La Ligue en Velay

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LA LIGUE EN VELAY


C’est d’un consentement à peu près unanime qu’on place la fin du moyen âge à la prise de Constantinople. La date de 1453 exprime d’une manière assez fidèle l’une des évolutions les plus importantes de l’histoire générale, mais elle s’applique moins bien aux évènements qui s’accomplirent sur le sol vellave : en réalité, le moyen âge ne se clôt en nos montagnes que par l’extinction des guerres religieuses. La Ligue est chez nous le suprême éclair, le dernier mot d’un ordre de choses évanoui. L’ère moderne se lève, pour nos pères, avec le triomphe définitif de Henri IV. Ce contraste entre la physionomie distincte de notre province et l’état politique du reste de la France est un fait significatif et qui mérite d’être relevé. On peut reconnaître à travers les siècles, et surtout aux époques voisines de la nôtre, combien le Velay fut rétif aux idées nouvelles, et avec quelle énergie il se rattachait eux mœurs antiques, aux institutions héréditaires. Le goût du passé et de la tradition, la défiance des changements, la dévotion un peu archaïque, l’esprit conservateur, en un mot, sont des traits de race qui apparaissent surtout chez nos écrivains indigènes. Médicis écrivit ses Chroniques dans la première moitié du XVIe siècle, mais le style, le ton ordinaire de son œuvre, la forme comme le fond appartiennent plutôt à l’âge précédent. Que l’on compare notre bourgeois du Puy au premier auteur venu de Guienne ou de Bourgogne, et l’on sentira la différence ! Par sa prudhomie et sa naïveté, Médicis rappelle bien mieux le temps de Louis XI et de Charles VIII que celui de François Ier. Médicis retarde sur ses contemporains des autres régions et il en est de même pour les chroniqueurs qui lui succèdent : eux aussi se tiennent en arrière de leur siècle. La Velleïade, pure curiosité de collectionneur, ne possède d’autre mérite que celui d’une vieille relique : cette versification laborieuse, empêtrée, bizarre, tranche sur la poésie d’alors, déjà si claire et si limpide. Oddo de Gissey, qui composa son livre en 1620, ne semble point avoir respiré l’atmosphère qui l’entoure. Il relève du XVIe et non du XVIIe siècle : son langage suranné, sa douce bonhomie sentent leur Amyot et leur Montaigne. Il faut bien se garder de nous en plaindre : le tour libre et dégagé, un léger parfum d’honnête gauloiserie, le je ne sais quoi dont se parent les vieilles choses et les vieux discours, constituent le charme principal de ces pieux récits, mais le fait n’en reste pas moins certain : notre hagiographe est un homme d’antan et d’arrière-saison.

La dissonance de notre littérature vellave avec la littérature du dehors éclate spécialement chez Jacmon. Celui-là est un homme du peuple, à peu près inculte et qui écrit à la diable, sur son comptoir, d’où s’exhale une odeur de cuir, un arome commun et vulgaire ; il ignore les artifices de style qui peuvent donner le change ; il est sans fard et sans prétention, et ne possède même pas ce vernis extérieur qui dérobe les lacunes d’une éducation incomplète. C’est à peine s’il parle français ; l’orthographe fantaisiste de son manuscrit dénote l’abus quotidien du patois local. Si Jacmon eût vécu à Tours, à Lyon ou même dans des villes moindres, il eût employé une forme plus correcte, il eût ressenti quelques-unes de ces influences, qui dans les alentours assouplirent et émancipèrent la prose française. Son parler fruste et ses idées courtes accusent un milieu tout imprégné de moyen âge, et si Buffon a dit justement que le style c’est l’homme, Jacmon n’est guère un homme du XVIIe siècle.

Il est donc vrai de dire, en prenant la littérature comme la mesure assez exacte de l’étiage intellectuel, que le Velay se tint, aux époques de Médicis, de Burel et de Jacmon, un peu au dessous du niveau et qu’il eut de la peine à se soumettre à l’alignement général. Ceci revient tout simplement à reconnaître que le Velay resta, en somme, un pays de tempérament peu révolutionnaire, impatient du joug de la mode, ami de la règle, lent à se mouvoir et à se transformer. Il serait injuste de qualifier de routine cette prédilection de nos pères pour ce qui dure, et de voir un signe d’infériorité dans cette faculté de résistance à l’entraînement des innovations. Après tout, la mobilité n’est point un signe de force : la race saxonne prouve, depuis trois siècles, que la liberté, loin de se refroidir au contact de la tradition, y puise ses armes les plus sûres de propagande et de victoire. Agir lentement, mais procéder à coup sûr, nouer la chaîne des temps au lieu de la rompre, faire du présent l’héritier du passé, bannir les soubresauts, les réactions et les surprises, tel est le programme des peuples sains et vigoureux.

Au temps jadis, le pays vellave n’a cessé d’offrir ce spectacle de solidité et de constance. Très-peu accessible aux révolutions, lourd à se remuer, il gardait ses conquêtes et aliénait rarement le prix de ses sacrifices. Une fois son patrimoine conquis, il s’y tenait avec une âpreté singulière : ses franchises municipales, salaire de tant de luttes, fruit de si longues douleurs, furent maintenues avec une ténacité inébranlable jusqu’au jour néfaste où Louis XIV, ce roi des bourgeois, dit Saint-Simon, et qu’il vaudrait mieux appeler le roi des bureaucrates, ravit à la province toute vie locale. L’amour de l’indépendance s’accordait chez nos pères avec le respect de la tradition, et voilà pourquoi la ville et le diocèse semblent, au moyen âge, marcher et marchent effectivement moins vite que les contrées voisines et suivent le cours des idées plutôt qu’ils ne le devancent. C’est aussi pourquoi nos guerres religieuses sont empreintes d’un caractère de froide énergie et de sombre exaltation. Tout ce que le moyen âge contenait de libres allures, d’initiative et parfois d’indiscipline, s’était condensé dans ces âmes simples et profondes, où vivaient sans partage deux ou trois de ces principes qui sont l’aliment des sociétés humaines. De là vint cette persistance du moyen âge à vivre et à se perpétuer sur notre sol au-delà des limites que partout ailleurs les lois historiques tracèrent à son essor.

