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La Monongahéla/Épilogue

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C. Darveau (p. 221-237).

ÉPILOGUE


Si, maintenant, le lecteur désirait connaître ce qui advint des divers personnages de ce récit, nous l’invitons cordialement à lire sans trop de répugnance les faits qui vont suivre et que nous empruntons pour la plupart aux ouvrages déjà cités.

Nous allons nous transporter aux premiers jours du mois de juillet de l’année 1755.

M. de Vaudreuil était mort en 1725, peu de temps après le retour de Daniel de St-Denis. Depuis cette époque, le pays avait été successivement gouverné par les marquis de Beauharnois, de la Jonquière et Duquesne, et finalement par le marquis de Vaudreuil-Cavagnal, le seul gouverneur canadien sous la domination française, et le dernier.[1]

Cette période de trente années est féconde en faits remarquables. Nous signalerons notamment l’expédition heureuse de M. de Ligneris contre les Outagamis et la mort de Mgr de St-Valier en 1727 ; la découverte des Montagnes Rocheuses par M. de Varennes, sieur de la Vérendrye en 1743, après douze années de voyages accompagnés de périls sans nombre ; la prise de Louisbourg par les Anglais en 1745 et l’année suivante la perte de la flotte du duc d’Anville destinée à reprendre cette place ; en 1747, la victoire des Canadiens à Grand-Pré ; en 1754 l’assassinat de Jumonville alors que celui-ci s’avançait vers les Anglais commandés par Washington avec un drapeau de parlementaire ; l’éclatante vengeance que son frère de Villiers en tira en s’emparant du fort Nécessité après huit heures de combat ; la prise par les Anglais des forts Gaspareaux et Beauséjour, grâce à la trahison ou du moins à l’ineptie de Vergor, le protégé de l’infâme Bigot, et la dispersion des Acadiens en 1755.

La dispersion des Acadiens ! Cet acte de vengeance inique, que l’histoire a si souvent condamné et qu’elle ne saurait trop flétrir, trouve sa place ici. Nous en empruntons le récit à Ferland.

« À Grand-Pré, dit-il, Winslow, par une proclamation affichée, invitait les vieillards, les jeunes gens et jusqu’aux enfants mâles de dix ans, de se réunir dans l’église de ce lieu, le vendredi, cinq de septembre 1755, pour recevoir certaines communications qu’il avait à leur faire de la part du gouvernement.

« Plus de cinq cents hommes qui avaient répondu à cet appel furent renfermés dans l’église de Grand-Pré, où Winslow, environné de ses officiers, leur expliqua les intentions du gouvernement.

« Il leur annonça que le roi leur enlevait leurs terres, les bestiaux et tout ce qu’ils possédaient, à l’exception de leurs meubles personnels et de leur argent ; que, de ce moment, ils demeuraient prisonniers sous la garde des troupes qu’il commandait.

« À Grand-Pré furent réunis, comme prisonniers, quatre cent quatre-vingt-trois hommes et trois cent trente-sept femmes, tous chefs de famille ; le nombre de leurs enfants réunis avec eux pour prendre le chemin de l’exil, s’élevait à mille cent trois.

« Comme quelques-uns de ces malheureux habitants s’étaient réfugiés dans les forêts, on employa tous les moyens pour les forcer à venir se mettre à la disposition des anglo-américains ; on ravagea tout le pays environnant pour les empêcher de subsister. Dans le seul district des mines, deux cent cinquante-cinq maisons furent détruites, et un nombre proportionné de granges, d’étables et d’autres bâtiments…

« Les Acadiens prisonniers souffrirent avec résignation l’emprisonnement et les maux dont il était accompagné.

« Le départ devait avoir lieu le dix de septembre ; les navires étaient prêts ; les prisonniers avaient été rangés en ordre ; cent jeunes gens reçurent l’ordre de s’avancer vers les navires. Ils déclarèrent qu’ils étaient prêts à s’embarquer, mais qu’ils ne voulaient pas être séparés de leurs parents. Sur un ordre de l’officier supérieur, les soldats anglo-américains chargèrent à la baïonnette sur cette troupe de jeunes gens désarmés et les forcèrent de s’avancer vers les navires. Des mères se précipitaient vers le sentier que suivaient les malheureux prisonniers afin de leur dire un dernier adieu ; repoussées par les soldats, elles s’agenouillaient sur le rivage pour demander à Dieu de protéger leurs enfants qui cherchaient à s’encourager en chantant des cantiques.

