée cette organisation des chemins de fer sur laquelle nous nous sommes assez longuement expliqué, on verra la même loi régir la guerre continentale. Nous parlons, bien entendu, de conflits entre puissances de même rang. Il n’y a pas de présomption à l’affirmer, tout pays attaqué, envahi, s’il possède un réseau de chemins de fer complètement développé, possédera en même temps sur ses agresseurs un notable avantage. Ceux-ci n’ont pour s’avancer que les moyens ordinaires de locomotion, les jambes des soldats pour l’infanterie, les jambes des chevaux pour la cavalerie. Les généraux chargés de la défense nationale ont la vapeur à leur service, c’est-à-dire qu’il leur sera facile, quand ils voudront, où ils voudront, de créer entre eux et leurs antagonistes une disproportion numérique tellement considérable, que l’issue d’une bataille pourra cesser d’être douteuse. Il faudra si peu de temps pour réunir à un moment donné, en n’importe quel endroit du territoire, non-seulement tous les corps d’armée chargés d’opérer sur d’autres points, mais toutes ces forces qui sont disséminées d’une extrémité d’un pays à l’autre, dépôts, réserves et garnisons !

La puissance du nombre, tel devient de plus en plus entre les nations civilisées le poids qui fait pencher la balance des batailles. Le nombre, c’est le gage du succès. « Une victoire, disaient Moreau et Bonaparte, c’est le triomphe du grand nombre sur le petit. » Dieu, dit l’adage populaire, Dieu est avec les gros bataillons. Combien ce principe deviendra plus vrai encore, maintenant que les perfectionnemens apportés à l’arme du soldat, le fusil, vont donner à la multiplication du tir une efficacité toute nouvelle ! On peut dire que l’issue d’une bataille dépendra et de la nature des armes et du nombre d’hommes que chaque combattant fera entrer en ligne. Ce n’est donc pas sans raison que nous insistons sur cette facilité de concentration, un des mérites de l’application actuelle des chemins de fer au transport des troupes, mais qui deviendra, dans les conditions nouvelles que nous avons exposées, un élément stratégique de la dernière importance.

Si un pays est attaqué par une coalition, pourquoi diviserait-il ses forces ? Pourquoi opposerait-il un corps d’armée différent à chaque adversaire ? Le chemin que ceux-ci font en un jour, il peut le faire faire en moins d’une heure à ses troupes ; il a donc le temps d’offrir la bataille à chacun d’eux séparément avant que, par des marches combinées, il leur ait été possible de se rapprocher assez pour se prêter mutuellement main-forte. C’est donc la même armée, composée de la meilleure partie des forces nationales, qu’il portera successivement au centre, à droite et à gauche. L’infériorité du nombre ne sera donc plus de son côté ; elle sera plus réellement du côté des envahisseurs, naturellement divisés, ne pouvant disposer de cette inappréciable ressource d’un transport presque instantané, n’en ayant d’autre que de couper les railways au fur et à mesure qu’ils se présentent, tout à fait Impuissans du reste à interdire aux troupes qu’ils attaquent dans leurs foyers l’usage des chemins de fer qui fonctionnent derrière elles et qu’elles protègent par leur présence. Il est donc probable que les chemins de fer, indépendamment de quelques autres causes, pourront porter un coup réel à l’art de l’invasion ou en modifier les principes.

Qu’on imagine par exemple notre réseau ainsi que l’organisation nouvelle en pleine activité dès 1814. Quels secours n’en eût pas reçus la tactique favorite de l’empereur, qui consistait, en présence de plusieurs adversaires, à prévenir leur réunion, ou à les séparer, les couper les uns des autres, et à les battre isolément ! Assurément cet état de choses eût changé aussi dans une certaine mesure la tactique des coalisés ; mais nous est-il défendu de croire qu’on aurait plus difficilement envahi notre territoire et surtout pris notre capitale, si l’empereur, en peu de temps, sans exténuer ses troupes par des marches et contre-marches répétées, avait pu se transporter d’une frontière de la France à l’autre ? S’il lui avait été permis de négliger momentanément les Autrichiens qui se dirigeaient sur Lyon, les Anglo-Espagnols qui marchaient sur Toulouse et Bordeaux, mais à qui il était matériellement impossible de franchir en moins de quinze ou vingt jours, ceux-ci les cinq cents, ceux-là les sept ou huit cents kilomètres qui les séparaient de Paris ; s’il lui avait été permis par conséquent de garder près de lui Augereau et Soult avec toutes leurs troupes ? que se serait-il alors passé ?

Par la ligne de Paris-Mulhouse, arriver avec des forces doublées sur Schwartzemberg au moment où il débouchait de la trouée de Belfort, le culbuter, le battre à outrance, et le refouler impuissant et mutilé au-delà du Rhin ; remonter en quelques heures par Épinal et Nancy jusqu’à Metz, et de ce côté tomber sur Blücher, qui nous envahissait par la Moselle et la Meuse ; lui infliger un échec plus complet que ceux de Champaubert, Vauchamp ou Soissons ; descendre ensuite au midi par la ligne d’Orléans, pour offrir en personne la bataille aux Anglais de Wellington, qu’y aurait-il eu la d’impossible pour le général et l’armée qui, privés des corps de Soult et d’Augereau, dans le seul mois de mars 1814, livrèrent quatorze batailles, remportèrent douze victoires, et défendirent les approches de la capitale contre trois armées, chacune bien supérieure en nombre ? Cette hypothèse après tout, qu’est-ce autre chose que le plan même de l’empereur, avec plus de rapidité dans l’exécution, de cohésion dans la résistance, c’est-à-dire avec les chances de succès que l’existence et l’emploi des chemins de fer lui auraient infailliblement communiquées ?

