La Néphélococugie/Comédie

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Texte établi par Pierre Gustave BrunetJ. Gay et Fils (p. 17-171).

LA COMÉDIE
NÉPHÉLOCOCUGIE



Genin, commence

Je suis douteux quel chemin je retienne
De ces deux-cy.


Cornard

                     Ah ! beste arcadienne,
Tu te vantois de me conduire bien.


Genin

Ce chemin est fourchu, Dieu sçait combien ;
Ne sçays-tu pas qu’une voye fourchüe
Est bien souvent de dure retenüe ?


Cornard

Comment cela ?


Genin

                           J’en appelle au besoing
Le cas fourchu de ta femme à tesmoing.


Cornard

Et de la tienne ?


Genin

                            Autant et davantage.
Nous sommes nez tous deux au cocuaige,
Pour telz censez, reputez et tenuz,
Tous deux cornards, encornez et cornuz.


Cornard

Mais cependant, quel chemin faut-il querre ?
 


Genin

Marche, crains-tu que te faille la terre ?
Voy ce Corbeau qui croasse sans fin,
Demande-luy, si tu veux, le chemin.


Cornard

Est-il saison de railler à ceste heure
Qu’il fault marcher ?


Genin

              Veux-tu doncq’que je pleure ?
Je n’en ay point de vouloir quant à moy,
Bien que je soys aussi fasché que toy,
Que je ne voy quelque homme en nostre voye,
Qui au chemin le plus droict nous envoye.


Cornard

Ceste contrée est déserte à la voir,
On n’y peut pas la trace appercevoir
D’hommes aucuns, sans plus en ces bocaiges
Divers oyseaux degoisent leurs ramages.


Genin

En mon esprit un moyen m’est venu
Dont j’apprendray ce chemin inconnu :

Divin flascon qui tiens la douce goutte,
Entre en ma bouche et m’asseure du doubte
De ces chemins incertains et divers ;
Par maintz travaux, par maintz ennuys souffertz,
Espointz des maux qui nostre cœur incitent,
Nous en allons où les Cocus habitent ;
Là les destins, d’un arrest ordonné,
Nous ont promis un repos fortuné.
Ô le bon vin, le vin a une oreille !
Je sens desjà que je diray merveille,
Allons tout droict, nous ne faudrons jamays,


Cornard

Tu parles bien, ton oracle j’admetz ;
Si nous eussions, malheureux et infâmes,
Cheminé droict sur le corps de nos femmes,
Ayans le manche, et l’outil tousjours prompt,
Nous n’aurions pas deux cornes sur le front.


Genin

C’est nostre faute, et quand bien tout je sonde,
Il n’y a rien si equitable au monde
Comme la femme, à qui en tout endroict
Autre vertu ne plaist tant que le droict.


Cornard

Nous esgarons en ces propos obliques,
Lesquelz nous font dolens et fantastiques,
Partant, marchons, sans plus nous arrester :
Mais en allant je te supply conter
Aux spectateurs, qui longtemps le desirent,
Quelz sont les maux qui cruelz nous martirent,
Qui en est cause, et pourquoy et comment
Nous est venu nostre premier tourment.



Genin

Je le diray, mais devant je proteste
Que cela m’est bien fascheux et moleste.


Cornard

Qui va comptant à autruy ses douleurs,
« Il allentist la pluspart de ses pleurs ;
« En le celant nostre mal se renforce,
« Et l’esventant il demeure sans force. »
 


Genin

Depuis le temps que Jupin irrité
Du larrecin de ce fin Promethé,
Nous envoya afin de nous mesfaire
La femme, helas ! nostre mal nécessaire,
Ce feut alors que tout genre de maux,
D’ennuys, de soings, de penibles travaux,
Que la famine, et la peste, et la guerre
Ont fourmillé par elle dans la terre,
Plus dru cent fois qu’on ne void aux espis,
Parmy les champs, courir maintes fourmis,
Et aux jardins là diligente avette
Couvrir autour le front d’une fleurette.
La femme est cause, ô genre trop maudit !
Que le peché est seul en grand crédit,
Ayant si fort sa racine profonde,
Qu’il en remplist l’enfer, la terre et l’onde ;
D’elle est l’orgueil, d’elle est la passion
Qu’on nomme amour, d’elle l’ambition,
L’ire, la rage et l’aspre frenaisie
De cocuaige et de la jalouzie.
Dès aussitost qu’elle a un peu gousté
Aux hameçons cachez en volupté,
Elle s’y prend, et sans raison ny bride,
Court eshontée où sa teste la guide,

Ne cherchant rien, d’un courage esperdu,
Que son plaisir méchant et deffendu.
Comme un chancreux, si on n’y remédie,
De plus en plus nourrist sa maladie
Qui ne luy donne aucunement repos
Jusques à tant qu’elle ay mangé ses os,
Et consumé d’une fureur cruelle
Tout le meilleur de sa tendre mouëlle ;
Et comme un ver qui au chesne se prend,
Plus il y est, plus vermoulu le rend :
Ny plus ny moins la volupté damnable
Se rendant d’elle une foys accostable,
Et luy ayant ses faux plaisirs appris,
Suce son cœur, aveugle ses espritz,
Va allumant de sa brillante flamme
Les fols pensers du cerveau et de l’ame.
Si d’avanture on la veut empescher
De ne pouvoir tous ses desirs chercher,
C’est lors, c’est lors qu’elle se fait connoistre
Et qu’on luy ouvre une plus grand’ fenestre
À se jetter aux vices bien souvent ;
C’est lors, c’est lors qu’elle va controuvant
Mille moyens tant sa rage l’incite
À pourchasser une chose illicite.
Heureux celuy qui ne connoist le mal
Que donne à l’homme un si fier animal ;
Il vit tout franc d’un dangereux servage,
Il n’a le nom de sot pour apanaige !
Le front levé, il se monstre en tous lieux,
Sans craindre en rien le nom injurieux
Qui appartient à cil qui tant s’oublie
Que d’esclaver soubz la femme sa vie.
Pauvre chetif ! qui en ces lacz tenu
Est, ou sera, ou doibt estre cornu.
Si nous eussions tous deux esté bien sages,
Sans asservir à ses douceurs volages