On peut apprécier diversement la Ligue, on l’aime ou on la maudit, suivant le point de vue auquel on se place ; mais il est difficile de n’y pas voir l’une des plus énergiques explosions de la conscience, le superbe réveil de cette foi ardente dont le moyen âge fit sa vie et sa lumière. La Ligue en Velay mit au jour d’héroïques exemples d’abnégation et d’intrépidité, que notre âge est peut-être inhabile à comprendre. Souffrir et mourir pour un principe, ne compter pour rien les aises, le bien-être et même l’existence, se refuser aux plus évidentes nécessités de la politique, abdiquer tout souci personnel, telle fut la conduite de nos fidèles populations, et, quel que soit le drapeau que l’on suive, c’est là un spectacle qui s’impose à l’admiration respectueuse, en dépit des excès et des fureurs dont ces luttes intestines subirent trop souvent la souillure. Ce qui donne à la Ligue, dans nos parages, ce caractère d’opiniâtreté intense et de vitalité profonde, c’est précisément le goût du self-governement dont notre moyen âge avait gardé le dépôt. Les ligueurs vellaves avaient conservé à peu près intactes les passions de leurs devanciers : leurs franchises consulaires offrirent un libre cours à l’expression armée de leurs convictions religieuses. En un mot, la Ligue se résume chez nous en ces deux termes : amour jaloux, exclusif de la vieille foi, et fièvre aiguë d’autonomie locale ; ce qui se réduit à cette formule plus concrète : persistance du moyen âge jusqu’aux confins du XVIIe siècle.

La Ligue en notre province a déjà fourni la matière d’un beau livre : les récits de M. Louis de Vinols sont une œuvre classique, mais nos guerres religieuses offrent encore un vaste champ à la recherche. L’exhumation de titres inédits et de pièces inconnues peut amener une vue plus nette, une appréciation plus exacte des événements qui se déroulèrent, de 1562 à 1596, dans nos montagnes. Sous ce rapport, les documents que nous offrons au public nous semblent avoir un certain prix.

La figure de Rochebonne ne se détache point assez vivement dans l’ouvrage de M. de Vinols : Pierre de Châteauneuf, seigneur de Rochebonne en Vivarais, capitaine de 50 hommes d’armes, exerça une grande influence sur les premières phases de la lutte. Nommé Sénéchal du Puy en 1568, il étendit beaucoup les attributions de sa charge et fit élever, aux alentours de Corneille, ces armatures de pierre, dont le temps a respecté jusqu’à nos jours les robustes assises. Sa lettre aux États du Vivarais en 1572 et son mémoire au maréchal de Damville de 1577 attestent sa vigilance et sa vigueur administratives. Les trois titres que nous devons à notre excellent ami et collaborateur, M. l’abbé Payrard, nous introduisent en pleine mêlée de la Ligue. La lettre du sénéchal de Chaste au roi Henri IV contient de curieux détails sur le siége d’Espaly et elle révèle la parfaite entente qu’avait le chef royaliste du caractère des hostilités et de leurs exigences stratégiques. La dépêche de Henri IV, du 11 décembre 1596, démontre la sourde résistance, en notre ville, des passions vaincues mais non éteintes et qui survivaient à la pacification universelle. Nous recommandons aux lecteurs les pièces qui concernent l’évêque de Sénectère.

Antoine de Sénectère est l’une des figures les plus hautes de notre histoire et c’est assurément le type le plus remarquable de la Ligue vellave. Ses contemporains ne l’ont point compris et le chroniqueur Burel n’exprime à son égard que haine et malédictions. Au premier aspect, le prélat semble versatile et inconstant. D’abord ligueur intrépide et presque farouche, il se calme peu à peu et devient le chef des Politiques, c’est-à-dire le représentant, en notre province, de ces idées de modération et de transaction que le chancelier de L’Hopital tenta vainement de faire prévaloir et qu’il était réservé à Henri IV de formuler sur le trône. La prétendue apostasie de notre évêque s’explique d’abord par sa noble intelligence et sa vision patriotique des vrais intérêts du pays ; elle s’explique surtout par deux ordres d’idées que nous nous promettons d’étudier plus tard et à notre aise dans un travail spécial. Ces deux ordres d’idées éclairent les Chroniques de Burel et donnent le mot de la volte-face de l’évêque ; on peut les résumer ainsi : 1o La Ligue, à l’origine exclusivement religieuse et aristocratique, inclina rapidement à la démagogie. Les tumultes de la rue et des carrefours, les séditions de la foule, la prédominance des nouvelles couches, apparaissent dans le récit de Burel et constituent à la fin le vrai nœud du drame. Il en fut ainsi dans les grands centres, surtout à Paris. La Ligue échappa vite aux mains du haut clergé et de la noblesse pour tomber en celles des moines mendiants et des tribuns populaires. Les évêques ne pouvaient pactiser avec ce radicalisme très-peu latent ; ils se mirent l’un après l’autre en dehors du conflit : homme de haute naissance, l’évêque du Puy dut battre aussi en retraite et se refuser à faire l’œuvre de la Révolution.

2o La Ligue eut le tort de dépasser la frontière et de s’allier à l’étranger. C’est alors que l’épiscopat, en majeure partie, rompit brusquement avec une cause qui faisait appel à l’Espagne et à Philippe II. Antoine de Sénectère répudia, pour sa part, toute connivence avec le parti des intransigeants et opéra dans son rôle public cette transformation qui mérite à sa haute mémoire les respects de la postérité.

Nous indiquons brièvement les lignes principales de la conduite de notre évêque ; nous y reviendrons bientôt et en détail. Les pièces que nous donnons se rattachent à la première phase de sa carrière.

Ce coup d’œil rétrospectif sur nos Annales est-il simplement caprice d’archéologie, fantaisie de curiosité pure ? Loin de là ; l’étude de l’histoire devient de plus en plus une nécessité sociale. Quoique nous en ayons, le passé nous obsède et nous domine. Nos esprits sont tellement hantés par les souvenirs et les doctrines de nos pères, que ces souvenirs et ces doctrines forment la base de l’éducation, le thème de toutes les controverses, le fond commun de toutes les idées. Pour les intelligences d’élite et les âmes incultes, le point de départ, la règle des opinions consiste dans les manières diverses de sentir ou de juger l’ancien régime. Aux uns, l’ancienne France ne rappelle que troubadours et trouvères, pages et châtelaines, foi vive, mœurs viriles, élans chevaleresques. Les autres voient uniquement dans ces époques tragiques le triomphe de la force, le règne des ténèbres, une longue série de malheurs et d’oppressions où le sens moral et la dignité humaine font absolument défaut. Passe encore si ces avis contradictoires se bornaient à la spéculation ! Mais chez nous on fait bon marché des théories abstraites, et les systèmes historiques se formulent en réalités quotidiennes. Allez au fond de nos luttes actuelles et vous trouverez leur germe dans les jugements que provoquent les réminiscences des institutions disparues en 1789. Le noble pense à la féodalité ; le bourgeois au tiers-état, le paysan aux censives, l’ouvrier aux communes :

Navita de ventis, de tauris narrat arator.