« Les hommes plus âgés furent ensuite conduits aux navires de la même manière. Ainsi fut embarquée toute la population mâle du district des mines sur cinq navires mouillés dans l’entrée de la rivière Gaspareaux.

« Peu après arrivèrent d’autres navires sur lesquels les femmes et les enfants furent placés et conduits dans les colonies américaines, où l’on n’avait pas songé à demander une retraite pour les pauvres exilés.

« Plus de sept mille acadiens avaient été ainsi dépouillés de leurs biens et chassés de leur pays en cette occasion ; mille d’entre eux furent jetés dans le Massachusetts ; quatre cent cinquante furent envoyés dans la Pennsylvanie et débarqués à Philadelphie où l’on proposa de les vendre s’ils voulaient y consentir, proposition qui fut rejetée avec indignation par les prisonniers. D’autres envoyés dans la Georgie, entreprirent de retourner dans leur pays, lorsqu’un ordre du général Lawrence les força de renoncer à leur projet.

« À peine les troupes anglo-américaines se furent-elles acquittées de la pénible exécution qui leur avait été confiée, que les soldats furent frappés de l’horreur de la situation.

« Placés au milieu de riches campagnes, ils se trouvaient néanmoins dans une profonde solitude. Les volumes de fumée qui s’élevaient au-dessus des maisons incendiées marquaient les lieux où, quelques jours auparavant, demeuraient des familles heureuses, les animaux des fermes s’assemblaient, inquiets, autour des ruines fumantes, comme s’ils eussent espéré de voir revenir leurs maîtres ; pendant les longues nuits les chiens de garde hurlaient sur les scènes de désolation ; leurs voix plaintives semblaient rappeler leurs anciens protecteurs et les toits sous lesquels ils avaient coutume de s’abriter.

« Lorsque les navires anglais arrivèrent à Port-Royal pour enlever les familles acadiennes des environs, les soldats ne trouvèrent personne ; tous les habitants s’étaient retirés dans les bois, d’où la famine força plusieurs familles à sortir pour se rendre à ceux qui les poursuivaient ; les autres se retirèrent dans la profondeur des forêts, auprès de leurs amis les Micmacs et se réfugièrent ensuite au Canada.

« Dans quelques jours, les Anglais brûlèrent deux cent cinquante-trois maisons dans les environs de Port-Royal.

« Les malheureux Acadiens voyaient avec désespoir les soldats anglais promener la torche incendiaire dans leurs villages, sans oser offrir de résistance ; mais lorsqu’ils les virent s’approcher de la chapelle catholique pour y mettre le feu, ils se jetèrent sur les soldats, en tuèrent ou en blessèrent vingt-neuf et forcèrent les autres à s’éloigner. Après avoir venger l’injure gratuite faite à leur religion, ils se rejetèrent au fond des bois. »

Cette malheureuse épopée, dont le seul récit fait frémir d’indignation, se passait quelques semaines après les faits qui nous restent à raconter.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Le 8 juillet de cette même année 1755, à la tombée de la nuit, M. de Contrecœur parcourait d’un pas précipité et impatient le parapet sud du fort Duquesne dont il avait le commandement. De temps en temps il s’arrêtait, promenait un regard investigateur sur la campagne environnante, puis apparemment n’y voyant rien d’insolite ou rien de ce qu’il attendait, il reprenait sa marche un instant interrompue.

— Qui vive ! cria tout à coup une sentinelle placée à la porte du fort, à quelques pas du parapet.

— Ami ! répondit une voix de l’extérieur.

M. de Contrecœur s’avança rapidement vers la sentinelle.

— Ouvrez, lui dit-il, je reconnais la voix de M. de St-Denis.

La porte roula sur ses gonds rouillés avec un bruit strident et cinq ou six hommes, portant des mousquets sur l’épaule, se glissèrent dans le fort.

C’était sans doute ce qu’attendait M. de Contrecœur ; car un sourire de joie éclaira son visage. S’avançant vers celui qui semblait le chef du détachement :

— Avez-vous enfin des nouvelles certaines, M. de la Pérade ? demanda-t-il.

— Oui, mon commandant.

— Et l’ennemi ?

— Il s’avance à marche forcée.

— Est-il loin encore ?

— Tout probablement il campe ce soir à dix milles d’ici.

— Peste ! le péril n’est pas loin de régner en la demeure.

