La Loi de Lynch/39

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Amyot (p. 435-448).

XXXIX.

Le sanglier aux abois.

Don Pablo sortit en courant de la grotte, et rejoignit en toute hâte Andrès Garote.

Le gambucino dormait toujours.

Le jeune homme eut assez de peine à le réveiller. Enfin il ouvrit les yeux, se dressa sur son séant, se détira pendant assez longtemps, enfin, lorsqu’il aperçut les étoiles :

— Quelle mouche vous pique ? dit-il d’un ton de mauvaise humeur ; laissez-moi dormir, à peine si j’ai eu le temps de faire un somme ; le jour est loin encore.

— Je le sais mieux que vous, puisque je ne me suis pas couché, répondit don Pablo.

— C’est le tort que vous avez eu, fit l’autre en bâillant à se démettre la mâchoire. Croyez-moi, dormez, bonsoir !

Et il essaya de se recoucher ; mais le jeune homme ne lui en laissa pas le temps.

— Il est bien temps de dormir, dit-il en lui enlevant son zarapè, dont l’autre cherchait en vain à s’envelopper.

— Ah çà ! vous êtes donc enragé, pour me tourmenter ainsi ? s’écria-t-il avec colère. Voyons, que se passe-t-il de nouveau ?

Don Pablo lui raconta ce qu’il avait fait.

Le gambucino l’écouta avec la plus profonde attention ; lorsque son récit fut terminé, il se gratta la tête avec embarras, et répondit :

— Demonios ! c’est grave ! c’est excessivement grave ! Tous ces amoureux sont fous ! Vous nous avez fait manquer notre expédition.

— Croyez-vous ?

— Canelo ! j’en suis sûr ; le Cèdre-Rouge est un vieux coquin, malin comme un opossum ; maintenant il a l’éveil, bien fin qui l’attrapera.

Don Pablo le regardait avec un visage consterné.

— Que faire ? disait-il.

— Décamper ; c’est le plus sur. Vous comprenez bien que l’autre est à présent sur ses gardes.

Il y eut un assez long silence entre les deux interlocuteurs.

— Ma foi ! dit tout à coup le gambucino, je n’en aurai pas le démenti, je veux jouer un tour de ma façon au vieux diable.

— Quel est votre projet ?

— Cela me regarde ; si vous aviez eu plus de confiance en moi, tout cela ne serait pas arrivé, nous aurions arrangé les choses à la satisfaction générale. Enfin, ce qui est fait est fait, je vais essayer de réparer votre maladresse. Quant à vous, allez-vous-en.

— Que je m’en aille ! Où cela ?

— Au bas de la montagne ; seulement, ne remontez pas sans que nos compagnons soient avec vous ; vous leur servirez de guide pour se rendre ici.

— Mais vous ?

— Moi ? Ne vous inquiétez pas de moi. Adieu.

— Enfin, dit le jeune homme, je vous laisse libre de faire comme vous l’entendrez.

— Vous auriez dû plus tôt prendre cette résolution. Ah ! à propos, laissez-moi votre chapeau, voulez-vous ?

— De grand cœur ; mais vous en avez un.

— J’ai besoin d’un second, probablement. Ah ! encore un mot.

— Dites.

— Si par hasard vous entendiez du bruit, des coups de fusil, que sais-je, moi ? en descendant, ne vous en inquiétez pas, et surtout ne remontez pas.

— Bon, c’est convenu ; adieu !

— Adieu !

Après avoir jeté son chapeau au gambucino, le jeune homme plaça son fusil sur son épaule, et se mit à descendre la montagne ; il disparut bientôt dans les innombrables sinuosités du sentier.

Aussitôt qu’Andrès Garote se vit seul, il ramassa le chapeau de don Pablo et le lança à toute volée dans le précipice, puis il le suivit des yeux dans sa course.

Après avoir tournoyé assez longtemps en l’air, le chapeau toucha une pointe de rocher, rebondit, et finit enfin par s’arrêter à une assez grande profondeur sur le flanc de la montagne.

— Bon ! dit le gambucino avec satisfaction, il est bien là ; à autre chose maintenant.

