La Restauration des Stuarts, à propos du Richard Cromwell de M. Guizot

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LA RESTAURATION
DES STUARTS

Histoire du Protectorat de Richard Cromwell et du Rétablissement des Stuarts, par M. Guizot. [1]


Le 3 septembre 1658, Cromwell mourait à Whitehall, et son souverain pouvoir tout entier passait en quelques heures dans les mains de son fils, comme un légitime héritage, aux acclamations du peuple et de l’armée. Jamais prince de Galles n’avait plus aisément succédé à un roi d’Angleterre. Tous les partis nés de la révolution, oubliant leurs querelles, se groupaient pour le soutenir ; les royalistes courbaient la tête, sans joie et sans espoir, résignés à force d’impuissance.

Vingt mois et vingt-six jours après ce facile début du nouveau protecteur, le 29 mai 1660, Charles II entrait à Whitehall et prenait possession du trône de ses pères, à la clarté de mille feux de joie, au bruit d’applaudissemens enthousiastes, sans qu’un murmure se fît entendre, sans qu’il en eût coûté une goutte de sang.

Vit-on jamais plus étonnant contraste ? L’histoire nous montre à tous les âges de brusques révolutions, de foudroyantes catastrophes qui dans l’espace d’un jour changent la face des états ; mais où trouver une restauration s’accomplissant ainsi d’elle-même ? où trouver, sur un sol fumant encore du sang royal, une monarchie rétablie sans combat, sans efforts, sans autre appui visible que les vœux de ses partisans et l’affaissement de ses ennemis ?

C’est le tableau complet de cette métamorphose à peu près sans exemple qui remplit les deux nouveaux volumes publiés par M. Guizot. Ces deux volumes ont le double mérite de ressembler beaucoup à leurs aînés et d’en être à la fois parfaitement distincts : l’art est le même, et la perfection du récit au moins égale, peut-être encore supérieure. Le sujet est d’un tout autre ordre ; il est moins élevé, moins sérieux, moins émouvant : ce n’est pas un grand drame comme le règne de Charles Ier, comme le protectorat de Cromwell ; c’est de la tragi-comédie politique. Ce fantôme de protectorat qui s’évanouit dès sa naissance, ces semblans de gouvernemens tantôt civils et tantôt militaires qui tour à tour lui succèdent et tour à tour abdiquent et disparaissent, s’annulant, s’éteignant l’un par l’autre ; cette royauté à qui le bien vient en dormant, impossible d’abord et bientôt nécessaire, qui ressuscite à son insu par les soins d’un mystérieux complice, et qu’à la fin tout le monde accepte, parce que tout le reste est usé et qu’il n’y a plus qu’elle dont on puisse essayer encore, tout cela n’est, à coup sûr, ni sombre ni terrible. C’est un spectacle varié, récréatif, souvent profond et toujours attachant, qui parfois provoque le sourire, parfois la réflexion, une sorte d’intermède de demi-caractère qui coupe et interrompt admirablement les graves tragédies auxquelles l’auteur nous a fait assister.

Au premier abord, on s’étonne que ces vingt et un mois d’interrègne, si ternes et si confus chez tous les historiens, soient d’étoffe à tenir une aussi large place dans une œuvre dont un des caractères, un des premiers mérites, est le nerf et la concision du récit. Deux volumes pour Richard Cromwell, pour les derniers soupirs du rump, pour George Monk et sa stratégie silencieuse, le même nombre de volumes, sinon de pages, que pour les vingt-cinq années de Charles Ier et les dix ans d’Olivier Cromwell, il y a là, tant qu’on n’a pas ouvert le livre, de quoi s’étonner un peu. À mesure qu’on y pénètre, l’étonnement disparaît ; on s’aperçoit que ces vingt et un mois sont une mine inépuisable pour qui sait y fouiller, que, bien loin de manquer de matière, l’auteur élague et choisit, toujours sobre, toujours contenu, toujours fidèle à sa méthode et à ses propres traditions.

Il est vrai que dans ce champ jusque-là presque aride il trouve une abondance que ne soupçonnaient guère ni Hume au dernier siècle, ni d’autres encore plus habiles dans le siècle présent. Des matériaux récemment découverts, des documens inexplorés ont comme transformé cette curieuse période, et en font, en réalité, un sujet tout nouveau. Parmi ces documens, il en est, comme le journal de Burton par exemple, qui nous viennent d’Angleterre et qui mettent au jour ce qu’on peut appeler le côté parlementaire de l’interrègne, notamment les débats et la vie intérieure du parlement que convoqua Richard Cromwell, et avec lequel il essaya pendant deux mois de fonder un gouvernement. Les souvenirs personnels et quotidiens d’un membre de cette assemblée, membre aussi assidu qu’obscur, la font sortir du profond oubli où elle était tombée ; on ignorait ses actes, presque son existence : aujourd’hui la lacune est remplie, et la chute rapide, la précoce agonie du protectorat de Richard cesse d’être une énigme. D’autres renseignemens analogues comblent aussi d’autres lacunes ; mais pour nous, dans ces deux volumes, la vraie nouveauté n’est pas là : ce qui donne aux événemens qu’ils racontent cette ampleur, cette importance inattendue, ce sont des informations d’un autre ordre, et ces informations, ce n’est pas d’Angleterre, c’est de France qu’elles sont venues à M. Guizot.

