La Psychologie de la race allemande/3

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A. Maloine et Fils, Éditeurs (p. 49-63).

L’objectivité psychologique de la race allemande

III


Depuis le commencement de la guerre, les actes de cruauté, de débauche ignominieuse, de dégradation, auxquels se livrent les Allemands, ne cessent d’être pour un grand nombre de nos compatriotes l’objet d’un profond étonnement. Ils n’arrivent pas à comprendre comment des êtres, qui se prétendent civilisés, peuvent se comporter, avec tant de facilité, comme s’ils étaient encore des barbares.

En effet, la mentalité allemande, pour tous ceux qui n’avaient pas pris la peine de l’étudier avec quelque attention, et qui se fiaient simplement aux apparences, demeure complètement incompréhensible.

Un certain nombre de médecins de Paris n’ont pas oublié avec quelle précision je leur avais indiqué, avant la guerre, dans une de nos réunions confraternelles, le débordement d’instincts féroces et dépravés dont l’agression des Allemands nous donnerait le spectacle. Ils se souviennent également des protestations véhémentes que quelques-uns d’entre eux élevèrent contre mes renseignements.

Ils n’admettaient pas qu’on pût soupçonner la grande Allemagne d’être jamais coupable du massacre d’enfants, de femmes, de civils sans défense, de la destruction systématique des monuments, d’incendies volontaires, de pillages individuels de la part des supérieurs, d’attentats à la pudeur des femmes, de déportations, de toutes les violations du droit des gens, sans parler des actes aussi inexplicables que peuvent l’être les orgies innommables et la scatomanie des officiers de tout grade.

C’est qu’ils cédaient au défaut trop commun de prononcer des jugements sans les appuyer sur les éléments d’une documentation positive. Leurs illusions tenaient également à ce que, dans l’étude de questions qui relèvent uniquement de la psychologie objective, ils ne savaient pas se dégager de l’influence léthifère d’une éducation sentimentale.

Depuis lors, s’inclinant devant l’évidence des faits, ils ont spontanément reconnu la justesse de mes prévisions.


Le pédantisme. — À toutes les époques, comme l’a dit Montaigne, les pédants ont été l’objet du mépris des galants hommes.

Personnellement, je n’ai jamais entendu un Allemand faire une communication dans un congrès international sans me remémorer le vers fameux de Du Bellay :


Mais je hay par sur tout un savoir pédanfesque,


et cette impression était certainement partagée par la grande majorité des auditeurs étrangers.

Le pédantisme, c’est-à-dire l’affectation, l’étalage d’un savoir de compilation, l’expression des faits les plus simples avec une emphase dont la solennité n’exclut pas l’obscurité, ne sévit nulle part, avec autant d’intensité, que dans les universités allemandes.

Mais ce serait une erreur de croire que le pédantisme est un état d’esprit particulier aux professeurs et aux hommes de science allemands. Le pédantisme, en Allemagne, n’est pas un fait accidentel, il n’est pas le signe d’une déformation professionnelle. C’est un caractère de race. Il s’étend à toute la nation, s’exerce dans tous les domaines, et on le retrouve à tous les degrés de l’échelle sociale.

La suffisance des Allemands n’est pas une chose nouvelle, elle a toujours existé chez eux. C’est encore plus dans leur pédantisme que dans leur brutalité que se trouve la cause de l’irréductible antipathie des populations qu’ils ont annexées.

L’énormité du pédantisme germanique a été soulignée par la verve des humoristes. À ce point de vue, le type du professeur Knatsché, tel qu’il nous a été présenté par Hansi, restera le symbole du degré auquel peuvent arriver l’infatuation et la solennité prétentieuse du professeur allemand.

Mais c’est aux psychologues qu’il appartient, par une analyse approfondie, de déterminer les causes sur lesquelles repose l’expression d’une morgue et d’un orgueil de race dont on ne retrouve la manifestation chez aucun peuple de la terre.

De mes observations sur ce sujet, il m’apparaît que le pédantisme allemand tire sa source des éléments suivants :

Le servilisme inné de la race qui la porte à la conservation d’une hiérarchie dans laquelle chacun, après s’être courbé, humilié devant un despotisme brutalement exercé, exige à son tour le témoignage de la bassesse et de l’asservissement de l’inférieur.

L’orgueil de race systématiquement entretenu et exploité. — Dès son enfance se révèle dans l’esprit de l’Allemand l’orgueil de race, dont l’école aura pour but de réaliser le complet épanouissement. Le maître d’école et le professeur trouvent dans leurs élèves un terrain admirablement disposé au développement de l’orgueil national.