Nostre franchise et sans estre appastez
Des vains appastz de ses fresles beautez,
Nous ne fussions cornuz comme nous sommes,
Plustost deux boucz que semblables aux hommes,
Et ne voudrions, tristes et esbahis,
Quitter ainsi nostre propre païs ;
Mais si fault-il apprendre la science
En enrageant de piller patience,
Et malgré nous noz douleurs oublier,
Puisqu’on ne peult plus y remédier.
« Où il n’y a point remède d’abattre
« Les durs assaux de fortune marâtre,
« Il fault fuyr par trop se désolant
« De rengreger son malheur violent,
« Et peu à peu par une longue espreuve
« Vestir en soy une nature neuve,
« Qui rien ne craigne et n’appréhende rien,
« Soit que luy vienne ou du mal ou du bien. »
Pour ce, Messieurs, laissans nostre fortune,
Qui nous est trop cruelle et importune,
Je vous diray qui nous meut de venir
Dans le pays des Cocus nous tenir :
Nous sommes nez tous deux d’un mesme pere,
Tous deux sortis du ventre d’une mère,
Qui nous voyans estre vilipendez,
Huez, sifflez, mocquez et regardez
Pour nostre front, dont la cyme se borne
Deçà, delà d’une bessonne corne,
Avons conclud, pour oster de noz piedz,
Tous les soucys où nous estions liez,
Qu’il valloit mieux délaisser pour ceste heure,
Nostre païs, noz biens, nostre demeure,
Noz bons amys, nos parens et tous ceux
Qui nous estoient ennemys et fascheux,
Et s’en aller où les Cocus se tiennent,
Qui comme nous mesme destin soustiennent,

Ont mesme humeur, mesmes fascheuses nuicts,
Mesmes desirs et non moindres ennuys.
De ces oyseaux nous prendrons accointance
Par le moyen d’un qui nasquit en France,
Qui autresfois, comme nous estonné
De voir son front de deux cornes borné,
Se retira où les Cocus demeurent,
Oyseaux de bien qui benins le reçeurent,
Le feirent Roy et luy meirent en main
Le Sceptre esleu d’un Cocu souverain :
Et maintenant d’une puissance grande,
Comme seigneur aux Cocus il commande,
Estant changé, ains que de commander
En une forme estrange à regarder :
Il n’est oyseau ny homme tout ensemble,
Et toutesfois l’un et l’autre il ressemble :
Il a plumage ainsi comme l’oyseau,
Et comme luy chante au printemps nouveau ;
Ce nonobstant, comme un homme il devise,
Il fait, il parle, il propose, il advise,
Il a des mains et aussi des piedz telz
Comme les ont tous les hommes mortelz.
Il crache, il tousse, il pète, il rote, en somme,
Il est semblable au naturel de l’homme ;
Mais il differe en cecy des humains
Qu’il est oyseau et ne l’est neanmoins,
Car sa grande aille estendue à merveille
Monstre qu’il n’a une essence pareille
À l’homme, et moins à un Cocu aussi,
Car le Cocu a le corps tout noircy
D’ailles, de poil, de piedz et de plumage,
Et n’a qu’un bec en lieu d’un beau visage ;
Son corps est moindre et est bien plus leger
À prendre vol que son Prince estranger.
Or, ce grand monstre, ensemble oyseau et homme
Est de Paris et Jean Cocu se nomme ;

N’ayant mué rien plus que le surnom
Parceque Jean il a eu tousjours nom ;
Et nous, Messieurs, que la fortune exile,
Sommes natifz de Tholoze gentille,
Où Amalthé a longtemps habité,
Et a Jupin là mesmes allaicté,
Non dedans Crete, et pour reconnoissance
Luy a laissé sa corne d’abondance.



Cornard

Je pense, moy, que nous ne sommes pas
Bien loing du lieu où nous dressons noz pas.


Genin

Nous verrons bien, or va-t’en et desserre
Deux ou troys coups avecques une pierre
Dedans ce chesne, et crie à haute voix
Pour voir voler les oyseaux de ce boys.


Cornard

Hau ! Jean Cocu !


Le Tiercelet

                         Qui est là ? qui l’appelle ?


Cornard

Ô ! Apollon quelle chose nouvelle,
Certes, je n’eusse oncques pensé cecy
Que les oyseaux eussent parlé icy.


Genin

Et si font bien en Tholoze les bestes.


Le Tiercelet

Ne voulez-vous me dire qui vous estes,
Qui demandez à parler à Monsieur ?



Genin

Dis-moy, oyseau, es-tu le senateur
De Jean Cocu, dont la grand’ renommée
En toutes partz est aujourd’huy semée ?


Le Tiercelet

Ouy, ouy.


Cornard

              Tout nous vient à souhaist.


Genin

Mais qui es-tu ?


Le Tiercelet

                      Je suis son Tiercelet,
Tiré de luy comme une quintessence,
Pour estre mis souz son obéissance.


Genin

Ton maistre est-il des quintessentiaux,
Changeant en or tous les autres métaux ?


Le Tiercelet

Nenny, mon maistre ignore l’Alchemie,
Mais tout ainsi comme en l’Oyselerie
On va trouvant des oyseaux qui ont nom
Les Tierceletz, d’Autour et de Faucon :
Semblablement aux Cocus se presente
Une autre espece à leur forme approchante,
Qu’on ne dict pas des Cocus proprement,
Ains Tierceletz de Cocus seullement.