Andrès Garote s’assit alors sur le sol, prit son rifle et le déchargea en l’air ; saisissant immédiatement un des pistolets qu’il portait en ceinture, il étendit le bras gauche et lâcha la détente : la balle lui traversa les chairs de part en part.

— Caramba ! fit-il en se laissant aller tout de son long sur le sol, cela fait plus de mal que je ne croyais ! enfin c’est égal, le principal c’est que je réussisse ; à présent, attendons le résultat.

Un quart d’heure à peu près se passa sans que rien ne troublât le silence du désert.

Andrès, toujours étendu, geignait et se plaignait de façon à attendrir les pierres. Enfin un léger bruit se fit entendre à une légère distance.

— Eh ! murmurait gambucino qui surveillait sournoisement ce qui se passait, je crois que cela mord et que le poisson est dans la nasse.

— Qui diable ayons-nous là ? dit une voix rude ; voyez donc, Sutter.

Andrès Garole ouvrit les yeux et reconnut le Cèdre-Rouge et son fils.

— Ah ! fit-il d’un ton dolent ; c’est vous, vieux squatter. D’où diable sortez-vous ? Si j’attendais quelqu’un, ce n’était certes pas vous, bien que je sois charmé de vous rencontrer.

— Je connais cette voix, dit le Cèdre-Rouge.

— C’est Andrès Garote, le gambucino, répondit Sutter.

— Oui, c’est moi, mon bon Sutter, dit le Mexicain. Ah ! aie ! que je souffre !

— Ah çà, qu’est-ce que vous avez et comment vous trouvez-vous ici ?

— Vous y êtes bien, vous, reprit aigrement l’autre. Cuerpo de Dios ! tout a été de mal en pis pour moi depuis que j’ai quitté mon rancho pour venir dans cette prairie maudite.

— Voulez-vous répondre, oui ou non ? fit le Cèdre-Rouge en frappant avec colère la crosse de son rifle sur le sol et en lui jetant un regard soupçonneux.

— Eh ! je suis blessé, cela se voit de reste : j’ai une balle dans le bras et le corps tout contusionné. Santa Maria ! que je souffre ! Mais c’est égal, le brigand qui m’a si bien arrangé ne fera plus de mal à personne.

— Vous l’avez tué ? demanda vivement le squatter.

— Un peu ! Tenez, là, dans ce précipice ; regardez, vous verrez son corps.

Sutter se pencha.

— Je vois un chapeau, dit-il au bout d’un instant ; le corps ne doit pas être loin.

— À moins qu’il ait roulé jusqu’au fond de la barrauca, reprit Andrès.

— Ce qui est probable, appuya Sutter, car le roc est presque à pic.

— Oh ! demonios ! nuestra señora ! que je souffre ! geignit le gambucino.

Le squatter s’était à son tour penché sur le précipice. Il avait reconnu le chapeau de don Pablo ; il poussa un soupir de satisfaction et retint près d’Andrès.

— Voyons, dit-il d’un ton radouci, nous ne pouvons toute la nuit rester là ; peux-tu marcher ?

— Je ne sais pas, j’essayerai.

— Essaye donc, au nom du diable !

Le gambucino se leva avec des peines infinies et essaya de faire quelques pas, mais il retomba.

— Je ne peux pas, dit-il avec découragement.

— Bah ! fit Sutter, je vais le mettre sur mon dos, il n’est pas bien lourd.

— Fais vite et finissons-en.

Le jeune homme se baissa, prit le gambucino dans ses bras et le plaça sur ses épaules avec autant de facilité que s’il n’eût été qu’un enfant.

Dix minutes plus tard, Andrès Garote était dans la grotte, étendu devant le feu, et Fray Ambrosio lui bandait le bras.

— Eh ! compañero, dit le moine, tu as été fort adroitement blessé.

— Comment cela ? demanda le Mexicain avec inquiétude.

— Ma foi ! oui : une blessure au bras gauche ne t’empêcherait pas, en cas d’alerte, de faire le coup de feu avec nous.

— Je le ferai, soyez-en persuadé, répondit-il avec un accent singulier.

— Avec tout cela, tu ne m’as pas dit par quel hasard tu te trouvais dans la montagne, reprit le Cèdre-Rouge.