Il leur est facile d’amplifier dans les cerveaux l’admiration pour tous les produits intellectuels ou matériels allemands.

Les penseurs, les poètes, les artistes et surtout les guerriers sont exaltés.

La femme allemande, le joyau des femmes de ce monde, est célébrée dans sa beauté et sa vertu. La pureté et la vigueur de la race sont glorifiées. Le peuple allemand étant élu de Dieu, ses expansions et ses conquêtes, sa domination sur le monde sont escomptées.

Malheur à ceux dont la témérité s’efforcerait de mettre obstacle à la diffusion d’un tel genre de conquête et de civilisation.

Quand il s’agit de la puissance et de la gloire de l’Allemagne, on ne saurait se montrer trop difficile sur le choix des moyens.

La duplicité, le mensonge, l’espionnage, l’intimidation et aussi le mépris souverain de l’adversaire, dont dérive le pédantisme, ne sauraient donc être répudiés quand il s’agit de l’ascension à des cimes aussi élevées.

L’absence complète de l’esprit de finesse. — L’Allemand, incapable de créer et d’inventer, limite son initiative à copier. Il plagie, il perfectionne, et enfin il utilise et exploite à son profit. Grand compilateur quand son esprit rencontre dans un autre pays, une idée nouvelle, il est partagé entre la tendance à la mépriser et le désir de se l’approprier.

Long à comprendre, il tourne autour, la dérobe par morceaux, à chacun desquels il attache des jugements particuliers. Enfin il se l’approprie et la modifie d’une façon conforme à ses besoins et à son instinct ; mais il ne la présente qu’après l’avoir tellement démarquée et surchargée d’ornements et de déguisements, qu’il est difficile d’en retrouver l’origine. Alors son orgueil s’exalte, il se considère comme un créateur et il s’empresse de retourner à l’étranger, exportée comme une invention, l’idée dont il n’est que le plagiaire.

La cécité du ridicule. — L’Allemand, à quelque catégorie sociale qu’il appartienne, n’a pas la notion du ridicule.

Qu’il s’agisse d’un hobereau, d’un officier, d’un fonctionnaire, d’un professeur, d’un bourgeois, vous serez toujours frappé à un moment donné d’une opposition entre la vulgarité d’une physionomie et la solennité d’une attitude ; du contraste entre la lourdeur de la démarche et le déclanchement automatique d’un geste. Les transformations soudaines de rythme dont les clowns de cirques tirent leurs effets habituels d’hilarité se trouvent involontairement réalisées par les Allemands dans tous les instants de la vie.

Je pourrais par de nombreux exemples illustrer ma démonstration. Je me bornerai à un seul. Dans un congrès international qui se tenait en Suisse, le secrétaire général, s’exprimant en français, parlait de la façon la plus courtoise, son affabilité se montrait dépourvue de toute solennité et de toute prétention. Tout à coup, il redresse brusquement la tête, bombe son torse, et de sa gorge sortent des sons rauques, empreints d’une énergie sauvage. Il parle avec une force croissante, comme s’il était en proie à la plus violente excitation.

Je demande à mon voisin l’explication de celle soudaine fureur, il me répond : « Ce n’est rien, il répète simplement en allemand ce qu’il vous disait tout à l’heure en français. »

Pendant toute la durée du congrès, le zélé secrétaire général, s’exprimant alternativement dans la langue française, puis dans la langue allemande, nous a donné involontairement le spectacle d’un contraste saisissant entre le naturel et le grotesque.

C’est que l’impression du grotesque résulte de la combinaison de ce qui est exagéré, forcé, déformé et prétentieux.

Cette réalisation du grotesque, qui prête inévitablement à rire pour tous ceux qui ne sont pas de race germanique, se retrouve dans toutes les occasions où se réalise automatiquement la raideur obséquieuse de l’Allemand. Tel est un officier en présence d’un supérieur, un assistant devant un professeur, un professeur devant un hobereau de rang princier.

Sans parler de toutes ces salutations automatiques, ces verbeugung multipliés, dans lesquels la partie supérieure du tronc s’infléchit à angle droit sur la partie inférieure.

