La Plainte de Deor

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Anonyme
Beowulf et les premiers fragments épiques anglo-saxons
Traduction par Walter Thomas .
Henri Didier (pp. 87-88).


La Plainte de Deor


Weland connut amèrement l’exil,
le vaillant comte souffrit de la peine,
il eut pour compagnons le chagrin et le désir,
des courses errantes par froid hivernal ; souvent il endura malheur,
après que Nithhad l’eut lié par la nécessité,
eut coupé les tendons de l’homme meilleur que lui.
Cela, il le surmonta[1], ainsi pourrai-je ceci.

Pour Beaduhild la mort de ses frères ne fut pas
si dure à son cœur que son propre cas,
10 quand elle eut clairement compris
qu’elle était enceinte ; jamais elle ne put
penser hardiment à ce qui devrait en advenir.
Cela, elle le surmonta, ainsi pourrai-je ceci.

Nous avons appris de plusieurs l’infortune de Maethhilde.
Des nobles de Geat furent privés de leurs terres
en sorte que la tristesse leur ôta tout sommeil.
Cela, elle le surmonta, ainsi pourrai-je ceci.

Théodoric occupa trente hivers
le bourg des Merings ; ceci fut connu de plusieurs.
20 Cela, il le surmonta, ainsi pourrai-je ceci.

Nous avons ouï dire d’Eormanric
la pensée de loup cruel. Il dominait le vaste peuple
du royaume des Goths. Ce fut un roi farouche.
Maint homme était assis lié par les chagrins
dans l’attente du malheur ; il souhaitait bien
que la fin de ce règne fût arrivée.
Cela, il le surmonta, ainsi pourrai-je ceci.

Quelqu’un est assis chargé de soucis ; privé de bonheur,
il s’afflige en esprit ; il pense à part lui
30 que la portion des peines est infinie,
Alors il peut réfléchir que par ce monde
le Sage Seigneur s’en va bien souvent ;
Il montre Sa faveur à maint comte,
une prospérité assurée, à d’autres une part de maux.

Ceci, je veux le dire de moi-même,
que je fus un temps ménestrel des Heodenings,
cher à mon seigneur. J’avais nom Deor ;
j’occupai pendant plusieurs hivers un poste excellent,
j’eus un maître bienveillant jusqu’à ce qu’ores Heorrenda,
40 homme savant en poésie, jouit du droit territorial
que m’octroya jadis le protecteur des comtes.
Cela, il le surmonta, ainsi pourrai-je ceci.


Notes explicatives. — Il s’agit, dans les deux premières stances, du forgeron divin Weland fait prisonnier par le roi Nithhad, qui lui inflige le supplice de l’énervation et le prive d’un anneau magique qui lui permettrait de s’envoler. Le captif se venge du roi en tuant ses fils et en séduisant sa fille Beaduhild. Puis il construit des ailes merveilleuses à l’aide de plumes d’oiseau et prend la fuite.

Pour Grein, la troisième stance se rapporterait à Hilde ou Odila maltraitée par le tyran Eormanric ou Ermanaric, roi des Ostrogoths au 4e siècle de l’ère chrétienne, dont la suite du poème rappelle les excès.

La quatrième stance fait allusion au bannissement de Théodoric de Vérone, qui vécut en exil à la cour du roi Attila.

  1. Sweet traduit : « Ce chagrin est passé ».