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La Légende dorée/Saint Étienne

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La Légende dorée (1261-1266)
Traduction par T. de Wyzewa.
Perrin et Cie (p. 45-49).
VIII


SAINT ÉTIENNE, PREMIER MARTYR
(26 décembre)


I. Étienne fut un des sept diacres ordonnés par les apôtres pour le ministère sacré. On sait, en effet, que, le nombre des disciples se multipliant, les chrétiens d’origine étrangère se mirent à murmurer contre les chrétiens d’origine juive, parce que les veuves étaient négligées dans le ministère quotidien. La cause de ces murmures peut être comprise de deux façons : ou bien les veuves n’étaient pas admises dans le ministère, ou bien encore elles y avaient trop de travail, les apôtres leur ayant confié les soins matériels du culte afin de pouvoir se consacrer entièrement à la prédication. Toujours est-il que les apôtres, en présence de ce murmure, réunirent la foule des fidèles et dirent : « Il n’est pas raisonnable que nous délaissions la prédication de la parole de Dieu pour nous occuper des soins matériels et pour servir aux tables. Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous qui aient bonne réputation et qui soient pleins de l’Esprit-Saint, afin que nous leur commettions cet emploi ! Et ainsi nous pourrons continuer à nous occuper de prier et de prêcher. » Cette proposition plut à toute l’assemblée. On élut sept hommes, dont le premier était Étienne ; et on les présenta aux apôtres qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

Or, Étienne, plein de foi et de courage, faisait de grands miracles parmi le peuple. Alors les Juifs, le jalousant et désirant se défaire de lui, engagèrent la lutte contre lui de trois façons : en discutant avec lui, en subornant de faux témoins contre lui, et en le torturant. Mais lui, il eut le dessus dans la discussion il convainquit de fausseté les faux témoins, et il triompha de ceux qui le torturaient. Dans cette triple lutte, il reçut du ciel un triple secours. Dans la discussion, il reçut le secours de l’Esprit-Saint, qui lui donna la sagesse. Devant les faux témoins, son visage revêtit une pureté angélique qui fit taire leurs témoignages. Et dans la torture le Christ lui apparut, l’aidant à supporter le martyre. Quant au détail du discours qu’il tint aux Juifs, nous le trouvons énoncé tout au long de chapitre vii des Actes des Apôtres.

Et comme les Juifs, entendant les paroles du saint, étaient transportés de rage et le menaçaient, Étienne étant rempli du Saint-Esprit et tenant les yeux levés au ciel, s’écria : « Voici, je vois les cieux ouverts et Jésus assis à la droite de Dieu ! » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles, comme pour ne pas l’entendre blasphémer ; et ils se jetèrent tous ensemble sur lui, et, l’ayant traîné hors de la ville, ils le lapidèrent. Et les deux faux témoins, qui avaient à lui jeter la première pierre, ôtèrent leurs vêtements, soit pour éviter de les souiller au contact d’Étienne, ou pour avoir plus de force ; et ils les mirent aux pieds d’un adolescent qui s’appelait Saul, et qui fut plus tard saint Paul : de telle sorte que celui-ci, gardant les vêtements de ceux qui lapidaient Étienne, pour les aider dans leur office, peut être considéré comme ayant contribué lui-même à le lapider. Et pendant qu’on le lapidait, Étienne priait, disant : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » Puis, s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : « Seigneur, ne leur impute pas à péché ce qu’ils font ! » En quoi le martyr imitait le Christ, qui, dans sa passion, avait prié d’abord pour soi, disant : « Mon Père, je te livre mon âme ! » et avait ensuite prié pour ses bourreaux, disant : « Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Et l’auteur des Actes ajoute qu’après avoir ainsi parlé Étienne « s’endormit dans le Seigneur ». Expression belle et juste : car le saint ne mourut pas, il « s’endormit » dans l’espoir de la résurrection.

Le martyre d’Étienne eut lieu l’année même de l’Ascension du Seigneur, le troisième jour d’août. Saint Gamaliel et Nicodème, qui soutenaient les intérêts des chrétiens dans tous les conseils des Juifs, ensevelirent saint Étienne dans le champ dudit Gamaliel, et un grand deuil eut lieu en son honneur ; et une persécution violente s’éleva, bientôt après, contre tous les chrétiens qui étaient à Jérusalem, à tel point que tous durent se disperser dans les divers quartiers de la Judée et de la Samarie, à l’exception des apôtres, qui, sans doute, allaient au-devant de la mort au lieu de la fuir.

