La Partie d’échecs

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Calmann Lévy, éditeurs (p. --52).

LA
PARTIE D’ÉCHECS
COMÉDIE



Représentée pour la première fois, à Paris,
sur le Théâtre du Palais-Royal, le 7 juillet 1876.


PERSONNAGES


BOISRAMÉ, MM. LHÉRITIER.

COURTANSOUX, R. LUGUET.

PERDRIGEOT, CALVIN.

MARCADIEU, RAYMOND.

EMMA, Mmes J. de CLÉRY.

NATHALIE, Eug. LEMERCIER.



De nos jours, à la campagne, aux environs de Paris.


_________________


Nota. — Les changements de position sont indiqués par des renvois au bas des pages. — Toutes les indications sont prises de la gauche du public.

S'adresser, pour la mise en scène détaillée, à M. Rodriguez, régisseur général au théâtre du Palais-Royal

LA
PARTIE D’ÉCHECS



Un salon de campagne. — Portes vitrées au fond donnant sur le jardin. — Portes dans les pans coupés, donnant également sur le jardin. — Au deuxième plan, à gauche, une cheminée avec le feu préparé : sur la cheminée, une pendule. — Au premier plan, à droite, un secrétaire. — Au deuxième plan du même côté, une porte. — À gauche, une table avec un échiquier. — Un cabaret à liqueurs sur la cheminée, une boîte à cigares sur le secrétaire, chaises, etc.


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Scène première


COURTANSOUX, BOISRAMÉ, EMMA, MARCADIEU.

Au lever du rideau Courtansoux joue aux échecs avec Boisramé, Emma va et vient. — Marcadieu apporte le café sur un plateau.



Marcadieu, entrant de droite.

Voilà le café.


Boisramé, à part.

Bon ! ça ne va pas traîner !

Il avance une pièce.

Marcadieu[1], tenant toujours le plateau et regardant jouer.

Oh ! qu’est-ce que vous faites là, monsieur ?


Boisramé.

Eh bien, et toi ?


Marcadieu.

Moi, je regarde. Votre reine est fichue !


Boisramé.

Laisse-moi tranquille ! Je sais ce que je fais.

Courtansoux joue.

Marcadieu.

Heureusement qu’il n’a pas vu le coup !

Il remonte à gauche, derrière la table.

Boisramé.

Malheureusement ; le café refroidit !… (Il joue.) Allons donc, ganache !


Emma, bas à Boisramé.

Fais attention, mon ami !

Elle gagne à droite[2].

Boisramé.

À rien. Quand il joue aux échecs, qu’il réfléchit et qu’il se tient le nez, la terre tremblerait, la foudre tomberait, la maison croulerait…


Marcadieu.

Oh ! je comprends ça !

Dans son mouvement il renverse deux tasses sur le plateau.

Boisramé.

Exemple ! — Tu n’as rien cassé, maladroit ?


Marcadieu.

Rien. — Mais, dites donc, monsieur, vous êtes bien un peu comme ça, vous… quand vous êtes absorbé !


Boisramé.

C’est vrai que quand je suis absorbé…


Emma.

La terre tremblerait… la foudre…


Boisramé.

C’est peut-être beaucoup dire !… mais je me souviendrai toujours, qu’une fois, le feu ayant pris dans cette cheminée, je ne m’en suis aperçu que quand les pompiers ont été partis ! — Tu te rappelles, toi ?…


Marcadieu.

Parfaitement ! — nous jouions ensemble… Monsieur Courtansoux se tient le nez : c’est sa manière. — Vous avez la vôtre ; vous vous grattez les mollets — moi, je n’ai pas remarqué ce que je fais…


Boisramé.

Ce que tu fais ?… Je vais te le dire : tu te dévisses les oreilles, et puis tu fais encore autre chose…


Marcadieu.

Quoi donc, monsieur ?


Boisramé.

Tu poses ton plateau là, et tu t’en vas… tu vas au verger !


Marcadieu, posant le plateau sur la table.

Encore ?


Boisramé.

Dame ! tant que tu n’auras pas pincé le maraudeur !


Marcadieu, remontant à droite.

Je le pincerai ! (À part.) Mais je ne pincerai pas que lui ! J’ai des trucs pour pincer tout le monde !

Il sort par le pan coupé de droite.


Courtansoux[3].

Échec et mat !… Ah ! ah ! vous n’êtes pas de taille, cher ami !


Boisramé, se levant.

Non ! (À part.) Ouf !


Courtansoux.

Votre revanche, allons !


Emma, lui offrant une tasse de café.

Le café est servi, monsieur le directeur général.


Courtansoux.

Ah ! prendrai-je du café ?…


Boisramé, prenant une tasse sur le plateau.

Certainement ! Du pur Zanzibar, acheté pour vous !


Courtansoux.

Merci.

Il boit.

Boisramé, buvant.

Il est froid ! que le diable l’emporte !


Emma, bas.

Mon ami !


Boisramé.

C’est juste ! Il ne joue plus aux échecs.


Emma, très-empressée, offrant un verre de curaçao à Courtansoux.

Un peu de curaçao, monsieur le directeur général ?

Courtansoux prend le verre.

Boisramé.

Du vrai curaçao de Hollande ! acheté pour vous !


Courtansoux, se levant et passant[4].

Merci, cher ami ! vous me gâtez, cher ami !


Emma.

C’est tant d’honneur que vous nous avez fait d’accepter notre modeste hospitalité !


Courtansoux.

Oh ! modeste ! Vous m’avez donné un dîner !… un dîner !…


Boisramé.

Le dîner d’un humble agent d’assurances contre l’incendie. Je ne suis qu’un humble agent d’assurances…


Courtansoux.

Je croyais votre position lucrative ?


Emma.

Elle peut s’améliorer beaucoup. — Monsieur Bridache, le chef du contentieux, n’est pas remplacé, et mon mari a des dispositions étonnantes pour le contentieux !


Boisramé.

Des vues très-nettes et une grande pratique ! mais laissons ! nous ne sommes pas ici pour causer administration.


Emma.

Vous pourriez croire que notre hospitalité est intéressée…


Boisramé, débarrassant Courtansoux de son verre.

Et Dieu sait !…

Courtansoux passe à droite en faisant le geste qu’il ne doute nullement[5].

Emma, bas à Boisramé.

Il ne veut pas se prononcer !


Boisramé, bas.

Redoublons de séductions !


Emma.

Vous fumez, monsieur Courtansoux ?


Courtansoux.

Rarement ! — Ce n’est pas une habitude !


Boisramé, allant à son secrétaire et y prenant une boite à cigares.

Vous ne me refuserez pas un cigare ! de vrais havanes, achetés pour vous !


Courtansoux[6].

Je vous dis que vous me gâtez ! vous me rendrez malade !


Emma, lui présentant une allumette.

Le ciel nous en préserve !


Boisramé.

J’aimerais mieux être malade moi-même ! mais un petit extra… Il repose la boite à cigares.


Courtansoux.

Un petit extra ? Merci ! trois services !… des vins capiteux !… du curaçao !… des cigares !… Le diable m’emporte ! je n’ai plus la visière bien nette…


Boisramé.

Bravo ! c’était une petite trahison !


Courtansoux.

Une trahison ?