— J’en ai peur, mon commandant.

— Messieurs, reprit M. de Contrecœur en saluant les jeunes officiers, rendez-vous à la caserne pour vous restaurer un peu. Je vous attends dans une heure au quartier-général où nous tiendrons un conseil de guerre. Je vais prévenir vos camarades.

Quelques détails rétrospectifs sont indispensables pour faire comprendre ce qui va suivre.

Pendant que les milices de la Nouvelle-Angleterre, au mépris du droit des gens et de l’humanité, chassaient si cruellement les Français de l’Acadie, le général Braddock, expédié de la mère patrie avec un contingent des meilleures troupes régulières, se préparait à envahir le Canada par Montréal.

Le dix juin, à la tête de deux mille deux cents hommes, Braddock quitta Cumberland. Rendu aux Grandes-Prairies, où, l’année précédente, Washington avait été si honteusement obligé de rendre le fort Nécessité, il apprit la nouvelle que M. de Contrecœur, le commandant du fort Duquesne, allait recevoir un secours de cinq cents hommes.

Le général anglais jugea nécessaire de prévenir l’arrivée de ces renforts par la rapidité de sa marche. Il laissa donc les gros bagages sous la garde de sept cents hommes, dont il donna le commandement au colonel Dunbar, avec la consigne de le rallier avec toute la célérité possible.

Lui-même, se mettant à la tête de douze cents hommes avec dix canons, il s’avança si pressé d’atteindre le but, qu’il négligea de faire surveiller les bois et les taillis si nombreux dont sa route était semée sur tout le parcours.

Le huit juillet, Braddock fut rejoint par Washington qu’une indisposition avait retenu jusque-là en arrière. Les troupes, après avoir côtoyé la rive nord de la rivière Monongahéla, traversèrent sur l’autre rive qu’il fallait suivre jusque près du lieu où cette rivière tombe dans l’Ohio.

Le même soir, les Anglais campèrent à dix milles du fort Duquesne. On tint conseil pour savoir si l’on traverserait, le lendemain, par un gué voisin sur la rive droite de la Monongahéla, de ce côté étant le fort Duquesne.

Braddock était à cent lieues de se douter que tous ses mouvements étaient soigneusement observés par le parti de M. de Contrecœur. L’eût-il soupçonné que, confiant dans la supériorité des armes britanniques et ignorant la façon dont on faisait la guerre en Amérique, il ne s’en fût aucunement alarmé. On verra dans la suite qu’il comptait sans son hôte.[2]

Telles sont en résumé les nouvelles que M. de Contrecœur apprit par MM. de la Pérade, Daniel de St-Denis et Nicolas de Neuville, envoyés en éclaireurs, lesquels servaient en qualité de volontaires au fort Duquesne.

— Eh bien ! messieurs, disait le commandant aux officiers du fort réunis en conseil de guerre, nous allons nous préparer à recevoir le mieux possible ces Anglais. Car ce serait vous faire injure, n’est-ce pas ? de penser un seul instant que vous désespérez de la position ?

— Certes ! fit Nicolas de Neuville en relevant sa tête dédaigneuse.

— Messieurs, la discussion est ouverte : chacun peut émettre son avis. Quel est le vôtre, M. de St-Denis ?

— Puisque vous me faites l’honneur de me demander mon avis, commandant, je crois que nous devons aller attendre l’ennemi sur les hauteurs de la Monongahéla.

— Et vous, M. de Beaujeu ?[3]

— J’allais émettre la même opinion, répondit celui-ci.

— Et je la partage entièrement, cette opinion, reprit M. de Contrecœur.

— Moi également, fit le capitaine Dumas.

— Messieurs, reprit le commandant, vous êtes tous ici capables et dignes de commander les braves qui iront demain arrêter la marche de l’ennemi. Comme il ne peut cependant y avoir qu’un seul chef, je crois réunir tous les suffrages en chargeant M. de Beaujeu des préparatifs de l’expédition et en le mettant à votre tête pour vous conduire au champ d’honneur.

Des applaudissements unanimes saluèrent ces paroles du commandant.

— Et maintenant, messieurs, ajouta celui-ci, je vous donne congé afin que vous preniez le repos qui vous est nécessaire.

À huit, heures, le lendemain matin, M. de Beaujeu sortait du fort à la tête de deux cinquante Français et de six cent cinquante sauvages. L’histoire rapporte que la plupart de ces braves, de Beaujeu le premier, s’étaient préparés à la mort avant de partir en s’approchant de la sainte communion.