— Par un hasard bien simple : depuis la destruction et la dispersion de notre pauvre cuadrilla, j’erre de tous les côtés comme un chien sans maître ; chassé par les Indiens pour avoir ma chevelure, poursuivi par les blancs pour être pendu, comme ayant fait partie de la bande du Cèdre-Rouge, je ne sais où me réfugier. Il y a deux ou trois jours déjà que le hasard m’a conduit dans cette sierra ; cette nuit, au moment où, après avoir mangé une bouchée, j’allais tâcher de dormir, un individu que l’obscurité m’a empêché de reconnaître s’est jeté à l’improviste sur moi ; vous savez le reste, mais c’est égal, son compte est bon.

— Bien, bien, interrompit vivement le Cèdre-Rouge, garde cela pour toi ; maintenant, bonsoir ; tu dois avoir besoin de repos, dors si tu peux.

La ruse du gambucino était trop simple et en même temps trop adroitement ourdie pour ne pas réussir.

Nul ne peut supposer que, de gaieté de cœur, un individu s’amuse à se faire à soi-même une blessure grave. Ce qui avait encore aidé à dissiper les soupçons du Cèdre-Rouge, c’était la vue du chapeau de don Pablo.

Comment croire que deux hommes de position, de cœur et surtout de réputation si opposés pussent pactiser ensemble ? Cela ne tombait pas sous le sens ; tout était croyable, excepté cela.

Aussi les bandits, qui reconnaissaient en Garote un des leurs, n’avaient-ils aucune méfiance de lui.

Le digne ranchero, heureux d’être introduit dans l’antre du lion, presque certain désormais de la réussite de son projet et trop habitué aux blessures pour se soucier beaucoup de celle qu’il s’était lui-même administrée avec une dextérité digne d’éloges et qui prouvait son savoir-faire, reprit son sommeil interrompu si brusquement par don Pablo et dormit tout d’une traite jusqu’au point du jour.

Lorsqu’il se réveilla, Fray Ambrosio était auprès de lui, en train de préparer le repas du matin.

— Eh bien, lui demanda le moine, comment vous sentez-vous à présent ?

— Beaucoup mieux que je ne l’aurais supposé, répondit-il ; le sommeil m’a fait du bien.

— Voyons votre blessure, compadre.

Andrès présenta son bras que le moine pansa.

Les deux hommes continuèrent à causer entre eux comme deux vieux amis charmés de se revoir après une longue absence.

Soudain le Cèdre-Rouge accourut, son rifle à la main.

— Alerte ! alerte ! cria-t-il, voilà l’ennemi !

— L’ennemi ! fit le gambucino. Canelo ! où est mon rifle ? Si je ne puis pas me tenir debout, je tirerai assis ; il ne sera pas dit que je n’ai pas aidé des amis dans l’embarras.

Sutter accourait en même temps d’un autre côté en criant :

— Alerte !

Cette coïncidence étrange de deux attaques faites à la fois de deux côtés différents donna à réfléchir au Cèdre-Rouge.

— Nous sommes trahis ! s’écria-t-il.

— Par qui ? lui demanda effrontément le gambucino.

— Par toi, peut-être ! répondit le squatter avec colère.

Andrès se mit à rire.

— Vous êtes fou, Cèdre-Rouge, dit-il, le danger vous fait perdre la tête ; vous savez bien que je n’ai pas bougé d’ici.

Il fallait se rendre à l’évidence.

— Et pourtant, je jurerais que quelqu’un de nous a trahi, reprit le squatter avec rage.

— Au lieu de récriminer comme vous le faites, dit Andrès avec un accent de dignité blessée parfaitement jouée, vous feriez mieux de fuir. Vous êtes un trop fin renard pour n’avoir qu’un trou à votre terrier ; toutes les issues ne peuvent être bouchées, que diable ! Pendant que vous vous échapperez, moi, qui ne puis marcher, je soutiendrai la retraite, vous verrez alors si c’est moi qui vous ai trahi.

— Tu ferais cela ?

— Je le ferai.

— By God ! tu es un homme alors, et je te rends mon estime.

En ce moment, le cri de guerre des Comanches éclata strident à une des entrées du souterrain, tandis que d’un côté opposé on entendait :

— Blood’s Son ! Blood’s Son !