Emma.

On pourra peut-être enfin vous battre aux échecs.


Boisramé.

Vous nous avez battus si souvent !


Courtansoux.

C’est un jeu que j’aime assez.


Boisramé.

Et que vous jouez comme feu Philidor !


Courtansoux.

Je ne vous ai peut-être jamais raconté la partie que j’eus l’honneur de soutenir contre sir Staunton ?


Emma, avec empressement.

Jamais !


Boisramé.

Jamais ! racontez, monsieur le directeur général !


Emma.

Pendant que je prépare l’échiquier.

Elle va à l’échiquier où elle dispose les pièces.

Courtansoux.

Un rude adversaire, sir Staunton !… — Vous n’êtes pas pressé de prendre votre revanche ?


Boisramé.

Nous sommes à vos ordres.


Emma, quittant l’échiquier.

Vous préféreriez faire un tour de jardin ?


Courtansoux.

Je le préférerais !… (Bas à Boisramé qu’il prend à l’écart.) Êtes-vous bien sûr de la maturité des abricots que vous m’avez servis ?


Boisramé.

J’en réponds sur ma tête ! des abricots de mon verger !


Courtansoux.

Joli verger ! Je l’ai traversé en venant ici…


Boisramé.

Vous n’êtes pas indisposé ?


Courtansoux.

Non… mais je prendrai l’air avec plaisir !…


Boisramé, lui prenant le bras.

Allons !… vous verrez ma tonnelle, mes cloches à melons, et vous me raconterez votre partie contre sir Staunton…

Ils remontent.

Courtansoux.

Un rude adversaire, sir Staunton ! c’était à Londres… en 1841…

Ils sortent par le fond.



Scène II


EMMA, puis PERDRIGEOT, puis BOISRAMÉ.


Emma.

Enfin !… me voilà seule !… Sept heures !… monsieur Frédéric devrait être là ! huit jours qu’il n’est venu…


Perdrigeot, entrant par le pan coupé de gauche avec un sac à la main.

Emma !


Emma, se retournant[7].

Ah ! monsieur Frédéric !


Perdrigeot, posant son sac sur une chaise près de la table.

Vous ne m’attendiez pas ?


Emma.

Huit jours sans venir !


Perdrigeot.

Plaignez-moi ! ne m’accusez pas ! — Les affaires… une liquidation énorme !…


Emma.

Il n’y avait pas de liquidation, autrefois !… Vous ne m’aimez plus, monsieur Frédéric.


Perdrigeot.

Je ne vous aime plus ?… — Je le devrais, pour tant de froideur !


Emma.

Qu’exigez-vous davantage ? Je vous ai donné mon cœur !


Perdrigeot.

Possible ! mais à quel prix, Emma ?


Emma.

Prenez garde !… mon mari peut rentrer !…


Perdrigeot.

Oui, je sais ! il peut rentrer, et il rentrera ! et je sais ce qui m’attend : il me fera arroser ses pétunias !… — Car j’arrose ses pétunias… je sarcle son jardin… je bêche ses massifs !… il a un jardinier, mais c’est moi qui jardine ! — Ah ! tenez ! vous m’avez donné votre cœur, mais votre mari me le fait bien payer !


Boisramé, à la cantonade.

Je sais bien qu’ils ont soif, les pétunias…


Emma.

Eloignez-vous ! c’est lui !


Boisramé, de même.

Ils crèvent de soif !…


Perdrigeot.

Dame, depuis huit jours !…


Boisramé, entrant par le pan coupé de droite.

Si Perdrigeot venait… pardi !… (Il l’aperçoit.) Il est venu, ce cher ami !…


Perdrigeot[8].

Cet excellent Boisramé !…

Ils se serrent la main.

Boisramé, à Emma.

Tu ne me prévenais pas ?


Perdrigeot.

Je ne fais que d’arriver.


Emma.

Vous avez abandonné monsieur Courtansoux ?


Boisramé.

Oui, il était décidément un peu indisposé.


Perdrigeot.

Ton directeur général ?


Boisramé.

Oui, cher ami, mon directeur général que j’ai reçu ce soir… que j’ai traité ! bourré ! gavé ! trop peut-être !


Emma.

Est-ce qu’il serait rentré chez lui ?


Boisramé.

Non ! il se promène ! et ma revanche donc ? Il ne nous en ferait pas grâce de sa revanche !


Emma.

Aux échecs.


Perdrigeot.

Il joue bien ?


Boisramé.

Ah ! oucihe ! une mazette !


Emma.

Qui n’a que des prétentions !


Boisramé.

Des prétentions stupides !


Emma.

Et une histoire de partie d’échecs !


Boisramé.

Contre sir Staunton !… il vient de me la raconter encore !


Emma.

Il nous l’a racontée vingt fois !


Boisramé.

Ah ! s’il n’était pas mon directeur général !… Courtansoux traverse au fond.


Emma.

Le voici qui revient !


Boisramé.

Va le rejoindre ! et s’il te raconte l’histoire de sir Staunton…


Emma.

… Je penserai au contentieux !

Elle sort par le fond.



Scène III


BOISRAMÉ, PERDRIGEOT.


Boisramé[9].

Elle pensera au contentieux !… Elle est charmante, ma femme !


Perdrigeot.

À qui le dis-tu ?


Boisramé.

Mais tu arrives bien ! J’ai une confidence à te faire…


Perdrigeot.

Je la connais : tes pétunias ont soif !


Boisramé.

Et un service à te demander…


Perdrigeot.

Connu aussi : de les arroser !


Boisramé.

D’abord !…


Perdrigeot.

Mais tu as un jardinier ?


Boisramé.

Marcadieu ?… il ne peut pas !


Perdrigeot.

Il est malade ?


Boisramé.

Non, mais, le soir, je l’éloigne… J’ai des raisons pour l’éloigner le soir…


Perdrigeot.

Des mystères ?


Boisramé.

Une églogue… une ébauche d’églogue !


Perdrigeot.

Débauche !


Boisramé.

Débauche si tu veux ? quoique jusqu’ici la friponne…


Perdrigeot.

Une friponne, Boisramé ? Et ta femme ?


Boisramé.

Oh ! ma femme ne se doute de rien ! — Et comme c’est le mari qui me gêne…


Perdrigeot.

Ah ! c’est aussi un mari qui te gêne !… (À part.) Il y a un Dieu vengeur ! (Haut.) Et qu’en fais-tu, du mari ?


Boisramé.

Je l’envoie au verger !


Perdrigeot.

Il est bon d’aller au verger comme ça !… tu n’y irais pas, toi !…


Boisramé.

Il faut bien qu’il y aille ! c’est mon domestique !


Perdrigeot.

Marcadieu ?


Boisramé.

Tu n’as pas vu sa femme ?


Perdrigeot.

Ici ?


Boisramé.

Oui ! elle est venue passer quatre jours, et repart ce soir pour Paris, où elle est demoiselle première… chez une blanchisseuse de fin.


Perdrigeot, souriant.

C’est une blanchisseuse de fin ?


Boisramé.

Pourquoi souris-tu ?


Perdrigeot.

