La Mort de l’Aigle (Ivoi)/p02/Ch20

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
sous le pseudonyme de Paul Éric
Combet & Cie, Éditeurs (Ancienne Librairie Furne) (p. 368-378).


CHAPITRE XX

Où l’aigle gravit le calvaire


Depuis trois jours l’Empereur résidait au palais de Fontainebleau. La ville, les environs regorgeaient de troupes, et toujours il en arrivait de nouvelles, attirées là par l’appel suprême de Napoléon.

Dans la cour d’honneur, dans le parc, la garde campait, et près d’elle un groupe de cinquante paysans, bien armés, avait établi son bivac.

C’étaient les partisans commandés par Tercelin et l’abbé Vaneur. Parvenus à Fontainebleau, ceux-ci s’étaient recommandés du nom d’Espérat, et l’Empereur, touché du dévouement inébranlable de ces vaillants, à l’heure où il se sentait abandonné par les hommes que son amitié avait naguère gorgés de richesses, s’était empressé de leur ouvrir l’enceinte de la résidence impériale.

Il avait tenu même à inspecter la bande héroïque de l’Argonne. Ses mains avaient pressé les mains calleuses, et les voix rauques des paysans, de ces enfants du peuple, jadis combattants républicains de Valmy, toujours patriotes, avaient acclamé le souverain, en qui désormais s’incarnait la France.

Puis, avec une activité fiévreuse, Napoléon s’était remis au travail, préparant le suprême choc, la dernière hécatombe, grâce à laquelle il espérait sauver la patrie.

Or, vers cinq heures du soir, le 2 avril, un cavalier dont la monture ruisselait de sueur franchit la grille, stoppa devant la façade édifiée par François ier, et jetant les rênes à un laquais qui s’était précipité à sa rencontre :

— Message de M. de Caulaincourt. Où est Sa Majesté ?

— Sa Majesté est enfermée dans ses appartements avec M. le général Berthier et M. le duc de Bassano.

Ivoi - La Mort de l’Aigle.djvu

— Ah ! le duc a rejoint l’Empereur ?

— Oui, depuis le 31 mars.

Le courrier eut un soupir :

— Bizarre… Cet homme dont on raillait la courtisanerie, ne délaisse pas le monarque dans le malheur. La flatterie était donc l’expression de son admiration… Oui, oui… cela m’avait paru ainsi… mon cœur ne me trompait pas.

Puis avec un geste insouciant :

— Il en faudrait beaucoup comme nous, acheva-t-il, et d’un pas agile il pénétra dans le château.

De vestibule en escalier, il gagna l’entrée des appartements de Napoléon. Là, les officiers de service, parmi lesquels figurait Marc Vidal, l’arrêtèrent une dernière fois.

Mais il n’eut pas besoin de répéter comme il le faisait depuis son entrée dans la résidence impériale :

— Message de M. de Caulaincourt.

Le capitaine Vidal le prévint :

— C’est Espérat Milhuitcent, laissez passer.

— Pardon, répliqua l’un des assistants, Sa Majesté a interdit qu’on le dérangeât.

— Sa Majesté aura plaisir à recevoir celui-ci… Au surplus j’accepte la responsabilité de la chose ; passe, Espérat.

Le jeune garçon profita de la permission. Il remarqua combien Vidal était maintenant différent de lui-même. Amaigri, le regard terne, le capitaine portait sur son visage les traces d’un incurable désespoir.

Personne n’occupait la première salle qu’il traversa… Personne encore dans la seconde… En face de lui, le jeune garçon aperçut une porte ouverte… un bruit de voix parvint jusqu’à ses oreilles.

— L’Empereur est là, murmura-t-il.

Il s’arrêta une seconde, comme hésitant :

— Mon pauvre Empereur, dit-il encore.

Mais se secouant avec une décision rageuse :

— Il le faut, acheva le courageux enfant.

Et il heurta à plusieurs reprises le battant de la porte. Sa présence ainsi annoncée, il entra.

Dans la salle aux larges fenêtres donnant sur le jardin d’honneur trois hommes étaient groupés autour d’une table-bureau : Napoléon, Berthier, Bassano.

