La Réforme électorale et les partis politiques aux Pays-Bas

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Au cours des vingt ou trente dernières années, dans toute l’Europe et particulièrement dans les pays du Nord, un grand mouvement d’opinion s’est produit en faveur de l’extension du droit de suffrage ; ici, sous la pression de telles ou telles circonstances spéciales et là, par l’effet pur et simple de la marche générale du monde, où souffle un esprit dit d’égalité, et où les institutions monarchiques elles-mêmes, — pour se rajeunir quand elles sont vieilles comme pour s’affermir quand elles sont d’hier, — tendent à chercher une base de plus en plus large et de plus en plus populaire. Les constitutions des divers Etats : Suède [1], Norvège [2], Danemark [3], ont dû successivement être modifiées, encore que les conditions y demeurent 1res sévères et le corps électoral 1res fermé. La Belgique a achevé, le 9 septembre 1893, la révision de sa constitution, commencée le 19 novembre 1890 ; en ce moment même, elle travaille, à mettre sa législation électorale d’accord avec sa constitution révisée.

Il en est de même pour les Pays-Bas. Une loi qui étend le droit de suffrage est pendante devant les Etats-Généraux, et la seconde Chambre en entreprenait récemment la discussion [4]. Les Pays-Bas ne vont pas tout à fait jusqu’au su tirage universel, ou bien ils n’y vont que timidement, avec de vives ou sourdes résistances : toutes sortes dépassions agissent et toutes sortes de raisons déterminent pour ou contre : dans cette seule bataille sur un projet de loi on peut voir, comme à nu, la politique et l’âme même de la politique néerlandaise : vie politique d’une intensité, d’une énergie incomparables et d’autant plus puissantes qu’elles sont plus contenues, car il ne faut pas trop se fier aux apparences, et le fond est agité et mouvant, sous la surface dormante des eaux.


I

La loi fondamentale du royaume des Pays-Bas [5], sanctionnée par Guillaume II, le 14 octobre 1848, portait en son article 76 : « Les membres de la seconde Chambre sont élus dans les districts électoraux, entre lesquels le royaume est divisé, par les habitans majeurs, Néerlandais, en pleine jouissance de leurs droits civils et politiques, et payant en contributions directes un cens qui, eu égard à la situation locale, sera fixé par la loi électorale et qui ne pourra être inférieur à 20 florins ni supérieur à 100. » En même temps était promulguée une loi [6] contenant révision des articles additionnels ; elle réglementait les élections, provisoirement du moins, ainsi qu’il suit. Elle distinguait entre les habitans des villes et les habitans des campagnes ou du plat pays, pour lesquels le cens électoral était porté : dans la Hollande méridionale, la Hollande septentrionale, la Zélande, la province d’Utrecht, à 40 florins ; dans le Brabant septentrional, la Gueldre, l’Overyssel, la province de Groningue, à 32 florins ; dans la Frise (les îles exceptées) à 30 florins ; dans la province de Drenthe, le Limbourg, les îles de la Frise, Ameland et Schiermonnikoog, à 20 florins seulement. Une autre loi [7] définissait les qualités, réclamées par la constitution, d’habitant, de Néerlandais et de majeur, la majorité étant, dans le royaume de Néerlande, fixée à l’âge de 23 ans.

Tel a été, durant presque tout le règne de Guillaume III, de 1848 à 1887, le système électoral des Pays-Bas. Le caractère en était nettement censitaire, avec un cens relativement élevé, puisqu’il ne descendait nulle part au-dessous de 20 florins ou 42 francs de contribution directe. Ce chiffre minimum de 20 florins était inscrit dans la constitution et, pour abaisser le cens, il ne fallait rien moins qu’une révision de la loi fondamentale. Or chacun sait que le roi Guillaume III n’avait pas vu jadis sans chagrin, ni même sans colère, Guillaume II, son père, sanctionner les constitutions, modifiées par rapport à celle de 1815, de 1840 et de 1848. La légende prétend que l’on dut presque aller le chercher à Londres et le contraindre à prendre le pouvoir, dont il ne voulait pas, tant il le trouvait diminué ; qu’il lui répugnait d’être roi dans d’aussi étroites limites. Ce qui est sûr, c’est que la proclamation par laquelle il assumait le gouvernement, au mois de mars 1849, marque plutôt la résignation que l’enthousiasme. Elle est sèche, concise et très brève, tenant en ces quatre ou cinq lignes : « Guillaume Ier a reçu le pouvoir pour l’exercer d’après une constitution. Guillaume II, de concert avec la représentation nationale, a modifié la constitution selon les exigences du moment. Ma tâche est de garantira la constitution son application intégrale. En m’acquittant de cette tâche, je compte sur le constant appui de tous les pouvoirs constitutionnels. » Si, après cela, et pendant plus de quarante ans, Guillaume III d’Orange-Nassau fut le modèle des souverains, volontairement ou involontairement soumis à une constitution, il n’empêche que de toute évidence il n’aimait guère à en entendre parler et ne pouvait être tendre aux promoteurs de révisions, c’est-à-dire, pour lui, de diminutions nouvelles.

Ce ne fut, en effet, qu’en 1883 qu’une ordonnance royale nomma une commission de seize membres « chargée d’examiner les dispositions de la loi fondamentale qu’il serait utile et actuellement opportun de modifier » ; ce n’est qu’en 1887 que la révision fut menée à bonne fin, non sans luttes et sans danger, le ministère Heemskerk, battu sur un point important, ayant, dans l’intervalle, donné puis retiré sa démission. Parmi les paragraphes modifiés, figuraient ceux qui concernent le droit de suffrage. L’ancien article 76 de la constitution de 1848 devenait, dans la constitution de 1887, l’article 80, dont voici la teneur. Tout le débat, à présent, tourne autour de lui, et la loi que l’on va faire devra le suivre à la lettre, le serrer au plus près et comme se mouler sur lui : ART. 80. Les membres de la seconde Chambre sont élus directement par les régnicoles mâles, en même temps Néerlandais, qui possèdent les conditions d’aptitude et de bien-être social à déterminer par la loi électorale et qui ont atteint l’âge à fixer par cette loi, lequel ne pourra être inférieur à vingt-trois ans.

Sont exclus de l’exercice du droit électoral ceux qui…( exceptions ordinaires d’indignité), ceux qui, dans l’année précédant l’établissement des listes électorales, ont obtenu des secours d’une institution de bienfaisance ou d’une administration communale et, pour autant que la loi électorale exige, comme condition de capacité électorale, soit un tantième d’imposition dans l’une ou l’autre des contributions directes du Royaume, soit la possession d’une ou de plusieurs bases de pareille imposition, ceux qui n’ont pas payé leur imposition dans cette contribution ou ces contributions [8].

Le texte dit, on l’a remarqué, qu’une loi électorale serait faite et, de cette loi, il traçait les lignes principales ; c’est dans ce cadre qu’elle pourrait et devrait se mouvoir. En France, une pareille loi eût été faite tout de suite : nous sommes impatiens et voulons du définitif, quitte à le remplacer, l’année d’après, par quelque chose d’opposé, mais de non moins définitif, qui ne résiste pas davantage : nous ignorons le provisoire qui dure. Les Hollandais ne sont point aussi pressés et, par conséquent, sont plus sages. Ils font moins de lois que nous, et plus lentement, mais ils les font mieux. Comme pour la constitution de 1848, ils ont fait pour la constitution de 1887 un règlement provisoire du droit de suffrage, avec lequel ils ont marché six ans et renouvelé deux fois, en 1888 et 1891, la seconde Chambre des Etats-Généraux [9].