À midi, à trois lieues du fort, le détachement était en présence des Anglais.[4]

Ceux-ci s’étaient mis en mouvement de grand matin. La première colonne traversa facilement la rivière et gravit une longue pente de l’autre côté. « Elle marchait entre deux ravins, dit Ferland, et s’avançait avec tant d’ordre et de régularité que Washington, accoutumé à ne voir que les troupes irrégulières des colonies américaines, contemplait avec admiration la belle tenue des soldats anglais. »

La seconde et la troisième colonne venaient à peine de traverser le gué, quand une vive fusillade se fit entendre dans la direction de la première. C’était de Beaujeu qui engageait la lutte.

Nous allons de nouveau céder pour une dernière fois la parole à l’historien :

« Partis à huit heures du matin du fort Duquesne, dit-il, les Français avaient été rejoints un peu plus tard par six cents sauvages, parmi lesquels était Pontiac. Ils avaient d’abord refusé de se joindre à la petite bande de Beaujeu ; mais lorsqu’ils avaient vu celle de deux cents français s’avancer hardiment à la rencontre de quatre mille anglais, ils avaient saisi leurs armes en silence et avaient suivi leurs alliés. Habillé à la manière des sauvages et ne portant d’autre marque de distinction qu’une chaîne

d’argent qui lui pendait au cou, de Beaujeu, le fusil à la main, marchait à la tête de ses hommes.

« À midi et demi, il rencontra la première colonne anglaise à trois lieues du fort Duquesne ; elle venait de gravir la hauteur au-dessus de la Monongahéla, et avait commencé à défiler par un sentier de chasse. Les sauvages s’arrêtèrent un instant pour considérer cette masse d’hommes qui s’avançaient lentement et régulièrement à travers le bois si épais de cette partie du pays. Les baïonnettes étincelantes, les brillants habits écarlates des soldats anglais étonnèrent ces enfants de la forêt, accoutumés à ne rencontrer que des guerriers habillés comme eux. De leur côté, les soldats furent surpris à la vue des guerriers français et sauvages qui se ressemblaient par le costume.

« Après quelques moments d’étonnement de part et d’autre, la fusillade commença. Le feu des français et des sauvages faisait un effet terrible sur les rangs serrés des régiments anglais. Sur l’ordre de Braddock, l’artillerie s’avança et ouvrit vigoureusement le feu sur les Français ; le brave de Beaujeu tomba mort à la troisième décharge. Le sieur Dumas, commandant en second, le remplaça. Pour se mettre à l’abri des boulets, les Français et leurs alliés se jetèrent chacun derrière un arbre et un feu terrible écrasait les troupes anglaises sans qu’elles pussent apercevoir leurs ennemis. »

On peut paraître étonné qu’une poignée de soldats tiennent ainsi en échec et écrase, pour nous servir de l’expression si juste de Ferland, un ennemi plus de vingt fois supérieur en nombre. Mais outre la bravoure incomparable de nos troupes, celles-ci profitaient aussi de l’inexpérience de Braddock dans ces sortes de guerre. En effet, le général anglais massait ses forces en colonnes solides au lieu de les déployer en tirailleurs et les lançait contre un ennemi imaginaire dont il croyait remplis les bois environnants. Celles-ci étaient alors assaillies par un ennemi qui était partout à la fois et qu’elles ne voyaient nulle part.

L’artillerie avait d’abord excité la plus grande frayeur parmi les sauvages, frayeur qui s’était bientôt communiquée à une partie des canadiens, presque tous des jeunes gens qui voyaient le feu pour la première fois. Mais Daniel de St. Denis et Nicolas de Neuville, qui les commandaient, ramenèrent par leur bravoure et leur sang-froid la confiance dans les rangs.

Le brave Dumas se multipliait et voyait partout. À un moment donné, il envoie le chevalier LeBorgne et M. de Rocheblave porter l’ordre aux officiers qui commandaient les Canadiens et les sauvages de se jeter sur les flancs de l’ennemi.

Daniel de St-Denis s’élance à la tête de ses Canadiens, mais dès la première décharge, il tombe blessé à la hanche. Nicolas de Neuville, qui le suit, n’a que le temps de le mettre à l’abri d’un quartier de roc sur lequel viennent s’aplatir les balles anglaises, et retourne à son poste de combat.