Tous s’étaient retournés au bruit.

— Espérat, s’écria l’Empereur avec une intonation qui décelait les angoisses que sa volonté dissimulait à son entourage.

— Et une lettre de M. de Caulaincourt, Sire.

— Une lettre, pourquoi… ? Quand on a sous la main un messager tel que toi on se dispense d’écrire.

— M. de Caulaincourt a dressé un rapport de ses démarches.

— Et puis tout va mal, n’est-ce pas ?… Tu ne t’es pas senti le courage de prononcer des paroles qui, selon toi, doivent m’affliger.

Le jeune garçon courba la tête.

Napoléon se leva, vint à lui et le pressant sur sa poitrine :

— Va, rassure-toi… le rassemblement de mon armée est presque terminé… C’est sur elle que je compte pour chasser l’étranger… remets-moi le rapport de mon brave Caulaincourt… Berthier va nous en donner lecture… Pendant ce temps, regarde-moi ;… quoiqu’il contienne, tu me verras sourire.

Il était impossible de se montrer plus simplement grand dans l’adversité.

Avec une inclination profonde, Espérat tendit le pli à son auguste interlocuteur. Celui-ci le passa au général Berthier qui, dans le silence, lut :

« Sire,

« Conformément aux instructions de Votre Majesté, je me suis rendu à Paris accompagné du jeune Espérat Milhuitcent, un enfant que peu d’hommes égalent eu dévouement et en courage.

— Je le sais, murmura l’Empereur,… continue Berthier, continue.

« Immédiatement nous avons couru à l’hôtel de ville, afin de nous concerter avec la municipalité et les préfets[1]. Mais déjà ceux-ci, avec une délégation de l’Assemblée, étaient partis pour le château de Bondy, occupé par Alexandre de Russie, qui semble l’arbitre désigné du conflit actuel.

« Hélas ! un nom pénible entre tous aux oreilles de Votre Majesté devait être prononcé durant l’entretien. Celui de M. de Talleyrand.

« Voici l’incident, tel qu’il m’a été conté :

« M. de Nesselrode, attaché à la personne du Czar, reconnut, parmi les délégués, M. de Laborde et le pria, au nom des souverains alliés, d’aller trouver Talleyrand et de l’assurer de la haute considération des chefs de la coalition.

— Bon ! remarqua Napoléon,… haute trahison, haute considération de l’ennemi… cela devait être… l’Europe ne peut moins faire qu’honorer les Français qui agissent contre leur patrie.

Et Berthier, qui s’était tu un moment, poursuivit :

« À notre tour, nous prîmes le chemin du château de Bondy. Alexandre me reçut avec courtoisie, mais me déclara nettement qu’il ne traiterait pas avec Votre Majesté.

— Nous verrons cela, fit ironiquement l’Empereur.

« Le jeudi 31 mars,… Alexandre, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg sont entrés dans Paris, suivis de 50.000 hommes, portant tous le brassard blanc. Dans le faubourg Saint-Martin, sur les boulevards, la foule était silencieuse, farouche, presque hostile ; mais en arrivant près la place de la Concorde, des royalistes acclamèrent les vainqueurs.

— Oui, grommela Napoléon… Pour le roi, des Français crient : Vive le Russe, vive le Prussien, vivent les ennemis ! Et la France… personne n’y songe.

« Très adroit, du reste, Alexandre flatte l’amour-propre des Parisiens, il affirme que jamais ses troupes ne seraient entrées dans la capitale, si la population, lasse de votre gouvernement, ne l’avait permis. Et la population lui devient sympathique, à ce vainqueur qui affecte de croire qu’il n’a pas remporté la victoire, mais qu’elle lui a été offerte par les vaincus.

— Oui… il est habile.

« Ici se place un incident qui démontre que M. de Talleyrand conduit tout. Tandis que le Czar passait la revue de ses troupes, il reçut un billet anonyme dont l’auteur est certainement l’homme néfaste de la rue Saint-Florentin.