Seraient électeurs, aux termes de ce règlement provisoire, tous les habitans du royaume, Néerlandais, majeurs (âgés de plus de 23 ans), jouissant de la plénitude de leurs droits civils et politiques, justifiant du paiement soit « d’une taxe personnelle en raison de la valeur locative de la maison ou partie de maison qu’ils habitent, taxe dont le montant varie selon la population des communes », soit d’une taxe foncière de 10 florins (ou de 21 francs). Le cens subsistait donc, provisoirement, mais abaissé, réduit de moitié, ramené de 20 florins à 10, et, du coup, le corps électoral se trouvait doublé. Tandis qu’aux élections générales de 1880, les dernières qui eussent précédé la révision de la loi fondamentale, pour une population de 4 390 857 habitans, il y avait 138 107 électeurs inscrits, soit un rapport de 3,15 pour 100, aux élections de 1888, les premières qui suivirent la révision, il y eut, pour une population à peine augmentée de 120 000 âmes, 292 545 électeurs, soit un rapport de 0,49 pour 100. Mais les articles additionnels du 6 novembre 1887 n’allaient pas aussi loin que permettait d’aller le texte du nouvel article 80 ; ce n’était qu’une halte à mi-chemin et l’on sentait bien que le règlement électoral, adopté comme expédient, qui dispensait de faire trop précipitamment la loi, ne dispenserait pas de la faire un jour.

Il dépendait de la politique de hâter ou de retarder le pas dont on parcourrait le reste de l’étape. Le ministère Heemskerk avait fait place au ministère Mackay, qui avait d’autres préoccupations. Chaque parti, en réclamant la révision de la loi fondamentale, obéissait à des motifs qui lui étaient propres, avait en vue des objets différens. La gauche semblait penser surtout à modifier l’article 70 de l’ancienne Constitution sur le droit de suffrage, et la droite l’ancien article 194 sur l’organisation de l’enseignement. Homme de droite, le baron Mackay, une fois arrivé aux affaires, présenta d’abord un projet de loi scolaire qu’il fit voter, puis un projet de loi militaire, qui ne put pas aboutir. Vinrent les élections de 1891, et le cabinet dut se retirer.

On sait comment s’en vont les ministères, en Hollande, et quel est, si l’on peut ainsi dire, le mécanisme des crises ministérielles. La Chambre est élue pour quatre ans et, sauf le cas de dissolution, la date normale des élections est au mois de juin de la quatrième année. La session ordinaire s’ouvre constitutionnellement le troisième mardi de septembre [10]. Entre les élections et la rentrée, le cabinet fait ses pointages. S’il n’a pas la majorité, une majorité suffisante, il n’attend pas qu’on lui signifie son congé. Il laisse la nouvelle Chambre se placer en face d’un ministère nouveau, et, de la sorte, on amortit la chute, on évite bien des froissemens et l’on épargne bien des rancunes. Ce n’est pas tel ou tel adversaire du cabinet qui le renverse, ni même tel ou tel parti, c’est la foule anonyme des électeurs. Maintenant, il est clair que le système, pour fonctionner, exige des partis solides et des opinions tranchées et que l’existence d’un groupe flottant d’opportunistes irrésolus, tantôt favorables et tantôt hostiles, pourrait suffire à le fausser. Mais l’opportunisme n’est guère dans le tempérament néerlandais. Il y a une droite et une gauche, plusieurs droites et plusieurs gauches, mais on y est de droite ou de gauche. Non, sans doute, que les Pays-Bas soient affranchis de toutes les petites misères et ignorent toutes les petites combinaisons qui sont de l’essence même du régime parlementaire ; non pas que, sur cette question ou cette autre en particulier, on n’y puisse jamais voir une partie de la droite voter avec une partie de la gauche, formant une majorité de coalition et de rencontre, sinon de hasard ; mais à l’avance, sur chaque question importante, chaque député a son avis et il s’y tient, et il l’exprime : le compte des voix est aisé à faire et presque toujours il est sûr.

Au lendemain des élections de 1891, le baron Mackay fit son compte et s’aperçut qu’il n’aurait pas la majorité dans la seconde Chambre. Il pria donc la reine régente de le relever de ses fonctions. Pas d’hésitation possible : la droite reconnaissant n’être plus en mesure de gouverner, il fallait appeler les chefs de la gauche. Le plus universellement désigné était M. Tak van Poortvliet. Ancien ministre des Travaux publics dans le cabinet Kappeyne, M. Tak van Poortvliet passe pour un homme à idées et pour un homme d’autorité, pour un homme de tête et un homme de main. « C’est un petit Bismarck, » disent de lui les mécontens, qui n’ont pas oublié l’ampleur de ses anciens projets et redoutent que, cette fois encore, il ne veuille les mener très loin. Et ils citent à l’appui de leurs dires je ne sais quel plan de canal d’Amsterdam ou de Rotterdam à Cologne, dont l’auteur principal fut jadis M. Tak, et qui contribua quelque peu à la chute du cabinet Kappeyne. M. Tak van Poortvliet semblait personnellement atteint, entre les autres libéraux, et, à Amsterdam même, ne fut pas réélu. Alors, il entra à la première Chambre, comme représentant d’une province du nord ou du centre, jusqu’à ce que des élections postérieures vinssent de nouveau assurer le succès de la liste libérale et le retour à la seconde Chambre, qui est plutôt son milieu naturel, de M. Tak van Poortvliet, nommé député de la capitale, sur une liste panachée « Un petit Bismarck ! » on a peine à s’imaginer, même en petit, le grand et terrible chancelier, devant ce bourgeois aux allures simples et placides, qu’on peut voir, par la pluie ou la neige, se rendre pédestrement à son cabinet, en ce coin noir du Binnenhof où le ministre de l’intérieur est logé comme un chef de bureau ne voudrait pas l’être chez nous, et où, tranquillement, toute la journée, il travaille, sa porte ouverte à tout venant, dans une hospitalité très patriarcale. Une cinquantaine d’années, gros et court, avec un air de belle santé : les cheveux gris et la moustache grise : non, décidément, dans l’aspect, rien de M. de Bismarck, et rien dans la conversation : ni l’enjouement, ni l’emportement, ni les brusqueries, ni l’incontinence de langage, voulue ou simulée, de l’autre : au contraire, M. Tak van Poortvliet est froid, serré, correct, porté à répondre par monosyllabes, et l’on ne trouve, à y bien regarder, que la plus grande réserve sous la plus grande politesse. On ne nie pas qu’il n’y ail en lui une force et il faut le croire, puisque tout le monde le dit, mais elle se cache, et ce sont toujours les eaux dormantes de Hollande.