Les Anglais, pris ainsi de tous les côtes à la fois, se maintinrent pendant quelque temps dans cette critique position. La mort fauche dans ces colonnes épaisses ; des rangs entiers tombent comme un seul homme ; presque tous les officiers sont tués à leur poste.

Le désordre se met enfin parmi les assaillants. Une colonne qui recule brise la colonne qui suit. Il n’y a que les miliciens de la Virginie qui, accoutumés à la guerre des bois, conservent leur sang-froid. Au premier choc, ils se sont dispersés et mis à couvert derrière des arbres d’où ils font le coup de fusil avec les Canadiens et les sauvages.

Malgré cette diversion, force est enfin aux Anglais de prendre la fuite devant la vaillance de nos troupes et la terrible hache de guerre des sauvages.

Près de mille hommes restèrent sur le champ de bataille parmi les caissons, les charriots et les tentes, un grand nombre se noya dans les eaux de la Monongahéla, et si les sauvages n’eussent cessé la poursuite des fuyards pour se livrer au pillage, presque tous les Anglais étaient massacrés.

Le général Braddock avait été mortellement blessé pendant l’action. Une balle, après lui avoir brisé le bras, s’était logée dans les poumons. Il mourut de cette blessure après quatre jours de souffrances augmentées considérablement par une retraite précipitée, dans les plus grandes chaleurs de l’été.

La victoire des nôtres était complète. Le combat avait duré quatre heures, pendant lequel les Anglais avait perdu six cents hommes, six canons, sept mortiers et cinq cents chevaux qui restèrent aux mains de nos troupes.

Du côté de celles-ci, MM. de Beaujeu, Carqueville, de la Pérade, trois miliciens canadiens, deux soldats français et quinze sauvages restèrent parmi les morts.

MM. Dumas et de Ligneris rentrèrent le même soir au fort. M. de Courtemanche coucha sur le champ de bataille avec les officiers qui avaient poursuivis les fuyards, et M. de St. Denis blessé, que son ami ne fit transporter au fort que le lendemain.

Cette victoire causa la plus grande joie à Québec et jeta la consternation dans les colonies anglaises.

« Nous avons été battus, écrivait Washington à Robert Jackson en date du 2 août 1755, nous avons été honteusement battus par une poignée d’hommes qui ne prétendait que nous inquiéter, dans notre marche. Mais que les œuvres de la Providence sont merveilleuses ! que les choses humaines sont incertaines ! Nous nous pensions presque aussi nombreux que toutes les troupes du Canada ; eux venaient dans l’espérance de nous harceler. Cependant, contre toutes probabilités humaines, et même contre le cours ordinaire des choses, nous avons été défaits et nous avons tout perdu. »

Poussé par de sombres pressentiments, Daniel de St. Denis voulut absolument se faire descendre à Québec. Pendant le voyage, la gangrène se mit dans la plaie et quelques jours après son arrivée, il mourait dans les bras de sa femme affolée.

Nicolas de Neuville fit son devoir pendant les terribles luttes que nous suscita la guerre de sept ans. Après la cession, pour plaire à sa femme qui désirait revoir sa tante, madame de Vaudreuil, alors chargée de l’éducation des princes, il réalisa ce qu’il possédait au Canada et repassa en France.

Et la pauvre Doña Maria ?

Elle retourna au Presidio del Norte pour se consacrer au soin de son vieux père et pleurer celui qu’elle avait tant aimé et sitôt perdu.



FIN.
  1. L’auteur a donné les faits remarquables de son règne dans le Château de Beaumanoir, publié en 1886.
  2. Ferland.
  3. Daniel Léonard Villemonble de Beaujeu.
  4. La liste suivante des officiers présents à la bataille ne pourra qu’intéresser le lecteur canadien :

    De Beaujeu, commandant ; capitaines, Dumas et de Ligneris ; lieutenants, de Courtemanche, le Borgne, Montigny, Carqueville ; enseignes, Chevalier de Longueuil, la Pérade, Bailleul, de Corbière, chevalier de Céloron ; cadets, Courtemanche, Beaulac,

    Sainte Thérèse, Cabanac, Sacquépée, Joannès, LeBorgne, Hertel, De Muy, Rochebrune, Saint-Simon, Linctôt, ainé, Linctôt, cadet, D’Ailleboust, la Framboise, Normanville, Roquetaillade, Céloron, Blainville, Saint-Ours, Lamorandière.