La Polychésie de la race allemande

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LA

POLYCHÉSIE DE LA RACE ALLEMANDE

Das übertriebene Darmleerungsbedürfnis der deutschen Rasse
Superlienteria germanica.

PAR

Le Dr BÉRILLON
Professeur à l’École de psychologie,
Médecin inspecteur des asiles d’aliénés,
Directeur de la Revue de psychothérapie,
Médecin en chef de l’Établissement médico-pédagogique de Créteil.

Chez l’homme, l’accomplissement des actes d’évacuation corporelle s’accompagne d’un sentiment inné de pudeur.
L’abolition de ce sentiment est le signe d’une maladie de l’instinct et l’expression la plus saisissante de la déchéance de la race.
Dr Bérillon



La polychésie (de πολύ, beaucoup et χεξἑιν, déféquer) est la manifestation d’une suractivité anormale de la fonction intestinale.

Elle est la conséquence de la polyphagie et est en rapport, non seulement avec la quantité, mais avec la qualité des aliments absorbés. Elle se traduit par une excrétion exagérée des matières fécales. Le besoin fréquent de défécation qui en est la conséquence est la source, dans le domaine mental, d’aberrations se rapportant à la satisfaction de ce besoin[1].

La polychésie, par sa fréquence et sa constance, peut être considérée comme une des particularités les plus marquées de la race allemande.

La présence des troupes allemandes sur notre sol a eu pour effet d’en rappeler l’existence à un certain nombre de nos compatriotes ; mais, depuis longtemps, l’observation populaire l’avait considérée comme un véritable signe de race. En effet, dans toutes leurs invasions antérieures, les hordes germaniques s’étaient signalées à l’attention par le débordement d’évacuations intestinales dont elles jalonnaient leur marche.

L’ironie des peuples avait trouvé ample matière à s’exercer sur ce sujet. De nombreux dictons en font foi.

Déjà, du temps de Louis xiv, on disait que par le seul aspect de l’énormité des excréments, le voyageur pouvait savoir s’il avait franchi les limites du Bas-Rhin, et s’il était entré dans le Palatinat[2].

Une vieille plaisanterie alsacienne consistait à poser à brûle-pourpoint la question suivante : « Savez-vous pourquoi, lorsque trois Allemands sont réunis, il n’y en a jamais que deux de présents ? »

— Eh bien ! C’est parce que sur les trois, il y en a toujours un qui se trouve aux cabinets. » Telle était l’explication par laquelle on tirait d’embarras l’interpellé, devenu songeur.

D’ailleurs l’habitude de donner à la région fessière le nom de prussien remonte à une date déjà assez éloignée. Consultez l’encyclopédie Larousse ; elle vous apprendra qu’après la bataille de Valmy, une épidémie de dysenterie contraignait si fréquemment les Prussiens à découvrir la partie postérieure de leur corps que l’on s’est servi du mot prussien pour la désigner[3].

L’auteur de la Bibliotheca scatologica, ou catalogue traitant des vertus, faits et gestes du très noble et très ingénieux messire Luc (à rebours), paru en 1850, ne manque pas d’avertir le lecteur que son ouvrage est traduit du… prussien.

La préoccupation se rapportant à l’acte ultime de la digestion domine à tel point les esprits allemands, qu’on la retrouve dans toutes les classes de la société.

Le grand inspirateur de la morale allemande, Luther, n’a jamais manqué aucune occasion de marquer l’importance qu’il accorde à tout ce qui se rattache à l’acte, ainsi qu’aux produits de la défécation.

Il faisait certainement allusion à la polychésie, dont ses compatriotes lui imposaient la constatation si fréquente, lorsqu’il prononçait ces paroles, pieusement recueillies par ses disciples, réunis pour l’écouter : « Et je m’étonne que les hommes n’aient depuis longtemps couvert de fiente le monde jusqu’au ciel ! »[4].

Le docteur Luther ne songea jamais à dissimuler la satisfaction qu’il retirait d’une digestion agréable. Il l’exprimait lorsqu’il racontait à ses élèves l’anecdote suivante : « Un gentilhomme, dit-il, ayant été interrogé par sa femme sur la vivacité de l’attachement qu’il avait pour elle, lui répondit : « Je t’aime autant qu’une bonne décharge de ventre. » Elle fut courroucée de cette réponse ; mais le lendemain, il la fit monter à cheval, et l’y retint toute la journée sans qu’elle pût satisfaire à ses besoins ; alors elle lui dit : « Oh ! seigneur, je sais maintenant à quel point tu m’aimes ; je te conjure de t’en tenir là dans l’attachement que tu me portes. »

Il ne fait donc pas s’étonner que dans ses Propos de table[5], un des livres dont le succès fut le plus considérable en Allemagne, il revienne avec complaisance sur le même sujet, comme lorsqu’il s’écrie : « Perinde facere, qui continenter vivere instituant, ac si quis excrementa vel lotium contra naturæ impetum retinere velit ». « Ordonner de vivre dans la continence, c’est prescrire de retenir les excréments et les évacuations qu’inspire la nature. »

L’intérêt qui, pour Luther, réside dans les éliminations digestives, se trouve encore dans les paroles suivantes qu’il exprimait un jour où il souffrait de la dysentrie : « Ah ! bon Dieu ! quel bonheur que d’avoir un corps sain et robuste, qui puisse manger, boire, dormir et rendre l’urine ! ».

Dans sa correspondance, il lui arrive fréquemment de revenir sur ce thème de prédilection. En 1522, lors de son séjour au château de la Wartbourg, il écrit à son ami Mélanchton : « Le Seigneur m’a frappé d’une grande douleur au derrière ; mes selles sont tellement dures que je dois faire des efforts très douloureux, au point que la sueur m’en coule ; hier je suis allé à la selle après quatre jours ; aussi n’ai-je pas dormi de la nuit. »

En 1528, à l’âge de 45 ans, dans une lettre à Julius Jonas nous retrouvons la même idée exprimée encore avec plus de force :

« L’acte de la défécation m’était devenu un plaisir qu’augmentait l’écoulement du sang, si bien que l’agrément de cette sensation m’invitait plusieurs fois par jour à me présenter à la garde-robe. Si je pressais avec le doigt, cela me démangeait de la façon la plus agréable, et le sang coulait. »

Si l’on en croit Luther, que d’actions de grâces ne doit-on pas rendre aux déjections stercorales, capables de guérir tous les maux.