Quoi qu’il en soit, on raconte tout bas que la régente, au moment de constituer le cabinet, eut peur de M. Tak van Poortvliet et de son libéralisme, qu’elle jugeait trop radical. Ce ne fut pas lui qu’elle appela, mais bien M. van Tienhoven, l’aimable et spirituel bourgmestre d’Amsterdam, de sorte que le ministère actuel n’est pas, comme nos journaux ont coutume de l’écrire, le cabinet Tak van Poortvliet, mais le cabinet van Tienhoven. Il n’y a point, aux Pays-Bas, de ministre président : chaque ministre préside le Conseil, à tour de rôle, pendant un mois, et l’usage est de désigner le cabinet par le nom de l’homme politique auquel le prince a confié le mandat. Ce mandat, la reine régente l’a confié en 1891 à un ami des jours de deuil, à l’honorable M. van Tienhoven. Peut-être s’est-elle rappelé le soir où, à travers un peuple ému et respectueux, M. van Tienhoven accompagnait dans les rues d’Amsterdam la petite reine endormie sur les coussins de la voiture et ce peuple disant de sa fragile souveraine, comme si le soin du bourgmestre à la garder du froid était tout un symbole et comme si, par lui, la Hollande entière l’eût adoptée, ce soir-là, et couverte de son amour : « C’est notre Wilhelmine ! notre petite enfant ! » M. van Tienhoven a, sur l’appel de la régente, formé le ministère, où il a pris le portefeuille des Affaires étrangères et laissé à M. Tak celui, plus important dans les circonstances présentes, des affaires intérieures : le vrai ministre politique n’en est pas moins M. Tak van Poortvliet ; le projet de loi électorale est son projet et, quel qu’en soit le sort, c’est M. Tak van Poortvliet qui sera vainqueur ou vaincu. Le cabinet est complété utilement et même brillamment par le ministre des finances, M. Pierson, économiste d’une rare érudition et praticien d’une rare expérience, ancien président de la Banque néerlandaise, et par le ministre des Colonies, M. le baron van Dedem, un type du parfait gentilhomme moderne, que son temps intéresse et qui ne se retranche pas, comme dans un dédain boudeur, derrière l’antiquité, pourtant certaine, de sa maison.


II

Les embarras du cabinet ont commencé au lendemain de sa formation, et les embarras du parti libéral, au lendemain de sa victoire. Le cabinet précédent, le cabinet Mackay, ayant, on le répète, fait son œuvre de la loi militaire, qui restait en suspens, ne pouvait s’en désintéresser, mais c’était une mauvaise plate-forme électorale. Les libéraux avaient très bien compris que c’est l’ordinaire conséquence des projets aggravant les charges militaires de ne point valoir de popularité à ceux qui les présentent et les défendent. Eux, ils n’en parlaient pas dans leur programme ou n’en parlaient que pour y faire des objections et des critiques. Le premier article de ce programme, mieux choisi pour créer un courant d’opinion et pour les porter au pouvoir, n’était autre que la réforme électorale. M. Tak van Poortvliet la réclamait expressément. Les élections de 1891 ont lieu. Les libéraux sont en majorité. Un cabinet libéral est constitué. Mais déjà l’on ne s’entend plus sur les détails. Une réforme électorale soit, mais laquelle ? L’extension du droit de suffrage, assurément, mais jusqu’où ? Le parti libéral se divise. Y a-t-il tant d’urgence à aborder cette épineuse question ? N’y a-t-il pas autre chose à faire, d’autres réformes à opérer ? Si M. Tak a sa loi politique, M. Pierson n’a-t-il pas ses projets fiscaux ? Auxquels donnera-t-on la préférence ? On se décide enfin pour la réforme des impôts qui sert à faire obstruction. C’est seulement au mois d’août dernier qu’on peut examiner le principe de la réforme électorale ; le temps passe et les amendemens sont renvoyés après le budget.

Depuis lors, M. Tak van Poortvliet a retiré son premier projet et lui en a substitué un second, ce qui rendait caducs tous les amendemens déposés. En quoi le second projet s’écarte du premier, il est assez difficile de le dire ; des explications de M. Tak il résulterait qu’il n’y a guère entre eux que des différences de rédaction ; tel paragraphe dépendait de tel article dans le premier projet, qui, dans le second, dépend de tel autre article. Les amendemens ne manquent pas plus sur le second que sur le premier de ces projets. Le travail parlementaire ne se fait pas en Hollande comme en France. Il n’y a pas de commissions spéciales. La Chambre, composée de 100 membres, est partagée en cinq sections [11]. Chacune de ces sections étudie tous les projets de loi, indistinctement, en des réunions d’un caractère tout intime, bien que, pour le bon ordre, on ait élu un président et qu’il y ait un secrétaire, pris parmi les greffiers rétribués de la Chambre. Chacune désigne un de ses membres, qui doit remettre un rapport écrit. Les présidens réunis des sections forment ce qu’on nomme la commission centrale, et c’est par leurs soins que les rapports sont communiqués au ministre directement intéressé. Le ministre, à son tour, étudie ces rapports, et il y répond, toujours par écrit. Les sections délibèrent ensuite et l’on lâche de se mettre d’accord. Chaque membre de chaque section est libre, cela va sans dire, de faire connaître son opinion, mais s’il veut donner à son exposé quelques développemens, il doit le faire, lui aussi, par écrit, par une lettre, par une brochure. Il pourra s’expliquer encore, lors de la discussion publique qui ne s’ouvrira qu’après entente dans les sections, si l’entente a été possible, en tout cas après mûr et patient examen. Des amendemens viennent-ils à être admis, une deuxième lecture est ordonnée, afin de s’assurer [que tous les articles, même modifiés, concordent et que la loi, comme il arrive ailleurs, ne renferme pas de contradictions qui la rendent inapplicable. La supériorité de ce procédé législatif n’a pas besoin d’être longuement établie ; il permet d’échapper aux inconvéniens trop réels d’une législation purement oratoire, qui se fait toute à coups de discours : discours dans les bureaux pour nommer une commission, discours dans la commission pour faire prévaloir une idée, et discours on séance pour empêcher ou obtenir le vote. Somme toute, on « bavarde » beaucoup moins si l’on « paperasse » un peu plus et le papier imprimé, ici encore, a sur la parole cet avantage qu’il reste, forme document et laisse le temps de la réflexion.

Rarement on avait vu autant de notes, remarques et observations qu’en a fait naître, depuis un an, le projet de loi électorale. Ni la première rédaction de M. Tak van Poortvliet, ni la seconde n’a paru contenir l’heureuse trouvaille qui eût satisfait tout le monde. Mais peut-être aussi était-il chimérique de la chercher, cette pierre philosophale. M. Tak van Poortvliet n’avait guère l’indépendance de ses mouvemens ; il était lié et, s’il eût feint de l’oublier, on le lui eût impitoyablement rappelé, par un texte catégorique, le texte de l’article 80 de la constitution révisée. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de calquer, et tout ce dont il pouvait élargir le modèle, c’est de la grosseur d’un trait de crayon. L’article 80 dispose : Seront électeurs « ceux qui possèdent les qualités de capacité et de bien-être social à déterminer par la loi. » M. Tak van Poortvliet n’avait plus qu’à fixer le signe de la « capacité » et la mesure du « bien-être social ». Il s’y est essayé, en ces termes, dans l’article 3 de son second projet : « La présente loi considère comme le caractère de la capacité et comme le caractère du bien-être social de pourvoir à son propre entretien et à celui de sa famille. » L’article 4 ajoute : « Elle attribue la possession de ce caractère à ceux qui, pendant les trois derniers mois, ont demeuré dans une même maison ou qui, pendant la dernière année bourgeoise (année de location) n’ont changé qu’une fois de domicile ; qui, pendant la dernière année, n’ont reçu, ni eux-mêmes, ni leurs femmes ou enfans mineurs, aucun secours d’une commune ou d’une société de bienfaisance. » Suivent les exceptions d’indignité, puis, conditions non moins indispensables que les précédentes : « Seront électeurs ceux qui, pour la dernière année d’exercice des impôts directs, ont acquitté leur taxe en capital et centimes additionnels [12] ; ceux qui, par une demande, signée d’eux, d’être compris sur les listes électorales, ont fait la preuve qu’ils savent lire et écrire. » Ainsi, conditions de bien-être social : pourvoir à son entretien et à celui de sa famille ; n’avoir pas changé de domicile depuis trois mois ou n’en avoir changé qu’une fois depuis un an ; ne pas avoir, depuis un an, reçu de secours d’une commune ou d’une association charitable ; avoir payé sa quote-part des contributions directes ; et, condition de capacité, savoir lire et écrire et le prouver en signant sa demande d’inscription.