La colère. — La colère allemande, le furor teutonicus, n’est qu’une des expressions les plus habituelles du pédantisme humilié. On l’a vu dans les élucubrations de tous ces prétendus savants dont la notoriété était surtout faite de notre snobisme. Le psychologue Wundt, dans les travaux duquel, on chercherait en vain la moindre idée originale ou personnelle, n’a-t-il pas, dès la déclaration de guerre, démontré la faiblesse de son pouvoir de contrôle lorsqu’il a écrit :


La guerre juste et sainte, c’est celle que l’Allemagne fait à ses ennemis. La guerre de nos ennemis, c’est l’attaque infâme de brigands, dont les moyens sont l’assassinat, la piraterie et la flibusterie, non pas la lutte ouverte, honorable avec les armes.


Qui donc, après cette citation, pourra encore considérer Wundt comme un psychologue et voir en lui autre chose qu’un irascible pédant.

Il ne m’est arrivé qu’une seule fois de rencontrer un Allemand qui se rendait compte de ce qu’il y a de ridicule dans les exhibitions de costumes du kaiser, dans les gestes automatiques des officiers, dans la raideur des fonctionnaires, dans les duels symboliques des étudiants et dans le pédantisme irréductible de toute la race germanique. Comme je lui en exprimais mon étonnement, il me répondit : « C’est que je ne suis pas Allemand de race, je ne le suis que de nationalité. Je suis né à Prague, mon père et ma mère sont Tchèques. »

Or, on sait que les Tchèques ont la réputation d’avoir accaparé tout l’esprit de l’Europe centrale.


Le rituélisme de l’ivrognerie. — L’année dernière, dans son éloquente conférence sur la Psycho-pathologie criminelle des Austro-Allemands, mon ami M. le Professeur Capitan a exposé les causes de la mégalomanie sanguinaire des Allemands.

La rattachant à l’intoxication par un alcoolisme généralisé à toutes les classes de la société, il en a analysé l’action spéciale sur un terrain prédisposé et en a fait ressortir le caractère particulier de violence et de grossièreté.

Il est arrivé enfin à la conclusion que les crimes des Allemands ne sont que les réactions antisociales d’une mentalité pathologique.

En réalité, en ce qui concerne l’alcoolisme et les violences qui l’accompagnent, les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas sensiblement différents de ce qu’ont été les Allemands de tous les temps. Les traditions qui les portent à se réunir pour se livrer à d’interminables beuveries ne sont que des survivances de la mythologie germanique.

La conception de la conduite de la vie est exactement la même chez eux qu’au temps des Germains de Tacite. Elle se résume en ces mots : carnage, pillage, goinfrerie, ivresse.

Tacite nous a renseignés sur les habitudes d’ivrognerie des Germains :

Boire des journées et des nuits entières, écrit-il, n’est une honte pour personne. Leur boisson est une liqueur d’orge ou de froment à laquelle la fermentation donne les effets du vin.

L’histoire des anciens dieux allemands n’est qu’une série interminable de carnages, de trahisons, de soûleries et de gloutonneries.

Le plus ancien des personnages historiques cités dans les Eddas et Sagas est Ermenrich, roi des Ostrogoths, qui vivait au ive siècle. Au cours de ses accès d’ivresse, il fait déchirer sa fiancée, Swanilda, par les dents de chevaux sauvages ; il écrase sous des pierres les frères de la victime et extermine un grand nombre de ceux qui l’approchent.

Ses fureurs alcooliques lui ont valu une gloire impérissable dans l’admiration de toute la race gothe.

Les épopées germaniques ne relatent que des récits de sang, de pillage, d’orgies où la violence sans frein s’associe à une cupidité insatiable.

Un poème dramatique, « Le Festin d’Agyr », nous fait assister à la vie familière des dieux. C’est Agyr qui leur prépare l’hydromel dont ils usent à l’excès, et l’ivresse, après de longues disputes et d’interminables propos d’ivrognes, les amène à rouler sous la table.

Les scènes bachiques continueront à se dérouler pendant tout le moyen âge. La légende de Gambrinus, inventeur de la bière, sera l’inspiratrice des artistes et tous déifieront l’ivresse de la bière.

Qui ne sait ferme et sec lamper à tous moments
Jamais ne passera pour un bon Allemand,


lit-on sur une vignette de Josse Aminann, datée de 1588.

Le 19 mai 1539, Luther, dans un sermon véhément, s’élève contre l’habitude brutale, de l’ivresse digne de pourceaux, à laquelle s’adonnent les Allemands, se rendant la fable de toutes les nations. Mais les détails les plus circonstanciés sur le rituel de l’ivrognerie nous sont fournis par le maréchal de Grammont.