Parce que c’est une coïncidence singulière ! J’ai aussi mon idylle dans le blanchissage de fin… une petite collègue de madame Marcadieu, qui m’apporte mon linge le samedi matin… jeune et jolie… mais revenons à la tienne… ou à celle de Marcadieu !


Boisramé.

Celle de Marcadieu, car jusqu’à cette heure…


Perdrigeot.

Farouche ?


Boisramé.

Heuh !… mais elle a été rosière, ici, il y a deux ans… c’est même moi qui la couronnai.


Perdrigeot.

Oh ! bien, ce n’est pas la mienne !… alors elle est prude ?


Boisramé.

Elle est bébête !… à part ça, je ne me plains pas, et le soir, au jardin, sous de frivoles prétextes… Bref, c’est mon dernier soir ! ou ce soir… ou jamais !


Perdrigeot.

Eh bien, et ta partie d’échecs ?


Boisramé.

Tu la feras pour moi, avec Emma, que tu conseilleras… et que tu retiendras ici, tandis que Marcadieu sera au verger, à guetter mon voleur.


Perdrigeot.

Ton voleur ?


Boisramé.

C’est mon truc ! Je me suis dérobé des abricots… verts ! et comme Marcadieu, qui est la probité même, les compte tous les jours…


Perdrigeot.

Il s’est aperçu qu’il en manquait ?


Boisramé, tirant des abricots verts de sa poche.

Les voici !… Je n’ai pas osé les manger.


Perdrigeot.

Les noyaux t’auraient trahi !


Boisramé.

Oui, d’abord ; et puis ils sont verts, et, l’été, le fruit vert… mange-les, toi !…


Perdrigeot.

Merci !


Boisramé.

Oh ! bien, je les offrirai à Courtansoux — il n’est pas si difficile que toi !

Il les remet dans sa poche.

Perdrigeot.

Alors, Marcadieu va faire le guet ?…


Boisramé.

Avec mon fusil !… derrière ma haie !… au verger !… ça m’assure une heure, tu comprends !…


Perdrigeot.

Parfaitement !… l’heure du verger.


Boisramé.

L’heure du verger ! (Apercevant la valise de Perdrigeot.) Qu’est-ce que c’est que ça ?


Perdrigeot.

C’est mon sac.


Boisramé.

Tu couches ici ?


Perdrigeot.

Ça dépend !… J’attends une dépêche de Paris.


Boisramé.

Tu devrais !… Tu recommencerais d’arroser demain… Je te ferais éveiller de grand matin. (Prenant le sac.) Je monte ton sac dans la chambre bleue, et je te rapporte l’arrosoir. Il sort par le premier plan à droite.



Scène IV


PERDRIGEOT, puis NATHALIE.


Perdrigeot, seul.

… Et il me rapporte l’arrosoir !.. Ah ! non, merci !… Les pétunias, passe ! — mais les échecs maintenant !… Oh ! oh !… Et pour ce que j’y gagne ?… Des lombagos, pour arroser !… et des coryzas, pour aller rêver à la brune, au jardin, avec Emma, sous la tonnelle… Elle assise sur le banc, moi agenouillé à ses pieds… dans le gravier… le petit gravier qui me meurtrit les genoux… écoutant les rossignols et comptant les étoiles !… Non ! non !… c’est le dernier soir !… ou ce soir ou jamais, comme dit Boisramé… et si elle me résiste ?… si elle me résiste.je ne l’assassinerai pas, non, mais je reviendrai à Nathalie, qui ne m’a pas résisté, et qui n’a pas de mari, que je sache, pour me faire arroser !… Je reviendrai à Nathalie !…


Boisramé, au dehors, appelant.

Nathalie !


Perdrigeot, étonné.

Nathalie ! il y a de l’écho !


Boisramé, au dehors.

Portez l’arrosoir au petit salon !


Nathalie, au dehors.

Oui, monsieur.


Perdrigeot.

Cette voix ?


Nathalie, entrant par le pan coupé de gauche, un arrosoir à la main et reconnaissant Perdrigeot.

Monsieur Perdrigeot !


Perdrigeot, la reconnaissant[10].

Nathalie !… (À part). Oh ! la rosière à Boisramé ! (Haut.) Comme on se retrouve !


Nathalie, posant l’arrosoir au fond et descendant.

Chut !


Perdrigeot.

Oui, je sais, maintenant ! tu as un mari ! un mari que tu m’avais caché !


Nathalie.

Je l’avais oublié !


Perdrigeot.

Heureusement pour moi ! — ça n’est pas ce que je te reproche, d’avoir oublié ton mari…


Nathalie.

Qu’est-ce que vous me reprochez alors ?…


Boisramé, au dehors, appelant.

Perdrigeot ! Perdrigeot !


Perdrigeot.

Voilà !… (À Nathalie). Je te le dirai samedi, friponne !… Il va pour sortir.


Nathalie.

Vous oubliez l’arrosoir !


Perdrigeot, prenant l’arrosoir.

Ah ! oui !… l’arrosoir !… (À part.) C’était un sort que j’arrose pour les maris !…

Il sort par le pan coupé de gauche.



Scène V


NATHALIE, puis BOISRAMÉ.


Nathalie, seule.

Qu’est-ce qu’il peut avoir à me reprocher, monsieur Perdrigeot ?… — Je ne sais pas, moi… sans doute pour ses cols… Il bougonne toujours pour ses cols ! — N’empêche qu’il est très-gentil dans le fond !… Sept heures, et demie, l’omnibus américain ne passe qu’à neuf heures et mon petit paquet est prêt ! Un peu de linge, et une robe de rechange ; la pareille !… les deux robes de monsieur Perdrigeot !… — Je vais toujours emporter le café ; ça sera ça de moins pour Marcadieu.

Elle va à la table.

Boisramé, entrant par le fond[11].

Nathalie !… qu’est-ce que vous faites là ?


Nathalie.

Je prends le plateau.


Boisramé.

Chère petite ! elle prend le plateau !… Pauvres serviteurs, ils prennent le plateau, et ils ne prennent pas le café !… Est-ce que vous trouvez que c’est bien, vous ?


Nathalie.

Oh ! vous, vous n’êtes pas fier !


Boisramé.

Non, je ne suis pas fier ! Je trinquerais avec mon jardinier ! Je joue bien aux échecs avec lui, l’hiver, quand je n’ai personne, et que ça ennuie ma femme ! Je lui ai appris… il est même plus fort que moi !… Je ne suis pas fier ! Prenez donc une tasse de café, Nathalie.


Nathalie, assise près de la table.

Je n’oserai jamais !


Boisramé.

Osez, chère petite ! (Il verse une tasse.) Vous partez ce soir ?


Nathalie.

Par l’omnibus américain.


Boisramé.

Je ne veux pas que vous n’emportiez que nos regrets.

Il lui donne cinq louis.

Nathalie, se levant et passant[12].

Cent francs ! Oh ! vous me gâtez !


Boisramé, à part.

Avec préméditation. (Haut.) Deux morceaux de sucre ?


Nathalie.

Trois ? si vous voulez bien ?


Boisramé, à la table.

J’en mets quatre ! (À part.) Cinq louis et beaucoup de sucre, je rapproche les distances !


Nathalie.

Merci, monsieur !


Boisramé, mettant un cinquième morceau de sucre dans la tasse de Nathalie, à part.