Au moment de la mort de Cromwell, le cardinal Mazarin avait à Londres un correspondant actif qui, jour par jour, le tenait au courant des moindres incidens survenus dans les trois royaumes, des moindres mouvemens de l’opinion et dès partis. Sans être un grand esprit ni un ambassadeur de premier ordre, M. de Bordeaux observait bien, voyait vite, et sa longue pratique des affaires, son séjour prolongé dans la Grande-Bretagne, les relations qu’il s’y était faites, lui permettaient de pénétrer partout, et de porter sur tout d’excellens jugemens. On comprend ce qu’une telle correspondance peut jeter de lumière sur le pêle-mêle de cette époque, sur tous ces gouvernemens avortés qui vont se succédant depuis la mort de Cromwell jusqu’à la restauration. Il y a des choses dans l’histoire que les documens nationaux ne peuvent à eux seuls éclaircir suffisamment. Quelque soin qu’on apporte à les lire, à les interroger, la cause n’est vraiment pas instruite et le dossier n’est pas complet tant qu’on ne parvient pas à faire comparaître un témoin plus clairvoyant, plus : impartial que tous les autres, parce qu’il est à la fois sans passion et sans indifférence, un témoin qui a vu les événemens d’assez loin pour n’y pas être personnellement mêlé, d’assez près pour les bien voir et pour en être ému. Ce témoin, c’est l’étranger, c’est le public du dehors, représenté par la diplomatie des gouvernemens voisins. Quand un agent diplomatique, en situation de bien savoir les choses et abrité sous ses immunités, a écrit à son gouvernement sans gêne et sans réticence, quand il lui a dit à cœur ouvert tout ce qu’il a vu et entendu, ses dépêches, si par fortune on les possède, deviennent d’inappréciables documens, et servent à la fois de complément et de contrôle aux meilleurs documens nationaux. On peut dire, avec M. Guizot, que « pour tout ce qui s’est ; passé en Europe depuis trois siècles, nulle histoire n’est définitive tant qu’elle n’a pas subi cette épreuve et puisé à cette source. »

C’est donc un rare bonheur pour l’histoire de la révolution d’Angleterre que nos archives des affaires étrangères aient conservé ces dépêches de M. de Bordeaux. Ce qui n’est guère moins heureux, c’est qu’un tel interprète se soit chargé de les mettre au jour. M. Guizot ne s’est pas contenté d’en faire son profit, son étude, de s’en pénétrer, de s’en pourrir ; il a voulu que le public pût juger par lui-même du parti qu’il en a tiré. Nous aimons ce reste d’habitude et de déférence parlementaire, ce dépôt de pièces sur une autre tribune. La vaste correspondance de l’agent de Mazarin, ainsi produite presque intégralement, ou du moins par fragmens considérables, devient un appendice qui lui-même est un livre. C’est une véritable histoire sous forme épistolaire, une histoire contemporaine, que M. Guizot met en regard de son œuvre, pour en faire mieux sentir toute la vérité.

Les pièces justificatives qu’on imprime à la fin des livres jouent rarement un pareil rôle. Leur sort est d’être consultées et non pas d’être lues. À moins d’un grand loisir ou d’un sérieux intérêt d’étude, personne ne se hasarde dans ce dédale incohérent, et si quelques-uns s’y aventurent, ce n’est qu’à bâtons rompus. Ici, rien de semblable ; non-seulement on peut lire cette correspondance, mais la lecture en est attrayante et facile ; on s’y attache, on ne la quitte plus, surtout quand on a la prudence de n’y entrer que sous les auspices de M. Guizot et à la clarté de son récit. Si les rôles étaient renversés, s’il s’agissait de commencer par la correspondance, nous ne répondrions pas qu’il y fît assez jour pour qu’on se plût à y rester long temps. Il faut un guide pour faire un tel voyage. Ces lettres sont adressées soit à M. de Brienne, soit à Mazarin lui-même, c’est-à-dire à des hommes qui, sans habiter l’Angleterre, suivaient des yeux tout ce qui s’y passait, et n’avaient pas besoin qu’on les mît au courant. Ce qu’on leur disait à demi-mot, ils étaient prêts à le comprendre, et la moindre allusion suffisait à indiquer les choses qu’on ne leur disait pas. Que d’énigmes pour vous, si vous alliez sans commentaire vous mêler dans ces confidences ! Mais quand vous venez de lire un lumineux récit, qui ne laisse dans l’ombre ni un fait ni un homme qu’il vous importe de connaître, quand vous l’avez encore tout frais dans la mémoire, vous vous trouvez pour un moment presque aussi bien instruit que Mazarin lui-même. Comme lui, vous avez la clé de ce qu’on vous raconte, vous comprenez de qui on parle, vous con naissez les choses du jour et de la veille, vous savez même celles du lendemain, avantage que vous avez sur lui, malgré tout son génie. Ce qu’il cherchait à grand’peine, ce qu’il lui fallait deviner, ce qui pour lui était l’avenir, pour vous c’est le passé, vous le savez comme le reste.

