La Lionne et l’Ourse

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Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 149-151).

XII.

La Lionne & l’Ourſe.


MEre Lionne avoit perdu ſon fan.
Un Chaſſeur l’avoit pris. La pauvre infortunée
Pouſſoit un tel rugiſſement

Que toute la Foreſt eſtoit importunée.
La nuit ny ſon obſcurité,
Son ſilence & ſes autres charmes,
De la Reine des bois n’arreſtoit les vacarmes
Nul animal n’eſtoit du ſommeil viſité.
L’Ourſe enfin luy dit : Ma commere,
Un mot ſans plus ; tous les enfans
Qui ſont paſſez entre vos dents,
N’avoient-ils ny pere ny mere ?
Ils en avoient. S’il eſt ainſi,
Et qu’aucun de leur mort n’ait nos teſtes rompuës,
Si tant de meres ſe ſont teuës,
Que ne vous taiſez-vous auſſi ?
Moy me taire ? moy malheureuſe !
Ah j’ay perdu mon fils ! Il me faudra traiſner
Une vieilleſſe douloureuſe.

Dites-moy, qui vous force à vous y condamner ?
Helas ! c’eſt le deſtin qui me hait. Ces parolles
Ont eſté de tout temps en la bouche de tous.
Miſerables humains, cecy s’adreſſe à vous :
Je n’entens reſonner que des plaintes frivoles.
Quiconque en pareil cas ſe croit hai des Cieux,
Qu’il conſidere Hecube, il rendra grace aux Dieux.