Je comble l’abîme ! (Haut.) car je n’oublie pas la douce cérémonie où je couronnai votre front… virginal… alors !

Il lui apporte la tasse.

Nathalie.

C’est-il fondu ?


Boisramé.

Oui ! Buvez ! (Nathalie prend la tasse et boit.) Vous étiez bien jolie !


Nathalie.

Je n’ai pas changé ?


Boisramé.

Un peu, mais à mon gré !… Je vous aime mieux comme vous êtes maintenant !

Il pose la tasse sur la table et revient près de Nathalie.

Nathalie.

Monsieur Boisramé !…


Boisramé, lui prenant la taille.

Je t’aime mieux ! et si tu veux revenir ce soir… au jardin… sous la tonnelle… à huit heures ?…


Nathalie, passant à gauche[13].

Vous me chatouillez !


Boisramé, à part.

Avec préméditation !


La voix de Marcadieu, au dehors.

Arrosez aussi les géraniums !


Boisramé.

Marcadieu !


Nathalie, remontant.

Mon mari !… j’emporte le plateau !…

Elle prend le plateau et sort par le pan coupé de gauche après avoir échangé un regard avec Boisramé.


Boisramé, avec fatuité.

Quelque chose me dit que sera ce soir !



Scène VI


MARCADIEU, BOISRAMÉ.


Marcadieu, entrant avec un pot de couleur verte, et un pinceau. — À la cantonade.

Arrosez les géraniums pendant que vous y êtes !

Il dépose le pot de couleur en dehors de la porte.

Boisramé[14].

C’est encore toi, tu n’es pas parti ?


Marcadieu.

Pour le guet ? Il y a temps pour tout !


Boisramé.

Temps pour tout ?… Et mes abricots ! mes pauvres abricots !…


Marcadieu.

J’y vais… mais il n’y a pas que les abricots… il y a autre chose !


Boisramé.

Au verger ?


Marcadieu.

À la maison !


Boisramé.

Ici ?


Marcadieu.

Depuis quelques jours !… ça sent le louche !


Boisramé, à part.

Le louche !… aurait-il un soupçon ?


Marcadieu.

J’ai le flair.


Boisramé, à part.

Bigre !


Marcadieu.

Mais j’ouvre l’œil…


Boisramé, à part.

Il me fait frémir !


Marcadieu.

Et si je la pince ?…


Boisramé, à part.

Sa femme !


Marcadieu.

Je vous le dirai.


Boisramé.

À moi ?… (À part.) Au moins n’est-ce pas moi qu’il soupçonne !


Marcadieu.

C’est que je suis un bon domestique !


Boisramé.

Oui.


Marcadieu.

Franc du collier !


Boisramé.

Sans doute !


Marcadieu.

Fidèle !


Boisramé.

Assurément !… Mais en fait de fidélité…


Marcadieu.

Nous verrons bien.


Boisramé.

Car tu n’as pas de preuves ?


Marcadieu.

Je n’en ai pas, et j’en ai !


Boisramé.

Ah !


Marcadieu.

Le gravier piétiné… ce bout de fil que j’ai trouvé… cette aiguille à bas… cette épingle à cheveux…

Il les montre.

Boisramé.

La plus honnête femme peut égarer une épingle à cheveux dans les allées…


Marcadieu.

Pas dans les allées !… au pied du banc… du banc vert… sous la tonnelle !


Boisramé.

Sous la tonnelle !


Marcadieu.

Et tous les jours quelque chose ! Je le sais bien, c’est le seul endroit que je ratisse !


Boisramé, à part.

La jalousie a des instincts infernaux !… (Haut.) Ah ! tu ratisses ?


Marcadieu.

Pour la pincer !


Boisramé.

Pour la pincer !… et sur des indices aussi vagues, tu ne crains pas de soupçonner une blanche colombe…


Marcadieu.

Puisque je ratissais.


Boisramé.

Assez ! — Tiens, tu es plus bête qu’autre chose ! garde tes soupçons, si tu veux, mais ne m’en dis rien ! ne m’en dis rien, et va au verger !


Marcadieu.

J’y vais.

Il remonte

Boisramé.

Et pas de grâce au maraudeur !


Marcadieu.

Une charge de gros sel… où vous m’avez dit !


Boisramé, remontant.

Va ! j’ai idée que tu le pinceras ! (Sortant.) Moi, j’ai mon plan, et puisqu’il ratisse !…

Il sort par le pan coupé de droite.



Scène VII


MARCADIEU, seul.

Moi aussi, j’ai idée que je le pincerai !… je les pincerai tous les deux : le maraudeur… et l’autre… le séducteur !… Le maraudeur, avec son flingot, et le séducteur… J’ai mon truc, et ce qu’il est simple !… (Prenant le pot de couleur.) Vous avez un banc, sous une tonnelle, dans votre jardin, un banc vert, où vous soupçonnez que les tourtereaux vont roucouler… Vous prenez une brosse, et un pot de couleur verte… et v’lan, v’lan, tout du long, sur le banc !… (Il fait le geste de peindre le banc.) Voilà le trébuchet pour pincer les femmes !… Oh ! la société qui revient !…

Il sort par la droite en emportant le pot de couleur.



Scène VIII


EMMA, puis COURTANSOUX et BOISRAMÉ, puis NATHALIE, puis PERDRIGEOT.


Emma, entrant par le fond.

Tout de suite !… tout de suite !… Je vais demander du thé !

Elle sonne à la cheminée, Boisramé entre par le fond, donnant le bras à Courtansoux.


Courtansoux[15].

J’aurais dû me méfier des abricots…


Nathalie, entrant par le pan coupé de gauche.

Madame a sonné ?


Emma.

Apportez la lampe… et servez le thé… vite !

Nathalie sort.

Boisramé, à Courtansoux, Boisramé tient un râteau avec lequel il est entré.

Vous ne voudriez pas qu’on fît du feu ?


Emma.

Il est tout préparé.


Courtansoux.

Non… merci… je vous donne beaucoup de peine… Je ferais peut-être mieux de rentrer chez moi.


Boisramé.

Plus tard ! l’air vous a saisi ! Remettez-vous d’abord ! (Courtansoux s’assied à gauche de la table. — Bas à sa femme.) Nous n’avons pas de chance !


Emma, bas[16].

J’ai pourtant écouté toute l’histoire de sir Staunton !

Nathalie apporte la lampe qu’elle pose sur la table et sort.

Boisramé, s’approchant de Courtansoux[17].

La lumière ne vous gêne pas ?

Il baisse l’abat-jour.

Courtansoux.

Non !


Emma.

Nous ne nous pardonnerions pas de vous avoir…


Boisramé.

… Indisposé ! (À Emma.) Indisposé est le mot !


Courtansoux.

Je crois que ce ne sera rien.


Boisramé.

Je l’espère.


Courtansoux.

Je suis mieux déjà.


Boisramé.

Alors, bataille !


Courtansoux.

Oui ! le jeu me distraira.


Boisramé, à Emma.

Prépare l’échiquier ! (Emma va s’asseoir en face de Courtansoux. — Perdrigeot paraît au fond à droite avec un chapeau de paille, un tablier bleu, et deux arrosoirs[18].) Arrive donc, toi ! Monsieur Courtansoux est impatient !