Genin

Doncq, Tiercelet, va-t-en dire à ton maistre
Que deux cornuz, telz que tu nous voidz estre,
Le veulent voir.



Le Tiercelet

                       Il est pris de sommeil,
Je luy diray soudain à son réveil,
Et non plustost, car je crains sa menace.


Genin

Mon Tiercelet, je te supply, de grace,
Va l’esveiller.


Le Tiercelet

                     Je sçay bien qu’il sera
Fort dépité quand on l’esveillera,
Mais pour l’amour de vous deux je me charge
D’aller vers luy accomplir ceste charge.


Genin

Va, mon amy.


Cornard

                      Ce Tiercelet icy
A son minois a beaucoup de soucy.
N’as-tu pas veu qu’il a la veuë trouble
Et le corps maigre comme une escouble ?


Genin

Ce n’est le soing qui si maigre le rend,
Ains c’est plustost qu’à son repas il prend
Honneur partout aux friandes oreilles,
La Merde d’Oye, ou viandes pareilles.


Cornard

Laissons-le là, le vilain, qu’il est laid,
Je ne voudroys avoir un tel valet.


Jean Cocu

Sus, ouvrez-moy la Forest, que je sorte.



Cornard

Voyci ce Jean. Dieux ! quel plumage il porte,
Quelz piedz il a ! quelles mains et quels yeux !
Quel port, quel geste horrible et furieux !


Jean Cocu

Qui estes-vous qui me cherchez ?


Cornard

                                          Deux bestes,
Comme deux boucz ayans cornes en testes,
Venus exprès pour cosser contre toy.


Jean Cocu

Il semble à voir que vous mocquez de moy.


Cornard

Non pas de toy.


Jean Cocu

                       De quoy doncq ?


Cornard

                                            Il nous semble
Que ton visage et ton plumage ensemble
Cache en un homme un cocu Damoyseau.


Jean Cocu

Estimez-vous que cela soit nouveau ?
Ce grand Tonnant qui, d’un coup de tonnerre,
Peut eslosser, et les Cieux et la terre,
Lequel retient souz son brave pouvoir
Tout ce qu’en hault et eu bas on peult voir,
Pris et bruslé en sa tendre poictrine
De la beauté admirable et divine

D’une Junon, se changea finement
En un Cocu pour guerir son tourment
Et pour jouïr d’elle qui estoit fiere
À luy vouloir accorder sa priere.


Cornard

Et c’est pourquoy sur ton sceptre doré,
Comme un Cocu est Jupin figuré ?


Jean Cocu

Vous dites vray.


Cornard

                       Et doncq’ Jupin peult estre
De tes Cocus le patron et le maistre,
Estant ainsi dessus ton sceptre peint
Tel qu’il estoit alors qu’il feut contraint
D’aller changer sa divine figure
En un oyseau plein d’estrange nature.


Jean Cocu

Non point, nous seulz portons le sceptre en main,
Où soit gravé un Cocu si hautain ;
Dedans Argos, celle qu’engendra Rée,
D’un pareil sceptre a la main decorée,
Pour un seignal que son frère en Cocu
Feut maistre d’elle, et ensemble vaincu,
Et qu’elle feut d’un maistre Cocu faite
D’une pucelle une femme parfaicte.


Cornard

Ce n’est doncq’ pas un peu d’authorité
D’estre Cocu, puisqu’un Dieu l’a esté.


Jean Cocu

Mais, dites-moy, d’où estes-vous ?



Genin

                                    De France.


Jean Cocu

De quel quartier ?


Cornard

                 Où l’on ayme la dance
Plus qu’en nul lieu.


Jean Cocu

                               Vous estes volontiers,
Comme je croy, tous deux nez de Poictiers.


Cornard

Un peu plus loin.


Jean Cocu

                                  Où est-ce, je vous prie ?


Cornard

En une ville ayant pour armoirie
Un blanc agneau, et où les baladins
Grandz piaffeurs, sont appelez Moudins.


Jean Cocu

Je vous entendz, vous parlez de Tholoze.


Cornard

Vous l’avez dict.


Jean Cocu

                              Qui vous meut, quelle chose
Vous faict venir en un lieu si lointain ?



Genin

Le grand desir qu’avons de longue main
De te connoistre.


Jean Cocu

De te connoistre. À quelle fin, en somme ?


Genin

Comme nous deux tu as esté un homme,
Comme nous deux tu nasquis autrefois
De nation et de genre François ;
Et comme nous, en marque d’une beste,
Tu euz jadis deux cornes sur la teste,
Et as esté aussi bien, comme nous,
Mocqué, sifflé, monstré au doigt de tous ;
Et comme nous, plein de melancholie,
Tu as quitté les tiens et ta Patrie :
Par ce moyen, par un accord fatal
Symbolisant tout oultre à nostre mal,
Et comme nous sans différence aucune
Ayant couru une mesme fortune,
Son ignorant de ces divers assaulx,
Tu voudras mieux secourir à noz maux,
Et permettras en meilleure asseurance
Que dans ton bois nous facions demeurance.


Jean Cocu

Je vous reçoy.


Genin

Je vous reçoy. De mille millions
De grandz mercis nous te remercions,
Te promettans dorenavant de vivre
Dessoubz les Loys qu’il te plaira ensuivre.



Jean Cocu

Vous soyez bien et à propos trouvez
Pour une affaire où tous deux me pouvez
Bien conseiller comme estans avec l’aage,
Pleins de praticque et de prudence sage.


Genin

Qu’est-ce, dy nous ?