« Sire, disait en substance ce papier, avec une magnanimité qui fera l’admiration des siècles futurs, vous avez refusé d’établir votre logis aux Tuileries, ainsi que vous en aviez le droit. Vous avez décidé que vous occuperiez le palais de l’Élysée. Eh bien, un homme de cœur tient à vous avertir… L’Élysée est miné… y entrer c’est aller à la mort.

Napoléon interrompit le lecteur et s’adressant à Espérat.

— Quel intérêt avait M. de Taillerand à rédiger cette lettre ?

— Vous l’allez voir, Sire.

— Ah !… Va donc, Berthier.

— « Alexandre quelque peu inquiet envoie aussitôt consulter M. de Talleyrand. Celui-ci répond que le renseignement lui paraît émaner d’un fou ; que toutefois on ne saurait prendre trop de précautions pour sauvegarder l’existence précieuse de l’Empereur de Russie, et qu’à cet effet, si le souverain y consentait, il mettrait à sa disposition son hôtel de la rue Saint-Florentin qui n’était pas miné, lui, il en était sûr.

— Et Alexandre devint l’hôte de ce bon M. de Taillerand, dit lentement Napoléon. Voilà un hôte compromettant. Il sera difficile après cela de nier la trahison.

Mais Berthier lisait toujours :

— « À peine arrivé rue Saint-Florentin, Alexandre s’enferma avec le roi de Prusse, M. de Schwarzenberg, Talleyrand, M. de Dalberg, le baron Louis et le général Dessolles. Ils tinrent conseil et tombèrent d’accord que le seul gouvernement possible désormais pour la France était celui des Bourbons. Séance tenante, ces hommes préparèrent la proclamation qui devait, le lendemain, être placardée.

« En voici la copie :

« Les armées des puissances alliées ont occupé la capitale de la France. Les souverains alliés accueillent le vœu de la nation française.

« Ils déclarent :

« Que si les conditions de la paix devaient renfermer de plus fortes garanties lorsqu’il s’agissait d’enchaîner l’ambition de Bonaparte, elles doivent être plus favorables, lorsque par un retour vers un gouvernement sage, la France elle-même offrira des assurances de repos.

« Les souverains alliés proclament en conséquence :

« Qu’ils ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte, ni avec aucun membre de sa famille ;

« Qu’ils respectent l’intégrité de l’ancienne France, telle qu’elle a existé sous ses rois légitimes ; ils peuvent même faire plus, parce qu’ils professent toujours le principe que, pour le bonheur de l’Europe, il faut que la France soit grande et forte ;

« Qu’ils reconnaîtront et garantiront la Constitution que la nation française se donnera. Ils invitent par conséquent le Sénat à désigner un gouvernement provisoire qui puisse pourvoir aux besoins de l’administration et préparer la constitution qui conviendra au peuple français.

« Les intentions que je viens d’exprimer me sont communes avec toutes les puissances alliées. »

« Signé : Alexandre.
« P. S. M. I. (pour sa Majesté Impériale)
« Le secrétaire d’État :
xxxxxxxx« Comte de Nesselrode.
« Paris, le 31 mars 1814, trois heures après midi.

En lisant ces lignes, la voix de Berthier tremblait. M. de Bassano s’était soulevé à demi et, les yeux dilatés, écoutait avec un mélange de colère et de tristesse.

L’Empereur seul demeurait impassible :

— Voilà, dit-il lentement, qui me lavera de toutes les accusations dans l’avenir. Au moment où la Sainte-Alliance vient de décider qu’elle durera vingt années, qu’elle entretiendra pendant ce temps 300.000 hommes contre la France, au moment où elle réduit le pays aux frontières de la royauté elle parle de sa tendresse pour la nation française, elle permet à celle-ci de se donner une constitution. Admirable en vérité. Je t’aime, ô France, dit Alexandre, aussi je te fais petite, et je t’interdis de choisir Napoléon, car il représente pour toi la victoire possible.

Et doucement :

— Allez, allez, Berthier, le rapport de Caulaincourt est clair, je tiens à le connaître jusqu’au bout.

Le maréchal poursuivit aussitôt :

« Cette rédaction achevée, le roi de Prusse se retira et se rendit à l’hôtel du prince Eugène[2].