« Je suis surpris, dit-il, que Dieu ait mis dans la fiente des remèdes si importants et si utiles, car l’on sait par expérience que la fiente de truie arrête le sang, et celle du cheval sert pour la pleurésie. La fiente de l’homme guérit les blessures et les pustules noires ; la fiente d’âne, mêlée à d’autres, s’emploie dans les cas de dysentrie ; la fiente de vache, mêlée avec des roses, est un fort bon remède dans l’épilepsie qui attaque les enfants. »

Mais il trouve également dans les excréments les armes qu’il dirige de préférence contre ses ennemis. Lorsqu’il se croit venu à bout de quelques-uns de ses adversaires, il s’écrie : Je crois qu’ils sont dans la m… jusqu’au cou, lourdauds qui ne savent pas distiguer le sucre de la m… »

L’Allemagne, qui occupe assurément le premier rang dans la scatomanie, peut également revendiquer la priorité de la spécialité médicale qui constitue la scatologie.

Déjà le fameux Cornelius Agrippa, médecin allemand qui vivait au seizième siècle, dans son livre De vanitate scientiarum, accusait ses confrères non seulement de goûter l’urine de leurs malades, mais de pousser le fanatisme professionnel jusqu’à la dégustation de leurs excréments :

« Les médecins Scatophages, ou Tastemerdes, écrit-il, m’arroseront d’urine et me parfumeront des excréments de leurs malades ». Et décrivant l’art minutieux du spécialiste en scatologie il ajoute : « Le médecin regarde attentivement l’urine qu’on a soin de garder et dont on le régale à son arrivée ; on lui fait le même honneur pour le bassin et, aux dépens de son odorat, il en examine le contenu, allant quelquefois jusqu’à goûter ». Ces pratiques faisaient le plus grand honneur à l’esprit d’analyse dont les allemands ont toujours, à toutes les époques, fait le plus grand cas.

L’hyperchésie allemande constituait un champ d’études si particulier, que son étude a suscité en Allemagne, les émulations les plus ardentes. Aux laboratoires de scatologie ont été annexés des musées stercoraires dans lesquels sont exposés de nombreux modèles en cire, en pâte, de la plus rigoureuse exactitude. Comme le faisait justement remarquer, dans un Congrès international, un des maîtres les plus éminents de la scatologie allemande, un tel degré de perfection ne saurait être atteint sans l’intervention d’un nombre respectable de collaborateurs : le photographe, le dessinateur, le mouleur qu’il ne faut pas confondre avec le procréateur initial, le peintre coloriste, et enfin le clinicien qui définit, compare et interprète. Les modèles sont naturellement déposés et brevetés, afin d’éviter les contrefaçons. À la place d’honneur, dans ce musée d’un goût spécial, figure la selle allemande normale, afin que les élèves puissent se familiariser (sic) avec son apparence[6].

Les préoccupations relatives au besoin de défécation ne sont pas restées limitées au domaine médical, elles se sont aussi manifestées dans nombre d’élucubrations dues à la plume d’allemands de naissance illustre. Il suffit de rappeler la lettre adressée, en 1694, à sa tante Sophie, électrice de Hanovre, dans laquelle la princesse Palatine, belle-sœur de Louis xiv et mère du Régent, se livrant à l’apologie du besoin de ch…, n’hésite pas à entrer dans les détails les plus réalistes. La réponse que lui adresse l’électrice, en prenant le contre-pied de cette apologie, constitue une aberration littéraire de style non moins ordurier. Ces documents témoignent de la monomanie scatologique dont furent atteintes des allemandes de la plus haute extraction[7].

Dans la Chronique médicale du Dr Cabanès, de nombreux renseignements sur les tendances scatomaniaques des allemands ont été rapportés. Le Dr Maljean y rappelait récemment le rôle joué dans l’éducation populaire allemande par un livre publié, en 1519, sous le titre : Les aventures de Til Ulespiegle. Cet ouvrage, sans cesse réimprimé, tiré à des centaines d’éditions, est un recueil de farces et dont les principales se résument dans l’introduction subreptice de matières fécales dans les lits, les vêtements, les aliments, les boissons des victimes.

Après cela, comment s’étonner des manifestations scatomaniaques par lesquelles se terminent les commers, c’est-à-dire les fêtes solennelles des Vereine (corps des étudiants de l’aristocratie), et les Burschenschaften, (confédérations des étudiants de la bourgeoisie). Il est impossible à une plume française de retracer les couplets bachiques qui, dans les corporations d’étudiants, se sont depuis de longs siècles, transmis par la tradition verbale.

Je me bornerai à en citer un seul exemple atténué, que j’emprunte au livre si documenté de Victor Tissot[8] :

« Sic vivimus, nous autres étudiants, — nous pompons (saufen) absque complimenten, — jusqu’à faire (scheissen) dans nos bas et culottes, — Sic vivimus, toi et moi, — Et si quelqu’un y trouve à redire, — nous lui faisons (Wir scheissen) contre la figure, — en riant aux éclats ! »

De quel esprit s’inspirent les étudiants allemands dans l’hommage qu’ils ne cessent de rendre à l’acte terminal de la fonction digestive ? Est-ce de celui de Luther ou de celui de Gambrinus ?

Cette délicatesse du goût germanique se retrouve également dans le refrain par lequel, en traversant les gares, les soldats allemands saluent la vue des lieux d’aisance : « Wenn man nichts zû fressen hat, braucht man auch nicht zû scheissen », dont l’idée générale pourrait se traduire ainsi :

« Là où il n’y a rien à manger,
On n’a pas besoin de ch… »

En ce qui concerne les constatations cliniques relatives à l’hyperchésie, un premier fait est hors de doute. Comme je l’ai exposé dans une précédente communication sur l’odeur des allemands sous le titre : La bromidrose fétide de la race allemande[9], dans des condition identiques de nombre et de nombre et de séjour, la proportion des matières fécales des Allemands s’élève à plus du double de celle des Français[10].

Un second fait, c’est que ces matières fécales, indépendamment des résidus alimentaires insuffisamment digérés renferment une quantité anormale de produits épithéliaux et de matières grasses en décomposition.

