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La Marche à la lumière, Bodhicaryavatara, avec gravures/3

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Traduction par Louis Finot.
Editions Bossard (p. 38-42).

III

LA PRISE DE LA PENSÉE DE LA BODHI


Félicitation.1. Je me félicite pieusement du bien fait par tous les êtres, grâce auquel ils échappent aux souffrances des lieux de punition ; que ces infortunés soient heureux !

2. Je me félicite que les êtres soient délivrés de la douleur des transmigrations et que les Saints26 soient parvenus à l’état de Bodhisattva et de Buddha.

3. Je me félicite des pensées des Maîtres de la Loi, vastes et profondes comme la mer, qui apportent le bonheur à tous les êtres, qui réalisent l’avantage de tous les êtres.

Supplication.4. Je supplie, les mains jointes, les Buddhas de toutes les régions : qu’ils allument le flambeau de la Loi pour les égarés qui tombent dans le gouffre de la douleur.

Imploration.5. J’implore, les mains jointes, les Buddhas désireux de s’éteindre. Qu’ils demeurent ici-bas pendant des cycles infinis, afin que ce monde ne soit pas aveugle.

Application du mérite.6. Ayant accompli tous ces rites, par la vertu du mérite que j’ai acquis, puissé-je être pour tous les êtres celui qui calme la douleur !

7. Puissé-je être pour les malades le remède, le médecin, l’infirmier, jusqu’à la disparition de la maladie !

8. Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages le supplice de la faim et de la soif, et pendant les périodes de famine des antarakalpas27, devenir moi-même breuvage et nourriture !

9. Puissé-je être pour les pauvres un trésor inépuisable, être prêt à leur rendre tous les services qu’ils désirent !

Abandon.10. Toutes mes incarnations à venir, tous mes biens, tout mon mérite passé, présent, futur, je l’abandonne avec indifférence, pour que le but de tous les êtres soit atteint.

11. Le <span class="lang-sa-NirvâṇaLatn" lang="sa-NirvâṇaLatn">Nirvâṇa, c’est l’abandon de tout ; et mon âme aspire au Nirvâṇa. Puisque je dois tout abandonner, mieux vaut le donner aux autres.

12-16. Je livre ce corps au bon plaisir de tous les êtres. Que sans cesse ils le frappent, l’outragent, le couvrent de poussière ! Qu’ils se fassent de mon corps un jouet, un objet de dérision et d’amusement ! Je leur ai donné mon corps, que m’importe ? Qu’ils lui fassent faire tous les actes qui peuvent leur être agréables ! Mais que je ne sois pour personne l’occasion d’aucun dommage ! Si leur cœur est irrité et malveillant à mon sujet, que cela même serve à réaliser les fins de tous ! Que ceux qui me calomnient, me nuisent, me raillent, ainsi que tous les autres, obtiennent la Bodhi !

17-19. Puissé-je être le protecteur des abandonnés, le guide de ceux qui cheminent et, pour ceux qui désirent l’autre rive, être la barque, la chaussée, le pont ; être la lampe de ceux qui ont besoin de lampe, le lit de ceux qui ont besoin de lit, l’esclave de ceux qui ont besoin d’esclave ; être la Pierre de miracle, l’Urne d’abondance, la Formule magique, la Plante qui guérit, l’Arbre des souhaits, la Vache des désirs28 !

20-21. De même que la terre et les autres éléments servent aux multiples usages des êtres innombrables répandus dans l’espace infini ; ainsi puissé-je être de toutes façons utile aux êtres qui occupent l’espace, aussi longtemps que tous ne seront pas délivrés !

Formation de la pensée de la Bodhi.22-23. Dans le même esprit que les Buddhas précédents ont saisi la Pensée de la Bodhi et se sont astreints à s’y préparer progressivement, je fais naître en moi la Pensée de la Bodhi pour le bien du monde et je pratiquerai dans leur ordre tous les exercices qui y préparent.

24. Ayant de la sorte saisi pieusement la Pensée de la Bodhi, le sage doit l’encourager en ces termes pour en favoriser le développement :

25. Aujourd’hui, ma naissance a fructifié et je profite de ma qualité d’homme. Aujourd’hui, je suis né dans la famille des Buddhas, je suis maintenant fils de Buddha.

26. Maintenant, il me faut agir en homme qui respecte la coutume de sa famille, de telle sorte que la pureté de cette famille ne reçoive de moi aucune tache.

27. Comme un aveugle qui trouve une perle dans un tas d’ordures, ainsi s’est levée en moi, je ne sais comment, cette Pensée de la Bodhi.

28-31. C’est un élixir né pour abolir la mort du monde, un trésor inépuisable pour éliminer la misère du monde, un remède incomparable pour guérir les maladies du monde, un arbre pour délasser le monde fatigué d’errer dans les chemins de la vie, un pont ouvert à tout venant pour le conduire hors des voies douloureuses, une lune spirituelle levée pour apaiser la brûlure des passions du monde, un grand soleil pour dissiper les ténèbres de l’ignorance, un beurre nouveau produit par le barattement du lait de la Bonne Loi.

32. Pour la caravane humaine qui suit la route de la vie, affamée de bonheur, voici préparé le banquet du bonheur, où tous les arrivants pourront se rassasier.

33. Aujourd’hui, en présence de tous les Saints, je convie le monde à l’état de Buddha et, en attendant, au bonheur. Que les dieux, les Asuras29 et tous autres se réjouissent !


NOTES


26. Tâyinas, les Buddhas et les Bodhisattvas.

27. D’après la cosmologie bouddhique, les mondes (cakravâla) sont soumis à un processus alternatif de désintégration et d’intégration. La période qui s’écoule entre le début de la dissolution d’un monde et sa complète restauration est un mahâkalpa (« grand cycle ») ; il est formé de 4 asankhyeyakalpa (« cycles incommensurables ») qui correspondent aux quatre phases de dissolution, chaos, organisation, cosmos. Chaque asankhyeya contient 20 antara-kalpa : un antara-kalpa est la période pendant laquelle la durée de la vie humaine croît depuis dix ans jusqu’à la durée d’un asankhyeya et inversement. La fin de chaque antara kalpa est marquée par sept jours de guerre, sept mois d’épidémie et sept ans de famine.

28. La Pierre de miracle (cintâmani) est un joyau merveilleux, grâce auquel il suffit de penser à une chose pour la réaliser ; l’Urne d’abondance (bhadraghata) est un vase d’où on retire tout ce qu’on veut ; la Formule magique (siddhavidyâ) est une formule grâce à laquelle toute entreprise réussit ; la Plante qui guérit (mahaushadhi) est un remède universel ; l’Arbre des souhaits (kalpavrksha), et la Vache des désirs (kâmadhenu) sont deux des merveilles célestes : l’un porte comme fruits, l’autre donne comme lait tout ce qu’on désire.

29. Démons ennemis des dieux.