Jean Cocu

Qu’est-ce, dy nous ? Nagueres dans ces lieux
Le filz de Maie, interprete des Dieux,
Me vint sommer d’aller faire en personne
L’hommage deu, pour moy et ma coronne,
Au Dieu qui faict trembler dessouz sa faux
Par les jardins tous les autres oyseaux :
Je respondy que tout mon cocuaige
Ne tenoit point à foy et à hommage
De ce Dieu là, ains de ma majesté,
Qui y commande en souveraineté,
Et reffasay d’estre soubz la puissance
D’un Dieu tiran contraire à nostre engeance,
Cruel, félon, sans amour, sans appuy
Et le motif de nostre grand ennuy.
Sur mon refus il veut saisir ma terre,
Mais je l’empesche et dénonce la guerre
À ce Priape, au cas qu’il me voudroit
Troubler mon sceptre et mon souverain droict.
En peu de motz voylà toute l’affaire :
Et aujourd’huy qu’est-il meilleur de faire,
Ou d’assaillir, ou repousser bien loing
Mon ennemy, si j’en ay le besoing ?


Genin

Je te diray un moyen bien utile,
Dont promptement il te sera facile

De l’envahir, ou de ne luy faillir,
Si d’avanture il te vient assaillir.


Jean Cocu

Quel ce moyen ?


Genin

Quel ce moyen ? Très-bon, je t’en asseure.
Regarde en bas, que voys-tu à ceste heure ?


Jean Cocu

Rien n’apparoist que la terre à mes yeux.


Genin

Hausse ton col, qu’avises-tu ?


Jean Cocu

Hausse ton col, qu’avises-tu ? Les Cyeux.


Genin

Or, entre deux l’air est sis.


Jean Cocu

Or, entre deux l’air est sis. Je le cuide.


Genin

Qui est nommé en autre nom le vuide.


Jean Cocu

Vuide pourquoy ?


Genin

Vuide pourquoy ? Parce qu’il est ouvert,
Qu’il est tout vacque et qu’il est tout desert.
Mais si tu veux me croire en une chose,
Fais-y bastir une ville bien close

Et bien garnie autour de toutes partz
De boulevertz, de tours et de rempartz,
Et y demeure, et toute la grand’ bande
De tes Cocus auxquels Roy tu commande.
En ceste sorte estant fortifié
De murs, de gens, tu iras sans pitié,
Escarbouillant plus dru que la tempeste,
À gros caillous de Priape la teste.
Et quand les Dieux le pourroient secourir,
Ilz n’oseroient de crainte de mourir
De male faim.


Jean Cocu

De male faim. Comment cela ?


Genin

De male faim. Comment cela ? Sans doubte,
Il adviendra, et m’entendz bien.


Jean Cocu

Il adviendra, et m’entendz bien. J’escoute.


Genin

Dedans le ciel les grandz Dieux immortelz
Vivent d’odeurs qui montent des autelz
Parmy l’espace où sera vostre ville :
Si doncq’ les Dieux, d’une audace inutille,
Vouloient monstrer contre vous leurs fureurs,
Vous humerez leurs friandes odeurs,
Comme d’un coup en humant on avalle
Au desjeuner les huitres en escalle.


Jean Cocu

C’est bien parlé, j’en jure les grandz Dieux,
Jamais un Dieu ne m’eust conseillé mieux,
Et je feray ceste ville construire,
Si aux Cocus je voy la chose duire.



Genin

Qui leur dira ce que j’ay proposé ?


Jean Cocu

Ce sera toy qui es mieux advisé
Et mieux instruict aux affaires plus rares
Que nous, Oyseaux ignorans et barbares.


Genin

Je ne voy point de tes Cocus en l’air
Où sont-ilz tous ?


Jean Cocu

Où sont-ilz tous ? Je vay les appeler.

ODE




Jean Cocu

Dieu Delien qui presides

Sur les plaines Parnassides,
Qui accordant à ta voix
Le luth guidé de ton pouce,
D’une harmonie si douce
Esmeuz les rocz et les boys ;

Que les neuf seurs immortelles,
Les Muses, chastes pucelles,
Suivent alors qu’elles vont
Caroller dans une plaine,
Ou au bord de la fontaine,
Qui jallist dessus leur mont ;

Viens, Apollon, je t’appelle,
Donne-moy une voix belle,
Pour faire venir à moy
Mes Oyseaux, qui par le vuide
Suivront ma voix comme guide,

Pour les conduire à leur Roy.
Système entrecoupé


Cornard

Ô douce langue ! ô gorge doucereuse !
Combien elle a sa voix harmonieuse,
Ayant esmeu en un moment de temps
Tout ce grand boys de ces chantz esclatans !


Genin

Paix, parle bas.


Cornard

Paix, parle bas. Dis-moy, qu’y a-t’il ores ?


Genin

Ne veux-tu pas donner silence encores ?
Ce Jean Cocu se veult jà apprester
Pour aultres chantz tous nouveaux nous chanter.

STROPHE OU ODE




Jean Cocu

Coku, Coku, Coku, Coku :

Tous mes Cocus à moy s’en viennent
Qui espars dans ce boys se tiennent :
Coku, Tacoku, Tacoku :
Sus, sus, que chacun d’eux s’envole,
Branlant ses deux ailles en l’air.
Tous, tous, viennent vers moy voler,
Cherchans le vent de ma parolle,
Comme à ce faire ilz sont instinctz.

Coku, Coku, Torolilings.

STROPHE OU ODE


Coku, Coku, hastez-vous,

Hastez-vous de venir tous,
Ou soit que dessouz l’ombrage,
Desgoisant vostre ramage,
Sur un rameau vous perchiez ;
Ou qu’en la terre couverte
De gazons et d’herbe verte,
Vostre pasture cherchiez ;
Ou que soyez aux bocages,
Où l’on ne void pas de trac
D’hommes et bestes sauvaiges.

Cokou, Cokou, clac, clac, clac.