Savoir le dénoûment du drame pendant que les acteurs ne le soupçonnent pas, les entendre parler, les voir agir d’après des conjectures et des calculs dont nous contrôlons la justesse, mettre en cause leur prévoyance et leur perspicacité, c’est là le genre de plaisir qu’éveille à chaque instant cette correspondance, comme toute pièce historique vraiment contemporaine des faits qu’elle raconte. La condition de ce plaisir est avant tout la vérité, l’authenticité de la pièce, la certitude qu’on ne nous trompe point, qu’il n’y a pas de comédie sous jeu. Si nous étions au théâtre, ce serait autre chose, la fiction reprendrait ses droits, et la condition du plaisir serait alors d’ignorer comment finit le drame. Mais ici tout est réel, nous ne cherchons pas la surprise, nous ne voulons que nous instruire ; nous entendons des témoins, il nous faut être sûrs de leur véracité. Les mémoires historiques, même les plus sincères, ne nous offrent en ce point que d’imparfaites garanties. Ceux qui les ont écrits nous sont toujours un peu suspects. Ils se sont presque tous mis si tard à la besogne ! Avaient-ils la mémoire bien fidèle ? Les vrais motifs de leurs actions, nous les disent-ils bien ? Sans altérer les faits, observent-ils les dates ? Ne sont-ils pas souvent prophètes après coup ? Toute confession faite à loisir provoque le soupçon. Il n’y a vraiment que les correspondances, ces confessions involontaires, qui le puissent braver. On n’écrit pas des lettres pour tromper la postérité, pas même celles qu’on destine à tromper son prochain. Une lettre, c’est l’homme même pris au moment où il l’écrit ; fourbe ou sincère, il a mis au monde un témoin qui prononcera sur son compte des paroles irrécusables. Une fois sorties de votre plume, une fois lancées en d’autres mains, vos lettres sont des actes dont vous ne pouvez changer ni les termes ni la date ; elles sont comme enregistrées pour le service de l’histoire.

Supposons que ces dépêches de M. de Bordeaux, au lieu de lui survivre, se fussent égarées, et qu’il n’en restât rien, mais qu’au retour de ses ambassades, au déclin de la vie, retiré dans quelque château, il eût pris comme tant d’autres la fantaisie de dicter ses mémoires : que nous eût-il donné en échange de ce vivant tableau où se reflètent comme dans un miroir la confusion, l’agitation, les contradictions de cette époque ? Des renseignemens très précieux sans doute, et, nous l’admettons, très sincères, mais rien de ce qui fait pour nous le véritable prix de sa correspondance. Sans être homme à se draper, sans vouloir s’attribuer une pénétration extraordinaire, jamais pourtant il n’aurait laissé voir à quel point, pendant ces deux années, il avait, comme tant d’autres, comme tout le monde à Londres et en Europe, été dupe des apparences. Comment dire à son secrétaire, comment s’avouer à lui-même qu’il avait cru pendant près de trois mois au protectorat de Richard, qu’il avait pris au sérieux la trêve que lui accordaient les partis, que Cromwell au tombeau, son fils mis de côté, et le long-parlement essayant de revivre dans ces derniers débris, l’idée de la royauté et de son retour possible ne lui apparaissait pas encore ; qu’il voyait des abîmes entre le trône et Charles II ; que les desseins de Monk, jusqu’au dernier moment, lui demeuraient impénétrables ? C’est tout cela qui se trahit de la façon la plus comique et la plus saisissante dans son journal épistolaire. Là, point de compromis, point d’excuse : la conjecture de la veille est démentie le lendemain ; il faut le dire à son éminence, sauf à se réfugier dans une autre hypothèse d’où bientôt on sera délogé d’autant plus tôt qu’elle sera plus conforme aux probabilités ordinaires et aux calculs du sens commun. Il y a des époques ainsi faites, que les meilleurs esprits paraissent les plus sots. Ce n’est qu’une habitude à prendre, et M. de Bordeaux y semble résigné, car il fait sans façon l’aveu de ses mécomptes, et c’est près qu’un refrain dans ses dépêches qu’une certaine phrase dont il varie la forme, mais dont le fond est toujours celui-ci : « Vous apprendrez avec surprise que les nouvelles d’aujourd’hui diffèrent entièrement de celles que je vous faisais prévoir ces jours passés. » Quelle preuve parlante de l’état d’un pays que cette succession de surprises ! Et quels autres documens que des lettres pour faire ainsi toucher au doigt les changemens à vue de la scène politique ? Vous croyez y assister vous-même ; chaque dépêche est un fil électrique qui de moment en moment vous transmet et vous fait sentir les moindres variations de cette changeante atmosphère. Il n’en faut pas conclure que les lettres de M. de Bordeaux soient toutes, sans exception, d’un égal intérêt, et nous regrettons même, puisque M. Guizot en avait sagement élagué des passages trop étrangers à son sujet, qu’il ne soit pas allé plus loin dans cette voie, et qu’il ait conservé, par exemple, ces longs traités purement diplomatiques sur l’Espagne et les états du Nord qui reviennent de temps en temps, documens curieux sans doute, mais d’un intérêt trop restreint et pour ainsi dire trop technique pour venir s’entremêler ainsi à ces descriptions vivantes des passions et des intrigues qui s’agitent sur le sol anglais. Peut-être aussi formerions-nous le vœu qu’au lieu d’être groupées par ordre de matière sous des séries de numéros, ces dépêches fussent rangées simplement à leurs dates, par ordre chronologique. Elles valent bien la peine qu’on les laisse se suivre et s’enchaîner librement, naturellement. Ainsi entrecoupées, elles déroutent le lecteur, et c’est cependant pour être lues qu’elles sont placées là, ce n’est pas pour être feuilletées, car, nous le répétons, cette annexe est elle-même un livre, grâce au lucide commentaire dont elle est précédée.