Perdrigeot, à part.

Ah ! oui ! oui ! les échecs, maintenant !


Boisramé, à Courtansoux.

Monsieur le directeur général, je vous présente Perdrigeot.


Perdrigeot, saluant.

Monsieur…


Courtansoux, sans se déranger.

Enchanté, mon garçon… mes compliments… votre jardin est bien tenu…


Perdrigeot.

Mon jardin ?


Courtansoux.

Mais vous cueillez vos abricots trop verts !


Boisramé, souriant.

C’est le tablier… débarrasse-toi ! Perdrigeot, marchand de soieries, rue d’Aboukir.


Courtansoux.

Mille pardons !… je vous avais pris pour le jardinier.


Emma.

Monsieur Perdrigeot, notre meilleur ami.


Perdrigeot, bas.

Merci.

Il lui serre la main.

Boisramé, au-dessus de la table[19].

Et joueur d’échecs… émérite !

Courtansoux se lève et salue profondément.

Emma, assise.

Quoique bien indigne de se mesurer avec vous !


Boisramé.

Avec l’adversaire de sir Staunton ?


Courtansoux, assis.

Un rude adversaire, sir Staunton !… — Vous n’avez peut-être jamais raconté à monsieur la partie que j’eus l’honneur de soutenir contre sir Staunton !


Boisramé.

Jamais ! (Regardant la pendule. — À part.) Huit heures moins dix… nous avons le temps !…


Emma, plaçant les pièces.

Racontez, monsieur le directeur général.


Courtansoux.

C’était à Londres, en 1841… mais après ! après cette partie !


Boisramé.

C’est un récit que j’entends toujours avec un plaisir nouveau !


Emma.

Une bataille qui dura dix-sept heures !… mais l’échiquier est prêt ; qui commence ?


Boisramé.

Monsieur Courtansoux et toi ; nous te conseillerons.


Courtansoux.

Non pas, Boisramé, c’est à vous que je dois votre revanche.


Boisramé.

Oh ! je vous ferai bien crédit !


Courtansoux.

Du tout, du tout ! mettez-vous là ! madame Boisramé nous excusera !


Emma, se levant.

Comment donc !


Perdrigeot, bas à Emma.

Avec reconnaissance !


Boisramé, regardant la pendule, à part.

Huit heures moins cinq !


Courtansoux.

À vous de commencer.


Boisramé.

Vous ne voulez pas de Perdrigeot ?


Courtansoux.

Plus tard ! à la belle ! la belle à monsieur Perdrigeot !


Perdrigeot, à Emma.

Délicate allusion !

Emma s’éloigne de lui et va vers la table.

Courtansoux.

Commencez donc ! ça n’a pas l’air de vous amuser !


Boisramé.

Moi ?… si on peut dire ?… (Il s’assied en rechignant. — À part.) Ganache !… et Nathalie qui va m’attendre ! (Haut.) Vous êtes bien, maintenant ?

La partie commence.

Courtansoux.

Tout à fait bien.


Boisramé.

Vous ne préféreriez pas prendre le thé, d’abord ?


Courtansoux.

Non.


Emma[20].

Mais, qu’est-ce que vous faites de ce râteau, mon ami ?


Boisramé.

Je m’appuie dessus… je me donne une contenance !


Courtansoux.

Laissez donc ! c’est un fétiche !


Boisramé, après avoir joué.

Oh ! j’ai fait une imprudence !


Courtansoux, s’absorbant.

Chut !

Il joue. Boisramé va pour avancer un cavalier.

Perdrigeot, l’arrêtant.

Pas le cavalier !


Boisramé.

Mais si, le cavalier ! (Bas.) Il faut se faire battre !


Emma, même jeu.

Ça le flatte !

Elle remonte à droite.

Boisramé, même jeu.

Nous jouons à qui perd gagne !


Perdrigeot[21].

Alors… le fou, là !… Ce sera encore plus mauvais !


Boisramé, à part.

Huit heures ! Nathalie m’attend ! (À Emma qui va sortir.) Où vas-tu, toi ?


Emma, prête à sortir par le pan coupé de droite.

Je vais au jardin…


Boisramé, à part.

Au jardin, merci ! et mon rendez-vous !


Emma.

J’ai un peu de migraine…


Boisramé.

J’en ai plus que toi, et je reste !… reste aussi !


Courtansoux, sans lever les yeux, — jouant.

Défendez votre tour, Boisramé.


Boisramé.

Ma tour… ou mon tour ?… Attends ! Attends ! je vais t’embarrasser !

Il joue.

Courtansoux.

Heuh !…

Il se prend le nez et réfléchit.

Boisramé.

J’ai la tête comme un boisseau ! et cette tension d’esprit… Prends un peu ma place, Perdrigeot !

Il se lève[22].

Perdrigeot.

Par exemple !


Emma.

Prenez un peu sa place, monsieur Perdrigeot… puisque monsieur Boisramé a la migraine.


Perdrigeot.

Mais Courtansoux s’apercevra…


Boisramé.

De rien ! quand il joue aux échecs…


Emma.

Qu’il réfléchit…


Boisramé.

Et qu’il se tient le nez… la terre tremblerait…


Emma.

La foudre tomberait…


Boisramé.

La maison croulerait !…

Il frappe violemment avec son râteau.

Perdrigeot.

Comme toi alors, quand tu te grattes les mollets…


Boisramé.

Prends ma place ! (Il fait asseoir Perdrigeot. — À Emma.) Et toi, conseille-le ! (À part.) Je puis m’en aller !… huit heures dix !… pourvu que Nathalie m’ait attendu ? Ah ! Marcadieu ratisse ! Il sort par le pan coupé de droite en brandissant son râteau.



Scène IX


Les Mêmes, moins BOISRAMÉ.


Perdrigeot, assis devant l’échiquier, à Emma[23].

Et vous disiez que vous m’aviez donné votre cœur ?


Emma.

Mon mari a l’amitié un peu égoïste.


Perdrigeot.

Ça ne serait rien si vous aviez l’amour moins effarouché !


Emma.

Prenez garde !


Perdrigeot, se levant.

À qui ? Boisramé n’est plus là !


Emma.

Mais monsieur Courtansoux ?


Perdrigeot.

Sorti aussi ! il se tient le nez ! — il se tient le nez, et je puis vous dire…


Courtansoux, jouant. Il frappe chaque fois sur l’échiquier, avec les pièces qu’il avance, un coup sec qui avertit les autres personnages.

Attention au cavalier, Boisramé !


Perdrigeot, allant à la table, à Emma.

Venez au moins me conseiller !


Emma.

Oui, mais soyez prudent !


Perdrigeot, assis.

Je le serai ! je vais toujours l’embarrasser un peu.

Il joue.

Courtansoux.

Heuh !

Il se prend le nez.

Perdrigeot, se levant.

Nous pouvons causer ! — car j’ai besoin de causer avec vous, Emma !


Emma.

Plus bas, mon mari peut rentrer !


Perdrigeot.

Oh, je sais ! il peut rentrer ! et il rentrera !… mais non, il ne rentrera pas de sitôt !… il ne rentrera pas, et cette heure est à nous !… nous sommes seuls…

Courtansoux joue.

Emma.

