La République sociale

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La République sociale
Les ChansonsÉdition Auguste Pillette (p. 206-209).


LA RÉPUBLIQUE SOCIALE[1]




La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
Le Congrès des Peuples signale
La marche à suivre aux Travailleurs.
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !
Levant sa tête martiale…
La République sociale
Propose un avenir meilleur.

Quand le Travail produisant pour les maîtres
Se vit enfin condamné par ces gueux
Et condamné par d’autres gueux, les prêtres,
Il dit : Debout ! Plus de travail pour eux !

Alors faisant porter la faute d’Ève
Aux imposteurs qui s’en étaient nourris,
La faim muette organisa la grève
Malgré repus, mouchards, menaces, cris.

La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
Main blanche a renier main sale ;
L’avenir s’offre au Travailleur
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !
Tout l’an fourmi ! tout l’an cigale !
La République sociale
Propose un avenir meilleur.

Ceux qui gaiement passaient la vie en fêtes
Quant au soleil sortit le noir Creuzot
De Buzançais ayant coupé trois têtes
Parlementaient à coups de chassepots ;
Honte sur vous, soldats, dont la tunique
Entre un cadavre et le maître passant :
Reçut de l’un une marque cynique
Et du cadavre une tache de sang !

La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
Si la force reste à la balle,
La raison reste au Travailleur !
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !

 Quand bat Rappel ou Générale :
La République sociale
Propose un avenir meilleur.

Ils ont ligués vendus, ventrus, vampires,
Fabricateurs de devoirs et de lois,
Faiseurs d’armée et bénisseurs d’empires,
Violateurs de serments et de droits :
Ah ! Peuple ! ils t’on fait monter ton Calvaire !
Comme à tes pieds tu brisas tous les rois,
Toi, qui brisas un Pape comme verre,
Sont rois, patrons ; et sont papes, bourgeois.

La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
Contre la bande féodale
Appel est fait au Travailleur
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !
Et pauvre épave communale !
La République sociale
Propose un avenir meilleur.

Déshérités que le travail rassemble
Serrons les rangs contre nos meurtriers ;
Nous ne serons Force, que tous ensemble ;
Qu’ensemble on voie enfin les ouvriers !
Et puisqu’après avoir saigné les villes,
Les exploiteurs voudraient manger les champs,
Qu’on voie enfin dans nos luttes civiles
Aux ouvriers s’unir les paysans !

 

La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
C’est la belle et la sociale !
Place donc, place au Travailleur !
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !
Planteur de pois, mangeur d’écale,
La République sociale
Propose un avenir meilleur.

Accourez tous, voici la sainte guerre :
Le paysan embrasse l’ouvrier ;
Le sol est pour qui cultive la terre ;
Pour qui façonne est enfin l’atelier ;
Et les produits sont tous pour la famille
Du Travailleur sur sa tâche penché.
L’or, plus n’arrache, à la mère, la fille ;
Plus, par la loi, le fils n’est arraché.

La Loi pour tout homme, est égale
Et, « Produire ! » est la loi fatale :
Et du banquet s’ouvre la salle,
À deux battants, au Travailleur !
 Au Travailleur,
 Pauvre Tantale !
À la famille, à la morale,
La République sociale
Propose un avenir meilleur.


Genève, Octobre 1871.


Séparateur

  1. Cette chanson, faite et chantée à Genève en 1871 sur l’air de l’Âme de la Pologne pour une fête anniversaire de l’Internationale, portait le titre de cette association universelle des travailleurs. Nos amis continuant à la chanter, bien que la chose n’existât plus et que le mot même fut tombé en désuétude, on a, dans chaque refrain, mis « La République Sociale » où il y avait « La grande Internationale », et l’on chante même souvent tous les couplets avec le premier refrain, c’est-à-dire sans les variantes des autres, rapportées ici pour mémoire.