La Mort d’Achille et la dispute de ses armes/Acte I

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ACTE PREMIER.


Scène première.

ACHILLE, BRISEIDE.


Achille.


Je ne ſçay, mon cher cœur, ce qui doit m’arriver
Mais depuis quelque temps je ne fay que reſver,
J’ay touſjours dedans l’ame un ſoucy qui me ronge,
Touſjours l’eſprit troublé de quelque horrible ſonge,
Je ne voy qu’en tremblant l’ombre qui ſuit mes pas,
Enfin je crains un mal que je ne cognoy pas.


Briseide.

Si vous n’eſtiez Achille ou ſi je n’eſtois femme,
Je voudrois vous oſter cette frayeur de l’ame.
Hé quoi vous laiſſer vaincre à des illuſions !
Que fait voſtre courage en ces occaſions ?
Ne voyant dans ces lieux que meurtres, & que peſtes,
Quels ſonges feriez-vous que des ſonges funestes ?


Achille.

Soit une illuſion, ſoit phantoſme, ou vapeur,
Les prodiges ſont grands, puis qu’Achille en a peur.


Briseide.

Encore, beau Vainqueur, qu’eſt-ce qui vous effraye ?


Achille.

Patrocle m’aparoiſt, & me fait voir ſa playe,
Au milieu de la nuict ſon phantoſme ſanglant
S’appproche de mon lict d’un pas affreux, & lent :
Et quand je l’aperçois, ou que je l’entends plaindre,
J’aymois tant cet amy que j’ay peur de le craindre.
Il m’appelle, il me preſſe, & me comblant d’effroy,
Me dit d’un triſte accent, tu m’as vangé, ſuy moy.
Là ma bouche eſt ſans voix quelque effort qu’elle faſſe,
Je me la ſens fermer par une main de glace,

Un peſant faix m’abat quand je me veux lever,
Je le ſens qui m’eſtouffe, & ne le puis trouver.
Le nuict a beau finir, touſjours mon dueïl perſiſte :
Avecque mes amis malgré moy je ſuis triſte,
Je pers de jour en jour l’uſage des plaiſirs,
Et ne reſpire plus qu’avecque des ſoupirs.


Briseide.

« C’eſt ainſi que le Ciel advertit ceux qu’il ayme,
Et qu’il voit s’engager dans un peril extreſme. »
Croyez pour l’eſvuiter ce que vous avez veu,
« Le plus certain preſage eſt menteur eſtant creu. »
Achille, autant d’objects qui troublent voſtre joye,
Sont autant de conſeils que le Ciel vous envoye.
Evitez les dangers où l’on vous voit courir,
« Un grand cœur comme vous peut tuër, & mourir. »
Un malheur peut ternir l’eſclat qui vous renomme,
Achille eſt redoutable, il eſt vaillant, mais homme.


Achille.

« Noſtre vie eſt un bien difficile à garder,
Afin de la deffendre on la doit hazarder. »
Je m’en croirois indigne au deſtin qui nous preſſe
Si je ne l’expoſois pour le bien de la Grece.
La mort dans le peril ne m’eſpouvante pas,
Je la crains dans la paix, & la cherche aux combas.

Qu’elle ne vienne à moy que par la noble voye,
Je ne la craindray point pourvueu que je le voye,
Je l’ay veuë effroyable, & la verrois encor,
Sans pallir je l’ay veuë au front du grand Hector :
Mais la fine qu’elle eſt fait ſon coup dans le calme,
Souvent elle ſe cache à l’ombre d’une palme,
Et c’eſt là le ſujet de ma timidité,
Je me fie au danger, & crains la ſeureté.


Briseide.