Ah ! mon Dieu ! il a joué !

Elle va vivement à la table et joue au hasard[24].

Perdrigeot.

Pas mal, ce coup-là !


Emma.

Une inspiration.


Courtansoux.

Heuh !

Il se prend le nez.

Perdrigeot, après s’être assuré que Courtansoux s’est pris le nez.

Nous sommes seuls… Écoutez-moi, Emma !… car si votre cœur reste pour moi de roc…

Il lui prend les mains.

Emma, passant à droite[25].

Laissez ma main, je vous prie !


Perdrigeot.

Si vous me refusez jusqu’à cette innocente faveur de presser votre main dans les miennes…


Emma.

Vous m’effrayez !


Perdrigeot.

Tant mieux ! car il faut en finir ! c’est trop, ou trop peu que vous m’accordez !…


Courtansoux, jouant.

Votre dame est en prise, Boisramé…


Perdrigeot, il va pousser un pion et revient après que Courtansoux s’est pris le nez.

Trop ou trop peu ! — Je vous adore, Emma ! mon sort est dans vos mains, aimez-moi comme je veux être aimé !…


Emma.

Ah ! monsieur Frédéric ! c’est un crime de chuchoter de pareilles choses à l’oreille d’une honnête femme !

Elle sort vivement par le fond.



Scène X


PERDRIGEOT, COURTANSOUX.


Perdrigeot, à part[26].

Elle m’échappe !… troublée ! profondément troublée !… Elle est allée au jardin… sous la tonnelle… Et la tonnelle… la poésie de l’heure… la nuit noire… les femmes sont si bizarres !…

Il va sortir.

Courtansoux, jouant.

À la dame !


Perdrigeot, s’arrêtant brusquement, à part.

Encore ! mais il joue sans réfléchir, cet animal-là !

Il joue et sort par le fond, après que Courtansonx s’est pris le nez.



Scène XI


COURTANSOUX, puis MARCADIEU.

Courtansoux reste seul un moment.

Marcadieu, rentrant par le pan coupe de droite avec le pot de couleur[27].

J’arrive de la tonnelle !… ça y est !… Et je n’ai eu que le temps de sauter la haie, pour rentrer par le verger !… le sable criait déjà doucement, (Il cache son pot à couleur derrière le secrétaire.) Tiens, le joueur d’échecs ! on l’a lâché, tout le monde l’a lâché ! (Courtansoux avance un pion, il va regarder en se grattant les oreilles.) Ah ! mais voilà une partie compromise !

Il s’assied et pousse un pion, puis réfléchit.

Courtansoux, se démenant sur sa chaise. — Il pousse un pion.

Diables d’abricots !…

Il fait une grimace, se lève et sort précipitamment par le fond.



Scène XII


MARCADIEU, puis BOISRAMÉ.


Boisramé, entrant par le pan coupé à gauche après un petit temps. Sa veste blanche est rayée de vert dans le dos[28].

J’arrive de la tonnelle !… Eh bien, je n’ai pas de chance ! J’étais arrivé le premier… Le temps de s’asseoir… cri… cri… le sable a crié !… un pas sur le gravier… nous nous sommes sauvés… et me voilà… c’est cinq louis fichus à la rivière !… (Marcadieu joue.) Il est seul ! on l’a lâché ! tous les deux l’ont lâché ! (Il vient s’asseoir en face de Marcadieu, et avance une pièce.) Mais c’est une partie qui peut se gagner !… Attention, Boisramé !

Il joue, puis se met à se gratter les mollets. — Inconsciemment il allonge un coup de pied sous la table à Marcadieu.

Marcadieu, à part.

Oh ! le bourgeois ! je ne m’étais pas aperçu du changement !… faut pas qu’il me trouve ici, tout de même !… Il se gratte les mollets ; je puis me sauver…

Il sort par la droite.



Scène XIII


BOISRAMÉ, NATHALIE.


Nathalie, entrant par la gauche avec le thé qu’elle pose sur un petit guéridon an fond à droite. Sa robe claire est aussi rayée de vert.

J’arrive de la tonnelle !… le temps de rentrer par l’office, pour rapporter le thé ! et quelle venette !…

Elle sort à droite.



Scène XIV


BOISRAMÉ, PERDRIGEOT.


Perdrigeot, entrant par le fond.

J’arrive de la tonnelle !… Eh bien, non ! ce n’était pas ce que je pensais !… Elle ne m’a seulement pas permis de m’asseoir à ses côtés !… aussi est-ce fini !… Je ne reviendrai pas de quelques jours… j’aime mieux ça !…



Scène XV


Les mêmes, EMMA.


Emma, entrant par le pan coupé de droite ; sa robe est rayée de vert[29].

Vous encore, monsieur Perdrigeot ?


Perdrigeot.

Rassurez-vous, madame ! je pars ce soir !… le temps de reprendre mon sac dans la chambre bleue…

Boisramé joue.

Emma.

Il a joué !


Perdrigeot.

Il joue tout le temps ! c’est une borne !… (Il va jouer.) Oh ! c’était Boisramé !


Emma, très-effrayée.

Mon mari ! nous sommes perdus !


Perdrigeot.

Non ! il se gratte les mollets !… Il n’a rien vu ! rien entendu ! Adieu, Emma ! adieu, cruelle !


Emma, bas.

Monsieur Frédéric ! de grâce…


Perdrigeot.

Non !… ne revenons pas sur le passé ! je m’éloignerai, c’est juré !… Je vous oublierai, si je le puis !… je voyagerai… quand j’aurai mon sac…


Emma.

Je vais dire qu’on vous le descende !…


Perdrigeot.

Merci !… adieu !


Emma, sortant.

Adieu !

Elle entre à droite, deuxième plan.



Scène XVI


BOISRAMÉ, PERDRIGEOT.


Perdrigeot.

J’aime mieux ça !… (Regardant à gauche.) Tiens, tiens, mais cette ombre qui passe… serait-ce Nathalie qui se vers la tonnelle ? Marcadieu est au verger, et Boisramé se gratte les mollets ! (En sortant.) Serait-ce Nathalie ?

Il sort à gauche.



Scène XVII


BOISRAMÉ, puis MARCADIEU.

Boisramé s’est endormi.

Marcadieu, entrant du pan coupé de droite[30].

Personne au verger !… ah ! par exemple !… encore tout seul, le bourgeois !… il n’a pas démarré, depuis une heure ! Qu’est-ce que vous vous faites là, monsieur ? vous dormez ?


Boisramé, s’éveillant.

Mais non, je ne dors pas !… Hein ?… quoi ?… plus personne !… ils sont partis ?


Marcadieu.

Il y a beau temps !… Vous dormiez comme une souche !… alors la société…


Boisramé.

Où est-elle la société ?


Marcadieu, sournoisement.

On saura peut-être !


Boisramé, se levant.

On saura ?… Et toi… qu’est-ce que tu fais, toi ? tu n’es pas allé au verger, animal ?


Marcadieu.

Au verger, j’en viens !


Boisramé.

Allons donc !… c’était toi !… c’était bien toi, imbécile !


Marcadieu.

Moi, quoi ?


Boisramé.

Toi… sur le sable… ton pas… cri… cri… dans le gravier.


Marcadieu.