Inutile de le contester : le projet de M. Tak van Poorlvliet est parfaitement conforme au vœu, au commandement de la constitution, mais il n’est pas le seul qui puisse lui être conforme : le texte de l’article 80 est à la fois impératif et vague ; il indique avec précision ceux qui ne seront pas électeurs, mais sans nulle précision ceux qui le seront ; rien dans ce texte n’empêcherait de prendre un autre signe de la capacité, une autre mesure du bien-être social, et, par exemple, l’article 80 ne dit pas qu’il y aura un cens électoral, mais il ne dit pas qu’il n’y en aura point. La marge est belle encore pour l’interprétation. Aussi, quelle mêlée d’amendemens et de contre-projets et comme tous les partis, toutes les fractions de partis se sont précipités à l’assaut ou à la défense de la loi ! C’est que le texte, le signe et la mesure ont, dans l’espèce, une importance capitale. La question ne se pose pas entre deux rédactions au résumé indifférentes ; elle se pose entre le suffrage assez restreint et le suffrage quasi universel. Et c’est pourquoi les eaux tranquilles se troublent et pourquoi la vie politique des Pays-Bas est remuée en ses profondeurs. Toutes sortes de choses montent et se découvrent, que le calme accoutumé cachait à la vue du passant. Il faut que, de temps en temps, une grosse pierre y soit jetée pour que l’étang moutonne, qu’il ait de petits flots et pour que l’on se rende compte que les ministères n’ont pas seulement à voguer, les ailes gonflées et immobiles, sur le miroir uni du Parlement, comme les grands cygnes sur le Vivier.
III

M. Tak van Poortvliet, il l’a dit et redit, doit et veut se régler sur la constitution ; mais il veut, d’autre part, pour l’attribution du droit de suffrage, descendra dans les couches sociales, aussi bas que la constitution l’y autorise. Devant la loi électorale, pauvreté ne sera pas vice, si elle se suffit à elle-même.

Puisqu’il s’agit d’étendre le suffrage, que ce ne soit pas une hypocrisie et qu’on l’étende largement. Puisqu’on tire du droit populaire les organes mêmes de l’Etat, que le droit soit vraiment populaire. Il n’est certes pas étonnant que cette idée, en soi et dans son application, soulève des répugnances invincibles, froisse des sentimens invétérés, et ne puisse entrer en des têtes habituées à d’autres systèmes, qui construisaient par en haut la société et le gouvernement des hommes. L’étonnant, ce serait justement que le projet de M. Tak n’eût pas rencontré d’adversaires : aussi en a-t-il, et beaucoup, et qui viennent des quatre points de la Chambre et du pays. Si l’on nous demandait, à nous, Français, quels sont en pareille matière, quels doivent être logiquement les partisans et les adversaires du projet, nous répondrions que la gauche est avec M. Tak van Poortvliet, tandis que la droite est contre lui. Et nous répondrions pour la Hollande, comme si la Hollande était la France, comme si les partis politiques étaient aux Pays-Bas les mêmes que chez nous. Mais rien ne serait plus inexact.

Dans la seconde Chambre des Etats-Généraux, la gauche comporte à peu près toutes les nuances de la nôtre, depuis le libéralisme proprement dit, jusqu’à une sorte de radicalisme. Encore un radical néerlandais ne ressemble-t-il qu’assez peu à l’un de nos radicaux, à nous, et se qualifie-t-il de libéral tout comme celui que nous appellerions un libéral proprement dit. Le projet de réforme électorale a mis en lumière ces nuances et accentué les divisions. A l’extrême gauche, le groupe de M. Kerdijk, des radicaux ou antiploutocrates ; c’est le titre que M. Kerdijk aime à prendre pour la circonstance, et il marque bien que M. Kerdijk et ses amis rejettent de la loi tout ce qui pourrait se rapprocher d’un cens, si minime qu’on le suppose. Ils ne repoussent pas absolument toute restriction au droit de suffrage, mais ils ne sauraient tolérer que le droit de suffrage parût être, à un degré quelconque, tiré de l’argent ou de la richesse. Un système censitaire est, pour eux, la loi n’exigeât-elle que le paiement d’un florin, un système ploutocratique.

« Antiploutocrates ! » ripostent leurs anciens alliés, M. S. van Houten et autres. Mais il n’y a pas de plus sûr moyen de créer une ploutocratie que de supprimer tout cens électoral et jusqu’à la trace du cens. Oui est-ce qui fait le corrupteur ? C’est le corrompu ou le corruptible. Et qui fait le ploulocrate ? C’est le misérable trop misérable. A présent, vous allez donner le droit de vote, sans autre précaution que de dire : Il faudra n’avoir pas reçu, pendant la dernière année écoulée, de secours d’une commune ou d’une société de bienfaisance.

Le secours d’aucune administration, c’est à merveille, mais les subsides, les petits cadeaux, les pourboires des particuliers ! Un ouvrier, qui vit de son travail et qui en fait vivre les siens, peut être aussi incorruptible qu’un millionnaire authentique. Mais il vous doit la preuve qu’il en vit, et cette preuve ne saurait être que le paiement d’un cens réduit, si vous le voulez, à presque rien, calculé, si vous le voulez, sur le logement et même sur le logement au mois ou à la semaine, mais enfin d’un cens. Le règlement provisoire prenait pour base, à La Haye, un loyer annuel de 66 ou 67 florins, en comptant une trentaine de semaines. A ce compte, l’ouvrier qui paye 2 florins de loyer par semaine ne serait pas électeur. Mais pourquoi ne le serait-il pas ? Et même, pourquoi ne le serait-il pas, s’il paye par semaine pour son logement, à La Haye, 1 fl. 50 cents, à Amsterdam et à Rotterdam, 1 fr. 75 cents ? Seulement, qu’on ne se perde pas dans une vaine phraséologie, que la loi dise ce qu’elle voudra, mais qu’elle dise quelque chose, et nettement, et que l’on ne puisse pas lui faire dire autre chose.