Nous voici ramenés au livre véritable, à l’œuvre de l’historien. Les matériaux ne sont pas tout : si neufs, si abondans qu’ils soient, ils ne font pas l’édifice : le plan, la construction, les proportions, le style, voilà l’œuvre elle-même, celle qui doit nous occuper.

Il faut nous garder pourtant d’insister sur des points d’une de monstration trop facile ; il est des vérités qu’il vaut mieux sous-entendre. Apprendre à nos lecteurs que dans ces deux volumes, dans une œuvre de M. Guizot, ils trouveront un art profond et magistral, les grandes qualités du style, clarté, simplicité, concision sans raideur, réflexions courtes et rares, jamais sonores et toujours à leur place, point de luxe, point de parure, de grands traits, une mâle élégance, le vrai langage de l’histoire, en un mot leur dire ces nouveautés leur faire part de ces découvertes, est-ce bien nécessaire ? Ont-ils besoin qu’on leur enseigne ce qu’ils savent aussi bien que nous ? N’ont-ils pas sous les yeux ces quatre premiers volumes qui leur répondent du dernier ? Il est vrai que, pour dire toute notre pensée, pour être tout à fait sincère, il nous faudrait aller plus loin et signaler un nouvel exemple de ce progrès persévérant et continu dont si peu d’hommes gardent ainsi le privilège. C’est un soin dont le livre lui-même s’acquittera mieux que nous. Qu’on nous permette seulement, pour ne pas déserter notre tâche, d’indiquer en quelques mots avec quel merveilleux bonheur les difficultés du sujet sont vaincues dans ce récit.

Deux points surtout semblaient presque insolubles : coordonner et mettre en scène dans un ordre intelligible cette cohue de faits et de personnages, tous à peu près de même taille, figurant tous au même plan, se distinguant à peine les uns des autres ; puis, en second lieu, faire un drame de cette confusion, rendre, sinon visible, du moins toujours présente, d’un bout à l’autre du récit, cette unité d’intérêt sans laquelle il n’est point d’œuvre d’art.

Quant au premier problème, la difficulté d’obtenir un peu d’ordre et de clarté, on ne s’en fait une juste idée qu’après avoir lu les dépêches de M. de Bordeaux. Là, les faits se laissent voir en négligé pour ainsi dire, à l’état de nature, à mesure qu’ils se produisent. Le pêle-mêle est complet : c’est un chaos. Au bout de quelques pages, vous avez perdu toute chance de retrouver votre chemin, comme un enfant au milieu de la foule. Le spectacle est vivant, il attache, il divertit vos yeux, votre esprit renonce à le comprendre ; point de jalons pour vous guider. Les événemens les plus saillans se renouvellent jusqu’à deux et trois fois, comme pour vous donner le change. Un parlement chassé par exemple, c’est ordinairement une chose qui se remarque et qui fait époque ; ici on en chasse un tous les trois mois : comment ne les pas confondre ? Il n’y a qu’un grand peintre qui, saisissant d’un œil rapide les traits caractéristiques cachés sous tant de ressemblances, vous apprendrait à lire dans cette foule. Il n’y changerait rien, l’aspect en serait le même ; mais quelques touches hardies, quelques franches lumières répandues çà et là feraient circuler plus d’air entre chaque figure, les mettraient chacune à son plan, en accuseraient les différences, vous feraient voir des groupes ; des divisions naturelles que vous ne soupçonnez pas, et d’une informe bigarrure composeraient un tableau aussi clair de dessin que vrai de coloris.