Une troisième constatation, qui s’impose à tout odorat normal, c’est que la puanteur des résidus stercoraux allemands n’est pas en rapport simple avec la quantité, ce qui suffirait d’ailleurs à constituer une sérieuse incommodité. L’intensité des émanations malodorantes se manifeste, au contraire, dans une proportion géométrique. Si au point de vue de l’énormité, la production excrémentielle est double, au point de vue de l’odeur elle atteint des proportions inouies, incroyables. On pourrait dire qu’elle est au moins quatre fois plus forte. L’hyperchésie des allemands réalise un cas auquel s’applique la situation pressentie par l’auteur de l’Art poétique, dans son vers fameux :

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.

Le caractère dominateur de la puanteur polychésique chez les Allemands est d’être absolument intenable, nauséabonde et on peut le dire, sans craindre d’abuser de l’hyperbole, émétisante. Elle n’est comparable qu’à l’odeur des matières fécales des porcs lorsque, réunis en assez grand nombre, ils sont exclusivement nourris avec des eaux grasses et des viandes d’équarissage. Il ne faut pas s’étonner que cette puanteur, chez ceux dont elle a violenté la muqueuse pituitaire, dans bien des cas, ait provoqué des vomissements instantanés, des défaillances allant jusqu’à la perte de connaissance.

Et si quelqu’un était tenté de m’accuser d’exagération, il me suffirait, pour lui répondre, de faire appel au témoignage de quelques-uns de ceux, trop nombreux, qui n’ont pas eu la liberté de s’y soustraire. Ils pourront dire que de toutes les souffrances qu’ils ont éprouvées, la douleur olfactive a été certainement la plus angoissante et la moins tolérable.

Certains se sont étonnés que les allemands aient pu supporter l’odeur de leurs excréments sans en paraître incommodés. On ne peut s’expliquer cette tolérance que par trois conditions. La première c’est que l’odeur de leurs excrétions fécales se rattache si étroitement avec leur propre odeur organique qu’ils n’en perçoivent plus l’intensité ; la seconde c’est que le sens de l’olfaction, parallèlement à celui du goût, aurait dans la race allemande, subi les effets d’une véritable atténuation régressive ; la troisième se rattacherait à la disposition mentale qui les porte à s’enorgueillir de tout ce qui se rattache à leur personnalité. Il n’y aurait rien de surprenant à ce que leur esprit, imbu d’admiration pour le Kolossal, tire vanité de l’hyperchésie, de même qu’ils se glorifient de leur gloutonnerie, de leur voracité et de leur polyphagie. Ils en seraient arrivés à considérer que tout ce qui émane du corps d’un allemand est doué de propriétés supérieures et qu’il est dégagé des incommodités dont les autres hommes tirent, d’ordinaire, un sujet d’humiliation.

Dans un grand nombre de localités serbes, on a été surpris de l’énormité des déjection intestinales laissées par les troupes autrichiennes. En certains endroits, les couloirs des maisons, les cours, les ruelles, les maisons elles-mêmes en étaient remplies jusqu’à un mètre de hauteur. Il a fallu une main d’œuvre considérable et des dépenses très élevées pour en assurer l’évacuation. Les mêmes constatations ont été faites en Serbie partout où les localités furent occupées par des Autrichiens de race allemande.

À Valyevo, je tiens le fait du Dr Petrowitch, délégué à l’Office international d’hygiène, les Serbes, quelques instants après la déroute des Autrichiens à Valyevo, éprouvèrent un véritable sentiment de stupéfaction. Les rues étaient encombrées de monceaux de matières fécales, s’élevant à une hauteur à peine croyable. Ces amas d’excréments humains dégageaient une odeur intolérable et constituèrent même, par leurs émanations pestilentielles, un obstacle à la marche des troupes.

La première impression fut que les ennemis avaient intentionnellement encombré les rues de leurs déjections dans le but d’offenser leurs adversaires. Il fallut cependant reconnaître que leur accumulation avait été progressive. Or la ville avait été occupée principalement par des officiers supérieurs et par les services de l’état-major autrichien. Les Serbes ne purent jamais s’expliquer comment tous ces officiers avaient pu circuler pendant plusieurs semaines en piétinant ces immondices, ni surtout comment ils avaient pu supporter la puanteur qui s’en dégageait.

Le rentrée à Belgrade leur réservait d’autres surprises. Là, pas une maison, pas un édifice qui ne fussent remplis entièrement de matières fécales. Dans l’appartement privé de M. Pachitch, président du Conseil, les meubles, les tentures, la vaisselle en étaient littéralement souillés. Le salon du rez-de-chaussée avait été transformé en abattoir. Le sang des bœufs et des porcs sacrifiés avait rejailli sur les murs. De tout l’immeuble s’exhalait une odeur épouvantable. Il en était de même dans toutes les maisons des notables. On ne parvint à en réaliser la désinfection qu’au prix des plus grosses difficultés.

Les Serbes qui m’ont fait part de ces faits m’ont assuré que, dans les deux guerres des Balkans, aucun cas analogue ne fut constaté de leur part ni chez les Bulgares, ni chez les Albanais, ni chez les Grecs, ni chez les Turcs. Les soldats appartenant à ces nationalités poussaient tous, au plus haut degré, la pudeur des actes ultimes de la digestion. Pour les satisfaire, ils se tenaient toujours à une distance assez éloignée des endroits habités.

Les témoignages des médecins militaires serbes présentent d’autant plus d’intérêt qu’ils étaient mieux placés pour observer la réalité de l’hyperchésie spéciale à la race allemande. Ils ont pu s’assurer, en effet, que ce débordement de matières fécales était particulier aux soldats autrichiens de race allemande, mais n’existait pas quand les corps de troupe étaient composés de soldats d’autres races.

Si la polychésie de la race allemande bornait sa manifestation à l’encombrement des endroits réservés à cet effet, il n’y aurait peut-être pas lieu d’y voir autre chose qu’un surmenage des fonctions de la digestion ; mais il arrive fréquemment qu’elle se complique de scatomanie, c’est-à-dire d’aberrations dans l’accomplissement de l’acte.

Il faudrait des volumes pour enregistrer tous les cas innombrables où la polychésie des Allemands associée à la scatomanie la plus ordurière, est venue souiller les maisons particulières, les châteaux et les édifices religieux.

Le Dr Cabanès, dans la Chronique Médicale, en ouvrant une rubrique spéciale pour l’exposé de ces faits de scatomanie, avait commencé par rappeler le cas si explicite se rapportant à l’empereur Guillaume ier et rapporté, dès 1871, par le Journal des Goncourt.