M. Roëll, pour concilier tout le monde, a proposé un arrangement : « Seront électeurs tous ceux qui payent une contribution directe, quel qu’en soit le montant, ne fût-il que d’un florin. » M. Tak van Poortvliet, dans sa seconde rédaction, dit : « Tous ceux qui n’auront pas changé de domicile depuis trois mois ou n’en auront changé qu’une fois depuis un an. » Quelle preuve de « bien-être social » voit-on là ? Il y a des gens, qui, par leur travail même, peuvent être forcés de changer souvent de domicile. Et quelle preuve de capacité que de savoir lire et écrire, que de n’être pas tout à fait analfabet ! « Comme si, de la capacité, s’écrie M. van Houten, il n’existait pas d’autres preuves et comme si, par hasard, dans une société comme la nôtre, un homme qui ne sait ni lire ni écrire et qui arrive à une certaine situation n’avait pas besoin de développer beaucoup plus de qualités personnelles et, d’un seul mot, de prouver beaucoup plus de capacité que son voisin muni d’un certificat de cours primaire et endormi dans son succès d’école ! Du reste, qu’on y réfléchisse. Pratiquement et politiquement, cette preuve de capacité, savoir lire et écrire, est dangereuse. Vous ferez signer une demande d’inscription sur les listes électorales. Mais que va-t-il se passer ? Le paysan qui jadis a peut-être su écrire tant bien que mal, mais qui n’en a plus l’habitude et dont on doit tenir la main pour lui faire tracer gauchement les lettres de son nom, ne se dérangera pas ; en revanche, le jeune ouvrier socialiste couvrira les registres de son paraphe triomphal. » C’est de quoi M. van Houten a peur et à quoi il ne veut pas entendre. Il le dit hautement et clairement, de sa parole âpre et mordante, suivant du doigt, syllabe par syllabe, le texte de la constitution, montrant, dans l’article 80, d’abord les inclusions et puis les exclusions, et, s’il est un peu pointilleux, comment le reprocher à un jurisconsulte ? et, s’il est un peu pessimiste, comment en vouloir à un philosophe qui a si longtemps et si soigneusement étudié Schopenhauer [13] ?

Mais, au point de vue parlementaire, voilà, entre M. Kerdijk et M. van Houten, la gauche coupée on deux tronçons. Il n’y a que trois ans, et moins encore sans doute, M. Kerdijk et M. van Houten semblaient, comme les doigts de la main, inséparables. Tout conspirait à les unir, jusqu’à des goûts communs et une commune tournure d’esprit. Ils étaient tous les deux libéraux radicaux, et l’on ne savait lequel était le plus libéral, ni lequel, le plus radical des deux. La seule différence que M. van Houten lui-même aperçût entre M. Kerdijk et lui, c’est qu’il voyait poindre dans son ami des germes de socialisme d’Etat. Quant à lui, il tournait plutôt (si j’ose le dire, mais on n’ose vraiment plus employer le mot à propos du plus honnête homme du monde, qui recommande de traiter les anarchistes comme des fous) à une espèce d’anarchisme doctrinaire, libérâtre et scientifique. Depuis 1890, les germes de socialisme d’Etat ont, en M. Kerdijk, accompli ou, du moins, poursuivi leur évolution et M. van Houten, poussé par l’inflexible rigueur des raisonnemens, est allé de plus en plus vers la liberté absolue. Le projet de loi électorale a souligné les divergences : à M. Kerdijk est restée l’épithète de radical ; M. van Houten est devenu parlementairement un libéral conservateur, plus près de M. Roëll que de M. Kerdijk, et cependant il n’a pas changé. L’accusation d’avoir changé, qu’il croit sentir flotter autour de lui et que tant d’hommes politiques supportent sans indignation, probablement parce qu’ils la méritent, lui serait infiniment pénible, parce qu’il tient par-dessus tout à ce que sa vie politique soit une et se déduise bien, d’un bout à l’autre, comme une belle démonstration juridique ou philosophique. Mais il ne peut pas faire que la thèse de son maître soit vraie, que la volonté transforme la face des choses et qu’il suffise de vouloir pour empêcher les circonstances de changer, ainsi qu’on s’en empêche soi-même. Et il ne peut pas faire non plus que, les circonstances changeant, et la foule, par tous pays, étant myope à discerner les causes, elle n’éprouve le besoin de mettre des noms sur les faits et d’incarner pour ainsi dire ses jugemens ou ses impressions, et qu’il ne soit lui-même un peu victime des apparences, puisque, aussi bien, si le monde est volonté, Schopenhauer n’enseigne-t-il pas qu’il est également représentation ? et que chacun s’en façonne à son gré l’image qui lui plaît le mieux ou qui lui est le plus commode ?

De même que la gauche, la droite de la seconde Chambre est divisée en plusieurs fractions. Elle se compose de deux élémens principaux : les catholiques, d’une part, et, de l’autre, les calvinistes purs ou anti-révolutionnaires. On serait enclin à penser qu’il n’y a pas à faire l’histoire du parti catholique néerlandais, que ce parti n’a pas d’histoire intérieure, qu’il n’en a une qu’en face des autres partis, et que, dans ce pays où les catholiques sont en minorité, ils se présentent en rangs serrés, bien disciplinés et compacts. Mais, pour l’instant et particulièrement sur cette question de la réforme électorale, ils forment deux groupes séparés par des dissensions assez graves, qu’on pourrait appeler : le premier, catholiques-aristocrates ; le second, démocrates-catholiques. Dans le groupe des aristocrates, on ne voit pas quel est le chef : tout le monde y est chef et tout le monde soldat, ou plutôt c’est un duumvirat, un triumvirat, un décemvirat. Le chef incontesté du groupe démocratique est le docteur Schaepman, prêtre et professeur au séminaire de Rijsenburg, le premier poète [14], le premier orateur, un des premiers tacticiens parlementaires, un des hommes les plus illustres de la Hollande contemporaine.

Forte et attachante figure, qu’un Rembrandt ou un Franz Hais eût aimé à peindre et qu’à leur défaut le crayon de l’habile dessinateur Jan Veth s’est efforcé, non sans succès, de retracer ; stature et carrure de Néerlandais de pure race, nez aux narines largement ouvertes, menton d’un modelé franc et hardi, œil malicieux et inquisiteur, d’un bleu doux que rend étrange la fixité du regard, derrière les lunettes aux branches d’or perdues on des cheveux clairsemés d’un blond pâli ou grisonnant. La bouche surtout, la bouche aux lèvres épaisses et quelque peu proéminentes, est expressive, elle est typique. Même fermée, elle est éloquente : on y devine l’abondance et la puissance du verbe. La mode, comme on l’a dit, n’est pas, aux Etats-Généraux, de faire de longs discours, des discours préparés. On y cause plus qu’on n’y parle. Mais toute causerie du docteur Schaepman a la tenue et, ne durât-elle que cinq minutes, l’ampleur classique d’un discours. Et l’éloquence y est si bien présente, si complète, elle émane de toute sa personne avec une force si irrésistible, qu’elle s’impose à l’auditeur ; même quand il ne sait pas un mot de hollandais, il en sent passer le frisson. Ce frisson sacré, on le sent encore, même quand M. Schaepman se sert du français, qu’il écrit très correctement, mais dont il n’est, naturellement, pas aussi maître que de sa langue : deux autres orateurs seulement, parmi les plus célèbres, arrivent à des effets semblables : un Espagnol, M. Emilio Castelar, et un Suisse, Kaspar Decurtins ; mais M. Castelar est plus fleuri, M. Decurtins, plus abrupt : le plus Français, en français, de ces trois étrangers est certainement le docteur Schaepman.