C’est ainsi que chacun se façonne un passé imaginaire et que le courant des idées dérive d’évocations historiques qui surgissent à travers le prisme de la haine ou de l’amour. « Je crois, disait Bastiat, que ce qui nous fait apparaître sous des couleurs si poétiques les temps passés, la tente de l’Arabe, la grotte de l’anachorète, le donjon du châtelain, c’est la distance, c’est l’illusion de l’optique. Nous admirons ce qui tranche sur nos habitudes. La vie du désert nous émeut pendant qu’Abdel-Kader s’extasie sur les merveilles de la civilisation. Croyez-vous qu’il y ait jamais eu autant de poésie dans une des héroïnes de l’antiquité que dans une femme de notre époque ? Que leur esprit fut aussi cultivé, leurs sentiments aussi délicats, qu’elles eussent la même tendresse de cœur, la même grâce de mouvement et de langage ? Oh ! ne calomnions pas la civilisation[1] ! » Il y a beaucoup de vrai dans cette boutade du grave économiste. L’histoire s’est faite jusqu’à ce jour non par le raisonnement, mais par le sentiment. De là des partis pris déplorables ou des infatuations ridicules. Cette influence des sophismes historiques pèse d’un poids si désastreux sur notre conduite publique et privée, que des radicaux moroses se sont pris à envier le sort des peuples sans histoire, comme les Américains, et ont souhaité l’abolition complète du passé de la mémoire des hommes. C’est là un pur rêve : le sommeil d’Épiménide et les eaux du Lethé ne sont que des fables mythologiques. Il est impossible de répudier l’héritage de nos devanciers. Si donc le passé se lie par une trame secrète, mais inexorable, à notre présent, si l’ombre de l’ancien régime plane sur nos conflits actuels, si, en un mot, nous sommes au moral comme au physique les fils de nos pères, l’étude de l’histoire, loin d’être un simple délassement, un jeu d’oisifs, devient une nécessité pratique, un besoin social. « La connaissance du moyen âge, a dit un penseur de nos jours, mais la connaissance exacte et scientifique, sincère et sans parti pris, est pour notre société un intérêt de premier ordre. Elle est le meilleur moyen de mettre fin aux regrets insensés des uns, aux vides utopies des autres, aux haines de tous. Pour remettre le calme dans le présent, il n’est pas inutile de détruire d’abord les préjugés et les erreurs sur le passé. L’histoire imparfaitement observée nous divise, c’est par l’histoire mieux connue que l’œuvre de conciliation doit commencer[2]. »

C’est à la lumière de ces principes que les Tablettes historiques du Velay ont accompli une course déjà longue et fructueuse. Ce modeste recueil, conçu et rédigé sans ambition vulgaire et sans préoccupation égoïste, inspiré seulement par la constante recherche du bien et du juste, n’est point une nécropole aride, une sèche et vaine nomenclature de dates ou de faits. En parlant du passé et en se tenant toujours en deçà de 89, les Tablettes ont suivi, en réalité, le cours des opinions et des controverses qui tourmentent les esprits de notre époque.

Les publications qu’entreprend la Société des Amis des sciences, arts et industrie de la Haute-Loire, seront aussi, malgré leur forme désintéressée et leur impartiale mesure, une œuvre actuelle et sincère. Les problèmes de l’heure présente ne peuvent être désertés par une réunion d’hommes studieux, mais nous tous, qui avons applaudi à une tentative généreuse, à un essai loyal de conciliation par la science et par l’art, nous ne voulons appliquer qu’une méthode à nos études : c’est l’oubli de tout ce qui divise et le souci de tout ce qui rapproche. Il n’est pas de meilleur lien que la recherche du vrai, il n’est pas de terrain neutre plus solide que l’érudition pure.



I

Lettre missive de M. de Rochebonne, commandant en Velay à
Messieurs des États du pays de Vivarais, à La Voute-sur-Rhône.


28 octobre 1572.
Messieurs, m’estant retiré en ma seneschaussée au gouvernement de laquelle Monseigneur de Damville, mareschal de France, m’auroit ordonné, à laquelle pourvoyant et pour y tenir les villes, lieux, chasteaux et forts en l’obéissance du Roy, j’ay, en ce que dépend de vos droits, corps et contributions du pays de Vivarois, estably, en tout, soixante dix soldats, vous en envoyant l’estat, scavoir : à St-Agrepve trente qui seront aydés par les catholiques de ladicte ville ; dix à Deveysset, chasteau d’importance comme chascun scait, de la saisie duquel par les rebelles ces derniers troubles auroit rapourté une infinité de malheurs et domaiges à tout le pays et bons serviteurs de Sa Majesté Catholique, ce qu’auroit encore plus fait le chasteau fort (la prise du château fort) et lieu de Fay et de plus grand despenses et foules audit pays pour estre joignant à St-Voy et touttes les envyrons remplis de ceulz de la nouvelle opinion, tous, ou la pluspart soldats arquebuziers et des plus obstinez et opiniatres séditieulz et rebelles que je crois scavoir estre en France, que m’a occasionné de leur establir audit lieu et chasteau trante arquebuziers à ce que surement je puisse y faire rendre l’obéissance à sa Majesté, ce que j’espère faire et n’y épargner ma propre vie, vous priant pourvoyr au consul de St-Agrepve, qui est de voz estatz, de moyen et entreténement jouxte les commandements et réglements de mondit seigneur pour lesdits soldats et ceulx qui leur commandent. De ma part vous offrant, pour le service du Roy et votre particulier, tous mes moyens d’aussi bon cueur que prie Dieu, après mes affectionnez recommandations à vos bonnes grâces,


Messieurs,
Vous donner en bonne santé heureuse et longue vie.
A St-Agrepve ce XXVIII octobre 1572.
Vostre bien humble et affectionné à vous faire service,
Rochebonne.