Cet inſtinct qui confond nos deux ames enſemble :
Confond nos paßions, vous craignez, & je tremble.
Achille, au nom des Dieux teſmoins de noſtre amour,
Par mes yeux, par mes pleurs, conſervez-moy le jour,
Refroidiſſez un peu cette chaleur extreſme,
Et ne meurtriſſez point l’innocent qui vous ayme,
Mon cœur où comme un Dieu vous eſtes adoré,
À qui voſtre peril eſt un mal aſſeuré :
Aſſez de voſtre ſang honore la Phrygie,
La vague du Scamandre en eſt aſſez rougie.
Quel honneur maintenant pouvez vous aquerir ?
Hector, & Sarpedon ne ſçauroient plus mourir,
Ilion n’en peut plus, qu’il ſoit pris par un autre,
La gloire qu’il en reſte eſt moindre que le voſtre.


Achille.

Tu n’es-pas toute ſeule objet de mon ſoucy,
La gloire eſt ma maiſtreſſe, & je l’adore außy :

Pourtant a quelque effect que mon courage monte,
Mes jours ſont à toy seule, & je t’en rendray conte.
Maus que veut Alcimede ? un homme ſi diſcret
N’interrompt pas pour peu noſtre entretien ſecret.



Scène deuxieſme.

ALCIMEDE, ACHILLE, BRISEIDE.


Alcimede.


Le Souverain de Troye, & des femmes dolentes
En faveur de la treve arrivent dans vos tentes,
Avecque des preſens, de l’argent, & de l’or,
Afin de racheter le cadavre d’Hector.


Achille.

Si c’eſt pour ce deſſein qu’ils ont quitté la ville,
Je plains un tel travail qui leur eſt inutille,
Ils devroyent pour leur bien encore y ſejourner,
Puis qu’ils ne ſont venus que pour s’en retourner.


Briseide.

Helas ! n’adjouſtez rien à leur triſte fortune,
Voyez les, & ſouffrez leur priere importune,
Admirez dans ces gens les divers coups du Sort,
Monſtre capricieux qui vous baiſe, & les mord.

Faittes reflexion ſur la miſere extreſme
D’un père ſans enfans, d’un Roy ſans diadeſme :
Car le treſpas d’Hector met Priam à ce point,
Il eſt père, il eſt Prince, & pourtant ne l’eſt point.
Quant à moy je ne plains que cette mauvre mere.
Ha ! combien ſa douleur luy doit ſembler amere,
De voir que ſon fils mort eſt en voſtre pouvoir,
Et de n’eſperer pas peut-eſtre de le voir !
D’un favorable accueil conſolez leur triſteſſe,
C’est une cruauté d’oprimer qui s’abaiſſe.


Achille.

Je ne doy pas außi m’abaisser devant eux.


Briseide.

Priam eſt touſjours Roy bien qu’il ſoit malheureux,
Vous le devez traicter come on traicte un Monarque,
Biẽ qu’un Roy ſoit tout nu, jamais il n’eſt sans marque :
« Bien qu’il ait deſpouillé tout ce que les Roys ont,
La Majeſté lui reſte encore ſur le front ;
Cette pompe inviſible, & ce rayon celeſte
Eſt de tous ſes honneurs le dernier qui luy reſte.
Le Sort dont l’inconſtance, & l’eleve, & l’abat
Peut tout ſur ſa couronne, & rien ſur cet éclat. »


Achille.
Alcimede va querir Priam.

Qu’il vienne, je ſuis preſt d’entendre ſa rèqueſte :
Oüy, je reſpecteray ce qu’il a ſur la teſte,

Et je m’efforceray ſans le rendre confus,
De faire un complimens d’un honneſte refus.
Car de rendre ce corps à la douleur d’un père,
Il eut trop d’arrogance, & j’ay trop de cholere.
Mon cher amy Patrocle en fut trop outragé,
Et je l’offencerois apres l’avoir vangé.


Briseide.

Quoy dédaignerez-vous, & le prix & les larmes
Qu’ils offrent pour un fils triſte object de vos armes ?
Voyez à quel mal-heur les a reduits le Sort,
De l’avoir eu vivant, & de l’acheter mort.
Les voicy, ce vieux Roy monſtre plus que perſonne
Que touſjours le bon-heur n’eſt pas ſous la couronne.



Scène troisieſme.

PRIAM, HECUBE, POLIXENE, ACHILLE, BRISEIDE, ALCIMEDE.


Achille, allant recevoir Priam.