M. Schaepman est plus et mieux que la bouche du parti catholique néerlandais, il en est la tête. Ce parti lui doit tout ; c’est lui qui l’a tiré de son néant, lui a donné des journaux, a amené à ces journaux des rédacteurs et des lecteurs. C’est pour le servir et le guider qu’il a pris comme armes une plume et comme devise : Credo, pugno. — Je crois, je combats. Mais peut-être a-t-il voulu conduire par des sentiers trop escarpés et bordés de nids d’aigles des gens sages, habitués aux routes carrossables. Peut-être en a-t-il légèrement scandalisé plusieurs, lorsqu’il a mis sa main dans la main du docteur Kuyper, autrement dit la main des catholiques dans celle des calvinistes ou anti-révolutionnaires. A la juger de haut (mais c’est ce que les partis ne savent pas faire) cette manœuvre audacieuse était pourtant une manœuvre nécessaire, du moment que Ton se proposait de chasser la gauche de ses positions. Elle a réussi, et c’était la seule qui pût réussir.

Si les élections de 1891 ont été moins bonnes pour la droite, c’est que la discorde s’est mise aussi au camp des anti-révolutionnaires, et qu’il est arrivé chez eux ce qui est arrivé chez les catholiques : ils ont rompu le faisceau, se sont partagés en deux groupes, les aristocrates et les démocrates. Les démocrates sont demeurés fidèles au docteur Kuyper, que quelques libéraux appellent par raillerie le pape des calvinistes. Et c’est vrai qu’il y a en M. Kuyper on ne sait quoi d’auguste et de pontifical. La première fois qu’il me reçut chez lui, à Amsterdam, dans son grand cabinet, dont le centre était marque par un pupitre d’église où la Bible reposait sur un drap broché d’or, pendant que, vêtu d’une robe de chambre, découpe et de couleur pareille à l’habit d’un ordre religieux, il parlait, ponctuant ses phrases d’un geste qui faisait étinceler l’anneau du pasteur qu’il porte à son doigt, je regardais ce visage romain et je me rappelais d’autres princes spirituels et je revoyais des papes, à demi césars, qui furent des évocateurs, presque des créateurs et des conducteurs d’hommes. Le temps a épaissi le bas de ce visage marmoréen, mais sans altérer la fierté des traits, sans creuser une ride au front, sans éteindre la flamme qui jaillit des yeux, qui échauffe et qui illumine.

Voici ce que le docteur Kuyper disait : « Oui, nous commençons à faire quelque chose, mais, que voulez-vous ? nous sommes encore peu nombreux et isolés au bout de l’Europe. Nous sommes environ 300000 calvinistes, j’entends des calvinistes purs et ne m’occupe pas des autres protestans. Je distingue, au contraire, formellement entre les protestans et les calvinistes. C’est un petit nombre, mais ce qui fait notre force, c’est la valeur intellectuelle et morale de chacun de ces 300 000 adhérens. J’ai été élu député à la seconde Chambre, mais j’ai tout de suite donné ma démission parce que j’ai compris que par l’enseignement seul nous pourrons faire quelque chose. Le difficile, c’est de pénétrer jusqu’au peuple, car, enfin, c’est au peuple qu’il faut aller et c’est dans le peuple, parmi les ouvriers des villes et des campagnes, que nous devons trouver les sources de la vie. On ne saurait croire combien nous y avons rencontré d’intelligence et de dévouement, les sacrifices que se sont imposés ces humbles et ces petits. Il y en a qui gagnent 20 florins par semaine et qui, pour une seule de nos œuvres, souscrivent 40 ou 50 francs. Notre mouvement est un mouvement religieux, mais c’est aussi un mouvement politique. Nous sommes comme les huguenots du XVIe siècle ; nous avons toujours été en même temps des hommes de foi et des hommes politiques. Notre centre d’activité et notre force étant dans le peuple, nous ne craignons pas de marcher, au besoin, avec les radicaux et même avec les socialistes, en ce que le socialisme a de sain et de généreux. Nos ouvriers, nos paysans de Hollande valent bien, au surplus, nos comtes et nos barons ; nous ne pouvons les laisser croupir éternellement dans la misère. Cela ne se peut pas et ne se doit pas, cela n’est ni juste ni possible. Pourtant, nous sommes et nous nous disons anti-révolutionnaires, c’est-à-dire opposés à l’esprit de la révolution. Nous acceptons tout ce qu’il y a de bon dans la révolution, mais en le faisant dériver de principes autres que les principes révolutionnaires. Comme calvinistes, nous sommes des hommes d’ordre et de progrès. Il est de l’essence de notre foi, qui s’appuie sur le libre examen des textes, de développer l’indépendance individuelle, de donner plus de trompe à l’esprit et plus de ressort au caractère. Mais il y a, au-dessus de toutes les discussions, des choses auxquelles il ne faut pas laisser porter atteinte. C’est pour que l’on n’y touche pas que nous nous sommes alliés avec les catholiques qui ne sont pas, d’ailleurs, en Hollande, les mêmes que dans les pays où le protestantisme n’a point, à un égal degré, passé dans le sang et fait ou refait le milieu. »

Ainsi parlait le docteur Kuyper, en 1890, lorsque, par l’union de tous les catholiques et de tous les anti-révolutionnaires, la droite détenait le pouvoir. Et voici ce qu’a fait, avec rien, un obscur pasteur de village. Il a fait surgir de la terre une université d’enseignement supérieur, un gymnase d’enseignement secondaire, cinq grandes écoles primaires à Amsterdam (avec plus de 600 élèves), près de 400 écoles dans le royaume, un Patrimonium ou cercle ouvrier qui compte 12 000 membres, une armée de 300 000 à 400 000 disciples. Il a ressuscité une église, l’église calviniste, organisé un parti ; c’est son Eglise même qu’il a organisée en parti dont il a tout au long rédigé le programme [15] ; il a inventé une politique, et il lui a donné pour âme une théologie.

Plus sûrement et plus profondément que personne, il a saisi cette vérité que la théologie a, dans les Pays-Bas, gardé son empire sur les esprits, que les Provinces-Unies sont toujours le foyer des saintes querelles entre les gomaristes et les arminiens, que le groupement des partis s’opère à la fois en raison des intérêts temporels et en raison des confessions religieuses. Il s’est tourné vers la gauche et, s’il y a vu quelques positivistes dédaigneux des simples qui croient, il y a vu surtout des protestans imbus de rationalisme, des protestans frottés de rationalisme et des protestans presque piétistes.

A l’extrême gauche, il a vu les socialistes, avec leur tribun M. Domela Nieuwenhuis, et il s’est aperçu que ce tribun était un prédicant, un ancien pasteur qui ne faisait guère que de revêtir de socialisme l’instinct théologique indestructible, transmis par les générations, hérité des ancêtres. Il est allé tenter une expérience dans la Frise où ce socialisme a, paraît-il, pris racine sous la forme agraire et il a remarqué que le socialisme repoussait comme une jeune greffe sur la vieille souche anabaptiste ; partout où il n’y avait point de vestiges de l’anabaptisme, M. Kuyper parvenait à contre-balancer l’influence de M. Nieuwenhuis, mais partout où il en restait, sa peine ne lui servait de rien. Il a regardé la carte, et il a vu la Hollande divisée en trois zones politico-religieuses, le midi catholique, le centre protestant, le nord plutôt libéral, mais fournissant aux doctrines et aux idées un excellent champ de bataille. Alors il a compris qu’aux Pays-Bas la théologie était toujours et serait longtemps encore le levain de la politique ; que la Hollande se traite et se gouverne par la théologie ; que le tout est de savoir, pour chaque cas, quelle est la dose convenable. Le docteur Kuyper a emprunté, mais en renversant les proportions, la formule de M. Domela Nieuwenhuis et, comme il y a un peu de théologie dans le socialisme de celui-ci, il y a un peu de socialisme dans la théologie de celui-là.