(Cette lettre, parfaitement écrite et bien conservée, porte le sceau, un peu effacé, du sénéchal de Rochebonne, qui représente trois tours crénelées.)
(Arch. dép. de l’Ardèche, liasse C. 1018.)




II

Extraict des Mémoires et instructions par Monseigneur de Rochebonne, sénéchal et governeur du pays de Vellay et ressortz de ladicte seneschaussée et envoyés à Monseigneur de Dampville, mareschal de France, governeur et lieutenant-général pour sa Majesté en Languedoc et par ledit seigneur répondues et appoinctées au sieur du Besset……… comme s’en suyt.


1572.
Premièrement fera entendre l’estat des affaires de la seneschaulcée et governement dudit Sr de Rochebonne, puys l’arrivée d’icelluy en sa seneschaulcée. En premier lieu que suyvant l’estat, faict par monseigneur le mareschal, de trente soldats en la ville de saint Agrève, n’auroyt augmanté l’estat dudict sieur, attendu que lors la ville du Cheylar tenoyct pour nous et y ayant dedans cent arquebuziers soubz le seigneur de la Motte commandant audit Cheylar.

Mais despuys ledict Cheylard ayant esté saisi comme aussi Désany, à demy lieue de lad. ville, par les rebelles, ne distant que de St-Agrépve, d’une lieue, est de besoing augmenter le nombre des soldatz, a quoy, s’il plaict audit sieur de Damville, le Sr de Rochebonne pourvoyra.

Comme aussi ayant mis garnison au château et lieu de Fay cinquante soldatz, à Devesset dix soldatz, comme ayant esté lesdits forts, les aultres troubles, tenus par les rebelles comme estans scytués entre iceuls rebelles et aux montagnes, seroit de besoing augmenter ledict nombre de soldatz ne le pouvant envitailher sans grand force et scorte (escorte), et lesquels rebelles de la montagne s’estant emparés du chasteau nommé Mongyraud à la faveur duquel et avec le secours qu’ilz ont du Cheylar et Désany qui sont, en chacune ville de cinq à six cens arquebuziers et aux limites du pays de Vellay, n’y ayant, comme dessus est dict, que une lieue, et ayant saisy le chasteau de Montgiraud dans ledict pays, faisant des courses, voleryes, massacres et aultres actes d’hostilité ; pour lesquels empescher ledict sieur de Rochebonne auroyt faict assembler les gens des Estatz dudit pays de Vellay ausquelz ayant faict remonstrer ce dessus les priant luy bailher moyens pour garder vingt deux villes qu’il y a audit pays et quarante à cinquante chasteaux d’importance estantz limitrophes de l’ennemy en danger de s’emparer d’eulx, n’y auroient (les États) voulu entendre disant : n’avoyr commission pour despartir deniers pour l’entretenement desdits soldatz si falloyt faire levée. Par quoy lesdits rebelles continuant leurs courses et pilleryes et ledit sieur de Rochebonne, seneschal, n’ayant moyen icelluy empescher, auroyt faict derechef assembler les estatz leur remontrant le pays s’en aller en proye, les villes et chasteaux surprinses (surpris) si par iceulx (les États) ne luy estoyt donné moyen pour empescher lesdites courses et tenir les villes en asseurance, ne demandant que le pays, pour la nourriture des soldatz, payant chacun jour cinq solz, attendant le mandement dudit seigneur mareschal, et aux arquebuziers à cheval, à chacun treize solz et quatre pour jour en danrées.

Pareilhement pour ce que led. Sr seneschal a pourveu aux villes principalles dudit pays d’ung gentilhomme pour les commander….. Icelluy pour faire faire les guetz et gardes nécessaires, ne leur ayant ordonné que vingt cinq livres pour moys, pour leur nourriture, scavoir sy les villes payeront chacune pour ceulx qui y commandent ou bien tout le pays en corps.


La réponse du maréchal de Damville se trouve transcrite en marge du mémoire qui précède. La voici textuellement :

1° et 2° « Nous avons ordonné, sur les remonstrances du syndic de Vivarois que la garnison de Saint Agrève sera augmentée jusques au nombre de cent soldatz, tout comprins, lesquelz seront entretenus par le pays de Vivaroys, des dépendances duquel est la ville de saint Agrève. Il se fauldra dresser (adresser) au sindic por en faire faire les payements suyvant ce qu’a esté ordonné.

3° Actendu la scituation du chasteau de Fay et le temps pour raison duquel les neiges doibvent estre déjà ez environs d’icelluy chasteau, le Sr de Rochebonne y mestra tant seulement le nombre de soldats qu’il verra estre requis et nécessaire pour la seureté et pour le garder de surprinse avec les catholiques du mandement à leur tour. Enjoignant au capitaine du fort de ne délaysser ou absenter ne (ni) permetre que les soldatz ou les catholiques habitants en sortent que par congé et bonne raison, sur peine d’en répondre de sa vye et de son honneur, et sera faict commandement aux subjets dudit mandement de y apporter et remetre les vivres, desquels l’ennemy se pouroyt prévaloir et pour néantmoingtz son pouvoir par iceulx subjets aydera leur besoing, avec déffences très expresses audit cappitaine et tous autres de ne permettre leur estre faict aulcung tort.

Ledit Sr de Rochebonne depputera à la garde de chasque lieu cellui des habitants notables, voysins, qui sera capable pour y commander sans frais, actendu que chacun mesmes les personnes aysées ne doivent desnier le service de sa personne pour la conservation de la ville dont il est, ou soubz la garde de laquelle il est, de sa famille et de ses biens, ayant aussy esgard aux aultres grandes surcharges qu’il conviendra supporter au peuple. Et au surplus fera observer partout le règlement général faict pour la garde des villes et lieux serrés. Et, quant à certains lieux qui pourroient sembler de plus d’importance, commettre des membres de ladite compagnie avec le nombre de soldatz que verra estre à faire.

Respondu à Beaucaire ce 19e jour de novembre mil cinq cent soixante et douze (1572). Signé : de Montmorency.

Scellé est, plus bas : pour mondit seigneur, Charretier.

Extraict de l’Original, estant au pouvoir du Sr de Rochebonne, par moy collationé.

Signé : Souverain.
(Arch. départ. de l’Ardèche, liasse C. 1018).

III

Lettre de Monseigneur l’Évêque du Puy à Messieurs les gens des
Troys estatz du haut et bas Vivarais.