Certes mes ennemis ſont trop officieux,
Vous me faictes rougir de venir en ces lieux,
Je reſpecte dans vous, & l’âge, & le merite,
Et ſçay ce que je dois à cette belle ſuitte.


Priam.

Ma ſuitte n’attend point de reſpect, ny d’honneur,
Elle eſt bien moins qu’eſclave, & vous eſtes Seigneur.
De moy je ne croy pas, en l’eſtat deſplorable,
Où m’ont reduit les Dieux, eſtre conſiderable,
Ny pouvoir exiger un hommage contraint,
Et par ces cheveux blancs, & par ce qui les ceint.
Non, nous ne venons point l’ame triſte, & ſaiſie,
Tirer des complimens de voſtre courtoiſie,
Ny de ces vains honneurs, brave ſang de Thétis.


Achille.

Que me demandez-vous ?


Priam.

Que me demandez-vous ? Nous demandons mon fils,
Par nos cris, par nos pleurs, par l’ennuy qui nous preſſe,
Par une langoureuſe, & trop longue vieilleſſe,
Par vos mains que je baiſe.


Achille.

Par vos mains que je baiſe. Ô Dieux, que faites vous !
Des Reynes, & des Roys embraſſer mes genoux !


Priam.

Elles s’évanoüiſt cette Majeſté haute,
Noſtre malheur, Achille, & voſtre bras nous l’oſte.


Achille.

Je ne ſouffriray point que vous vous abaißiez.


Hecube

Nous ſommes comme il faut.


Achille.

Nous ſommes comme il faut. Levez vous, & priez.


Briseide tout bas.

Tenir pour un fils mort cette laſche poſture !
À quoi ne nous reduit le ſang, & la nature ?


Priam.

Tous mes enfants, Achille, ont tombé ſous vos coups,
Et je n’en ay jamais murmuré contre vous.
Je vous croy de mes maux l’inſtrument, non la cauſe :
Außy parlant de vous, je n’ay dit autre choſe.
Quand sur moy la fortune a vomy tout ſon fiel,
Sinon, la main d’Achille eſt le glaive du Ciel :
Mes enfants les plus chers ont eſté ſes victimes,
Et dans mon propre ſang il a lavé mes crimes :
Par vous il m’a puny, ſon foudre eſt voſtre fer,
Et les Dieux par vos bras ont voulu m’eſtouffer.
Ils n’ont pas aſſouvy leur haine inſatiable,
Troye eſt plus mal-heureuſe, ou je ſuis plus coupable.

Tout ce que j’ay ſouffert ne les contente pas,
Achille, par vos mains ils veulent mon treſpas,
Finiſſez-donc ma vie en achevant mes peines,
Tirez ce peu de ſang qui reſte dans mes veines,
Ou rendez-moi ce fils qui me touche ſi fort,
Je ſeray chaſtié quand je le verray mort :
Si je le demandois avec l’ame, & la vie
Qu’il ne peut plus avoir, que vous avez ravie,
J’attendrois un refus, mais helas il me plaiſt
Tout paſle, tout ſanglant, tout maßacré qu’il eſt !
Ha ! ſi vous connoißiez les mouvemens d’un pere
Qui ſent mon infortune, & souffre ma miſere !
Le voſtre (brave Achille) eſt plus heureux que moy,
Cependant ſa vieilleſſe est touſjours dans l’effroy,
Apprehende pour vous, ne ceſſe de ſe plaindre,
Et craint ce qu’autrefois j’eus le bon-heur de craindre :
Helas je le ſouhaitte exempt de mes malheurs !
Que jamais voſtre ſang n’attire de ſes pleurs,
Soyez touſjours heureux, & que jamais Pelée
N’ait les triſtes ennuys dont mon ame eſt troublée.


Achille.