— Hâtez-vous ! hâtez-vous ! cria le gambucino en saisissant résolument son rifle jeté à ses côtés.

— Oh ! ils ne me tiennent pas encore ! répondit le Cèdre-Rouge en saisissant dans ses bras nerveux sa fille qui était accourue au premier bruit et se pressait tremblante à ses côtés.

Les trois bandits disparurent dans les profondeurs du souterrain.

Andrès bondit comme poussé par un ressort et s’élança à leur poursuite, suivi par une vingtaine de guerriers comanches et apaches qui l’avaient rejoint et en tête desquels se trouvaient l’Unicorne, le Chat-Noir et l’Araignée.

Bientôt ils entendirent, répercuté par les échos de la grotte, le crépitement de la fusillade.

La lutte était engagée.

Le Cèdre-Rouge s’était trouvé face à face avec Valentin et ses compagnons en essayant de fuir par une issue qu’il ne croyait pas gardée.

Il se rejeta brusquement en arrière, mais il avait été aperçu, et la fusillade avait immédiatement commencé.

C’était un combat terrible que celui qui allait se livrer sous les voûtes sombres de cette vaste grotte. Ces ennemis implacables, enfin en présence, ne devaient attendre aucune merci les uns des autres.

Cependant le Cèdre-Rouge ne se décourageait pas. Tout en répondant vigoureusement aux coups de feu de ses adversaires, il regardait incessamment autour de lui afin de découvrir une issue nouvelle.

L’obscurité complète qui régnait dans la grotte venait en aide aux bandits qui, grâce à leur petit nombre, s’abritaient derrière des quartiers de roc et évitaient les balles, tandis que leurs coups, tirés dans la masse compacte des ennemis qui se pressaient autour d’eux, portaient presque tous.

Tout à coup le squatter poussa un cri de triomphe, et, suivi de ses compagnons, il disparut comme par enchantement.

Les Indiens et les partisans se dispersèrent alors pour se mettre à la recherche des bandits.

Mais ils s’étaient évanouis sans laisser de traces.

— Nous ne les trouverons jamais de cette façon, cria Valentin ; nous risquons de tirer les uns sur les autres. Que quelques guerriers se détachent pour aller couper des torches pendant que nous garderons toutes les issues.

— C’est inutile, dit Curumilla qui arrivait chargé de bois-chandelle.

Au bout d’un instant, la grotte resplendit de lumière.

Alors le couloir latéral par lequel s’était évadé le Cèdre-Rouge s’offrit aux regards étonnés des Comanches, qui avaient vingt fois passé devant sans le voir.

Ils l’envahirent en hurlant.

Mais ils reculèrent aussitôt : ils avaient été accueillis à coups de rifle, et trois des leurs se tordaient dans les convulsions de l’agonie.

Ce couloir était bas, étroit, et allait en montant ; il formait une espèce d’escalier. C’était, en somme, une redoutable position. Quatre hommes ne pouvaient que difficilement s’y engager de front.

Dix fois les Comanches retournèrent à la charge, dix fois ils furent contraints de reculer.

Les morts et les blessés s’entassaient dans le souterrain.

La position devenait critique.

— Arrêtez ! cria Valentin.

Tout le monde s’immobilisa.

Alors Valentin, don Miguel, don Pablo, l’Unicorne, la Gazelle blanche, le Chat-Noir, le Blood’s Son et quelques autres chefs se réunirent en conseil.

Curumilla était sorti de la grotte avec une douzaine de guerriers auxquels il avait fait signe de le suivre.

Comme cela n’arrive malheureusement que trop souvent dans les circonstances précaires, chacun émettait un avis différent sans qu’il fût possible de s’entendre.

En ce moment Curumilla parut, suivi de ses guerriers chargés comme lui de feuilles et de bois sec.

— Attendez ! dit Valentin en désignant le chef, c’est Curumilla qui a eu la seule bonne idée.

Les autres ne comprenaient pas encore.

— Allons, mes enfants ! cria le chasseur, un dernier assaut !

Les Comanches se précipitèrent avec fureur dans le couloir ; mais une nouvelle décharge les obligea encore à reculer.

— Assez ! commanda le Français, voilà tout ce que je voulais savoir.