16 juillet 1577.
Messieurs,

Depuis les premiers propos qu’avons tenus ensemble au Monestier pour contracter une société, union et confédération d’entre les bons et fidelles habitants des deux pays, come nature en a joinctz les terroirs de l’ung à l’aultre, pour avoir plus de force, de moyen ou d’intelligence de s’opposer aux sinistres desseinctz des ennemys, pour remettre la liberté esdits pays et en chasser la servitude de tyrannie qu’ilz y exercent, je n’ay pensé à aultre chose qu’à effectuer une si saincte et utille délibération, tellement qu’ayant faict différer la tenue de noz estatz tant qu’il m’a esté possible en attendant la venue de vos deslégués ; enfin pour ne retarder davantaige l’assemblée j’ay procure qu’ils ont layssé ample procuration pour négotier et accorder de ceste affaire. Et arrivé qu’a esté le seigneur de la Motte, vostre envoyé, en l’absence de monsieur de St Vital, qui est encore en Gévauldan, j’ay assemblé le commis de monsieur le vicomte de Polignac et les consulz de ceste ville ausquels ledit pouvoir a esté donné et à moy, lesquels avoir entendu ce qu’a esté bien remonstré par ledit sieur de la Motte. Ils vous supplient croire que s’ilz avoient le pouvoir pareil à la volonté et à l’affection qu’ils ont à voir succéder les entreprinses qui se présentent à une bonne et heureuse fin, qu’ils se fussent offerts de vous présenter et accorder une plus grande et favorable condition qu’ils ne font, mais estant ce dioceze des plus petitz et pauvres du pays de Languedoc, ayant soustenu la guerre despuis le commencement jusqu’à présent, ils vous supplient vouloir prendre contentement que, libérallement, pour l’armée que sera levée pour la prinse et réduction de la ville de St-Agrèpve, des chasteaux de Fay et de Beaudisné, ils veulent entrer et contribuer, en toute la despense quy sera faicte, pour ung quart ; oultre ce vous prester quatre pièces d’artillerie qu’ilz ont en Gévauldan. Et après la prinse desdites villes et chasteaux, si Dieu le permet, accordons vous former deux compaignies de gens de pied soldoyées pour le temps que sera arbitré par le Seigneur de St-Vital et aultres seigneurs du pays, pour les employer et vous en ayder aux aultres affaires de vostre pays. De quoy, me semble, vous debvez contenter, recognoissantz, comme voisins, les moyens et facultés de ce pauvre pays, lesquelles ont esté particulièrement remonstrées audit Sr de la Motte qui vous en fera son rapport, cependant (je) vous supplie m’advertir promptement de votre intention afin qu’on y puisse diligenter chacun de son costé, estant requis en premier lieu de tirer l’artillerie du Gévauldan et à ces fins y envoyer forces, vous de votre part et nous de la notre. Et sur ce feray fin, me recommandant humblement à votre bonne grace. Prie Dieu, Messieurs, vous donner en santé longue vie.

Du Puy ce XVIe Juilhet 1577.

Votre bien humble et affectionné à vous faire service,
A. de Senecterre, Évêque du Puy[3].
(Arch. départ. de l’Ardèche, liasse C, 1018).



IV

Ordonnance de l’évêque Antoine de Sénectère.


12 mai 1574.

Nous ayans entendu les plaintes et doléances des habitans de ce pays de Vellay du tenement des champs de plusieurs capitainnes et soldatz lesquels sans comission du Roy, de monsieur le mareschal de Dampville ny de nous et sans nous en advertir, affin de leur faire pourvoir des vivres et munitions par estappes suyvant les ordonnances du Roy, entrent et sejournent dans cedict pays de Vellay ou ils comettent plusieurs excès et mettent en grande despence les subjects du Roy, nous ordonnons que ne sera loisible ny permis a aucun capitainne ny autres gens de guerre d’entrer ny passer dans cedict pays de Vellay sans exprès mandement de Sa Majesté ou notre, et aux contrevenans permettons aux habitans des villes et mandemens de cedict pays de leur courir sus et les rompre comme ennemys de repos public. Faict au camp de Tense ce XIIe may 1574.

A. de Senecterre, Sainct-Vidal.

E. du Puy.


Au dos :

« Ordonnance pourvoiant au tènement des champ donnée au camp de Tense le XIIe may 1574. »

(Original appartenant à M. l’abbé Payrard).



V

Ordonnance du baron de Saint-Vidal sur l’état de siége de la ville du Puy.


24 mai 1585.

De par le Roy et de l’auctorité de monseigneur de St-Vidal, baron de Sénaret, chevalier de l’ordre du roy, cappitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances, gouverneur et lieutenant-general pour Sa Majesté ez pays de Velay et de Gevaudan en l’absence de Messeigneurs les ducs de Montmorency et de Joyeuse, et par l’advis de révérend père en Dieu monseigneur l’evesque du Puy et comte de Velay, il est enjoinct et commandé a toutz les habitans de la présente vile d’assister en personne a la garde d’icelle tant de nuyct que de jour appourtant les armes qui leur ont esté ordonnées a peyne de dix escus d’amende pour la première foys, pour la seconde de prison et punition corporèle.

Parelhement est enjoinct et commandé ausdictz habitantz checun en droict soy mectre et tenir une chandèle allumée aux fenestres de leur maison durant les nuyctz du dimanche, lundy, mardy et mercredy prochains de la foyre des Roysons, aux fins que ceux lesquels sont commis a fére les rondes et patroulhes dedans ladicte ville puissent plus facilement aler et discourir en icelle a peyne de deux escus d’amande ou autre arbitrère.

Aussi est enjoinct et commandé a toutz lesdicts habitans ores quilz ne soyent poinct de garde de tenir leurs armes prestes, et fournir de cordes et mesches, bales et autres munitions de guerre, pour advenant alarme ou esmotion se trouver prestz et préparéz pour la deffance et tuytion de la presente ville soubs l’obeyssance de Sadicte Majesté, et a ces fins tenir leursdictes armes en leur bouticques au bas de leurs maisons, ausquels aussi est enjoinct advenant ladicte alarme ou esmotion soyt de nuyct ou de jour se randre checun avec ses armes au cartier qui leur est ordonné dessoubz la charge de leurs cappitaines isliers.