« Trop tard pour empêcher l’accord, je réussis, moi, Caulaincourt en compagnie d’Espérat, à me faire admettre en présence de M. de Talleyrand. Cet homme s’est montré inflexible. À tout ce que j’ai pu lui dire, il a répondu : L’heure de l’Empereur est passée ; Napoléon est devenu impossible.

— Je le reconnais là, souligna l’impérial auditeur.

« Au moins, reprit Berthier, le prince avoue son hostilité en termes modérés. Il n’en est pas de même de l’abbé de Pradt… un misérable.

— Oh oui ! interrompit Espérat…

Le jeune garçon s’arrêta, rougissant, mais Napoléon le couvrant d’un regard affectueux :

— Parle sans crainte… qu’a fait ce bon abbé de Pradt ?

— Ma foi, Sire, comme nous sortions du cabinet du prince de Talleyrand, de Pradt pérorait dans l’antichambre, et il s’exprimait sur le compte de Votre Majesté en termes tels que M. de Caulaincourt, furieux, voulut le corriger.

— Brave Caulaincourt !

— L’abbé s’enfuit dans l’escalier, tandis que les assistants s’interposaient, retenaient mon compagnon…

— Évitant une correction méritée au lâche qui déshonore l’habit ecclésiastique.

Mais Milhuitcent se prit à rire :

— Non, Sire, ils ne la lui ont pas évitée…

— Que veux-tu dire ?

— Que moi, à qui personne ne faisait attention, j’ai poursuivi le sieur de Pradt dans l’escalier et…

Le jeune homme balança le pied en un mouvement expressif, puis tranquillement :

— Vous pensez bien que je me suis fait cirer en quittant l’hôtel Talleyrand, ma chaussure eût eu honte de ses relations avec le faquin en question.

À cette boutade, Bassano, Berthier se déridèrent. Il leur sembla que ce coup de botte décoché par Milhuitcent, effaçait toutes les turpitudes dont le maître était victime.

Encouragé ainsi, le jeune garçon continua.

— Au surplus, pourquoi ne pas tout dire de suite ? Pourquoi continuer la lecture de ce rapport que M. de Caulaincourt écrivit en pleurant ? Ce qu’ils font là-bas ne signifie rien. Vous êtes ici avec votre armée… Pour rejeter vos ennemis dans la poussière, il vous suffit, à vous qui les avez battus depuis vingt ans, de les battre une fois de plus.

L’Empereur approuvait de la tête, heureux de cette confiance juvénile en son génie.

À cette heure même, Napoléon songeait que, suivant son expression, l’ennemi était dans une position à tout perdre.

En effet s’il ne pouvait lui-même réunir que 70.000 combattants, les 180.000 soldats de la coalition se trouvaient partagés en trois corps. L’un sur la rive gauche de la Seine entre Essonnes et Paris, le second dans Paris même, le dernier sur la rive droite du fleuve.

Il projetait de fondre sur le groupe de la rive gauche, de le refouler dans la capitale, où les habitants, ranimés par ce coup d’audace, engageraient aussitôt la guerre meurtrière des rues.

Pour lui, passant alors la Seine, sur tous les ponts dont il disposait, il attaquerait les corps concentrés sur la rive droite, se placerait sur la ligne de retraite des armées d’invasion, les mettant ainsi dans une situation dont il leur serait impossible de se tirer.

En vingt-quatre heures, la face des choses aurait changé. La France serait sauvée, elle reprendrait sa frontière du Rhin.

— Va, mon enfant, va, fit l’Empereur avec bonté. Tu vois dans l’avenir… Va… qu’ont-ils encore trouvé, mes ennemis de Paris ?

— Sire, ils ont nommé, le 1er avril, hier, un gouvernement provisoire.

— Dont fait partie M. de Talleyrand sans doute ?

— Oui, Sire, et avec lui, MM. de Dalberg, Bournonville, de Jaucourt, l’abbé de Montesquiou. Sous le titre de commissaires délégués, on a placé le baron Louis à la tête du ministère des finances ;…

— Bon choix. Louis est un économiste distingué.

— Le général Dupont à la guerre.

— Moins bien cela ; Dupont est un piètre officier.