« Le Roi Empereur, arrivé à Reims, fut logé par l’Archevêque dans la plus belle pièce de l’archevêché que le Roi ne trouva d’abord pas digne de sa grandeur. L’archevêque lui fit observer que c’était la chambre où avait couché Charles x quand il était venu se faire sacrer. Sur cette affirmation, le Roi se décida à l’occuper, et voici la carte de visite qu’il y laissa : le lendemain le Roi-Caporal chia (sic) dans l’encoignure de la croisée et se torcha le derrière avec les rideaux »[11].

Ce que ne racontent pas les Goncourt, c’est que Guillaume ier avait également souillé le lit des rois de France. On a toujours pensé qu’il l’avait fait avec intention et c’est l’impression qu’en ont toujours emporté les visiteurs.

À Versailles, on réquisitionna quinze vases de nuit pour l’usage personnel du roi de Prusse. Ils furent tous laissés dans l’état où l’on s’en était servi, c’est-à-dire remplis jusqu’au bord[12].

L’empereur Constantin v, qui vécut au 8e siècle, fut désigné sous le nom de Constantin Copronyme parce qu’au moment de son baptême, il s’était oublié sur les fonts baptismaux. Il peut paraître excessif que Constantin v ait été l’objet de la risée publique pour un acte dont il n’avait pas la responsabilité. Au contraire, lorsque le Dr Cabanès propose de désigner sous le nom de Guillaume ier le Stercoraire, l’empereur d’Allemagne qui souilla volontairement la chambre des rois de France, à l’archevêché de Reims, on ne peut douter qu’il soit inspiré par un sentiment conforme à l’esprit de justice.

En 1870, les faits de scatomanie à l’actif des troupes allemandes ont été nombreux. Une des impressions de ma jeunesse est le souvenir de cet ordre laissé par des soldats prussiens lors de leur passage à Charny (Yonne). Chez une dame Laurent, marchande de vaisselle sur la place du Marché, on avait constaté avec stupéfaction que toutes les pièces de vaisselle contenues dans le magasin avaient servi de récipient aux incongruités de ces soldats. Dans un village voisin, au château de Prunoy, il n’y avait pas une pièce qui n’eût été abominablement souillée. Mon esprit d’enfant avait été absolument déconcerté par cette manière imprévue de déshonorer la noble carrière des armes.

À Courbevoie, près de Paris, immédiatement après la guerre un instituteur, reprenant possession de ses classes, avait trouvé tous les pupitres de ses élèves transformés en lieux d’aisance.

Mais ces faits, ainsi que ceux qui furent constatés dans de nombreuses localités, ne constituent qu’une expression minime de la scatologie allemande, si on les compare à ce qui s’est passé dans le cours de la guerre actuelle.

Parmi les cas de scatomanie, je retiendrai seulement ceux dont l’accomplissement témoigne d’un caractère intentionnel bien marqué d’offense, d’insulte ou de dérision à l’égard des adversaires.

À Vic-sur-Aisne (Aisne), une modiste avait dans son magasin un grand nombre de chapeaux, de forme en paille et en feutre, de fleurs, de plumes, de rubans. Il n’est pas un de ces objets qui n’ait été souillé. Parmi eux, un certain nombre étaient garnis de tiges de fer et ne semblaient pas devoir se prêter à l’usage auquel ils furent soumis. Il en fut de même de voilettes dont les mailles écartées ne pouvaient qu’insuffisamment protéger les doigts des soldats scatomanes.

En traçant ces lignes, je ne puis m’empêcher de me reporter au chapitre xiii, Livre i, de la vie de Gargantua.

« Je me torchay après, dit Gargantua, d’un couvre-chief, d’un oreiller, d’une pantophle, d’une gibessière, d’ung panier ; mais o le malplaisant torchecul ! Puis d’un chappeau. Et notez que des chappeaux les uns sont ras, les autres à poil, les autres veloutez, les autres taffetassez, les autres satinizez. Le meilleur de tous est celui du poil, car il faict très bonne abstersion de la matière fécale. »

Lorsque Grandgousier admirait l’esprit merveilleux déployé par Gargantua dans l’invention d’un torchecul, il ne se doutait pas que, quatre siècles plus tard, des officiers allemands feraient preuve d’un aussi incomparable esprit d’ingéniosité. C’est que leur Kultur en est encore à l’âge que pouvait avoir Gargantua lorsqu’il se complaisait à s’exercer dans les mêmes inventions. Il est vraiment à regretter qu’aucun de ces gentilhommes n’ait songé à inscrire sur son carnet de guerre les comparaisons auxquelles il fut en mesure de se livrer dans la boutique de la modiste de Vic-sur-Aisne.

À Ypres, dans la bijouterie de madame Heursel, après avoir saccagé les vitrines, les Allemands s’ingénièrent à remplir de matières fécales les tiroirs, et à peinturlurer les glaces, les boiseries et les portes.

Au château de Francport, dans la forêt de Laigue, un général allemand résida pendant un court espace de temps. Au moment de quitter la place un de ses officiers d’ordonnance s’aperçut que son supérieur n’avait souillé aucun meuble. Il s’empressa de revenir sur ses pas pour réparer cette omission. Avisant dans un salon une commode de Boule d’un prix élevé, il y jeta son dévolu et se servit d’un des tiroirs comme d’un water-closet.

Au château d’Offemont, qui fut la propriété de la marquise de Brinvilliers, et dans celui de Montdement, les officiers allemands s’appliquèrent à remplir de leurs excréments les bottes dont se servent les piqueurs dans les chasses à courre. Ils les alignèrent dans une des pièces principales, témoignant ainsi de l’intention formelle d’offenser leurs hôtes. Ils connaissaient l’expression populaire par laquelle, pour indiquer que l’injure a passé toute mesure, on dit de l’offenseur « qu’il a fait dans vos bottes. »

C’est pour le même motif que dans maints autres endroits ils ont rempli les malles, les valises, les paniers de voyage, de conformant à l’idée du vulgaire, lorsqu’il s’agit de stigmatiser l’offense résultant d’un acte aussi indigne qu’impardonnable. Dans ce cas, on se plaint de l’ennemi en disant qu’il « a fait jusqu’à l’anse du panier, jusqu’au cadenas de la malle. »

Lors de leur séjour à Albert (Somme), quelle ne fut pas la joie des soldats allemands en découvrant dans une maison bourgeoise une ample provision de confitures qui n’avaient pas été fabriquées à leur intention.