Dans un souper, chez l’électeur de Bavière, en 1646 :

On y but tant de santés que tous les convives et le maître des cérémonies restèrent sous la table ivres-morts.

C’est la mode et la galanterie d’Allemagne qu’il faut prendre en bonne part quand on est avec des Allemands et qu’on a à traiter avec eux.


Dans un autre festin, en 1658, chez le comte Egon de Furstemberg, où se trouvèrent les électeurs de Mayence et de Cologne, on but bien deux ou trois mille santés ; puis, la table fut étayée, tous les électeurs dansèrent dessus ; tous les convives s’enivrèrent.

Le maréchal de Grammont nous dit que :

Rien ne se rapatrie bien et solidement avec les Allemands que dans la chaleur du vin où ils appellent les convives, qui boivent le mieux et le plus longtemps, leurs chers frères.

L’électeur de Mayence, Jean de Schœnborn :

Ne buvait jamais que trois doigts de vin dans son verre, et buvait régulièrement à la santé de tout ce qui était à fable, puis passait aux étrangers, qui allaient bien encore à une quarantaine d’augmentations ; de sorte que, par une supputation assez juste, il se trouvait qu’en ne buvant que trois doigts de vin à la fois, il ne sortait jamais de table qu’il n’en eût six pintes dans le corps ; le tout sans se décomposer jamais, ni sortir de son sang-froid, ni des règles de la modestie affectée à son caractère d’évêque.


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Fig. 16. — Le ritualisme de l’ivrognerie allemande :
Président d’une corporation d’étudiants.

La margrave de Baireuth, nouvellement mariée, fait, en 1732, son entrée dans sa résidence. L’impression que lui laissa le repas de noces mérite d’être rapportée :

Je me trouvai, dit-elle, en compagnie de trente-quatre ivrognes, ivres à ne pouvoir parler. Fatiguée à l’excès et rassasiée de leur voir rendre les boyaux, je me levai enfin et me retirai, fort peu édifiée de ce premier début.


Les mémoires du comte de Poellnitz, lorsqu’il relate les orgies bachiques des cours d’Heidelberg et de Fulda, sont remplis de détails si répugnants qu’ils provoquent la nausée et soulèvent le cœur.

Dans toutes les universités, les étudiants ont des Kneipen (réunions quotidiennes) et des Commers (réunions hebdomadaires), où ils ne font que calquer leur conduite sur celles de ces illustres ivrognes.

En Allemagne, l’ivresse, comme toutes les autres manifestations de la vie sociale, est organisée et réglementée.

Elle s’impose l’obligation de gestes et de paroles conventionnels. En un mot, elle est rituélique.

Le rite naît du besoin de reproduire le même acte avec le même cérémonial, dans les mêmes circonstances. Il est en quelque sorte la consécration traditionnelle d’une habitude sociale. À ce sujet, il semblerait que tous les Allemands, dans leurs actes les plus élémentaires, s’inspirent de la parole mise par Renan dans la bouche d’un des personnages du Prêtre de Némi :

L’ordre du monde dépend de l’ordre des rites qu’on observe.


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Fig. 17. — Défilé des corporations d’étudiants allemands.

Les lois régissant les corporations d’étudiants, qu’il s’agisse des Verein ou des Burschenschaften, sont extrêmement sévères.

Certains exigent la chasteté et l’indifférence totale à l’égard du sexe féminin ; d’autres interdisent les jeux de hasard, mais aucun ne prohibe les beuveries.

L’incorporation s’effectue avec des rites consacrés et revêt une allure de solennité quelque peu pédantesque. Le candidat qui doit être de race allemande, s’engage par serment à se vouer au culte et à la grandeur de la patrie. Après il reçoit le baptême de la bière.

Les nouveaux admis, les Fuchse (les renards), doivent aux anciens, les Burschen, les marques de la plus servile obéissance. Dans les réunions, à la Gulle, dont la signification exacte est flaque d’eau fangeuse, ils sont tenus de boire de la bière aillant qu’il plaira au præses de leur en faire avaler.

À la Gulle, chaque corporation a sa table. Aucune relation n’existe entre elles, malgré leur voisinage. Mais quand chacun a avalé une quinzaine de litres de bière, un besoin d’effusion les porte à oublier la couleur de leurs casquettes.