II. Saint Augustin rapporte que le bienheureux Étienne s’est illustré par d’innombrables miracles : qu’il a six fois ressuscité des morts, et guéri une foule de malades. Le même auteur rapporte qu’on avait coutume de mettre des fleurs sur l’autel de saint Étienne, qui, placées ensuite sur des malades, les guérissaient ; et que les linges déposés sur l’autel, et placés ensuite sur des malades, guérissaient en particulier les maladies de la moelle. Au livre XXII de sa Cité de Dieu, il raconte le miracle d’une femme aveugle qui fut rendue à la lumière par le contact d’une fleur prise sur l’autel du saint. Il raconte aussi l’histoire de l’un des hommes les plus considérables de la ville d’Hippone, nommé Martial, qui était infidèle et refusait de se convertir. Cet homme étant malade, son gendre, qui était chrétien, se rendit à l’église de saint Étienne, y prit des fleurs sur l’autel, et les posa en secret sous la tête de son beau-père. Et celui-ci, dès qu’au petit jour il se réveilla, envoya chercher l’évêque. L’évêque se trouvait absent, mais un prêtre vint chez Martial, et celui-ci demanda à être baptisé. Et, aussi longtemps qu’il vécut, il répéta ces mots : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » sans se douter que c’étaient les dernières paroles du bienheureux Étienne.

III. Autre miracle rapporté par saint Augustin. Certaine matrone nommée Pétronie, qui souffrait depuis longtemps d’une grave maladie contre laquelle tous les remèdes avaient échoué, s’avisa de consulter un Juif, qui lui donna une bague ornée d’une pierre, lui disant de se l’appliquer à nu sur le corps. Et Pétronie suivit le conseil, mais n’en retira aucun bien. Elle se rendit alors à l’église du Premier Martyr, et demanda sa guérison à saint Étienne. Aussitôt la bague du Juif, qu’elle avait attachée par une corde passée autour de ses reins, tomba à terre, sans que ni la corde ni la bague fussent rompues. Et, depuis cet instant, la dame fut guérie.

IV. Autre miracle, non moins étonnant, rapporté par saint Augustin. À Césarée de Cappadoce vivait une dame noble qui était veuve, mais qui avait le bonheur d’avoir dix enfants, dont sept garçons et trois filles. Or, un jour, la mère, se jugeant offensée par ses enfants, les maudit ; et aussitôt, sous l’effet de la malédiction maternelle, les dix enfants furent frappés d’une même peine, la plus effroyable du monde. Ils se virent atteints d’un tremblement de tous les membres qui ne se relâchait ni le jour, ni la nuit. N’osant s’exposer à la vue de leurs concitoyens, ils quittèrent la ville et se dispersèrent à travers le monde, attirant partout sur eux l’attention générale. Deux d’entre eux, un frère et sa sœur, nommés Paul et Palladie, arrivèrent ainsi à Hippone, et racontèrent leur histoire à saint Augustin, qui était évêque de cette ville. On était alors quinze jours avant Pâques, et les deux infortunés se rendaient tous les matins à l’église de saint Étienne, suppliant le saint d’avoir pitié d’eux. Or, le jour de Pâques, en présence de la foule, Paul pénétra soudain dans la chapelle du saint, se prosterna pieusement devant l’autel ; et tout le monde le vit ensuite se relever guéri ; et il fut à jamais délivré de son tremblement. Puis sa sœur Palladie entra à son tour dans la chapelle, et parut soudain frappée d’un sommeil dont elle se réveilla tout à fait guérie. Le frère et la sœur furent montrés à la foule, et de grandes actions de grâces furent adressées à saint Étienne pour leur guérison.

Nous avons oublié de dire qu’Orose, revenant de chez saint Jérôme, avait rapporté à saint Augustin des reliques de saint Étienne, et que ce sont ces reliques qui ont opéré les miracles ci-dessus, et bien d’autres encore.

V. Nous devons noter enfin que ce n’est pas le 26 décembre que saint Étienne a subi le martyre, mais le 3 août, jour où l’Église fête l’Invention de ce saint. Pourquoi cela se fait ainsi, c’est ce que nous dirons quand nous aurons à parler de l’Invention de saint Étienne. Mais disons, dès maintenant, que c’est pour une double cause que l’Église a placé tout de suite après la Nativité du Seigneur les trois fêtes de saint Jean l’Évangéliste, de saint Étienne et des saints Innocents. D’abord, l’Église a voulu adjoindre au Christ ses premiers compagnons ; et la seconde cause est que l’Église a voulu réunir les trois genres de martyres dans le voisinage de la naissance du Christ, qui est la raison première de tous les martyres. Car il y a trois genres de martyres : le premier à la fois de volonté et de fait, le second de volonté et non de fait, le troisième de fait et non de volonté. Or le premier de ces martyres a eu pour premier représentant saint Étienne, le second saint Jean, et le troisième les saints Innocents.