À son retour la ménagère prévoyante eut un témoignage de leur satisfaction intestinale en retrouvant ses pots rangés soigneusement dans le même ordre, mais copieusement remplis de résidus stercoraux.

À Saint-Dié, en reprenant possession de sa demeure, la famille d’un magistrat fut surprise de trouver les placards et les armoires rangés dans l’ordre où ils les avaient laissés. Elle ne tarda pas à constater que les nappes, les serviettes, toutes les pièces de lingerie avaient été artistement repliés après l’usage le plus profane. Les robes suspendues à leur place avaient toutes été souillées à l’intérieur de la façon la plus abominable.

Le château de Bellevue, près de Château-Thierry, a été le témoin des scènes de scatologie les plus ignominieuses. Là encore, le linge des dames, leurs chapeaux, ainsi que les cartons à chapeaux avant d’être remis à leur place ont été convertis en réceptacles de matières fécales par les Allemands.

Au château d’Esternay, près de Montmirail, qui appartient à M. de Laroche-Lambert, des officiers prussiens, ayant trouvé dans des placards et armoires des robes de soirée, se livrèrent à une orgie scandaleuse. Quelques-uns d’entre eux s’étant habillés en femmes, ils dansèrent et s’enivrèrent. Une attaque française les surprit dans ce costume. Ils furent tués, et enterrés pêle-mêle dans le parc, avec ces costumes de femmes. Pendant plusieurs semaines, on vit encore émerger de terre des lambeaux de robes à l’endroit où ils étaient inhumés.

Dans l’intervalle des danses, ils allaient déposer leurs matières fécales sur les tapis, sur les meubles, et dans la vaisselle, s’essuyant avec les robes, les tentures et les objets de literie.

Dans plusieurs maisons de Rozet-Saint-Albin (Aisne), des constatations analogues ont été faites. La maison de campagne de M. Poursin, industriel, a été littéralement inondée de déjections. Les placards, les tapis, toute la vaisselle et les objets de lingerie en ont été souillés. Dans le même pays, toutes les pièces du château de M. le comte Berthier de Savigny ont été infectées de la même manière. On a trouvé des souillures stercorales jusque sur les plafonds.

Au château de Champigny, près de Reims, on enfonçait jusqu’au genou dans les monceaux d’ordures fécales. Toutes les pièces en avaient été remplies. Les serviettes et les nappes après avoir été souillées avaient été soigneusement repliées et replacées dans les armoires.

À Charly-sur-Marne, dans plusieurs maisons qui paraissaient avoir été indemnes, les propriétaires ont retrouvé des excréments dans tous les verres et dans toute la vaisselle.

Dans beaucoup d’endroits, les livres furent spécialement l’objet d’attentions scatomaniaques des infatigables propagateurs de la Kultur. Il est vrai qu’après les avoir salis, ils avaient pris la peine de les ranger soigneusement sur les rayons de la bibliothèque.

Je pourrais, à l’infini, multiplier ces exemples. Dans tous on retrouverait le même caractère d’aberration mentale, d’indignité, d’inconscience et d’insanité.

Il n’est pas jusqu’au Grand-duché de Luxembourg, où, sans avoir eu l’excuse d’une résistance de la part d’armées ennemies, la polychésie des Allemands ne se soit donné libre carrière.

À Luxembourg, les Allemands avaient pris possession de la poste centrale. Après leur départ on constata que tous les tiroirs de la poste restante avaient été comblés d’excréments. Chaque employé s’était adjugé un tiroir pour en faire le réceptacle de ses résidus fécaux.

Il en est résulté un curieux néologisme dans lequel on pourrait discerner les éléments de quelque ironie. Depuis ce moment les enfants des écoles, lorsqu’ils veulent s’absenter, demandent à leurs maîtres et à leurs maîtresses la permission « d’aller au tiroir. »

La femme d’un de nos confrères du Luxembourg, après le passage des troupes allemandes, se félicitait qu’elles n’eussent apporté aucun dérangement dans sa demeure. Quelques jours après, ayant quelques amis à déjeuner, elle eut une désagréable surprise. En dépliant les serviettes, on s’aperçut que les officiers allemands avaient déposé le produit de la digestion dans les serviettes en guise de cartes de visite. Après les avoir repliées, ils les avaient replacées dans les armoires où la maîtresse de la maison les trouva soigneusement rangées.

Au château de Grevel, magnifique propriété de M. Munchen, bourgmestre de la ville de Luxembourg, le prince de Radziwill, diplomate catholique accrédité au Vatican, passa quelques jours avec son état-major. Après son départ, on trouva le grand salon d’honneur, décoré de meubles recouverts de moire blanche, entièrement souillé. La moire disparaissait sous une couche de sépia. Dans la salle à manger, les soupières, les sauciers d’argent étaient garnis de matières fécales. Les verres en cristal étant remplis d’urine, on se serait cru dans le laboratoire d’analyses d’un pharmacien.

L’impératrice d’Allemagne ayant témoigné le désir de séjourner dans cette demeure princière, elle y fut conduite avec tous les honneurs dus à son rang. À la vue du désordre scatologique qui régnait en ces lieux, elle témoigna d’une vive indignation, croyant à un affront prémédité.

Elle s’informa. « Mais qui donc a résidé ici ? » On lui répondit : « C’est le prince de Radziwill, avec son état-major. »

Le soir, le majordome de la cour se rendit chez M. Munchen et lui offrit une somme de huit cents marks pour réparer les dommages et procéder au nettoyage.

Le bourgmestre refusa en disant : « Je désire conserver le plus longtemps possible le témoignage indéniable du passage de l’armée allemande. »

À ces faits attestés par les témoins oculaires de l’autorité la moins contestable, il nous est possible de joindre des documents empruntés à des sources rigoureusement officielles.

Dans plusieurs cas, des soldats allemands ivres, revêtus de vêtements sacerdotaux, dansèrent des sarabandes devant les autels et employèrent les vases sacrés pour leurs libations avant des les soumettre à d’autres profanations plus révoltantes[13] ».

On pourrait supposer que les auteurs de ces actes sacrilèges étaient des luthériens animés par la haine de la religion catholique, qu’on se détrompe. Ils furent accomplis par des bavarois catholiques.

Il en fut de même des atrocités officiellement certifiées par des membres du clergé dans la paroisse d’Aershot en Belgique[14].