C’est là ce qu’a fait M. Guizot. Sans introduire dans son récit aucun classement arbitraire, il a cherché un plan, tracé des divisions, marqué des temps d’arrêt, des points de reconnaissance pour mieux nous diriger à travers cette foule, pour mieux débrouiller ce chaos. Quatre phases principales lui ont apparu dans son sujet : il a fait son drame en quatre actes, ou pour mieux dire en quatre livres. Le premier est pour Richard Cromwell ; il contient toute son histoire, de son avènement à sa chute, l’espace d’environ sept mois ; dans le second, autre aventure encore plus éphémère : le long-parlement ressuscite ; vieux, décrépit, mutilé, il prétend faire le jeune homme, il veut reprendre ses habitudes ; l’armée l’a rappelé, croyant qu’il était mort ; dès qu’il donne signe de vie, l’armée le met à la porte. Avec le troisième livre, la scène change, un nouvel acteur apparaît : Monk prend en main la cause du long-parlement chassé ; sous couleur de le rétablir, il entreprend le travail d’un autre rétablissement. Nous assistons aux premiers pas de sa ténébreuse campagne ; nous passons avec lui d’Ecosse en Angleterre ; ce livre est son prologue, sa première série de pourparlers et de mensonges. Au quatrième, l’action touche à son terme ; Monk est à Londres, son travail d’approches est fini, la sape du mineur a fait son œuvre, il est au bout de ses parallèles, démasque ses batteries, fait capituler tout le monde, et les Stuarts, sans conditions, rentrent en Angleterre. En groupant ainsi dans des cadres certains événemens principaux, on donne aux mille faits qui s’y rapportent un caractère d’ensemble, une signification commune qui en facilite l’intelligence et en fixe le souvenir. Le seul danger serait que la vérité n’en souffrit quelque atteinte. Il faut que rien de factice ne se glisse dans ces arrangemens ; il faut constater les rapports qui existent entre les choses, n’en inventer jamais, ne point omettre et ne point ajouter, donner à l’ordre un certain abandon, lui laisser l’aspect de la vie. C’est la le grand secret de l’historien. L’exemple en est sous nos yeux. Tout reste vivant dans ce récit en dépit de sa clarté, aussi vivant que dans ces lettres où Mazarin, il y a deux siècles, cherchait à démêler cette histoire. C’est la même cohue, le même va-et-vient, le même roulis d’opinions, les mêmes aveuglemens, les mêmes cupidités. Ces personnages sont des hommes, et non pas des idées ; ils agissent, ils parlent, on les entend, on les voit ; rien n’est changé : seulement ce spectacle qui tout à l’heure était trouble et confus, maintenant il est en pleine lumière ; tout s’aperçoit, tout est distinct, tout s’explique et saisit l’esprit.

Mais cette clarté, cet art de grouper et de peindre, cette habileté de mise en scène, est-ce la toute l’histoire ? Ne faut-il pas que sous ces faits, si bien coordonnés, si bien exprimés qu’ils soient, vous sentiez comme un lien secret qui les unit et les enchaîne, un lien qui les rattache à vous ? Cette unité d’intérêt, l’âme de l’histoire aussi bien que du drame, ne nous fait pas défaut ici. Une pensée domine ces deux volumes, une pensée toujours présente. C’est la royauté, on le sent, on le devine, qui doit clore cette anarchie ; rien ne peut finir que par elle. Mais quand ? par quels moyens ? à quelles conditions ? C’est là qu’est le mystère et la péripétie.

Le dénoûment lui-même, M. Guizot se garde bien de l’oublier n’est pas d’abord aussi visible, aussi facile à prévoir qu’on peut se l’imaginer aujourd’hui. Sous peine d’anachronisme, il faut qu’au premier moment, au moment de la mort de Cromwell, l’historien laisse voir une certaine confiance en l’avenir du nouveau protecteur ; il faut qu’il place le lecteur dans cet état un peu crédule où nous voyons M. de Bordeaux, et où fut évidemment presque toute l’Angleterre pendant un certain temps : les mémoires contemporains l’attestent aussi bien que notre ambassadeur. Faut-il s’en étonner ? Ne devait-on pas croire qu’à la mort de l’homme extraordinaire qui tenait tout dans sa main éclateraient de grands orages, qu’après la compression de la tyrannie, après l’étouffement de tout sentiment libre viendraient d’ardentes explosions, de violentes représailles ? Et c’était au contraire une adhésion universelle qu’on voyait éclater ! Du moment qu’elle avait pu naître, comment ne pas admettre qu’elle pourrait durer, que l’ombre du grand protecteur, qui semblait gouverner encore, protégerait sa dynastie, et que tant de gens compromis dans sa cause ne seraient pas assez fous pour renverser son fils ?