On lui obéit.

Valentin se tourna alors vers les chefs qui raccompagnaient.

— Il est évident, dit-il, que ce couloir n’a pas d’issue ; dans le premier moment de précipitation, le Cèdre-Rouge ne s’en est pas aperçu, sans cela il n’aurait pas été s’y jeter ; si ce couloir avait une issue, les bandits, au lieu de demeurer en embuscade, auraient profité du moment de répit que nous leur avons donné pour s’échapper.

— C’est vrai, répondirent les chefs.

— Ce que je vous apprends en ce moment, Curumilla l’avait deviné ; la preuve en est qu’il a trouvé le seul moyen d’obliger ces démons à se rendre : c’est de les enfumer.

Des cris d’enthousiasme accueillirent ces paroles.

— Guerriers ! reprit Valentin, jetez dans cet antre le plus de bois et de feuilles que vous pourrez ; lorsqu’il y en aura un amas considérable, nous y mettrons le feu.

Chacun à l’envi l’un de l’autre s’empressa de lui obéir.

Le Cèdre-Rouge et ses compagnons, devinant probablement l’intention de leurs ennemis, tâchaient de s’y opposer en faisant une fusillade incessante, mais les Indiens, rendus prudents par l’expérience, se plaçaient de façon à éviter les balles, qui ne touchaient personne.

Bientôt l’entrée du couloir fut presque obstruée par les matières inflammables de toutes sortes qu’on y avait entassées.

Valentin prit une torche allumée ; mais, avant de mettre le feu, il fit un geste pour commander le silence, et s’adressant aux assiégés :

— Cèdre-Rouge ! cria-t-il, on va vous enfumer ; voulez-vous vous rendre ?

— Allez au diable ! Français maudit ! répondit le squatter.

Et trois coups de feu servirent de péroraison à cette réponse énergique.

— Attention, maintenant ! car lorsque ces démons se sentiront griller, ils tenteront un effort désespéré, dit Valentin.

Il se baissa et jeta la torche sur le bûcher. Le feu pétilla aussitôt, et un épais nuage de fumée et de flamme forma un rideau devant le corridor.

Cependant chacun se tenait prêt à repousser la sortie des assiégés. Les Indiens savaient que le choc serait rude.

Leur attente ne fut pas longue. Soudain ils virent bondir au milieu des flammes trois démons qui se précipitèrent sur eux à corps perdu.

Alors, dans cet étroit espace, il y eut une mêlée affreuse qui dura quelques minutes.

Don Pablo, en apercevant le Cèdre-Rouge, s’était précipité sur lui. Malgré la résistance du bandit, il s’était emparé d’Ellen et l’avait emportée dans ses bras.

Le squatter rugissait comme un tigre, assommant tous ceux qui se présentaient à ses coups. De leur côté, Sutter et Fray Ambrosio combattaient avec cette résolution et ce courage d’hommes qui savent qu’ils vont mourir.

Mais cette lutte désespérée de trois contre plusieurs centaines ne pouvait longtemps durer.

Malgré tous leurs efforts, les trois hommes furent enfin saisis avec des lassos et mis dans l’impossibilité de faire un mouvement.

— Tuez-moi, misérables ! hurlait le Cèdre-Rouge avec désespoir.

Le Blood’s Son s’avança alors vers lui, et, lui touchant l’épaule :

— Vous serez jugé par la loi de Lynch, Cèdre-Rouge, lui dit-il.

À la vue du partisan, le squatter fit un effort terrible pour briser ses liens et se précipiter sur lui ; mais il ne put y réussir et retomba en écumant de rage sur la terre qu’il mordit.

Dès que le combat fut terminé, Valentin se hâta de sortir de la grotte pour respirer un air pur.

Le Rayon-de-Soleil l’attendait.

— Koutonepi, lui dit-elle, le père de la prière, Séraphin, m’envoie vers vous. Votre mère va mourir.

— Ma mère ! s’écria le chasseur avec désespoir ; mon Dieu ! mon Dieu ! comment faire pour me rendre auprès d’elle ?

— Curumilla est prévenu, répondit-elle ; il vous attend au bas de la montagne avec deux chevaux.

Le chasseur se précipita en courant comme un fou le long du sentier.