Le rituel de la beuverie comporte des formules dont nul ne peut se départir. Si l’on pose la question : Comment trouvez-vous la Gulle ? La réponse réglementaire doit être : Gœttlich ! (divine !). Sans cela on est exclu ou mis en accusation.

Un buveur ne porte jamais une chope à la bouche sans s’adresser à quelqu’un et, en levant le verre, prononcer le mot : Prosit ! L’interpellé doit répondre : Ich komme nach (je suis) et boire également.

Si l’on vous dit : Prosit einen Halben in dem Bauch ! (grand bien vous fasse, un demi-litre dans la panse !), dans le délai de trois minutes l’invité doit avoir avalé sa chope.

Cent autres formules analogues constituent le rituel de la bière, rédigé sur le modèle de celui de Leipzig et qui sert à l’initiation de tous les Fuchse (renards).

À côté du rituel, chaque buveur a devant lui le Commersbuch, le recueil de psaumes.

Sur l’ordre du président les gosiers altérés passent tour à tour de l’hymne patriotique ou religieux à la chanson bachique, intercalant à chaque pause le refrain perpétuel : « La bière coule sans fin. » (fig. 16.)

Les chants ne sont interrompus que par des récits où le Witz allemand se donne libre cours. Le Witz est une fantaisie qui a la prétention d’être satirique et ironique. Le Commersbuch en contient une douzaine où l’allure prétentieuse le dispute à la longueur, la lourdeur et la platitude. Aucun de nos étudiants n’en pourrait entendre le débit sans être pris de sommeil.

Il s’agit donc d’une soûlerie systématique et violente, contenue par une forte discipline.

La description de certains intermèdes devient à peine possible. À la Gulle est annexé le Speibecken qui est l’accessoire obligé de l’orgie : le vomitorium.

« Toute l’Allemagne, les républiques de la Hanse, les grands-duchés et les royaumes dissidents de l’empire, écrit Jules Huret, se rencontrent devant la cuvette (Speibecken) ». Quelle solidarité dans l’amour de la bière et de la patrie allemandes !

L’ivrognerie rituélique des Allemands ne trouve pas seulement son application journalière dans les Kneipe d’étudiants, mais les repas de corps des officiers, les banquets de corporations, dans les festins funéraires et toutes les réunions empreintes de quelque solennité : médicales, scientifiques ou autres.

Les congrès médicaux internationaux, siégeant en Allemagne, avaient été pour un grand nombre d’entre nous l’occasion d’une impression des plus pénibles.

Ce n’est pas sans un sentiment profond de dégoût que nous avions vu des professeurs, déjà âgés, se soumettre avec docilité à toutes les prescriptions de ces rites barbares. Ces hommes, d’allure respectable, n’hésitaient pas à associer leur voix à l’exécution des chants les plus méprisables, avant de succomber à l’ivresse si lourde qui les empêche de retrouver seuls le chemin de leurs domiciles respectifs.

La permanence des rites de l’ivresse et des traditions bachiques a été assurée, en Allemagne par la superstition, la routine, l’absence d’esprit d’improvisation, le servilisme, l’orgueil de caste et l’hypocrisie.

L’acte de trinquer, de l’allemand « trinken », boire, qui signifie boire à la santé en choquant les verres, est un geste qui vient directement d’Allemagne.

Une superstition des barbares germains leur faisait croire qu’un souhait de santé n’avait de valeur qu’autant que la coupe serait vidée d’un trait jusqu’à la dernière goutte. C’est ce que les étudiants allemands ont continué à appliquer dans leur Prosit rest qui signifie : « À votre santé, jusqu’au fond du verre. » Ce qui oblige le partenaire à vider d’un seul trait son verre, quelle qu’en soif la dimension.

Le rituel bachique des étudiants allemands consacre la continuation de cette superstition. La routine et le défaut d’imagination s’accommodent volontiers de phrases toutes faites. Le servilisme et l’orgueil trouvent à la fois leur satisfaction dans la subordination volontaire et dans l’autoritarisme prétentieux des autres.

Enfin le fait de se plonger dans l’ivresse la plus répugnante, sous le prétexte de favoriser la santé d’autrui, n’est-il pas l’excuse la plus singulière que l’hypocrisie ait mise au service de l’intempérance ?

En perpétuant d’une façon rigoureuse les traditions dérivées de l’époque où la Germanie était plongée dans les ténèbres de la barbarie, le rituélisme des étudiants allemands consacre les paroles récemment prononcées par l’historien Lampretcht [1] :

Nous sommes des barbares et nous voulons le rester.