C’eût été vrai, si l’instinct de conservation, qui d’abord leur avait inspiré cette concorde inattendue, avait pu durer plus d’un jour, si leurs passions, et de toutes les passions les moins traitables, celles qui s’appuient sur des principes, les passions politiques, n’avaient pas fait divorce avec leurs intérêts. Supposez qu’ils n’eussent eu ni passions ni principes, les ennemis de la royauté pouvaient encore longtemps prolonger son exil. Ils étaient maîtres du pays, ils inspiraient l’effroi, ils avaient dans leur main la force militaire ; leur triomphe était assuré, à la seule condition, heureusement impossible, à la condition de s’entendre. Ce mannequin de protecteur, malgré son impuissance, suffisait à les faire durer, s’ils avaient consenti à le laisser durer lui-même. En ne l’attaquant pas, en ménageant sa faiblesse, c’était leur pouvoir qu’ils fondaient, et le pays, malgré son royalisme silencieux et engourdi, les eût subis peut-être quelques années encore. Mais les chimères républicaines les possédaient trop violemment ; il leur restait encore trop d’ardeur de sectaire pour calculer ainsi froidement, sagement, et sacrifier leurs fantaisies aux intérêts de la révolution. Cromwell n’était plus là pour lancer sur eux ses soldats et pour les envoyer à la Tour. Si petit qu’il fût, son fils leur portait ombrage ; ils ne pouvaient résister au plaisir de secouer cet arbre sans racines, et de se venger sur lui du vieux chêne qui les avait bravés. Pour un peuple opprimé, c’est déjà presque un bonheur que des oppresseurs qui conservent des passions et des principes : là du moins les révolutions finissent de la main des révolutionnaires.

Une fois que les républicains renonçaient à s’entendre avec les cromwelliens, une fois que Richard, leur sauvegarde, était par eux mis à néant, les affaires de la royauté avaient fait un grand pas. Elle n’avait plus en face d’elle que la pure république ; sa plus dangereuse ennemie, la fausse monarchie, rentrait dans l’ombre : c’était cause gagnée. Le rétablissement des Stuarts commençait à sembler nécessaire, même aux moins clairvoyans ; mais quand ? comment ? et à quel prix ? Ces trois grandes questions restaient toujours obscures.

Sur la première, on pouvait différer : les optimistes parlaient d’un ou deux ans, les raisonnables prenaient de plus longs termes, chacun réglait le temps à sa manière. Sur le reste, il n’y avait qu’un avis : personne ne rêvait une victoire sans combat, une restauration sans sacrifices. On savait que pour toucher le port il faudrait affronter des tempêtes, qu’avant de réduire à merci l’obstination républicaine, on passerait par des épreuves probablement sanglantes. Ce qu’on savait aussi, ce qui ne faisait pas question, c’est qu’en rentrant sur le sol d’Angleterre, la monarchie paierait rançon, non pas rançon d’argent, elle était à l’aumône, mais rançon de pouvoir, de prestige et d’autorité. Les plus fiers cavaliers se résignaient, eux-mêmes à voir le roi subir cette contrainte et traiter de sa couronne avec de prétendus amis, royalistes de fraîche date, d’une sincérité douteuse, d’un dévouement conditionnel, avec les presbytériens. Pouvait-t-on se passer de leur intermédiaire ? Qui l’eût osé penser à Londres, à Paris, même à Bruxelles, dans le conseil de Charles II ?

Pour épargner à la couronne cet affaiblissement et cette humiliation, au pays de désastreux efforts, aux impatiens l’ennui d’attendre, il n’y avait qu’un moyen, auquel bien entendu personne ne songeait : il fallait qu’il se trouvât un homme dont le premier besoin, la vocation suprême fût de cacher sa pensée, un maître comédien, un merveilleux trompeur, — cupide, mais de sang-froid, avec discernement, incapable de se vendre avant d’être bien sûr d’un solide acquéreur, — dévoué, par calcul et même par instinct, au service des bonnes causes, craignant le mal et préférant le bien, même à prix inégal ; il fallait encore que cet homme fût assez résolu pour concevoir l’étrange idée de conduire la grande entreprise qui préoccupait tout le monde juste au rebours de ce que tout le monde attendait, c’est-à-dire sans qu’il en coûtât une larme à l’Angleterre ni un droit à la royauté. Par quel prodigieux mélange de bien-joué et de hasard cet homme gagna-t-il sa gageure ? Il faut le demander à cette belle étude que M. Guizot esquissait il y a bientôt vingt ans, et qu’il donne aujourd’hui complétée, agrandie, retouchée avec une sorte de prédilection d’artiste. C’est dans ces pages seulement qu’on apprend à connaître et la figure du personnage et le caractère de son œuvre, prodige de patience et d’audace, conspiration d’un genre à part, ourdie, tramée, conduite par un seul homme, le plus soli taire à coup sûr, le plus discret, le plus silencieux des complots.