STROPHE OU ODE


Deux vieillardz experimentez

Tous deux aux affaires des hommes,
Se sont de leur terre absentez
Pour venir aux lieux où nous sommes ;
Ilz veulent monstrer le moyen
Comme nous donnerons la chasse
À nostre ennemy ancien,
Le Dieu adoré dans Lampsace.
Cokou, Cokou, Cokou, Cokou,

Côkou, Tacokou, Tacokou.

EPODE


Accourez en diligence,

Vous orrez leur eloquence,
Qui coulle plus doux que miel ;
Accourez tous d’une bande,
Et de vostre suitte grande

Embrunissez tout le Ciel.

Cornard

Voys-tu en l’air aucun Oyseau qui vienne ?


Genin

Je ne voy rien, ores que je me tienne
Fiché en haut, regardant parmy l’air,
Si je verray quelque Cocu branler.


Cornard

Je suis aussi beant emmy la nuë,
En attendant des Cocus la venue.


Genin

Si ne sont-ilz desmeshuict gueres loing,
Car Jean Cocu se taist, et n’a plus soing
De gringotter sa chanson Cocuante,
Ains accrouppy aux escoutes se plante.


Cornard

Je voy, je voy un Oyseau maintenant,
Qui parmy l’air ses ailles demenant,
Haste son vol, et semble à sa vistesse
Que devers nous sa volée il addresse.
Le vois-tu bien ?


Genin

Le vois-tu bien ? Ouy, c’est un Oyseau
Tout tannelé des couleurs d’un corbeau,
Fauve, cendré à la queuë avalée,
Couverte en long de plume grivelée :
C’est un Cocu, ou je suis grandement
Circonvenu en mon entendement.


Cornard

Nous le sçaurons de Jean Cocu, beau sire,
Qui sans faillir nous le pourra bien dire.

Dis, Jean Cocu, nous voudrions sçavoir
Qu’est cest Oyseau ainsi marqué de noir ?


Jean Cocu

C’est un Cocu.


Cornard

C’est un Cocu. Comment, un Cocu ?


Jean Cocu

C’est un Cocu. Comment, un Cocu ? Voire.


Cornard

Tes beaux Cocus ont doncq’ la plume noire,
Grise, tannée et grivelée aussi ?


Jean Cocu

Non tous Cocus, ains seullement ceux-cy,
Qui sont nyays, vivant toute l’année
Dedans leur nid qui est la cheminée,
Dont cestuy-là en est un bien parfaict,
Nyays Oyseau et nyays par effaict,
Gros enfroigné, gros tendrier inutile,
Tout renfroigné, tout sot, tout mal habile,
De tous plaisirs retraint et desnué,
Un lourd vilain, un Cocu cocué.


Genin

J’en voy encore un autre qui luy semble,
Et de plumage et de couleur ensemble,
Sinon qu’il a comme une mitre au front.


Jean Cocu

Aussi est-il de ces Cocus qui sont
Oyseaux de marque et prisez davantaige,
Pour avoir sçeu que c’est que Cocuaige ;

Qui, entre nous, pour estre mieux monstrez,
Sont en leur front de nature mitrez ;
Cocus pondus en semence et en herbe,
Qui vont croissant en espy, et en gerbe.


Cornard

En terre doncq’ ilz ont esté tapis,
Puisqu’ils sont nez en herbe et en espis.


Genin

Ne voidz-tu point un autre Oyseau encore,
Frizé au front d’un beau poil qui le dore,
Oyseau si vif, si prompt, si remuant ?


Jean Cocu

C’est un Oyseau qu’on nomme Cocuant,
Le plus gaillard, le plus fin que je pense
De tout Oyseau de mon obéissance ;
Il est subtil, il est prompt et leger,
Il suict le vent comme Oyseau passager,
Il vit de proye, et bien souvent encore,
Las de voler sur un arbre il s’essore ;
Il peult le poing aizement endurer,
Et si est bien plus facille à leurrer,
S’il void de loing une chair vive et belle.


Cornard

En mes ans verdz j’euz la nature telle,
Quand me jettant sur les champs à l’escart,
J’avois jà pris l’essor en quelque part,
Si je voyois une chair vive et nette,
Non corrompue ou pourrie et infaicte,
Haussant mon aille et mon corps allongeant,
J’allois mon bec dessus la chair plongeant,
Et me leurroient les pucelles tendrettes,
Qui par plaisir branloient mes deux sonnettes,

M’apprivoysoient et avoient bien le soing
De me porter quand il estoit besoing :
Et quand j’estois perché un peu sur elles,
Souple et dispos je dressoys mes deux ailles,
Mais maintenant que je debviens chenu,
Je suis aussi tout pantoys devenu.


Genin

Ô Dieux puissans ! à quelles troupes fortes
Viennent icy Cocus de toutes sortes,
Gras, amaigris, gresles, carrez et rondz,
Grandz et petitz, trappus, menus et longs,
Noirs, pers, tannez, cendrez, routes et garres,
Jaunes, blancs, roux, marquetez et bizarres :
De leur haut vol en long ordre espaissy,
Ilz vont rendant tout le Ciel obscurcy,
Et de leurs cris tout ce boys s’en estonne,
L’air retentist et Echon en résonne.


Cornard

Ilz sont prochains, et à les voir crier,
Il sembleroit qu’ilz vueillent déplier
Contre nous deux leur rage et leur audace ;
Plus ilz sont près, plus j’entendz leur menace.
Et plus je voy qu’ilz regardent sur nous.


Chœur

Que vous plaist-il, Sire, que voulez-vous ?
Nous voyci prestz tous ensemble de faire
Ce que verrez qui vous soit nécessaire.


Jean Cocu

Non pour moy seul, mes subjectz, seullement,
Ains pour vous tous, et moy esgallement,
Je vous ay faict assembler pour vous dire
Ce qui concerne au bien de nostre Empire.