Le mimétisme allemand. — Le mimétisme est la tendance que présentent certains êtres vivants à adopter la couleur et l’apparence des objets qui les entourent. Tandis que ce déguisement, d’ordinaire, a pour but de leur éviter de servir de pâture à des animaux qui leur sont hostiles, chez les Allemands il est mis au service d’intentions absolument contraires.

Le mimétisme de l’Allemand consiste à revêtir l’allure de la bienveillance et de la bonhomie. Il profite alors de la confiance qui lui est accordée pour espionner, se renseigner, afin de mieux arriver à s’approprier le bien d’autrui.

Ainsi compris, il réalise le mode d’exploitation qui constitue le mimétisme parasitaire.

La mentalité de l’Allemand est tellement adaptée à cette manière d’être, que les industriels enrichis se font un titre de gloire des pires indélicatesses professionnelles.

L’un d’eux se vantait devant moi, en Allemagne, comme d’un acte tout à fait naturel, d’avoir fait pénétrer cinq espions de sa famille dans une fabrique anglaise. En occupant les situations les plus infimes, dans les divers ateliers, ils étaient parvenus à dérober tous les secrets de fabrication.

Dans le domaine médical et scientifique, des procédés analogues sont couramment mis en œuvre.

Afin de se mieux documenter sur les détails de ma technique personnelle en ce qui concerne l’hypnotisme et la psychothérapie, un médecin allemand avait eu l’idée de se présenter à ma consultation et de simuler une affection nerveuse. Il me fut très agréable, après avoir dépisté ses intentions de plagiat, de le soumettre à quelques expériences de vivisection psychologique, qui n’avaient rien de commun avec ce qu’il désirait apprendre.

L’imitation générale du milieu où séjourne l’animal a été décrite sous le nom d’homochromie. Le choix de la couleur des uniformes de l’armée allemande, le gris terreux (feldgrau), par ce qu’elle se confond avec celle du sol, n’est qu’une des multiples applications du mimétisme allemand. L’apparition de la neige a été l’occasion d’un nouveau déguisement. C’est recouverts d’un suaire blanc et le visage barbouillé de farine que les soldats allemands ont été amenés sur la ligne de combat.

Guillaume ii donne le premier l’exemple de ces adaptations de costume au milieu. À cet effet, sa garde-robe ne comprend pas moins de six cents uniformes des armées de l’Allemagne et des autres pays de l’Europe.

Si dans le commerce, la science et l’industrie, le mimétisme consiste dans la pénétration d’émissaires chargés du plagiat des méthodes, de la copie des modèles, du démarquage des brevets d’invention ; dans le domaine militaire il nous est connu sous la forme d’un espionnage savamment organisé. Au point de vue diplomatique, l’introduction, par le mariage, dans toutes les dynasties de l’Europe, de princesses allemandes, constitue également un des modes les plus efficaces de la pénétration germanique.

C’est ainsi que les parasites, en déposant leurs larves dans des organismes étrangers, assurent à la fois la continuité de leur existence, et celle de leur malfaisance.

Il est vrai qu’à ce point de vue les effets habituels de l’infection parasitaire n’ont pas tardé à se manifester. La pénétration du parasitisme allemand dans les dynasties de l’Europe en a promptement amené la décomposition et la déchéance.

Mais c’est dans le domaine de l’exploitation commerciale que se révèlent au plus haut degré la souplesse et la diversité de formes que sait revêtir le mimétisme allemand.

Par la falsification, la contrefaçon, ils étendent les déguisements par lesquels on surprend la bonne foi, à tous les objets de leur fabrication. Ils adoptent le nom, la forme, l’apparence, en dénaturant la constitution intime du produit. Que de fausses marques de champagne, de conserves alimentaires, de camemberts, de médicaments, ont été introduites frauduleusement sur les marchés. Une fabrique de liqueurs française possède dans son musée plus de cent variétés de contrefaçons allemandes. À toutes les formes décrites par les zoologistes, il convient donc d’en ajouter une nouvelle spéciale aux Allemands, sous le nom de mimétisme commercial.