À notre avis, le chef-d’œuvre de Monk, son tour de force incomparable, ce n’est pas d’avoir, par de si lents moyens, touché plus vite au but que personne n’eût osé le promettre, ce n’est même pas d’avoir vaincu, l’épée dans le fourreau, autre bonheur inespéré qui lui semblait, à lui, son grand titre de gloire, et dont il faisait sa devise, victor sine sanguine ; c’est un succès plus étonnant, plus improbable encore, la royauté rétablie sans conditions. Était-ce un bien ? n’eût-il pas mieux valu, pour la royauté même, de raisonnables conditions ? L’avenir semble l’avoir prouvé ; mais comme alors on n’avait à choisir qu’entre des précautions certainement mortelles au pouvoir qu’on voulait restaurer, et l’absence de toutes précautions, comme il fallait subir où la tutelle presbytérienne et ses étroites exigences ou la libre volonté d’un prince instruit probable ment à l’école du malheur, on comprend qu’entre deux périls Monk ait choisi le moindre : ce qu’on ne comprend pas, c’est qu’il ait réussi. N’était-ce pas pour conquérir des garanties, des sûretés, un pacte sérieux avec la monarchie, que l’Angleterre depuis vingt ans s’était lancée dans les révolutions ? Si lasse, si épuisée, si désenchantée qu’elle fût, pouvait-elle en un jour abandonner son œuvre, perdre le fruit de tant de sacrifices, faire amende honorable, se rendre à discrétion ? La pensée n’en venait à personne. Le roi lui-même, nous l’avons dit, ses conseillers, ses courtisans, s’attendaient tous à subir un marché plus ou moins onéreux.

Aussi quelle surprise, et quels élans de joie dans cette petite cour de Bréda, lorsqu’arriva le mystérieux billet où Monk, pour le roi seul et quelques confidens, se décidait enfin à soulever son masque ! Il se chargeait de tout et il n’imposait rien ! Rentrer à Whitehall sans conditions, c’était à n’y pas croire. À ce même moment arrivaient à Bréda les chefs presbytériens, les messagers, les plénipotentiaires de la secte. Ils venaient conjurer le roi de se jeter entre leurs bras. « Nous vous apportons, disaient-ils, votre seule chance de succès. Nous sommes le seul lien entre vous et vos peuples. Laissez-nous agir seuls et acceptez nos conditions ; surtout ne tardez pas, car Monk serait plus exigeant que nous, et l’Angleterre l’est plus que Monk. » Charles pendant ce temps avait dans son pourpoint la lettre du général, et vous pensez s’il devait rire.

C’était pourtant la vérité qu’on venait de lui dire, c’en était du moins l’apparence : Monk affichait bien haut de grandes exigences, l’Angleterre un grand besoin de garanties. Au fond, que voulaient-ils l’un et l’autre ? Quant à Monk, nous venons de le voir. L’Angleterre était-elle plus sincère ? Sans qu’elle s’en doutât, n’avait-elle pas son parti pris de terminer la crise, de ne pas faire la difficile et de brusquer le retour du roi ? Sans cela, croyez-vous que Monk eût réussi ? Sans doute il était puissant, il avait une armée, cette armée lui obéissait ; mais qu’est-ce que cela pour lutter contre un peuple ? Quand on fait de tels coups, c’est qu’on a le courant pour soi, ce courant qui n’est pas toujours visible à la surface, et qu’il faut deviner. Le grand talent de Monk, son instinct supérieur, c’est d’avoir, avant tout le monde, en chaque circonstance, aperçu ce courant secret, si bien qu’en ayant l’air de heurter l’opinion, au fond il marchait avec elle, l’aidait et en était aidé.