Le curé de Gelrods près d’Aershot, M. Sergent, après avoir été lié par les jambes avec des fils de fer, fut traîné hors de l’église, placé le visage contre le mur. « Alors, confit sortir un certain nombre de prisonniers civils et ils furent contraints, sous toutes les menaces possibles… d’uriner sur lui. » Nous n’avons pas trouvé, dit un prêtre, d’expression plus discrète pour exprimer cette monstruosité. Quand cet outrage eut pris fin, les soldats brisèrent à coups de crosse les mains du malheureux curé, puis lui écrasèrent les pieds ; ensuite ils lui brûlèrent la cervelle et jetèrent son cadavre dans la rivière le Desner[15].

Un autre document sur la scatomanie des allemands, tire sa valeur de ce qu’il est le constat d’un flagrant délit d’aberration scatomaniaque. Il est extrait du carnet d’un officier de dragons français.

En traversant un village, appelé d’une fenêtre par un camarade, il descend de cheval et monte au premier étage. Voici le spectacle, peu ordinaire, qu’il a jugé utile de décrire :

« La chambre est saccagée, comme le reste de la maison. Le linge sorti des armoires piétiné ; les meubles démolis. Le lit est défait et sale. Un lieutenant allemand a passé là la nuit précédente, et s’est couché dans les draps sans retirer ses bottes. Une odeur écœurante règne dans la pièce. Mais pourquoi S… m’a-t-il fait monter ?

— Regarde, dit-il.

Je ne l’avais pas vu ! Un lieutenant bavarois est assis, mort, entouré d’ordures, d’excréments humains, dans le tiroir ouvert d’une commode ancienne. Ses culottes sont abaissées sur ses bottes. Sa tête et ses épaules penchées tombent sur sa poitrine vers les jambes. Il est dans une posture ignoble, grotesque, malgré la mort.

— Nous sommes entrés brusquement dans ce village, me fit S…, sans crier gare. De cette maison, on nous tire un coup de feu. C’était un soldat qui nous visait de cette fenêtre. Je l’abats. Je me retourne ; et je vois ce cochon de gaillard en train de faire ses insanités dans le tiroir de ce beau meuble, sur les dentelles de famille ! Il était si ahuri de me voir, qu’il ne s’est même pas levé, restant dans sa position risible et relevant sa chemise à deux mains. Je lui ai tiré un coup de revolver. Il s’est abattu sur son fumier…

Cette débauche de scatomanie vient corroborer une accusation dont les voyageurs allemands avaient, depuis quelques années, été fréquemment l’objet. On leur reprochait dans les hôtels de la Riviera et des stations thermales, dans les sanatoria, dans les maisons de santé, de faire servir les serviettes de toilette à des usages profanes, opposés à ceux auxquels elles étaient destinées. Les blanchisseurs ne cessaient d’en témoigner la plus vive contrariété.

Les Anglais, en gens avisés et renseignés s’abstenaient systématiquement de descendre dans les hôtels fréquentés par les Allemands. Il leur répugnait de se débarbouiller avec des serviettes qu’ils supposaient avoir été mises en contact avec « d’autres visages ». L’exemple prudent des Anglais devra toujours être imité dans l’avenir. De même que l’on avertit les passants de surveiller leurs poches par les indications : « Prenez garde aux pick-pockets ! » le mot d’ordre des clients des hôtels cosmopolites doit être désormais : « Défiez-vous des serviettes utilisées par les allemands ».

Une constatation qui n’est pas moins susceptible de provoquer l’étonnement c’est que la scatomanie des allemands ne subit aucune retenue du fait qu’elle pourrait incommoder leurs propres compatriotes.

Ainsi dans un chef-lieu de canton de l’Aisne, un colonel allemand se trouva logé chez le notaire :

En prenant possession de la chambre occupée, la veille encore, par un de ses collègues de même grade, il constate des reliquats orduriers et ne peut faire autrement que s’écrier : « Das Schwein ! » Cela ne l’empêche pas de s’installer, et, le lendemain, après son départ, on constate qu’il a encore aggravé la situation.

Le passage des troupes se continuant, la même scène se reproduit à plusieurs reprises et la chambre du colonel, malgré tous les efforts pour la nettoyer, ressemble de plus en plus à une latrine.

Dans un château des environs de Montmirail, dont je connais personnellement les propriétaires, les officiers se livrèrent à une orgie accompagnée des manifestations de la scatologie la plus répugnante.

Ayant été refoulés, on trouva toutes les pièces qu’ils avaient occupées remplies de leurs ordures. La vaisselle demeurée sur la table de la salle à manger en était surabondamment garnie. Le lendemain, par une contre-attaque, ils reprennent possession du château. À la grande stupéfaction du personnel, on les voit s’installer au milieu de leur propres déjections de l’avant-veille, sans en témoigner aucune manifestation de dégoût. Une fois de plus ils confirmaient la vérité du proverbe allemand : Eigener Dreck stinkt nicht[16].

De quoi auraient-ils pu se plaindre ? N’avaient-ils pas réalisé la formule si plaisamment exprimée par Montaigne : « C… dans le panier, pour après se le mettre sur la tête. »

Si nous en croyons les professeurs allemands qui noircissent tant de papier pour la glorification de leur Kultur, c’est dans l’esprit d’organisation que se trouveraient les éléments de la supériorité germanique.

Or, il est un point au moins sur lequel cet esprit d’organisation s’est trouvé en défaut. Ayant oublié de tenir compte de l’hyperchésie dont ils connaissent cependant toute l’intensité chez leurs soldats, ils n’ont rien prévu pour en atténuer les effets. Peut-être la discipline allemande n’a-t-elle plus de poids lorsqu’il s’agit de réprimer des dispositions héréditaires aussi profondément enracinées que le besoin de déféquer sur le sol des locaux habités.

Dans aucune circonstance on n’a observé que les officiers allemands se fussent préoccupés de faciliter à leurs soldats l’élimination hygiénique des résidus intestinaux. Au contraire, ils ont toujours affecté de se désintéresser de la question.

En France, l’organisation des feuillées, c’est-à-dire de tranchées creusées dans le sol et destinées à servir de latrines a été réglementée avec le plus grand soin. Les officiers veillent avec autorité que les abords des cantonnements et les lieux d’habitations ne soient jamais souillés de matières fécales.