Est aussi enjoinct et commandé a toutz les hostes des hostaleries des fauxbourgs de la presente vile, a peyne de prison et de punition corporele, de venir checun jour dire et deslivrer audict sieur de St-Vidal ou sieurs consulz de la présente vile le nombre d’hommes estrangiers qui seront lougez en leurs lougis, et balher le nom et surnom d’iceux et en oultre se saisir les armes que leurs hostes pourroyent avoir, de les advertir de se retirer de jour dans leurs lougis sans sourtir dehors ni discourir ès lesditz fauxbourgs après que la retraite sera donnée, à ce que par leur moyen auculn bruyt ou scandale ne puisse survenir.

De mesme est enjoinct à toutz lesdictz habitanz de se trouver les jours quilz seront de garde avec leurs armes a la fermeture de la porte de la présente vile pour après dez l’instant entrer en garde en la place du Martouret et sur la courtine de la muralhe de ladicte vile, et ce a peyne de deux escus d’amende contre chacun défalhant, et sur mesme peyne leur est inhibé de dessandre ni delaisser ou abandonner ladicte garde pour quelconque occasion que ce soyt jusques au lendemain heure de sept du matin que la porte sera ouverte et les autres gardes poustés.

En oultre est inhibé et deffandu ausditz habitanz silz ne sont de garde et a toutz estrangiers de quelque estat, qualité ou coudition quilz soyent, de passé l’heure de huict heures du soir que la cloche de la retraite aura cessé de sonner, aler et discourir par la vile avec armes sans appourter du feu, leur faisant très expresse inhibition et deffanse de pourter aulcunes armes a feu, long boys ou halebardes sous peyne de prison et punition exemplère.

Faict au Puy le vingt quatriesme may mil cinq cent quatre vingtz et cinq. Sainct Vidal (s. a.) — Par commandemant de mondit seigneur : Durrieu — Sceau en papier.

(Original sur papier — Arch. départ. de la Haute-Loire).




VI

Plaintes des habitans de…… sur les déprédations commises par le capitaine protestant Chambonas, après la prise du château d’Arlempdes[4].


1588.
Monseigneur,

Il y a douze jours que le cadet de Chambonas a mis et retiré dans le chasteau d’Arlende a quatre lieues de ceste ville au diocèse de Viviers ou il faisait sa demeure ung grand nombre de gens de guerre a pied et a cheval que commettent une infinité de ravages sur les habitans de ce pays, ayans bruslé des maisons, faist plusieurs prisonniers, prins et voullé les mulletiers et voituriers venans en ceste ville, envoyé des billiètes a la pluspart des perroisses de ce diocèse et faict toutes autres actes d’hostillité à la ruyne entière des pouvres habitans de ce pays, disant avoir commandement et commission de vous, Monseigneur, pour tenir ledict chasteau avec main armée pour faire la guerre et offencer les habitans de ce pays, ce que ne pouvons croire, de tant, Monseigneur, que nous avons tousiours demeuré et nous sommes tousiours souls l’obéyssance du roy et [la] votre, et avons obey a vous (sic) commandemans de tout notre pouvoir sans qu’ayons jamais donné occasion a personne durant ses troubles de nous meffaire et travallier comme faict à présent ledict Chambonas, auquel vous supplions très-humblement, Monseigneur, de voulloir escripre et luy comander de ne cometre telles actes sur les habitans de ce pays, mais ou (sic) vous trouverez bon que ledict Chambonas heust garnison dans ledict chasteau d’Arllande, qu’il s’adresse pour l’entretenement de ses soldats sur les habitans du pays de Viveroys dans lequel ledict chasteau d’Arlende est assis. Et nous continuerons de vous obéir et faire très-humble servisse et prierons le Seigneur de vous donner,

Monseigneur…
(Original sans date ni adresse appartenant à M. l’abbé Payrard).


VII

Quittance du sénéchal de Chaste pour ses avances de guerre.


13 mai 1590.

Nous Françoys de Chaste, chevalier de l’ordre du roy, cappitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances, seneschal du Puy et pays de Vellay et lieutenant-général pour Sa Majesté audit pays en l’absence de monseigneur le duc de Montmorancy, confessons avoir eu et receu comptant de M. Antoine Roqueplan, receveur des tailhes du diocèse du Puy, la somme de deux mil quatre cens cinquante deux escus trois solz quatre deniers à nous ordonnée par Messieurs des Estaz dudit pays en ung article de l’estat de l’assiette extraordinaire faicte au chasteau d’Espaly le unzieme novembre mil Vc IIIIxx neuf, pour nostre paiement des bleds, vins et chairs baillés et fourniz par nos receveurs de la Brosse et de la Faye au sieur de Chambon, commissaire des vivres pour le service de Sa Majesté audict pays en ladicte année mil Vc IIIIxx neuf, de laquelle somme de IIm IIIIc LII escus nous sommes contant et bien payé et en quictons ledict sieur Roqueplan et tous aultres par la présente signée de nostre main. A Polignac le treiziesme jour du moys de may mil Vc IIIIxx et dix. — Chaste (s. a). — Plus bas : ne varietur : Bertrand.

(Original sur parchemin portant un sceau plaqué
aux armes de de Chaste. — Arch. départ. de
la Haute-Loire)




VIII

Lettre du duc de Nemours au sieur de Champetières, aux officiers et consuls de Montfalcon[5].


30 août 1591.


Le duc de Genevoys et de Nemours, pair de France, au sieur de Champestrières, officiers et consuls de la ville de Montfalcon.


Nous ayant esté remonstré par les gens des troits estats du pays de Vellay assemblés par notre commandement dans la ville du Puy le peu de moyens que ledict pays avoit pour soubstenir les grands frais et despenses qu’il conviendrait faire pour l’entretenement des garnisons que seroient nécessaires establyr ou plusieurs villes et chateaux dudict pays pour la conservation d’icelles soubs le party de la saincte Union des catholiques, et le danger qu’il y auroit questant lesdicts villes et chateaux destitués desdictes garnisons les ennemys dudict parti de nouveau vinssent à s’emparer desdites places et par moyen d’icelles troubler le repos dudict pays, pour a quoy obvier nous aurions résolu et ordonné que l’ensseinte ou murailhes de ladicte ville de Montfalcon, ensemble les tours et autres fortifications d’icelle seront desmoulies, les fossés remplis et aplanis. A ceste cause et aux fins que notre ordonnance et résolution sorte son plain et entier effect nous vous mandons et enjoignons très-expressement que tout incontinant et sans dellay vous ayez a procéder ou fère procéder à la desmolition et rasement desdites murailles, fortifications et fossés et icelles mettre et réduire entièrement au socq ou le plus exactement que fère se ce pourra, a ce que par cy après il n’en puisse mesadriver, dont donnant pouvoir et puyssance de pouvoir constraindre par toutes voyes deues, voire par les voyes de la guerre, tant les habitans de ladite ville de Montfalcon que autres des parroisses ou mandements circonvoisins d’icelle a travallier a ladicte desmolition et satisfaire aux frais et despences que pour ce regard seront nécessaires. A quoy vous ne ferès faute de tenir la main avec la diligence et scélérité requise sur peynes de nous en en (sic) respondre en vostre propre et privé nom, enjoignant en oultre et commandant a tout (sic) capitaines et gens de guerre de cheval ou de pied qui par vous seront requis de vous assister avec leurs forces et prester main forte pour l’exécution de notre ordonnance et a tous autres de vous obeyr pour les choses susdictes comme à nous sur peyne de punition exemplere. Faict au Puy le trentiesme jour d’aoust l’an mil cinq cens quatre vingts unze.