Le calvinisme voudrait enlever au socialisme sa clientèle, en lui enlevant ce par quoi il séduit ou entraîne. Mais ce par quoi il séduit et entraîne les uns, c’est ce par quoi il épouvante et irrite les autres. Le docteur Kuyper a fait entrer, dans son calvinisme orthodoxe, bien des affirmations et des revendications modernes, et ces revendications ne vieillissent pas, ne s’atténuent pas pour être déduites de principes « autres que les principes révolutionnaires. » Peu importe que ce ne soit « ni dans la volonté populaire, ni dans la loi, mais en Dieu seul, que le parti anti-révolutionnaire place l’origine de l’autorité souveraine, » [16] s’il en remet au peuple l’exercice effectif, par le suffrage universel : quoique les principes puissent être opposés, les conséquences sont les mêmes. Et nous revenons, après un long détour, à la réforme électorale et à la position que, vis-à-vis de cette réforme, occupent les divers groupes des divers partis.

Le parti révolutionnaire n’échappe pas au sort commun ; il est, sur cette question, aussi divisé que les autres. Le docteur Kuyper est, et devait être, le chef de la fraction démocratique, mais il agit surtout en dehors des Chambres, par la parole et par son journal, le Standaard. L’autre fraction vient de retrouver un chef dans la personne de M. de Savornin-Lohman, battu aux élections de 1891 et tout récemment réélu. Le baron Mackay se réserve.

Au résumé, le ministère a pour lui, la loi électorale a pour elle : à gauche, les radicaux ou antiploutocrates, avec M. Kerdijk, à droite, parmi les catholiques, les démocrates avec M. Schaepman, parmi les calvinistes, les démocrates avec le docteur Kuyper, qui est chef de parti sans être député. Il a contre lui, ou elle a contre elle : à gauche les amis de M. van Houten, à droite les catholiques et les calvinistes de la fraction dont on exprime les tendances en la qualifiant d’aristocratique. Entre les deux, telle ou telle personnalité qui cherche des transactions et combine des systèmes. Les uns, comme le ministère et comme M. Kerdijk, M. Kuyper, M. Schaepman, veulent un suffrage quasi universel, la plus large extension du droit de suffrage compatible avec le texte de la constitution ; les autres veulent une extension moins large ; quelques-uns même préféreraient que l’on n’accordât aucune extension. Les uns ne veulent plus du cens, les autres veulent maintenir un cens très minime, d’autres un cens moins modéré, quelques-uns aimeraient mieux conserver le taux actuel qui leur semble déjà trop bas. Le fait qui domine tout et qu’il faut retenir, c’est que le groupement ne s’opère pas sur le terrain politique, puisque le ministère sera, en ce point, abandonné par certains de ses amis et soutenu par certains de ses adversaires, puisque la loi a pour elle et contre elle une partie des libéraux, une partie des catholiques, une partie des anti-révolutionnaires. Non, le groupement s’opère sur le terrain social et c’est là un fait qui dépasse de beaucoup la portée d’un fait local, qui est caractéristique, non d’un seul pays, mais de tout ce temps.

Lorsque la seconde République introduisit en France le suffrage universel, elle cédait à des considérations abstraites, théoriques, inspirées des maximes de la Révolution et, par elles, de la philosophie du XVIIIe siècle. Il serait à peine exagéré de dire qu’elle faisait de la sentimentalité politique. Mais, dans les cinquante ans qui nous séparent de 1848, le quatrième Etat est entré en scène ; il est devenu un parti politique, qui ne se paye plus de sentimentalité. Le socialisme est né, il a grandi. Il s’est fixé à lui-même son but et, notamment dans les vingt dernières années, il s’est mis en quête des moyens de l’atteindre. Le but, c’est de refondre la société sur un plan tout nouveau et le premier des moyens, c’est de s’emparer de l’Etat, car on tâchera d’abord de procéder légalement et la violence ne doit venir que par surcroît, si les procédés légaux font faillite. Pour s’emparer de l’Etat, il suffit du bulletin de vote, mais il le faut. C’est en pleine conscience des moyens et du but que les socialistes font à présent du droit de suffrage l’article essentiel et comme Taxe de la moderne déclaration des Droits de l’Homme. Ainsi, ce n’est pas le pouvoir politique qui est visé ou bien il n’est pas visé pour lui-même, non pas comme but, mais comme moyen, en vue d’une transformation de la société tout entière. Nul ne saurait plus s’y méprendre et c’est ce qui explique pourquoi les partisans et les adversaires de l’extension du droit de suffrage se groupent aux Pays-Bas et ailleurs, moins selon les partis politiques que selon les catégories sociales.

D’un côté, les privilégiés : ceux qui possèdent le sol ou les capitaux, de l’autre ceux qui représentent le travail, entendez le travail pour le pain quotidien. Sans doute, il y a, de l’un et de l’autre côté, des exceptions et ce classement des voix pour ou contre l’extension du droit de suffrage est encore très imparfait, mais il n’y en a pas de meilleur. L’instinct théologique lui-même, les croyances religieuses elles-mêmes qui sont, on ne le dira jamais trop, le fond de la Hollande politique, passent ici à l’arrière-plan, ne fournissent point les élémens d’une autre classification, puisque le projet de réforme électorale a pour lui des positivistes, des protestans, des catholiques, des calvinistes et contre lui des calvinistes, des catholiques, des protestans et des positivistes.


IV

Ce projet de réforme sera-t-il adopté ? Le sera-t-il avec plus ou moins de modifications qui en neutraliseront ou en diminueront l’effet ? Sera-t-il rejeté en bloc, et, s’il l’est, qu’en résultera-t-il ? Le cabinet le retirera-t-il [17] et se retirera-t-il du même coup ? Ou courra-t-il les chances d’une dissolution ? Si la seconde Chambre est dissoute, que donneront les élections nouvelles ? Une majorité catholique et anti-révolutionnaire ou bien une majorité libérale, favorable ou hostile à la réforme électorale ? Qui remplacera M. van Tienhoven ? M. le baron Mackay, M. Roëll ou M. van Houten ? Ou bien, le projet repoussé, n’aura-t-on pas, sans le vouloir, fait de M. Tak van Poortvliet l’homme nécessaire et presque providentiel ? Petites questions qui ont leur intérêt, et dont chacun escompte la solution dans ses petits calculs, mais petits calculs et petites questions. Ces petites questions ne sont pas la question.

Parmi les membres de la droite, les plus prudens ou les plus timorés, les conservateurs disent : « Quel besoin avait-on de soulever ce lièvre ? Les ouvriers n’y pensaient pas, si on ne leur en avait pas parlé ! » Est-ce bien sûr ? Mais admettons que cela soit : on leur en a parlé : on en a fait la question pour eux. Au demeurant, il est possible que l’extension du droit de suffrage n’ait été, au début, qu’une plate-forme électorale pour un parti, que la question ne se posât point d’elle-même et qu’on l’ait malencontreusement posée. Mais, aujourd’hui, elle est posée ; on ne l’enterrerait pas avec le cabinet qui serait tué sous elle : il n’y a qu’un moyen de s’en défaire, c’est de la résoudre au plus tôt. Ecartez-la par un subterfuge de couloirs, elle reviendra plus pressante et plus menaçante. Il se peut que le peuple n’eut pas fait une révolution pour acquérir le bulletin de vote ; il est vraisemblable que, maintenant encore, il ne ferait pas une révolution pour l’avoir, mais on ne gagnerait pas beaucoup de temps à le lui refuser et le temps qu’on lui refuserait serait-il réellement gagné ? Quelqu’un aurait-il d’aventure la prétention de reparquer le quatrième Etat derrière une muraille infranchissable, ou de faire le vide autour de lui, de renfermer vivant dans une machine pneumatique ? L’illusion serait brève, hélas ! Il est vivant, adulte ; il a des yeux, des oreilles et des bras : il lui faut le grand air et l’espace libre.