C’est qu’au propre, comme au figuré, il n’est pas de français qui n’ait le souci de tenir compte d’un de nos proverbes les plus expressifs : « Vilain oiseau que celui qui salit son nid. »

Au point de vue de la pudeur de la défécation, les Allemands en sont restés dans l’état de la barbarie la plus primitive, car il est peu de pays où, après leur passage, on n’ait constaté des preuves indéniables à la fois de leur hyperchésie et de leur intentionnelle malpropreté.

Les mêmes aberrations se rencontrent chez les officiers aussi bien que chez les soldats. À la vérité, les chefs allemands paraissent apporter dans leurs actes scatologiques le raffinement compatible avec le goût qui doit distinguer l’aristocratie du rang et du sang. Pour la satisfaction de leurs incongruités leur préférence s’adresse aux vêtements de dames ornés de rubans ou de dentelles, aux corsets ouvragés, aux soieries, aux fourrures, à la lingerie. Ils semblent éprouver une sorte de prédilection pour les chemises et les pantalons de femmes.

C’est ce sentiment de distinction qui les a portés, dans une des propriétés du marquis de Laigle, à l’accomplissement de cette cérémonie dont les journaux ont donné la relation détaillée. Quand on reprit possession des lieux qui avaient été occupés par l’état-major, on trouva, bien en évidence et disposés les uns auprès des autres, les chapeaux de chasse des dames, les coiffures de velours en forme de tricorne Louis xv comme en portent les amazones, dont ces officiers avaient fait, pour leurs nécessités particulières, autant de vases d’élection.

On a raconté que l’empereur Héliogabale jugeait conforme à la dignité impériale de ne se livrer à la défécation que dans des vases d’or. Les demi-dieux qui président au commandement des soldats allemands, eux aussi, se font honneur de réserver pour leurs usages stercoraires les récipients constitués par les matériaux les plus précieux. Partout ils ont jeté leur dévolu, sur les soupières de vermeil ou sur la vaisselle de prix, sans négliger d’ailleurs l’utilisation des étoffes de brocard, des tapisseries, des broderies, des nappes damassées, des meubles rares, des pianos, des potiches, des draps, des matelas, des oreillers, des couvertures et des édredons. Il leur est fréquemment arrivé également de décrocher des tableaux dus à des artistes renommés. Dans ce cas les portraits des maîtres de la maison ainsi que ceux de leurs ancêtres sont l’objet d’attentions stercorales spéciales.

Les Goncourt dans leur Journal écrivaient déjà, en 1871 : « N’ont-ils pas chez un de nos amis décroché le portrait de son père, ne lui ont ils pas fait un trou à la place de la bouche !… Vous devinez le reste[17]. »

Quant aux simples soldats, ils se bornent à des exploits en rapport avec la modestie de leur situation hiérarchique. Ils donnent satisfaction à leur hypermnésie simplement partout où ils se trouvent, dans les offices, dans les cuisines, dans les chambres à coucher, partout, excepté, où il est indiqué de le faire. Leur humilité les porte à se contenter des casseroles, des chaudrons, des écuelles, des pots à lait, des verres, de toute la vaisselle vulgaire, sans oublier d’ailleurs aucun des récipients qui se trouvent à leur portée. En général, ils dédaignent l’usage des étoffes de soie et de la lingerie fine, dont l’emploi est mieux adapté à la distinction aristocratique des officiers.

Des faits très précis de scatomanie ont été révélés à l’actif du Kronprinz et du prince Eitel dans les divers châteaux où ils ont séjourné. Ils témoignent de la tendance héréditaire des Hohenzollern à se conformer impulsivement à l’adage cynique : « Nécessité n’a pas de loi. »

Une anecdote piquante, dont j’ai entendu le récit en Alsace, m’a appris que la polychésie s’étend à d’autres familles régnantes. Au cours de manœuvres dans le Bas-Rhin, le grand duc de Bade descendit dans un des hôtels d’une sous-préfecture. Les cabinets étant constamment encombrés par les personnes de sa suite, on envoya chercher pour lui une chaise percée chez un marchand de meubles du voisinage[18].

Le lendemain, il la fit reporter sans même avoir eu l’attention de la faire nettoyer. Le marchand, faisant observer à l’ordonnance que de pareils objets ne se donnaient pas en location, celui-ci répondit : — « Vous direz qu’elle a servi au grand duc de Bade et vous la vendrez beaucoup plus cher. » Alors, le spirituel Alsacien lui montrant la signature royale dont elle était encore décorée, lui dit : « Je vends des meubles, je ne suis pas marchand d’… autographes[19] ».

Malgré la précision et l’authenticité indéniable des faits qui viennent d’être rapporté, faits auxquels on peut en adjoindre une quantité considérable d’analogues, il faut s’attendre à ce que leur réalité soit contestée. Il est des esprits dont le parti-pris refuse de s’incliner devant l’évidence. Ils refuseraient de croire à ce qu’ils ont sous les yeux, alors que, comme dans les cas présents, on leur mettrait véritablement le nez dedans.

La polychésie de la race allemande et la scatomanie qui en dérive n’en constituent pas moins des états justiciables de l’analyse psychologique et médicale. En attendant qu’une étude plus approfondie permette de remonter jusqu’aux causes essentielles de ces anomalies d’ordre psycho-pathologique, je me bornerai aux conclusions suivantes :

1° La polychésie de la race allemande, par sa constance, par sa répétition et par sa fixité, constitue un caractère de race.

2° Au point de vue hygiénique, elle résulte de l’inobservance habituelle des règles de la tempérance et de l’hygiène alimentaire. Elle est en rapport avec le degré de gloutonnerie et de polyphagie ; tout polyphage étant, nécessairement, doublé d’un polychésique.

3° Au point de vue clinique, elle est caractérisée par une activité hypertrophique de la fonction digestive, ayant des répercussions inévitables sur toutes les autres fonctions.

La suractivité de l’intestin explique la fréquence des affections de cet organe chez les Allemands et l’importance accordée, en Allemagne, aux travaux de scatologie pure et appliquée.

4° Au point de vue anatomique, la mesure de l’intestin révèle, chez les Allemands, une augmentation de longueur d’environ trois mètres. Cet accroissement porte particulièrement sur le gros intestin dont la capacité est développée dans les mêmes proportions. Les glandes annexes de l’appareil digestif présentent un développement corrélatif.

