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La Perdrix et les Coqs

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Fables choisies, mises en versDenys Thierry et Claude BarbinQuatrième partie : livres ix, x, xi (p. 125-127).

VII.

La Perdrix & les Cocs.



PArmy de certains Cocs incivils, peu galans,
Toûjours en noiſe & turbulens,
Une Perdrix eſtoit nourrie.

Son ſexe & l’hoſpitalité,
De la part de ces Cocs peuple à l’amour porté :
Lui faiſaient eſperer beaucoup d’honneſteté :
Ils feroient les honneurs de la meſnagerie.
Ce peuple cependant fort ſouvent en furie,
Pour la Dame étrangere ayant peu de reſpec,
Lui donnoit fort ſouvent d’horribles coups de bec.
D’abord elle en fut affligée ;
Mais ſi-toſt qu’elle eut vû cette troupe enragée
S’entrebattre elle-meſme, & ſe percer les flancs,
Elle ſe conſola. Ce ſont leurs mœurs, dit-elle,

Ne les accuſons point ; plaignons plûtoſt ces gens.
Jupiter ſur un ſeul modele
N’a pas formé tous les eſprits :
Il eſt des naturels de Cocs & de Perdrix.
S’il dépendoit de moy, je paſſerois ma vie
En plus honneſte compagnie.
Le maiſtre de ces lieux en ordonne autrement.
Il nous prend avec des tonnelles,
Nous loge avec des Cocs, & nous coupe les ailes :
C’eſt de l’homme qu’il faut ſe plaindre ſeulement.