J’ay pitié de vos jours que la miſere ſuit,
Et je plains l’infortune où je vous vois reduit,
Peuſſay-je vous montrer comme j’en ſuis ſenſible !
Mais vous me demandez une chose impoßible :

Vous voulez par des cris en obtenir le don,
Et contre la juſtice, & contre la raiſon ;
Que voſtre fils Hector en ait abatu mille,
Ait combattu pour vous, ait deffendu ſa ville,
Et pouſſé contre nous par un courage ardent
N’ait pas meſme eſpargné mon plus cher confident,
À qui d’un coup de pique il fit mordre la terre,
Je ſçavois ſa valeur, & les lois de la guerre ;
Mais de le deſpoüiller apres l’avoir tué,
Que ce laſche projet ſe ſoit effectué,
Le rendre apres cela c’eſt une faute inſigne,
Il auroit les honneurs dont il eſt trop indigne,
Et l’on diroit de moy l’autheur de ſon treſpas,
Achille fait mourir, mais il ne punit pas.


Priam.

N’eſtoit-il pas puny, s’il vous parut coupable,
Lors que mort, & vaincu, ce Prince deſplorable
Traiſné par vos chevaux, percé de part en part
Faiſoit le tour des murs dont il fut le rempart ?
Quand on voyoit ſa teſte en ſi triſte eſquipage
Bondir ſur les cailloux ſanglante, & ſans viſage,
Et que de tout cela nous eſtions les teſmoins,
Patrocle, & ſa vengeance en vouloient un peu moins.
À quel reſſouvenir voſtre rigueur m’oblige !
Pour vous perſuader faut-il que je m’afflige ?

Que mon fils ſoit du moins arrouſé de mes pleurs.


Achille.

Son aſpect ne feroit qu’augmenter vos douleurs.


Priam.

Quoy vous ne voulez pas meſme que je le voye ?
Ô Prince miſérable ! ô Troie, autrefois Troye !

À Hecube.

Eſprouve ſi ſon cœur s’amolira pour toy,
Peut-eſtre la pitié n’eſt morte que pour moy.


Hecube.

Que les pleurs d’une mere attendriſſent voſtre ame,
Donnez à la nature un bien qu’elle reclame ;
Celuy de qui le bras vous reſiſtoit jadis
N’eſt plus voſtre ennemy, mais c’eſt touſjours mon fils :
Eſtre vindicatif meſme apres la victoire,
C’eſt voſtre deſhonneur plutoſt que voſtre gloire.


Achille tout bas.

Rien ſur ma volonté ne peut eſtre abſolu :
Ils ne l’auront jamais, j’y ſuis trop reſolu.


Hecube.

Dequoy murmurez-vous ?


Achille.

Dequoy murmurez-vous ? Voſtre infortune est grande,
Et je m’accorderois à ce qu’elle demande.
Mais quoy ? je ne vous puis livrer ce bien fatal
Sans la permißion de noſtre General.
Dans l’armée où je ſuis on n’excepte perſonne,
Rien de ce corps n’agit que le chef ne l’ordonne.


Hecube.

« Le plus chetif ſoldat a droict ſur ſon butin, »
Et la valeur d’Achille auroit pire deſtin ?
À genoux devant luy (ma chere Polixene.)


Polixene.

La mere n’y peut rien, la ſœur perdra ſa peine.


Hecube.

Adreſſe ta priere à l’honneur des humains,
Et tends devers le Ciel tes innocentes mains.


Polixene.

Je n’oſe (grand Herôs) eſperer que mes larmes
Pour vous toucher le cœur ſoient d’aſſez fortes armes,
Car j’ai trop peu de grace à pleurer un malheur
Pour faire la pitié fille de ma douleur.

Mais ſi voſtre bonté me donne l’aſſeurance
Qu’elles eſbranleront cette rude conſtance,
Ces pleurs dont j’entretiens la memoire d’Hector,
Ces deux fleuves taris pourront couler encor ;
Perdez cette rigueur où peu de vertu brille,
Et qu’Achille une fois ſoit vaincu d’une fille,
Que l’animoſité mette les armes bas,
« C’eſt gloire de ſe rendre aux injuſtes combats. »
Que voſtre paßion ne vous ſoit plus contraire,
Que voſtre ennemi mort, ce miſerable frere
Ait un ſepulchre ailleurs qu’au ſein de ſes parents,
Helas voyez mes pleurs !