Dans le gravier ? c’était pas moi.


Boisramé.

C’était toi, crétin, toi qui rôdais, pour pincer le séducteur… le soi-disant séducteur !


Marcadieu.

Oh bien ! c’était pas la peine de rôder, et si je ne me trompe, ils s’auront bien pincés tout seuls.


Boisramé effrayé.

Comment tout seuls ?


Marcadieu.

Un truc à moi !


Boisramé.

Et ce truc, butor ?


Marcadieu.

Bien simple : j’ai repeint le banc à neuf.


Boisramé, à part se tatant.

Sapristi !… en ai-je ?… et Nathalie !…


Marcadieu.

Maintenant, regardez madame….


Boisramé.

Ma femme ?


Marcadieu.
Regardez-la… où elle s’assied !… si elle a du vert…

Boisramé.

Ma femme ? misérable ! Tu osais soupçonner ma femme ?


Marcadieu.

Dame ! c’est toujours pas la mienne qui irait roucouler dans votre jardin.


Boisramé.

Qu’en sais-tu, idiot ?


Marcadieu.

Nathalie, il n’y a pas de danger ! elle a été rosière !


Boisramé.

Mais je vous prie de croire que madame Boisramé…


Marcadieu.

Pas certifiée toujours !… Nathalie a été certifiée !… vous avez certifié Nathalie !


Boisramé.

Assez ! vous êtes un drôle ! un insolent ! sortez !


Marcadieu.

C’est bon !… je sors !… je retourne au verger !… avec votre fusil, pincer votre maraudeur !… (Sortant.) N’empêche que si elle avait du vert…

Il sort par le pan coupé de droite.



Scène XVIII


BOISRAMÉ, puis EMMA, puis COURTANSOUX.


Boisramé, seul.

Si elle avait du vert ?… si ma femme avait du vert ?… Allons donc !… Emma !… un ange… une colombe sans tache ! L’animal… il m’a fait une émotion !… Parce que sa femme a été rosière !… mais c’est sa femme qui a du vert… Il faut l’avertir… (Appelant). Nathalie !… C’est elle qui serait perdue !… Nathalie !…


Emma, entrant de droite, deuxième plan[31].

Qu’est-ce que tu lui veux, mon ami ?


Boisramé, à part.

Ma femme ! (Haut.) moi ?… rien !… Je ne sais pas… je voulais m’assurer…


Emma.

De quoi ?… tu parais ému…


Boisramé.

Le parais-je ?… (À part). Je le suis… cet imbécile avec ses soupçons !… (Haut.) Imagine-toi que Marcadieu… mais tu n’es pas allée t’asseoir au jardin ?


Emma, troublée.

Au jardin ?


Boisramé.

Sous la tonnelle ?… sur le banc ?…


Emma, même jeu.

Sur le banc ?


Boisramé, à part.

Elle se trouble ! (Haut, la faisant passer à gauche.) Tu n’es pas… Ah !


Emma[32].

Quoi ?


Boisramé.

Vous vous êtes assise !…


Emma.

Mais…


Boisramé.

Sous la tonnelle ! sur le banc ! ne niez pas ! il était peint de frais !


Emma, à part.

Ciel !


Boisramé.

Son nom ?


Emma.

Quel nom ?


Boisramé.

Le nom de votre complice ?


Emma.

Mais…


Boisramé.

Vous refusez de le nommer ? soit ! je le chercherai !


Emma, se rassurant.

Cherchez-le !


Boisramé.

Et je le trouverai… les mêmes indices le trahiront !


Emma.

Évidemment !


Boisramé.

Je le reconnaîtrai… à son vert !


Emma.

Vous le reconnaîtrez !


Boisramé.

Ah ça ! mais vous n’allez pas me railler maintenant ?… Au déshonneur vous n’ajouterez, pas le sarcasme ?


Courtansoux, paraît au fond.

Ah ! me voilà !

Son habit est abondamment rayé de vert.

Emma, bas à Boisramé.

Prenez garde !… monsieur le directeur général !


Boisramé, à part.

Courtansoux ! Elle s’est troublée !


Courtansoux, au public[33].

J’arrive de la tonnelle. Cette fois, le grand air m’a réussi…


Boisramé, le regardant, à part.

C’est lui !


Emma, de même.

Ah !


Courtansoux, allant pour s’asseoir.

Allons-nous reprendre notre petite partie ?


Boisramé, retirant la chaise.

Ne vous asseyez pas !… Courtansoux tombe.


Courtansoux, assis par terre.

Quelle est cette mauvaise plaisanterie ?


Boisramé, furieux.

Une plaisanterie ?


Emma.

Mais mon ami !…


Boisramé.

Laissez-moi, vous ?… une plaisanterie ! malédiction !


Courtansoux, se relevant.

Ce n’est pas drôle ce que vous avez fait là ?…


Boisramé.

Vous allez me rendre raison !


Courtansoux.

Qu’est-ce qu’il dit ?


Boisramé.

Je dis que vous ne ferez pas de ma femme le marche-pied de ma fortune !


Courtansoux.

Il est fou !


Boisramé.

Oui !… fou !… votre sang ou le mien !… j’ai des pistolets dans ce tiroir !


Courtansoux.

Des pistolets !


Emma.

Calme-toi, mon ami !…


Boisramé.

Silence ! Je pourrais vous tuer !… je m’en rapporte au jugement de la providence. Il va ouvrir son secrétaire.


Courtansoux.

Un duel !… il est enragé !… Oh ! ma foi !…. Il remonte.


Emma, courant après lui.

Où courez-vous ?


Courtansoux.

Chez moi… m’enfermer… me barricader !


Emma.

Non, demeurez ! pour vous justifier !… pour me justifier !


Courtansoux.

Avec ça qu’il veut rien entendre !… Il a été mordu, on ne raisonne pas un homme qui a été mordu !

Il disparait par le fond.



Scène XIX


BOISRAMÉ, EMMA, puis PERDRIGEOT.


Emma[34].

Quelle fatalité !… (Apercevant Boisramé qui lui tourne le dos.) Ah ! il a du vert aussi !


Boisramé, avec ses pistolets qu’il a cherchés dans tous les tiroirs.

Sortons, monsieur !… il s’est échappé !… mais je le rattraperai !

Il remonte.

Emma.

Mon ami, de grâce, écoutez-moi !


Boisramé, terrible.

Arrière ! laissez passer la justice du foyer !

Courtansoux pousse un cri de douleur au dehors.

Perdrigeot, à la cantonade, au fond.

Ne courez donc plus ! Vous allez vous casser la figure !


Boisramé.

Courtansoux ?

Nouveaux cris plus éloignés avec bruit de vitres qui se cassent.

Perdrigeot, paraissant au fond[35].

Courtansoux qui se jette dans les cloches à melons !


Boisramé.

Tant mieux, le misérable !


Perdrigeot.

Ton directeur général ?


Boisramé.

L’amant de ma femme !


Perdrigeot.

Allons donc !


Boisramé.

J’ai des preuves !… le banc était peint de frais !


Perdrigeot.

Quel banc ?


Boisramé.

Sous la tonnelle !


Perdrigeot, à part.

Sapristi !… et Nathalie ! On entend un coup de fusil.


Emma.