Chœur

Qu’y a-t-il, Sire ?


Jean Cocu

Qu’y a-t-il, Sire ? À ceste heure, en ces lieux,
Sont devers moy venus deux hommes vieux,
Qui m’ont instruict comme il faut que j’attrape
Nostre ennemy, ce viedaze Priape.


Chœur

Où sont, où sont ces hommes ennemys ?
D’où viennent-ilz, et qui leur permis
De s’addresser dans noz bois en la sorte,
Veu mesmement la haigne qu’on leur porte,
Où sont, où sont, où sont-ilz ?


Jean Cocu

Où sont, où sont, où sont-ilz ? Les voicy,
Ilz sont tous deux auprès de moy icy,
Et ont laissé le païs de la France,
Qui est le lieu où ilz prindrent naissance,
Pour s’en venir avec nous habiter.


Chœur

Ferez-vous bien un tel acte damnable ?


Jean Cocu

Je le feray et l’ay pour agreable,
Ne dittes plus ny pourquoy, ny comment,
C’est mon plaisir, c’est mon commandement.

STROPHE



Chœur

Nous sommes, nous sommes trahis,
Noz haineux nous ont envahis
Par le moyen de nostre Prince,

Lequel nous debvant soustenir,
Faict, ingrat, les hommes venir
Pour destruire nostre Province ;
Il nous veult mettre entre les mains
De noz ennemis inhumains,
Les hommes, ses frères antiques,
Les hommes, si fiers animaux,
Nez à nous faire mille maux

Par leur dol et fraudes iniques.


Système entrecouppé

Laissons ce Roy tout remply de malice,

Tiran cruel, digne de grief supplice,
Qui nous trahist, qui avons esté siens,
Tout en un coup et de corps et de biens
Ne luy portons jamais obeissance,
Et toutes fois prenons, prenons vengeance
De ces vieillardz malheureux et mauditz,
Qui ont esté si osez et hardis
Que d’espier le bois qui nous enserre,

Pour nous dresser une mortelle guerre.



Genin

Nous sommes mortz.


Cornard

Nous sommes mortz. Il falloit bien courir
Vers ces Cocus pour nous faire mourir !
C’est faict de nous, je ne voy point de plage
Où nous puissions nous sauver de l’oraige ;
De toutes partz mille Cocus nous vont
Environnant aux costez et au front,
Et à la queuë, et ne sçaurions tant faire
Que nous puissions de leurs trouppes distraire.



Genin

Sçays-tu que c’est ? Il ne faut craindre rien,
Car j’ay trouvé un fort subtil moyen
De les chasser s’ilz vont haussant leur creste :
C’est que dressant noz deux cornes en teste,
Et aiguisant noz ongles comme il faut,
Nous résistions à leur cruel assaut ;
Et le premier qui nous voudra combattre,
Que promptement on ne faille à l’abattre
Dessoubz les piedz, et pour besongner mieux,
Qu’à coups de corne on luy creve les yeux.

STROPHE



Chœur

Enfermons de tous costez

Ces deux vieillardz rassottez,
Tous pleins d’astuce et d'injure ;
Sus, que noz grandz becs pointus
Rendent leurs corps abattus,
Pour nous servir de pasture.
Dressons noz ailles en haut :
Alarme, alarme, à l’assaut,
Ayons les deux griffes prestes,
Et de corps, de piedz, de testes,
Enfonçons-les sans frayeur ;
Ilz sont à nous, ilz ne taschent
Qu’à chercher où ilz se cachent

Pour fuir nostre fureur.



Cornard

Où m’enfuiray-je ? où iray-je à ceste heure ?
Ah ! malheureux, faut-il donc que je meure ?


Genin

Ne t’ay-je dict qu’aizement nous pourrons
Fendre, assaillir, chasser leurs escadrons ?
Laisse ta peur.


Cornard

Laisse ta peur. Je n’ay point de fiance
Que nous puissions faire grand’ resistance ;
Ilz sont plus fortz que nous deux mille foys,
Et de pouvoir evader de ce boys,
Nous ne sçaurions, quelque effort que tu tente.
Qui faict qu’au cœur j’ay si grande espouvante,
Que si n’estoit de honte que j’aurois,
De male peur tout je m’incagnerois.


Chœur

Donnons dessus, et sans craindre la vie,
Frappons, ruons, rompons tout de furie ;
Allons les joindre, et de noz ongles tortz,
Fendons, tuons, ecorchons-leur le corps.


Genin

Si vous venez, Oyseaux, je vous appreste
Sur vostre chef une horrible tempeste ;
Ne m’espargnez, affin qu’à vostre tour
Vous recepviez à beau jeu beau retour.


Jean Cocu

Dittes, Cocus, quelles fureurs cruelles
Erre au profond de voz tendres mouëlles ?
Mechans Oyseaux, que pensez-vous songer ?
Voudriez-vous bien deux vieillardz saccager,
Qui n’ont jamais offensé vostre race,
Ny de propos, d’effect ny de menace,
Ainçois tousjours tandis qu’ilz ont vescu
Ont honoré le beau nom de Cocu ?


Chœur

Vous perdez temps, il est autant possible
Que nostre cœur de rage soit paisible,
Qu’il est possible entre les grandz trouppeaux
Des gras moutons et des petitz aigneaux,
Que le loup puisse empescher sa furie
Et s’en aller hors de la bergerie.


Jean Cocu

Mais s’ilz vous sont de nature ennemys
Et qu’ilz vous soient en leur pensée amys,
Estans venus pour service vous faire,
Voudriez-vous bien les meurtrir et deffaire ?