L’ampoule rectale des Allemands atteint des dimensions considérables, en rapport avec le surmenage fonctionnel dont elle est l’objet. Leur sphincter anal, comme cela a été fréquemment constaté au cours de l’anesthésie chirurgicale, n’offre qu’une résistance extrêmement faible et il se dilate avec la plus grande facilité.

5° Au point de vue mental, la scatomanie, dont la polychésie est le point de départ, doit être considérée comme une manifestation de la dégénérescence héréditaire.

6° Au point de vue criminologique, la scatomanie des Allemands offre la plus grande ressemblance avec les impulsions ordurières dont certains malfaiteurs aggravent l’accomplissement de leurs crimes et de leurs délits. Elle constitue en quelque sorte la signature des criminels dépourvus de toute pudeur, de tout sens moral et en voie de régression mentale.

7° Au point de vue psychologique, la scatomanie des Allemands témoigne d’une insuffisance marquée du pouvoir de contrôle mental, d’une éducation défectueuse de la volonté d’arrêt. Elle est également l’expression d’un orgueil exalté par un ensemble de suggestions systématiques. On peut l’expliquer comme une revanche instinctive de la soumission et de la domestication poussées au-delà des limites supportables.

Dans tous les cas, la polychésie est la démonstration formelle de l’infériorité à la fois physiologique et psychologique de la race allemande.

  1. Parmi les aliments capables d’accentuer la polychésie, il faut mentionner les choux, les pommes de terre, les radis noirs, le raifort, la betterave, les pois chiches, les compotes, les pruneaux, les saucisses farcies, la charcuterie, dont la race allemande fait l’objet de son alimentation préférée.
  2. L’énormité des excréments allemands se trouve encore attestée dans la lettre de la princesse Palatine, en 1694, où elle raconte que les rues de Fontainebleau sont remplies de m… des Suisses : « Car ils font des étrons, écrit-elle à sa tante, qui sont gros comme vous. » Or la compagnie des Cent-Suisses, affectée à la garde particulière du roi, était entièrement composée de sujets de race allemande.
  3. Cette lienterie avait été occasionnée par la consommation abusive du raisin dans les vignobles de la Champagne.
  4. La polychésie et la bromidrose de la race allemande avaient tellement frappé Luther qu’il ne peut s’empêcher de l’exprimer ironiquement lorsqu’il admire « comment Dieu a formé cette chair d’où il sort tant de fiente, de sueur et de puanteur. »
  5. Les Propos de table de Martin Luther, trad. G. Brunet, 1844, passim.
  6. Il faut reconnaître que, sur le terrain de la scatologie médicale, l’Allemagne a conquis une avance considérable. Elle est actuellement le seul pays où il y ait des « scatologistes des hôpitaux », nommés au concours, et des « privat-docenten de scatologie. » Je ne saurais cependant affirmer que la dégustation des produits stercoraux constitue une des épreuves du concours par lequel on arrive à ces fonctions, actuellement si recherchées dans toutes les Universités de langue allemande.
  7. Les passages suivants, choisis parmi les moins inconvenants de cette correspondance princière, démontreront que je n’exagère en aucune façon, quand j’expose le rôle joué dans l’existence allemande par la goinfrerie et par la polychésie qui en est la résultante : « Il ne faut pas avoir ch… de sa vie, pour ne pas sentir le plaisir qu’il y a à ch… ; car on peut dire que de toutes les nécessités à quoi la nature nous a assujetties, celle de ch… est la plus agréable. On voit peu de personnes qui ch… qui ne trouvent pas que leur étron sent bon. On peut dire même qu’on ne mange que pour ch… et tout de même qu’on ne ch… que pour manger et si la viande fait la m… il est vray que la m… fait la viande, puisque les cochons les plus délicats sont ceux qui mangent le plus de m… ».
  8. V. Tissot. — Voyage au pays des milliards.
  9. Bérillon. — La bromidrose fétide de la race allemande, (communication à la Société de médecine de Paris, 1915 et brochure, in-8°, Maloine, édit. Prix : 50 centimes.
  10. Dans les usines des papeteries de Chenevières, en Meurthe-et-Moselle, cinq cents cavaliers allemands ont résidé pendant trois semaines. Ils y ont absorbé des quantités énormes de victuailles de toutes sortes.

    La conséquence en a été qu’ils ont encombré de leurs déjections toutes les salles de l’usine. Une équipe d’ouvriers a mis une semaine pour retirer de l’usine trente mille kilos de matières fécales. Les dépenses de cet enlèvement se sont élevées à un prix très élevé. L’amas de ces déjections a été photographié, il s’élève à une hauteur à peine croyable.

    À Liège, après un séjour de cent quatre-vingts allemands pendant six jours dans l’immeuble du n°112, Boulevard de la Sauvenière, les water-closets débordants ont nécessité une démolition complète pour les évacuer. La maison toute entière était encombrée de matières fécales. Les lits en étaient remplis. Des ordures avaient été déposées dans les tapis, ensuite roulés avec soin. Les robes de soirée avaient été salies, puis rangées dans les armoires. Six personnes furent occupées pendant une semaine pour procéder à cet épouvantable nettoyage. La ville tout entière fut submergée, selon l’expression d’un témoin, sous une marée d’excréments.

  11. Après avoir été l’objet d’un constat d’huissier, ces documents démonstratifs de la polychésie des Hohenzollern furent placés sous scellés et conservés.
  12. Éd. Fournier. — Les Prussiens chez nous, 1871, cité par le Dr Cabanès dans son livre Folie d’Empereur.
  13. D’après le témoignage de Mgr de Wachter, évêque coadjuteur du cardinal Mercier, cité par P. Saintyves : « Les Responsabilités de l’Allemagne dans la guerre de 1914, page 491. ».
  14. Dans beaucoup d’églises les confessionnaux, les chaires, les sacristies furent transformés en lieux d’aisance et tous les objets du culte furent l’objet des profanations les plus outrageantes.
  15. Le Temps, 16 janvier 1915.
  16. Chacun trouve que son excrément ne sent pas mauvais.
  17. Cité par la Chronique Médicale.
  18. Tous ceux qui ont voyagé en Allemagne, ont constaté que, par le fait de la polychésie, dans les hôtels, dans les restaurants, dans les brasseries, dans les chemins de fer, dans tous les endroits privés ou publics, les water-closets étaient constamment assiégés et qu’il fallait prendre rang pendant longtemps avant d’y trouver place.
  19. L’alsacien s’était servi d’un mot plus catégorique.