CHARLES. E. DE SAVOYE.
Par Mondict Seigneur
Botman.
(Original sur papier appartenant à M. l’abbé Payrard).




IX

Lettre du sénéchal de Chaste[6] au roi Henri IV, pour lui rendre compte de l’état du Velay.


12 février 1592.
Sire,

Il y a si longtemps que je n’ay eu moyen d’advertir Vostre Majesté de l’estat de ce pays que cela me contrainct de vous suplier très humblement d’excuser la prolixité de ceste lettre par laquelle je vous en fais le plus succinct et véritable discours que je puis. C’est qu’après la mort du feu sieur de Sainct Vidal, ayant réduit sous vostre obéissance toutes les places de ce pays, excepté la ville du Puy, sur le mois de juillet, estant assisté du sieur de Chambaud et de son régiment de gens de pied, je me mis en devoir de faire le gast et empescher ceux du Puy de faire leur moisson, et pour cet effet je fis réédifier et réparer les ruines du chasteau d’Espaly, proche d’une canonade de ladicte ville, m’estant logé en leurs fauxbourgs et les ayant réduitz à toute extrémité, sans le secours qu’ilz eurent premièrement des ligueurs du pays de Viverès et puis du sieur d’Urfé et de toutes les forces du pays de Forest, par lesquelles toutesfois on ne nous peust détourner de nostre dessein de la réparation dudit Espaly, qui ne se passa sans plusieurs combats, la pluspart à nostre advantaige, mais ceulx de ladicte ville du Puy prévoyant leur captivité infaillible s’ilz se laissoient encloire par ledict fort, ne cessèrent d’importuner tant ceux de la ville de Lyon que Monsieur le duc de Nemours, qu’enfin ilz obtinrent de luy qu’il les vint secourir avec toutes ses forces sur le mois d’aoust, et ayant premièrement le marquis d’Urfé, puis ledict sieur de Nemours assiégé ledict Espaly et le battu de cinq pièces et quelques moyennes et tiré environ 800 coups de canon, sans y rien advancer, comme ceste place freichement et dans 15 jours réparée ne pouvoit sitost estre bien munie, les assiégés furent après environ un mois réduitz à nécessité de vivres et d’eau principalement, qu’ilz endurèrent jusques a boire trois jours durant de leur urine, qui fust cause que le sieur de Sénenghoul, qui pour l’haine que le party contraire luy porte ne se vouloit fier aux capitulations, s’estant sauvé avec partie de ses gens en une sortie, le surplus, qui avoit esté empesché de le pouvoir suivre, capitula et rendirent la place, vies sauves, ce qui ne fust advenu si j’eusse pu retirer du secours des gouverneurs circonvoisins du Viverès, Auvergne ou Dauphiné, qu’en vain je ne cessay d’implorer, voire seulement jusques à cent ou 150 maittres ; car avec l’infanterie dudict sieur de Chambault et mienne on avoit moyen de ravitailler ledit Espaly, ce que faisant ledit sieur de Nemours estoit dutout arresté, et l’orage qui depuis a affligé si avant toute l’Auvergne et autres pays, où ledict sieur de Nemours a esté, ne s’en fust ensuivi ; mais me trouvant frustré et desnué de toute ayde et les places non tenables de ce pays rendues audit sieur de Nemours, la plupart de la noblesse de ce pays qu’avoit tenu pour vostre service, craignant la perte de leurs maisons, vint trouver ledit sieur de Nemours, desquelz il print serment, selon le formulaire qu’il leur bailla, qu’est en somme de ne recognoistre jamais roy hérétique et de tenir ce point pour loy fondamentale de cest estat ; et par le soustien des troupes dudict sieur de Nemours ceux de la ville du Puy ravagèrent et ruinèrent avec toute cruauté le surplus du pays qui avoit demeuré fidelle à Vostre Majesté.