Dans une étude parue en 1878, de Lacretelle a magistralement exposé la duplicité de sentiments qui, dans toute l’Allemagne, caractérise les intellectuels :

Chacun sait, disait-il, qu’un savant allemand habite deux demeures : l’une où il admet toutes les vérités, tous les progrès, toutes les innovations, où il discute, dissèque, juge, accueille, rejette avec passion les principes, les systèmes, les religions, les méthodes, les théories quelconques — c’est sa demeure intellectuelle ; l’autre, où il s’applique à ne jamais pratiquer les maximes qu’il reconnaît comme vraies, où il supporte patiemment les caprices des grands, des ministres, où il s’incline devant chaque corps constitué, où il professe le culte de la force, où enfin il est toujours prêt à servir des maîtres dont il a établi dans ses livres les ridicules et injustes prétentions. C’est sa demeure sociale et terrestre.


Le manifeste des quatre-vingt-treize professeurs allemands est venu corroborer l’appréciation si justifiée dont les savants allemands avaient été l’objet de la part de notre compatriote.

Seuls les habitants des pays envahis ont pu se rendre compte de l’étendue du pouvoir de dissimulation des individus de race allemande.

Aujourd’hui, comme en 1870, après s’être livrés aux attentats les plus abjects, le soldat allemand sait modifier son attitude et se couvrir le visage d’un masque de bonhomie, quand il y trouve son intérêt. Dans l’espoir d’en tirer le plus léger supplément de nourriture, il fait le bon apôtre et s’efforce d’attendrir ses propres victimes.

Le mimétisme allemand est un caractère de race, particulier aux individus de race germanique ; on ne l’observe pas chez les sujets annexés.

La cupidité est son mobile, le servilisme instinctif, l’obséquiosité et la duplicité constituent ses moyens habituels d’exécution. Par la constance et la fréquence de son objectivité il peut être considéré comme un des caractères les plus spécifiques de la race allemande.


Le fétichisme de la race allemande. — Le casque à pointe est le continuateur direct des casques ornés de cornes et de pointes dont les Huns, les Cimbres, les Teutons, les Vandales et les autres barbares de race germanique faisaient leur coiffure habituelle ; à lui seul, ce couvre-chef, surmonté d’un fer de lance, constitue le caractère le plus expressif de la mentalité allemande. Symbole fétichiste de la brutalité guerrière organisée, il signifie, pour celui qui le porte, l’intention d’être considéré comme un animal de combat et de proie.

Ce n’est pas par l’effet du hasard que les rois de Prusse ont adopté cette coiffure de guerre. Désireux de donner à leurs soldats l’aspect le plus capable d’inculquer la notion de la supériorité militaire et d’inspirer la crainte, ils ont repris le casque de cuir dont, selon Tacite, les Hariens, les Sarmates et les peuples de la Germanie ornaient leurs têtes dans le but d’effrayer l’ennemi. Le casque à pointe actuel est presque exactement calqué sur celui que portaient les Daces. (Fig. 18, 19 et 20, d’après le Larousse illustré.)


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Fig. 18 et 19. — Casque Duce et casque allemand.

Parlant des Hariens qui habitaient sur la rive gauche de la Vistule et qui sont les ancêtres directs des Prussiens actuels, Tacite s’exprime ainsi :

Ces hommes farouches, pour ajouter à la férocité naturelle de leur visage, sollicitent le concours de l’art et des circonstances. Ils peignent en noir leurs boucliers, se teignent le corps, choisissent les nuits les plus sombres pour combattre, et rien que par l’horreur qu’inspire cette armée lugubre et par l’ombre qui l’enveloppe, répandent l’épouvante ; il n’est pas d’ennemi capable de soutenir cet aspect étrange et en quelque sorte infernal, car, dans tout combat, les yeux sont les premiers vaincus.

Lorsque les Cinabres et les Teutons fondirent sur la Gaule et l’Italie, il se dégageait de leur aspect une telle impression de barbarie et de férocité, que les soldats romains en étaient impressionnés à tel point, que le général Marius crut nécessaire de prendre des mesures pour remédier à cet état d’esprit. Loin de se hâter de livrer la bataille comme le désiraient les Romains, il se retrancha dans un camp extrêmement fortifié et se cantonna, dans la méthode sage et prudente de la temporisation.