Achille.

Helas voyez mes pleurs ! Je me rends, & le rends ;
Vos larmes ont eſteint ma vengeance enflammée,
Ce que n’auroit pas fait le pouvoir d’une armée,
« Une ſimple douceur calme nos paßions,
Et des humilitez ont vaincu les lions. »
Madame, l’equité veut que je vous le rende,
Oüy vous avez de moy plus que voſtre demande,
Eſſuyez donc ces pleurs qui font un tel effort,
Il n’en falloit pas tant pour obtenir un mort :
Je recognois ma faute, & je voudrois, Madame,
En vous rendant ce corps l’animer de mon ame.


Priam.

« Ainſi des juſtes Dieux l’adorable pouvoir
Fait naiſtre le bon-heur au tombeau de l’eſpoir. »
Achille, vos faveurs montrent ce que vous eſtes,
Ces preſens sont le prix du bien que vous nous faites.
Avec quelle rigueur ſuis-je traicté du Sort ?
Que je m’eſtime heureux de revoir mon fils mort ?

On offre des preſens.

Achille.

Que n’ay-je le pouvoir de le remettre au monde ?
J’eſtimois ſa valeur, elle eſtoit ſans ſeconde,
Et combien que je ſois l’autheur de ſon treſpas,
Mon cœur, je vous le jure, en veut mal à mon bras.
Mais quand dedans ſon corps l’ame ſeroit remiſe,
(Souffrez que je vous parle avec toute franchiſe)
Quand meſme il paroiſtroit comme il parut un jour
Quand il fit à nos gens ſouhaitter le retour,
Et qu’il vint furieux deffendant vos Pergames
Jetter dans nos vaiſſeaux la frayeur, & des flames,
À quoy vous ſerviroit la force de ſes coups ?
Vous avez la juſtice, & les dieux contre vous :
« Que l’on ſoit plus qu’un Mars, & puiſſant, & robuſte,
Il n’eſt rien de ſi fort qu’une querelle juſte,
L’ennemy vigoureux combat moins vaillamment
Que le foible ennemy qui combat juſtement,

Et l’on voit bien ſouvent où la force preſide,
Un pigmée innocent vaincre un coupable Alcide. »
Que ne nous rendez-vous cette infame beauté
Qui nous fait tant de peine, & vous a tant couſté ?
C’eſt elle plus que moy qui fait rougir vos fleuves,
Qui dépeuple Ilion, & qui fait tant de veuſves,
Qui perdant vos enfants vous fait perdre un threſor,
Et qui porta ma pique à la gorge d’Hector.
Je voudrois vous ſervir avec un zele extreſme
Mais comment vous ſervir ? vous vous nuiſez vous-meſme,
J’ay pitié de vous voir en ce faſcheux eſtat,
Et je ne marche plus qu’à regret au combat.
Vos affaires vont mal.


Priam.

Vos affaires vont mal. En l’eſtat où nous ſommes,
Nous n’avons du ſecours ny des Dieux, ny des hommes.
Nous avons ſous les maux mille fois ſuccombé :
Le ſuperbe Ilion ſeroit deſjà tombé,
N’eſtoit qu’il doute encore en ſon deſtin ſupreſme
S’il faut ou qu’il ſe perde, & s’accable ſoy-meſme,
Ou tombe du coſté d’où la foudre luy vient :
Et cette incertitude eſt ce qui le maintient.
Deiphobe, Pâris, & le jeune Troïle
Dignes freres d’Hector, ſont l’apuy de ma ville :
C’eſt où j’en ſuis réduit.


Achille.

C’eſt où j’en ſuis réduit. Entrons. Pour vos preſens,
Avec le corps d’Hector de bon cœur je les rens,
Il faut nous viſiter tant que la treſve dure,
Vous ſerez plus heureux, Achille vous le jure.


Hecube.

Ô genereux Guerrier !


Briseide.

Ô genereux Guerrier ! Ce nouveau changement
Me donne de la crainte, & de l’eſtonnement.


Fin du premier Acte.