Mais est-il donc si effrayant, que l’on doive, autant que de mourir, craindre de le démailloter ? Ne pense-t-il qu’à se ruer aux abîmes, on veut dire ne pense-t-il qu’à y précipiter les autres ? Les socialistes sont-ils tout le peuple, et tout le peuple est-il socialiste ? Dans le contingent qu’il s’agit d’appeler à la vie publique, la conservation sociale, intelligemment entendue, n’a-t-elle pas de recrues à faire ? Pour la Hollande du moins, ni M. Kuyper, ni M. Schaepman, ni d’autres, moins suspects peut-être de partialité, n’y veulent croire.

Ils ne veulent pas croire que tout soit à perdre ; s’ils le croyaient, ils sont des hommes politiques, ils ne le risqueraient pas. Mais, justement parce qu’ils sont des hommes politiques, ils aiment mieux entrouvrir, ouvrir même les portes de l’avenir que de les laisser enfoncer. Ils ne pensent pas que toute la politique soit de se traîner de ce soir à demain, et de demain à après-demain ; à leurs yeux, les échéances y sont plus longues.

« Qu’on y prenne garde ! nous disait M. Fransen van de Putte, un sage retiré sous sa tente, mais qui n’en ferme pas les toiles pour ne rien voir ; le courant de l’opinion publique vers un suffrage ; très étendu est plus rapide et plus fort qu’on ne l’imagine. Ce n’est pas maintenant que l’on doit et que l’on peut songer à se mettre en travers. On le pouvait peut-être en 1887. A ce moment, peut-être pouvait-on faire ou ne pas faire la révision de la loi fondamentale, ne pas rayer la condition du cens inscrite dans la constitution ou lui substituer quelque condition du même genre. Il serait trop tard aujourd’hui, la révision est faite, il faut marcher. Mieux vaudrait aller délibérément et courageusement jusqu’au bout. » M. Fransen van de Putte ajoutait : « Quant à moi, je n’ai pas peur de la réforme électorale. Qu’y aura-t-il de bouleversé, parce que le corps électoral s’augmentera de 200 000 ou de 300 000 électeurs ? Rien de plus qu’en 1888, lorsque de 140 000 électeurs, il est passé à près de 300 000. Ce n’est qu’une habitude à prendre. Jusqu’à présent, chez nous, l’État s’administrait comme une société anonyme : il n’y avait que les actionnaires qui votaient. Désormais, les employés de tout grade auront voix au chapitre : où est le mal ? Ayons confiance dans le bon sens et dans l’honnêteté publique ! »

La comparaison n’est-elle pas frappante ? Une société anonyme où les actionnaires seuls votaient, c’était l’état ancien, l’Etat construit par en haut ; l’Etat moderne sera construit par en bas, tout le prouve, sur une base très large et très populaire. Mais de ce que la base en doit être très large, il ne s’ensuit pas que l’on soit dispensé de le construire. Certes, le suffrage universel brutal, sans correctifs et sans précautions, ne serait pas, comme on dit vulgairement, un joli cadeau à faire à un peuple. Par lui-même, le suffrage universel n’est rien ; il n’est rien, qu’un immense péril, tant qu’il demeure primitif et barbare, amorphe et inorganique. Il est comme une force de la nature, indifféremment susceptible d’être un grand fléau ou un grand bienfait : fléau, si elle n’est pas réglée, bienfait, si on la discipline. Mais c’est une lutte que la Hollande connaît, une éducation qu’elle a déjà faite.

Toutes les forces naturelles, elle les a limitées, captées et domptées. Elle s’est tirée elle-même des eaux, a saisi le vent au passage et l’a fait servir à épuiser la mer. Elle a emprisonné les fleuves ou les a distribués en un réseau de digues, de canaux et d’écluses. Elle fera de même pour le droit de suffrage, cette force naturelle de la politique. Elle le contiendra par des écluses et des digues, le répartira, en des canaux qui le rendront fécondant. Ainsi, elle écartera le péril et elle utilisera la force. Quant à vivre au jour la journée, endormie et sans rien prévoir, elle se dira que, si elle fût restée telle que Dieu l’avait faite, quelques bandes de terre et quelques bancs de sable émergeant à peine, si elle ne se fût pas prémunie contre les marées montantes et les ouragans qui enflent les flots, il y a longtemps que les fureurs de l’Océan l’eussent emportée. Elle ne s’inondera pas plus qu’elle ne se laissera inonder.


CHARLES BENOIST.

  1. Constitution du 6 juin 1809, modifiée en partie par la loi organique sur le Riksdag du 22 juin 1866 ; elle-même modifiée, notamment aux articles 19 et 26, en 1870, en 1891, et tout dernièrement encore.
  2. Constitution du 14 novembre 1814, modifiée en partie par les lois spéciales de 1859, 1866 et 1878.
  3. Constitution du 5 juin 1849, modifiée par la loi du 28 juillet 1866. Loi électorale du 12 juillet 1867.
  4. Un projet de réforme électorale est également soumis au Reichsrath autrichien.
  5. Loi fondamentale de 1815, modifiée en 1840 et en 1848.
  6. Loi du 11 octobre 1848, contenant un règlement électoral provisoire, plus tard abrogé, remplacé et en partie reproduit par la loi du 4 juillet 1850.
  7. Loi du 28 juillet 1850.
  8. Traduction de M. Gustave Tripels, avocat à Maestricht, docteur ès sciences politiques et administratives, Maestricht, J. Germain, 1889.
  9. Loi du 6 novembre 1887, portant modification aux articles additionnels et à la loi électorale du 4 juillet 1850.
  10. Loi fondamentale de 1887, art. 100.
  11. Ces sections correspondent à nos bureaux et se forment par la voie du sort.
  12. Quelle que soit, cette taxe et sans exclusion de ceux qui ne figureraient pas un rôle des contributions directes.
  13. M. S. Van Houten est l’auteur d’un opuscule remarquable, écrit en allemand : Le principe de causalité dans la science sociale (Das Causalitäts-Gesetz in der Socialwissenschaft), Harlem et Leipzig, 1888.
  14. Verzamelde Dichtwerken, van Dr H. J. A. M. Schaepman, 1867-1892. Amsterdam, C. L. van Langonhuysen, in-8°.
  15. Ons Proqram, par le Dr A. Kuypi-r, Amstprdam, J.-H. Kruyt, 2e éd., 1880. 1 vol. in-8°.
  16. Déclaration faite au congrès social d’Amsterdam, en 1891.
  17. La réponse ne s’est pas fait attendre. La seconde Chambre ayant adopté un amendement de M. de Meijier, que combattait M. Tak van Poortvliet, le ministre a retiré son projet. Le conflit est ouvert et ne peut se clore que de deux manières, ou par la démission du Cabinet, ou par la dissolution de la Chambre. Mais écartée, ajournée par le Parlement, la question est maintenant posée dans le pays. Elle passe à l’état aigu.