Si vous n’admettez pas que c’était l’Angleterre qui donnait à Monk son blanc-seing, si vous croyez qu’il lui fît violence, vous supposez à un homme un pouvoir que les hommes n’ont pas. Il faut voir les choses comme elles sont. Sans doute on peut s’étonner que ces Anglais, — ce peuple sérieux qui pour fonder ses libertés avait si résolument fait la guerre à son roi, qui plus tard devait si froidement passer contrat avec une autre dynastie pour mettre ses droits hors d’atteinte, — se soient en cette circonstance conduits comme des enfans sans rien prévoir ni stipuler ! Mais les nations, à certains momens, sont saisies de terreurs qu’on dirait maladives, d’effrois non raisonnes, de véritables cauchemars, dont, n’importe à quel prix, il faut qu’elles se délivrent. Tantôt c’est l’anarchie qui fait leur épouvante ; l’aspect des démagogues, leurs cyniques propos, leurs insolentes convoitises, c’en est assez pour allumer cette soif de salut qui fait perdre à un peuple toute mesure, toute prudence ; tantôt ce sont d’autres terreurs qui lui font faire d’autres folies. Le cauchemar de l’Angleterre en 1660 était l’armée, le despotisme militaire. Elle en avait tant souffert ! Les majors-généraux, leurs exactions, leurs insolences, et depuis la mort de Cromwell, cette horde brutale que ne tempérait plus la moindre intelligence, ce colossal pouvoir tombé aux myrmidons, voilà ce qui poussait l’Angleterre au royalisme, au royalisme pur, aveugle et désarmé. Son instinct lui disait que, dût-elle en pâtir, c’était encore un immense profit que de sortir des mains de la soldatesque, que pour elle et pour ses libertés tout valait mieux, même un apprentissage du bon plaisir d’un roi, qu’une succession de Desborough, de Fleetwood et de Lambert se passant de main en main, comme un bétail, les habitans des trois royaumes. Ce même instinct lui disait qu’il n’y avait pas un moment à perdre : l’armée était divisée, occasion peut-être unique de se délivrer d’elle ; stipuler des garanties, des conditions, c’était entrer en pourparlers interminables ; il faudrait négocier, argumenter avec la couronne, envoyer chaque jour d’Angleterre en Hollande et de Hollande en Angleterre observations, réponses, projets, contre-projets. Quel temps perdu ! L’ennemi prendrait l’éveil ; bientôt les deux camps n’en formeraient plus qu’un, et la république et l’armée commenceraient un nouveau bail pour l’asservissement du pays. Se hâter, en finir, ne pas perdre un instant, s’associer au royalisme pour se donner la force de dissoudre l’armée, de balayer le terrain, voilà ce que voulait l’Angleterre, voilà ce qui expliqué cet acquiescement précipité, cet oubli de ses droits, cet abandon de toutes garanties. Toujours, en de telles rencontres, les peuples vont au plus pressé, sauf à se donner plus tard tel démenti que de besoin. Ce qu’ils ont fait si vite, il faut toujours qu’ils le refassent.

Aussi quel est le véritable caractère de cette restauration de 1660 ? On pourrait s’y tromper, à voir la joie sincère, le profond sentiment de délivrance, les élans de confiance et d’espoir qui éclatent de tous côtés. Quel monarque, au retour des plus rudes campagnes, après les plus glorieux exploits, reçut jamais pareilles ovations ? Et pour tant, regardez-y bien, malgré ces cris, ces hourras, ces vivats, malgré ces flots d’ale qui coulent à la santé du roi, malgré le bruit des canons de la Tour grondant au loin sur la Tamise, la restauration de 1660 n’est au fond qu’un expédient. On sent dès la première heure, au milieu même du triomphe, sous l’éclat de ce ciel serein, un sourd frémissement qui prédit les orages. À quoi bon dissoudre l’armée, cette armée inquiète et silencieuse, rangée tristement en bataille sur ces hauteurs de Blackheath, et répondant à peine aux saluts de son roi ? La guerre n’en renaîtra pas moins, guerre implacable et sans issue. Déjà deux camps se forment en silence, on commence à forger les armes. Comment éviter la guerre, lorsque la paix repose sur un malentendu ? N’y a-t-il pas comme une équivoque entre ce prince et ses sujets ? On a voulu brusquer le mariage en ajournant les entrevues, en fuyant les explications ; les époux ne se sont point vus, ne sont convenus de rien ; ils sont étrangers l’un à l’autre : aussi les voilà mariés, mariés sans conditions ! Mais au sortir de la cérémonie, dans la joie du festin, on surprend un regard, on entrevoit un geste, on sent je ne sais quoi d’inquiet, d’étonné, qui vous attriste, et qui vous dit que le divorce n’est pas loin.

Lisez les admirables pages où M. Guizot nous retrace cette joyeuse entrée, ce triomphant retour du monarque exilé ; transportez-vous avec lui dans la Cité, dans Westminster, dans tous les lieux où ses regards pénètrent pendant cette journée du 29 mai, journée qu’il raconte et qu’il peint comme le mieux instruit des témoins : vous comprendrez alors ce qu’ici nous indiquons à peine, vous sentirez cette impression de doute et de tristesse, ce vague sentiment de regret et d’espoir déçu qui planent sur ces fêtes et semblent en voiler la clarté. C’est chez l’historien le suprême talent que cet art d’exposer et de peindre, de faire voir et de faire penser, de mettre les choses en saillie, de les laisser s’expliquer elles-mêmes sans en donner le commentaire, sans intervenir jamais en tiers avec le lecteur. Ce don des maîtres, ce don qui dès longtemps lui appartient, jamais peut-être M. Guizot n’en avait fait plus grandement usage que dans ces deux nouveaux volumes, et surtout dans cette scène qui les termine et leur sert d’épilogue : dans le récit du l’établissement de Charles II. Ce modèle achevé de peinture historique n’est pas, nous l’espérons, un épilogue ; il est en réalité le premier chapitre de l’histoire de la restauration anglaise, et comme un engagement de nous la donner tout entière.


L. VITET.


  1. 2 volumes in-8°, 1856, librairie Didier.