Ce coup de fusil ?


Boisramé.

C’est Marcadieu qui l’achève !…


Perdrigeot.

Au verger ?…


Boisramé.

Au verger !… pour rentrer chez lui, il aura pris au plus court !



Scène XX


Les mêmes, MARCADIEU, COURTANSOUX, puis NATHALIE.


Marcadieu, entrant du fond et tenant Courtansoux par le collet[36].

Arrive donc, canaille !… gredin !… maraudeur !


Emma.

Qu’avez-vous fait, malheureux ?


Marcadieu.

J’ai fait mouche !… (Reconnaissant Courtansoux.) Le joueur d’échecs !…


Courtansoux, son chapeau écrasé, en désordre et boitant légèrement.

Dites-le donc tout de suite, que vous voulez m’assassiner !


Emma.

Dans quel état !


Courtansoux.

Achevez-moi… et que ça finisse !


Boisramé[37].

Ça va finir ! choisissez votre arme !


Courtansoux.

Encore !… mais saperlipopette ! qu’est-ce que je vous ai fait, Boisramé ?


Boisramé.

Il le demande !… Vous ne vous êtes pas assis sur mon banc, sous ma tonnelle ?


Courtansoux.

Oui, un moment… après ma promenade !


Boisramé.

Avec qui ?


Courtansoux, à demi-voix.

Avec qui ? mais tout seul ! naturellement.

Il va s’asseoir à la table.

Boisramé.

Naturellement ?


Nathalie, entrant de droite avec le sac de Perdrigeot ; elle a changé de robe[38].

Voilà l’omnibus !


Perdrigeot, à part.

Nathalie, maintenant ! quelle tuile !


Boisramé, à part.

Quelle cheminée !… n’entrez pas !


Perdrigeot.

N’entrez pas !


Boisramé.

N’entrez pas !


Emma.

Pourquoi ?


Marcadieu.

Oui, pourquoi ?… Entre donc !… Je veux qu’elle entre !… On verra si c’est elle qui allait roucouler !…

Il la prend par la main et la fait descendre.

Boisramé, regardant, à part.

Rien !


Perdrigeot, même jeu, à part.

Rien ! (Bas.) C’est une chance ! mais c’est singulier !…


Boisramé.

Oui, c’est singulier !… parce que je suis bien certain, moi… Marcadieu et Nathalie remontent.


Perdrigeot.

Eh bien, et moi ?


Boisramé.

J’étais arrivé le premier… sous la tonnelle… Nathalie s’assied…


Perdrigeot.

Nathalie ?… (À part.) Oh ! Cet éclair ! (À Boisramé, et faisant derrière son épaule des signes à Emma qui s’est approchée pour écouter.) Nathalie… ou ta femme !


Boisramé.

Ma femme ?…


Perdrigeot.

Dans l’obscurité on peut s’y tromper !


Boisramé.

Ma femme ?…


Perdrigeot.

Que tu prenais pour Nathalie !


Boisramé.

Veux-tu bien te taire !


Emma, s’approchant.

À quoi bon ? Je savais tout !


Boisramé.

C’était toi ?


Emma.

C’était moi !… et que cette leçon vous apprenne…


Perdrigeot.

À laisser les roses aux rosières !


Boisramé.

Me pardonnes-tu, chérie ?…


Emma.

Pourvu que monsieur Courtansoux soit aussi généreux que moi ?


Courtansoux, assis devant l’échiquier et combinant un coup.

Heuh !…

Il se tient le nez.


Boisramé, se retournant.

Chut ! il se tient le nez !… il ne s’est aperçu de rien ! Il va s’asseoir en face de Courtansoux.


Nathalie[39].

L’omnibus !…


Perdrigeot, bas à Emma.

Adieu, madame, et pour quelque temps !


Emma.

Ah ! maintenant, pour toujours !

Elle vient à la table.

Nathalie, à Perdrigeot[40].

Voici votre sac, monsieur !…

Elle remonte. Marcadieu au fond.

Perdrigeot.

Mon sac !… Oh ! comme il est engraissé !… (Il l’ouvre, on voit la première robe de Nathalie toute rayée de vert.) Je comprends maintenant !…


Boisramé.

Qu’est-ce que c’est que ça ?


Perdrigeot.

C’est un store pour ma salle à manger !…

Il referme son sac.

Marcadieu, à Nathalie.
Adieu, ma petite, et continue d’être sage !…
(À Perdrigeot.)
Monsieur, je vous la confie !…

Courtansoux, jouant.

Échec et mat !… vous n’êtes pas de taille, cher ami !


Boisramé.

C’est égal, monsieur le directeur général, c’est une partie qui a été bien disputée !


Emma.

Et qui doit vous rappeler… sir Staunton !


Courtansoux.

Un rude adversaire, sir Staunton !… C’était à Londres en 1841…


Pendant ce temps Perdrigeot et Nathalie, au fond, s’apprêtent à partir et Marcadieu leur fait ses adieux.

FIN

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  1. Courtansoux, Emma, Boisramé, Marcadieu.
  2. Courtansoux, Marcadieu, Boisramé, Emma.
  3. Courtansoux, Emma, Boisramé.
  4. Emma, Courtansoux, Boisramé.
  5. Emma, Boisramé, Courtansoux.
  6. Emma, Courtansoux, Boisramé.
  7. Perdrigeot, Emma.
  8. Perdrigeot, Boisramé, Emma.
  9. Perdrigeot, Boisramé.
  10. Nathalie, Perdrigeot.
  11. Nathalie, Boisramé.
  12. Boisramé, Nathalie.
  13. Nathalie, Boisramé.
  14. Marcadieu, Boisramé.
  15. Emma, Courtansoux, Boisramé.
  16. Courtansoux, Emma, Boisramé.
  17. Courtansoux, Boisramé.
  18. Courtansoux, Emma, Boisramé, Perdrigeot.
  19. Courtansoux, Boisramé, Emma, Perdrigeot.
  20. Courtansoux, Emma, Boisramé, Perdrigeot.
  21. Courtansoux, Perdrigeot, Boisramé, Emma.
  22. Courtansoux, Boisramé, Perdrigeot, Emma.
  23. Courtansoux, Perdrigeot, Emma.
  24. Courtansoux, Emma, Perdrigeot.
  25. Courtansoux, Perdrigeot, Emma.
  26. Courtansoux, Perdrigeot.
  27. Courtansoux, Marcadieu.
  28. Marcadieu, Boisramé.
  29. Boisramé, Perdrigeot, Emma.
  30. Boisramé, Marcadieu.
  31. Boisramé, Emma.
  32. Emma, Boisramé.
  33. Emma, Courtansoux, Boisramé.
  34. Emma, Boisramé.
  35. Emma, Perdrigeot, Boisramé.
  36. Emma, Marcadieu, Courtansoux, Perdrigeot, Boisramé.
  37. Emma, Courtansoux, Perdrigeot, Marcadieu est au fond.
  38. Courtansoux, Emma, Boisramé, Perdrigeot, Marcadieu et Nathalie au fond.
  39. Courtansoux, Boisramé, Emma, Perdrigeot, Nathalie, Marcadieu.
  40. Courtansoux, Emma, Boisramé, Perdrigeot, Nathalie.