Chœur

Quoy ? pourrions-nous aucun service avoir
Des hommes promptz à tousjours decepvoir,
Malings, ruzez et ayans davantaige
Faict à nous tous et maint et maint outrage,
Les ennemys les plus pernicieux
Qu’ont eu jamais noz anciens ayeux.


Jean Cocu

Ilz vous don’ront conseil en voz affaires.


Chœur

Comment peut-on de ces grandz adversaires
Prendre conseil ? Ce seroit pour néant,
Et ne seroit utile ne seant.


Jean Cocu

« Si pouvez-vous, en le voulant entendre,
« Beaucoup de bien de l’ennemy apprendre,
« Dont le conseil quelquefois est plus sain
« Que n’est celuy de nostre amy certain :

« Car nous prenons vivement par l’oreille,
« Ce que l’amy nous dict, et nous conseille,
« Ne regardans s’il a bien, ou mal dict,
« D’autant qu’il est entre nous en credit,
« Et qu’il est creu de tout ce qu’il propose :
« Mais du haineux c’est bien une autre chose,
« Car s’il nous va conseillant nostre bien,
« Nous regardons, devant qu’en faire rien,
« S’il a bien dict, s’il y a apparence
« En ses propos de quelque vray-semblance,
« Et qui l’esmeut, à quelle occasion,
« Quel est son but, et son intention,
« Encor enfin il est en nous d’eslire,
« Si nous debvons prendre ou laisser son dire,
« Non de l’amy, qui se sent mesprisé,
« Si comme luy son conseil n’est prisé. »


Chœur

S’il est ainsi qu’aux ennemis on treuve
Quelque conseil, nous en ferons l’espreuve ;
Arrestons-nous, et cessons peu à peu
Nostre courroux, nostre ire, et nostre feu.


Genin

Nous sommes bien, ilz mattent leur courage,
Ilz vont laissant leur fureur, et leur rage,
Ne craignons plus leur félonne rigueur.


Cornard

Je n’ay encore en seureté mon cœur
Qui me debat d’une crainte certaine,
Ainsi qu’on void debattre une mitaine,
Qu’entre ses mains par passetemps soufflant,
On va d’un vent platissant et enflant.


Genin

Si tu craignois, je n’estois pas sans crainte,
Mais il falloit estre hardis par feinte
Vers ces Oyseaux qui monstrent leur courroux
A des aigneaux, et non pas à des loups.


Cornard

Je ne sçaurois m’enhardir par feintise,
Pour estre après noté de coüardise,
Comme d’aucuns qui font bien des fendans,
Sont en braver, en jurer abondans,
Jouans du plat de la langue à leur aize,
Ce n’est que feu, ce n’est que vive braize,
On ne sçauroit leur ardeur soustenir,
A toute force ilz se font retenir :
Et quand il faut un petit se combattre,
Vous les verriez resfroidiz comme plastre,
Estre esbahis, craintifs, et estonnez,
Et de vergogne avoir un pan de nez.


Genin

Tout est passé, nous ne debvons plus craindre,
Jà ces Cocus delaissent de nous ceindre,
Comme ilz avoient au commencement faict,
Et ont desjà tout leur ordre deffaict.

STROPHE



Chœur

Callons nos deux ailles en bas,

Et qu’en signe d’une concorde,
Marchant ensemble à petitz pas,
Ces deux hommes vieux on aborde,
Et devant que de faire rien,
Le Roy nous enseignera bien

De quel endroict ilz sont de France.
Les François sont divers de meurs,

Comme en habitz et en couleurs,
On les void remplis d’inconstance,
Les uns aux vertus sont enclins,
Les autres embrassent le vice,
Et les uns vivent sans malice,
Les autres sont cautz et malings.

Systeme entrecouppé

Prince, nous voudrions bien connoistre
En quelle contrée ont peu naistre,
De la France ces fugitifs ?


Jean Cocu

Ilz sont de Tholoze natifs.


Chœur

Pourquoy ont-ilz abandonné
Ceste ville si fortunée,
Pleine de gens riches d’escus
Et qui ayment tant les Cocus ?


Jean Cocu

C’est d’ennuy, et d’ire profonde
De se voir herceler au monde,
A cause que les Dieux les ont
Tous deux marquez emmy le front
De deux grandes cornes bessonnes ;
Au reste ilz sont bonnes personnes,
Et quand bien vous les connoistrez
De plus en plus les aymerez.


Chœur

Quelz bons conseilz, et profitables
Peuvent donner ces misérables,

Qui en ont bien besoin pour eux.



Jean Cocu

Vous voyez bien là l’un des deux
Qui a le plus maigre visage,
C’est un autant accort et sage
Que j’aye jamais accosté ;
Il dit merveille, il a hanté
Le monde, à contempler sa face
Pleine d’une modeste audace.

ÉPODE



Chœur

Il nous faut devers luy aller
Commandez-luy doncq’ de parler,
Un desir desjà nous affolle
D’escouter sa douce parolle,
Et de voir s’il est sage ainsi

Comme vous le vantez icy.

AUTRE SYSTEME


Entrecoupé


Jean Cocu

Or, mes amys, j’ay si bien de ma langue
Basty pour vous une douce harangue,
Que grace aux Dieux vous estes retirez
Du grand danger où vous estiez fourrez,
Et pour signal d’une paix amyable
Ces miens Cocus ont eu pour agréable
Vostre venuë, ayans compassion
De vostre ennuy et vostre affliction.


Genin

Si nous ont-ils faict de fortes alarmes,
Mais ce que plus je craignois de leurs armes
C’estoit leur bec si crochu et si fort.


Jean Cocu

Laissons cela, car j’ay faict vostre accord
Par tel moyen que tu feras entendre
Ton bon conseil, comme il faut se deffendre
Contre Priape, et comme il faut l’avoir,
Ainsi qu’as dict, dessouz nostre pouvoir.