Toutesfois se voyant bien peu solaigés par la présence dudit sieur de Nemours qui n’avoit moyen d’entreprendre sur ce qui me reste et que leur secours les ruinoit ilz trouvèrent moyen de parler de tresve, à laquelle je condescendis me voyant aussy desnué et sous conditions toutesfois advantageuses, comme par la copie que j’envoye à Vostre Majesté des articles de ladicte tresve elle pourra juger ; mais de leur part après le despart dudict sieur de Nemours ilz n’ont voulu accomplir les choses par eulx promises, qu’est cause que nous sommes au mesme estat de guerre qu’auparavant, leur ayant faict paroistre le peu de fruict que leur perfidie leur apporte ; ayant de bien peu failly emporter ladicte ville du Puy par retard du costé d’une porte murée qu’avons faict recognoistre, et ayant déja réduit aucuns forts occupés par eulx et espéré en Dieu de les plus travailler qu’auparavant, mais d’entreprendre leur conqueste ; estant entre eulx et la ville de Lyon et n’y ayant personne qui s’oppose audict duc de Nemours, ce seroit la troisiesme fois m’attirer toutes leurs forces sur les bras, le semblable m’estant advenu l’année precedente, joinct l’affaiblissement des moyens qui me restent, et à vos sujects de ce pays, lesquelz et mesme la plupart de ceux qui ont juré audict sieur de Nemours, je reconnois assurément vous estre fidelles, tant pour leur affection que pour les désordres et injures cruelles que la Ligue leur a faict souffrir : que s’il plaist à Vostre Majesté s’informer de l’estat de ces quartiers elle trouvera que la ruine de ces provinces provient de ce que la ville de Lyon et les pays de Forests ont esté laissés en paix, d’où les forces à toute heure ont rollé et sur nous et sur l’Auvergne et en Bourgoigne selon les occurrences ; combien que la comté du pays de Forest d’où dépend celle de Lyon soit très aisée et que Vostre Majesté ait beaucoup de serviteurs qui n’attendent que d’estre secourus et pour ce deffaut s’accoustument à la rébellion. Que s’il n’y est pourveu, ne fault doubter qu’à ceste prime ledict sieur de Nemours n’afflige plus avant ces provinces et n’y prenne meilleur et plus assuré pied, là ou au contraire l’occupant en la ville de Lyon, la réduction de ce qu’est en ma charge s’en ensuivroit, m’assurant que Vostre Majesté peut assès estre informée de combien cela importeroit au surplus du voisinage, comme je veux croire que monseigneur le maréchal d’Aumont l’aura fait et vous faict entendre la facilité des moyens d’y parvenir, qui faict que laissant ce discours, je supplyerai très humblement Vostre Majesté qu’ayant esté contrainct en l’année 1589 pour conserver ce pays en vostre obéissance m’ayder de vos deniers de l’ayde, octroy, pour entretenir les gens de guerre qu’estoient en yceluy, pour lesquels les comptables commis par moy à la recepte et despenses desditz deniers, sont travaillés par Messieurs des Comptes et trésoriers de France de Languedoc, pour la diversion de l’ordre de vos finances qu’ilz y treuvent ; ores que je vous atteste du fidelle maniement d’icelles, et comme il plaira à Vostre Majesté faire voir à son conseil l’estat au vray que je vous envoye, il vous plaise icelluy valider, et autoriser à ce que lesdictz comptables et moy en soyons valablement deschargez, suivant ce que par vos précédentes a pleu à Vostre Majesté m’en accorder.

Et sur ce prieray Dieu, sire, que luy plaise vous donner en santé et très longue et très heureuse vie l’accomplissement de voz désirs.

De Polignac ce XIIe de febvrier 1592. — Chaste.


Sire, je supplie aussy très humblement Vostre Majesté vouloir accorder au lieutenant principal de cette sénéchaussée et au receveur Roqueplan, personnages qui m’ont toujours assisté et exposé vie et biens pour vostre service, l’appoinctement de la juste requeste cy incluse, aux piéces attachées de laquelle Vostre Majesté verra copie du serement qu’on a faict faire à ceux qui de vostre service se sont révoltés à la Ligue pendant la tresve, et si Vostre Majesté est en volonté de pourveoir à l’estat de séneschal de Gévauldan, que luy plaise se souvenir du sieur de Sénenghoul, suivant ce que par ses précédentes m’en a pleu asseurer.

(Bibl. nat. Fonds Dupuy, t. 61, n°160).




X

Lettre de Henri IV au duc de Joyeuse.


11 décembre 1596.

A mon cousin le duc de Joyeuse, pair, mareschal de France et mon lieutenant général au pays de Languedoc.

Mon cousin, je crois qu’il vous sera resouvenu de la charge expresse que je vous donnay à vostre partement de tenir la main quand vous serès par dela à ce que l’édict du parisis des greffes fust vérifié en ma court de parlement de Thoulouse, comme il a esté en toute celles de deça. Toutesfois parce que je sus adverty qu’il n’y a encore esté satisfaict, j’en fais présentement une dépesche a ma dicte court de parlement, vous ayant aussy bien voulu faire resouvenir par cestecy de ce que je vous en deis à vostre partement, et vous prie de leur faire bien comprendre comme la longueur en laquelle ils tiennent ceste affaire porte un extresme préjudice à mes affaires qui manquent à faulte de cela (d’être) secourus du fruict qui doibt provenir desdits édicts en ma province de Languedoc. Je vous veux bien aussy ramentevoir l’estat de ma ville du Puy, que j’entends plus tost empirer qu’aultrement. C’est pourquoy vous me ferès service bien agréable s’il vous est à commodité de faire un voyage pour y remettre les choses en meilleur ordre qu’elles n’y sont, car si cela continue guères davantage, ils me feront prendre quelque résolution qui ne sera à leur honneur ni à leur contentement, ce que je vous prie de leur bien faire entendre, et particulièrement a ceulx que vous sçavès bien qui les soustiennent en cela ; et n’ayant pour ceste fois à vous dire rien icy davantage, je prie Dieu, mon cousin, vous conserver en sa saincte garde. Escript à Rouen le 11e jour de décembre 1596.

HENRY.
Forget.
(Original. Archives de la famille de Sainte-Aulaire).


Ch. Rocher.




  1. Lettres d’un habitant des Landes, par Frédéric Bastiat, Paris, 1878. Imprimerie de A. Quantin.
  2. La Justice royale au moyen âge, par Fustel de Coulanges, Revue des Deux-Mondes, 1871, pp. 536 et sq.
  3. Nous devons les titres qui précèdent à l’obligeante communication de M. Emmanuel Grellet, alors sous-préfet à Largentière.
  4. Voir Burel, p. 133 ; Arnaud, I, pp. 437 et 455.
  5. Burel, pp. 296 et 298.
  6. François Alphonse de Clermont de Chaste, comte de Roussillon, sénéchal de Velay, épousa en premières noces le 20 janvier 1588 Françoise de Montmorin, dame d’Auzon, de Bothéon, de Chassignoles, veuve de Louis Armand, vicomte de Polignac, mort à Paris en février 1584. Il se remaria avec Claire de Morges, dame de Noyers. Le premier mariage de François Alphonse de Clermont avec la vicomtesse de Polignac lui donna en Velay une haute position. La veuve du vicomte avait de belles alliances en Auvergne et elle procura plus d’une fois à son second mari l’aide de la noblesse de cette province voisine. Quand on étudie l’histoire de ces âges troublés il faut tenir grand compte des relations de famille. Françoise de Montmorin était fille de Gaspard de Montmorin, seigneur de Saint-Hérem, d’Auzon, de Billac, de Spirat, de Bréon, de Chassignoles et de Bothéon, chevalier des Ordres du roi, gouverneur de la Haute et Basse-Auvergne après son père, et de Louise d’Urfé, dame de Balzacet de Paulhac, fille elle-même de Claude d’Urfé et de Jeanne de Balzac (Histoire généalogique du P. Anselme, t. II, p. 132, t. VIII, pp. 819 et 820).