Il plaçait ses soldats les uns après les autres, sur les remparts du camp, nous dit Plutarque, d’où ils pouvaient voir les ennemis, afin de les accoutumer à leur figure, au ton rude et sauvage de leur voix, à leur armure et à leurs mouvements extraordinaires. Il leur rendit ainsi familier, par l’habitude, ce qui d’abord leur avait paru si effrayant, car il savait que la nouveauté fait souvent illusion et exagère les choses que l’on craint, au lieu que l’habitude ôte même à celles qui sont redoutables une grande partie de l’effroi qu’elles inspirent. Celle vue continuelle des ennemis diminua peu à peu l’étonnement dont les Romains avaient été d’abord frappés, et bientôt leur colère, ranimée par les menaces et les bravades insupportables de ces barbares, échauffa leur courage. Car les Teutons, non contents de piller et de ravager tous les environs, venaient les insulter, jusque dans leur camp, avec l’insolence la plus révoltante.


Ces extraits démontrent suffisamment que, par leur fétichisme et leur croyance aux manœuvres d’intimidation, les Teutons d’aujourd’hui sont bien les descendants directs de ceux qui furent dispersés par l’armée de Marius.


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Fig. 20. — Le casque de Bismarck.

À notre époque, si le fétichisme du casque à pointe s’est encore accentué chez les Allemands, c’est que la victoire avait, jusqu’à ce jour, couronné ce casque sur tous les champs de bataille où il avait été conduit par la dynastie actuelle des Hohenzollern.

Le fétichisme du casque est poussé à un tel degré dans les familles régnantes d’Allemagne, que les jeunes princes en sont souvent affublés à partir de l’âge de quatre ans. Des princesses le portent avec fierté les jours de revue, lorsqu’elles galopent à la tête des régiments de cavalerie dont elles sont les colonelles.

Des hauteurs princières, le culte de ce fétiche s’est répandu dans toutes les classes de la société.

Aussi, en Allemagne, tout ce qui représente une parcelle quelconque de la force publique a été pourvu du casque à paratonnerre. Les têtes des douaniers, des gendarmes, des policiers, des surveillants, des inspecteurs et contrôleurs en sont pourvus. Il n’est pas jusqu’aux médecins et aux pharmaciens militaires qui n’éprouvent un sentiment d’orgueil à s’en décorer le chef.

C’est que la présence, sur une tête de ce fétiche en cuir bouilli est le signe de la discipline sur laquelle est basée la toute-puissance de l’Allemagne, et qu’elle confère le droit au respect.


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Fig. 21. — Le kalpach des hussards de la mort.

Le fétichisme du casque à pointe a son équivalent dans le kalpach des hussards de la mort (fig. 21).


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Fig. 22. — Fétiche du Congo.
(Ext. de la Chronique médicale.)


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Fig. 23. — Fétiche allemand.
La statue en bois d’Hindenburg.

Cette coiffure, sur le devant de laquelle un crâne et deux tibias en croix rappellent l’étiquette par laquelle nos pharmaciens signalent la toxicité de leurs produits, est l’objet, en Prusse, d’une admiration sans réserve. Le général Mackensen s’en est fait l’apologiste dans un livre où il a retracé l’historique des hussards de Dantzig. Le kalpach des hussards de la mort est la coiffure de prédilection du Kronprinz ; il en a été le colonel. Il a partagé cette satisfaction avec la princesse Victoria-Louise, qui ne se fait pas faute d’arborer ces insignes mortuaires dans toutes les occasions solennelles.

Le fétichisme des Allemands, qui se manifeste dans tant de multiples circonstances, a trouvé une nouvelle application dans l’inauguration d’une colossale statue en bois du maréchal von Hindenburg. Érigée à côté de la colonne de la Victoire, à Berlin, elle a été inaugurée solennellement par le chancelier de l’empire. La sœur du Kaiser fut la première à planter sur le fétiche un clou orné de la couronne impériale. Depuis, deux millions de clous ont été plantés. Cette superstition se rattache à d’antiques traditions. Il était d’usage chez les Germains d’enfoncer des clous et des épines dans certains arbres pour se guérir des fièvres. Ces traditions ont pénétré dans quelques localités françaises, en particulier à Braine l’Allend, qui, comme son nom l’exprime, se rattache à une institution germanique. Elles ont depuis longtemps cessé d’être pratiquées. En dehors de l’Allemagne, on ne les rencontre plus que chez des peuplades à demi sauvages de l’Afrique centrale et du Congo.

  1. Pour être complet, au rituélisme de l’ivrognerie il m’aurait fallu ajouter les diverses pratiques rituéliques de la scatomanie, du stupre, de la dévastation systématique, de l’exécration, si fréquemment accomplis par les officiers allemands de race germanique et qui dérivent également d’anciennes coutumes des tribus germaniques. Le développement nécessité par leur exposé ne me permet pas de les comprendre dans cette conférence.