Genin

Auparavant il faut doncq’ qu’on me jure
Qu’on ne fera à nous aucune injure,
Ou je ne veuz rien dire de ma part.


Chœur

Nous vous jurons.


Genin

Nous vous jurons. Quel Dieu ?


Chœur

Nous vous jurons. Quel Dieu ? Le Dieu Coquart.


Cornard

Qu’est-ce Coquart ? J’ay veu, comme il me semble,
Le Calendrier où les Dieux sont ensemble
Selon leur grade et leur rang enfermez,
Si n’ay-je veu ce Dieu que vous nommez,
Ou il estoit en quelque coing, peu-estre,
Si bien caché, qu’il n’a sçeu apparoistre.


Chœur

Or si a-t’il entre nous un grand nom.


Cornard

C’est des Cocus, peult-estre, le patron ?


Chœur

C’est nostre Dieu.


Genin

C’est nostre Dieu. Doncq’par ce Dieu là mesme
Qui vous est tant vénérable et supresme,
Faites icy un solennel serment
Que ne serez fascheux aucunement.


Chœur

Nous vous jurons par Coquard, qui preside
Sur ses Cocus qu’il soustient, et qu’il guide,
Qu’il ne sera, soit en dict, soit en faict,
Contre vous deux rien commis ny forfaict.


Jean Cocu

Quoy ! voudriez-vous de promesse meilleure
Que celle-cy, par qui on vous asseure
De ne vous faire aucun mal, ny ennuy ?


Genin

Bien, nous mettons dessouz ton bon appuy.

STROPHE



Chœur

Jaçoit que dans l’humaine race,
On voye regner la falace,
Plus que la pure verité,
Et que celuy qui plus exerce
Son temps à malice diverse,

Est plus hault en authorité.
Si ne pensons-nous que vous estes
Autres que simples et honnestes,
Et que toy qui es sage et meur,
Vueilles user de menterie,
De finesse, et de tromperie,
Propres au dissimulateur.
Ainsi conseille-nous sans feinte,
Quelles machines inventant,
Nous rendrons la grand force esteinte
De Priape qui nous hait tant.


Genin

Devant jamais que Priape eust naissance,
Desjà Cocus vous estiez en essence.


Chœur

Nous en essence ?


Genin

Nous en essence ? Il est tout asseuré.


Chœur

Cela vrayment nous avions ignoré.


Genin

Vous n’avez leu aussi aux bons poëtes
Qui vont chantant dans leurs fables secrettes,
Qu’en mesme temps, mesme heure, mesme jour,
Feurent esclos les Cocus et l’Amour.
Les Dieux alors ne regnoient point encore,
Venus aussi qu’en Paphos on adore,
Prise d’Amour n’avoit du Dieu Bacchus
Conçeu Priape ennemy des Cocus,
Et ne l’avoit dans les champs d’Abarnie,
Si tost qu’il eust en ce monde pris vie,

Abandonne, renonçant d’avoir faict
Un tel enfant si lourd et contrefaict.


Cornard

Il est aymé toutesfois des pucelles,
Non pas pour luy, ains pour le profit d’elles :
Car en sa hanche il a deux beaux tesmoings
Qui sont plus gros que pillons pour le moins,
Et un beau manche assez roide et qui pousse
Bien roidement sa puissante secousse,
Gentil, nerveux, bien nourry, bien charnu,
Et par sur tous le plus brave tenu.


Genin

Alors le ciel, l’air, le feu et la terre
Et toute l’eau qu’Amphytrite resserre
Dessouz ses bras larges et estendus,
N’estoient encore en leur place espandus,
Tout estoit plein de la nuict tenebreuse ;
Laquelle estant de soy-mesme amoureuse,
De deux beaux œufs feist engraisser son sein :
De l’un nasquit l’archeret inhumain,
Ce Dieu Amour portant au dos des ailles
Et un carquois plein de flesches mortelles,
De l’autre vint un Cocu printanier
Qui feut l’autheur des Cocus le premier,
Noble Cocu, dont la race feconde
Peuple aujourd’huy la plus grand’part du monde.


Chœur

Si les Cocus à ton dire sont vieux
Plus que la mer, que la terre et les cieux,
Que ne sont-ilz ou Dieux ou quelques Princes,
Ayans souz soy les plus belles Provinces ?


Genin

Ilz ont jadis esté de puissans Roys.


Chœur

Mais où ont-ilz commandé autrefois ?
Conte-le-moy, de grace, je t’en prie.


Genin

Ilz feurent Roys d’Egypte et de Surie :
Qu’il ne soit vray, quand on void au Printems
Quelques Cocus en ces quartiers chantans,
Lors en son champ tout le monde amoncelle
Le fourment, l’orge, et l’aveine eu javelle,
Et en ce tems on se mocque de ceux
Qui d’asserrer leurs biens sont paresseux,
Gens inutilz, qui n’ont en reverence
De leurs Cocus l’honorable présence.


Cornard

S’ilz sont mocquez, aussi le gaignent-ilz,
N’honorans pas des oyseaux si gentils.


Genin

Ilz ont si bien regné dedans la Grece,
Que les grandz Roys célébrez en proüesse,
Qui dans Mycene ont esté en renom ;
Pelops, Thieste, Atrée, Agamemnon,
Pour mieux se faire à leurs peuples parestre,
Portoient, pompeux, un sceptre en la main dextre,
Qui n’avoit point au sommet un corbeau,
Une choüette, une aigle, ou autre oyseau,
Mais un Cocu, qui est marque certaine
Que les Cocus feurent Roys de Mycene,
Roys redoutez, et tenans souz leurs loix
La région des renommez Grégeois.
Ce preux Ajax indompté de courage,
S’il faut au moins croire le tesmoignage
De Lycophton, autheur digne de foy,
Estoit Cocu, et le filz d’un grand Roy,

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