Napoléon raillait ses adversaires, Espérat reprit gaiement :

— On a tenté d’amener la garde nationale à substituer la cocarde blanche à la cocarde tricolore, mais Allent, chef de l’état-major, a opposé une telle résistance que les royalistes ont dû renoncer à leur projet.

— Je me souviendrai d’Allent.

— Dans la journée, M. de Vitrolles est arrivé à Paris, annonçant la venue prochaine du comte d’Artois, frère de Louis XVIII, actuellement encore à Hartwell, près Londres.

— Louis XVIII est plus prudent que son frère. Il me sait à Fontainebleau sans doute et ne se risque pas à rentrer en France.

— Enfin Milhuitcent prit un ton méprisant : — M. de Caulaincourt a eu aujourd’hui même une entrevue avec le czar Alexandre. Il voulait savoir quel sort on vous réservait au cas où vous consentiriez à abdiquer… Il a demandé pour vous en apanage, la Toscane, ou Parme, ou Lucques. Le souverain lui a répondu : nous ne voulons plus de Napoléon dans l’Europe continentale… Je lui ferai offrir la Corse. — La Corse est à la France, répliqua Caulaincourt et Sa Majesté ne l’accepterait pas.

— Bien, souligna l’Empereur.

— Alors, déclara Alexandre, ou lui donnera l’île d’Elbe, un îlot où la mer nous gardera de ses entreprises.

Napoléon eut un ricanement :

— L’Europe coalisée ne suffit pas à les rassurer… ils appellent l’Océan à leur secours.

— C’est tout, conclut le jeune garçon.

Mais se ravisant soudain :

— Non, il me reste trois mots à dire.

— Lesquels ?

— Vive l’Empereur, Sire.

Brusquement Napoléon lui ouvrit ses bras, l’attira contre son cœur :

— Ah ! mon enfant, tu es bien l’incarnation de cette France généreuse que j’aime, de cette France qui comprend que je lutte, non pour moi, mais pour elle ; que je suis une victime comme elle. Espérat, c’est la France que j’embrasse en toi !

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Ce fut la dernière joie de celui sur qui pesait le fatum antique. M. de Caulaincourt, expulsé de Paris, arriva dans la nuit.

Le 3 avril, l’Empereur harangua ses troupes, leur dit son espoir de vaincre. Les soldats, ivres d’enthousiasme, répondirent aux paroles du chef bien-aimé :

— Vive l’Empereur ! à Paris ! à Paris !

Mais les maréchaux, Ney, Macdonald, épouvantés par des avis hypocritement envoyés de la capitale, exprimèrent des craintes indignes d’eux-mêmes. Et Napoléon, comprenant qu’il ne pouvait compter sur eux, tenta de les ramener en s’adressant à leur bonne foi.

Le 4 avril, il envoya à Paris, Caulaincourt avec Ney et Macdonald. Il voulait que ceux-ci comprissent la joie de l’ennemi.

Mais Marmont, duc de Raguse, qui formait sur l’Essonne, l’avant-garde de l’armée française, persuadé par son ami, M. de Montessuy, que Talleyrand lui avait envoyé, traita avec le gouvernement provisoire, quitta ses campements et conduisit ses troupes à Versailles, réduisant ainsi les forces de l’Empereur d’un tiers, rendant impossible sa marche sur Paris.

Il devait expier cruellement sa défection. Le bon sens populaire durant de longues années devait fustiger son souvenir, en flagellant de son nom, les trahisons, les actes infâmes… Ragusades, disait-on. Repoussé par tous les partis, il vécut isolé, sombre, attristé.

Châtiment tardif de l’homme qui avait perdu la France !

Le 6 avril, Napoléon se soumit à la fatalité… il consentit à abdiquer.

Le 11, en présence des délégués commis à cet effet, il signa officiellement l’acte qui le détrônait lui et sa descendance et faisait du maître de l’Europe, du plus grand génie de l’histoire française, le roitelet de l’île d’Elbe.

  1. Préfet du département de la Seine et Préfet de Police. Cette organisation subsiste encore aujourd’hui.
  2. Cet hôtel devint plus tard la Légation de Prusse.