Il nous serait facile, en décrivant les réseaux de chemins de fer qui sillonnent les deux pays, théâtres de la dernière guerre d’Allemagne et d’Italie, de montrer quel plus fréquent et plus profitable usage il eût été loisible aux généraux d’en faire, avec des moyens de transport mieux appropriés et à la masse des troupes et à l’étendue des opérations ; mais peut-être est-ce déjà trop d’être revenu une fois sur des faits accomplis.

Pour finir en nous résumant, l’importance croissante du rôle de la télégraphie électrique et des chemins de fer dans la guerre, l’importance et l’opportunité de cette nouvelle et double organisation, l’une corollaire de l’autre, — télégraphie souterraine et trains spéciaux, — voilà ce que nous serions heureux d’avoir contribué à mettre en lumière. Ces deux innovations tendent au même but, produiront le même résultat, rapidité de plus en plus accélérée, durée de plus en plus amoindrie de la guerre.

Un jour viendra peut-être où, par suite de l’immixtion progressive dans la guerre de la science et de l’industrie réunies, l’on verra opposer les unes aux autres, non plus des armées, mais des inventions. Un jour viendra certainement où cette maladie, dont il est difficile de prédire la disparition, sera traitée assez rapidement, réduite à une durée assez insignifiante pour n’être plus considérée dans la vie des peuples que comme un accident passager, sans influence appréciable sur leur santé, rendue de plus en plus florissante par le travail de la paix et de la civilisation.


LOUIS GREGORI.

  1. Voyez, dans la Revue du 15 juillet dernier, l’article de M. Xavier Raymond sur la Guerre en 1866. « Si l’on s’en rapportait aux documens officiels, dit M. Raymond, on verrait aisément que la plupart des innovations ou des projets qui frappent aujourd’hui les esprits ont mis bien du temps à obtenir la notoriété dont ils jouissent. En ce monde, c’est le lot ordinaire des inventeurs et de leurs inventions. » Du même article il ressort que M. le colonel Trouille de Beaulieu avait trouvé le canon rayé dès 1832, et que la découverte du fusil à aiguille date de 1841.
  2. Dans la récente guerre, en Italie, après le passage du Mincio par Victor-Emmanuel, quand les éclaireurs du deuxième corps d’armée italien arrivèrent à Villa-franca, ils demandèrent au chef de gare si la position n’était pas reliée par une ligne télégraphique aux places fortes du quadrilatère. Le chef de gare répondit négativement, et dès que les soldats se furent éloignés, il s’empressa de télégraphier à Vérone l’arrivée et la direction des Italiens. Il est difficile d’admettre que l’employé autrichien ait été cru sur parole ; sans doute l’inspection des lieux n’a rien révélé sur l’existence d’un poste télégraphique : les fils devaient être souterrains, et l’appareil complètement dissimulé. Autrement la conduite des Italiens serait aussi incompréhensible que la fraude du fonctionnaire qui a décidé peut-être du gain de l’affaire de Custozza. Que le fait soit ou non authentique, on comprend maintenant quels dangers crée à l’envahisseur un système de transmission électrique invisible, de quel espionnage il permet de l’environner, et comment il peut lui préparer des surprises grosses de conséquences.
  3. Cependant il faut reconnaître que les Prussiens ont su tirer un parti tout aussi avantageux des chemins de fer que de la télégraphie électrique : l’application qu’ils en ont faite a emprunté quelque chose de nouveau à la forme et aux développemens sous lesquels elle s’est produite. Il est avéré qu’ils avaient amené a la suite de leurs corps d’armée, notamment de l’armée du Mein, de véritables bataillons d’ingénieurs, de mécaniciens et même de chauffeurs. Sur leur passage, ils recrutaient les employés des chemins de fer dont le service était interrompu. A mesure qu’ils avançaient, ils faisaient reconstruire les voies ferrées pour rétablir les communications avec Berlin ; une fois les rails posés, les mécaniciens se rendaient à la plus prochaine gare, et revenaient avec des locomotives et des wagons pour faire le service. Les Prussiens avaient aussi dans leur train militaire tout un matériel de ponts de chemins de fer, que le génie reconstruisait là où l’on avait fait sauter les petits ponts en pierre.
  4. Nous n’avons pas insisté sur la nécessité de trains spéciaux pour le transport de la cavalerie et surtout de l’artillerie de campagne, mais nous sommes loin de la méconnaître. Nous voudrions qu’une pièce de campagne pût n’importe où se monter et se démonter rapidement, et qu’une batterie n’occupât en moyenne que six wagons, un pour les canons, un pour les affûts, un pour les roues, les autres pour les hommes et les caissons. L’artillerie participerait alors de la mobilité des troupes de ligne, et pourrait les suivre dans toutes leurs évolutions sur les chemins de fer. Il n’y aurait pas de comparaison possible avec le transport actuel, dont nous citerons ce fait récent, qu’avant la guerre la dernière batterie de la garde royale prussienne demandait trente-neuf wagons à elle seule pour son déplacement.