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La Rose des sables/Avertissement

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Piazza (p. ix-xii).



AVERTISSEMENT


Diverses circonstances ont retardé la publication de ce livre. Je ne crois pas qu’il faille s’en plaindre. Les impressions de voyage, comme les vins, ont quelquefois besoin d’apprendre à vieillir, pour soutenir l’épreuve du temps, de se déposer un peu en nous, de se décanter lentement de la page du carnet ou du journal dans la page du livre. Celles-ci, qui datent de deux ans, en auront eu tout le loisir. Une première vérification leur aura été imposée de la sorte. D’autres leur ont été apportées par des événements inattendus. C’est ainsi qu’on a su qu’au fond de la Nigrérie un outlaw européen, Voulet ou tel autre, avait épousé une sultane targui et était devenu, sous le litham, un aménocal réputé. On rappelle le sultan blanc. Mon hypothèse sur l’origine féodale et templière des targuis s’en est trouvée singulièrement consolidée.

Je n’ai compris que dans le Sud Ernest Psichari, que j’avais vu jouer enfant dans mes landes de Rûn-Rouz avec son frère Michel, quand leurs parents nous rendaient visite avant que les malentendus de la vie publique nous en eussent séparés. Le désert, la solitude sont la clef des grandes âmes. Dieu agit partout, mais nulle part avec cette rigidité, ce despotisme.


Je ne saurais assez remercier mes compagnons de caravane de leur extrême amabilité. J’étais le seul homme de lettres, ignorant comme tous les hommes de lettres égarés parmi ces hautes compétences scientifiques, et j’ai éprouvé là combien la science est indulgente à l’ignorance qui ne cherche pas à s’en faire accroire et qui se relève par la curiosité. Je reste plus particulièrement obligé à M. Désiré Bois, professeur au Museum et le premier de nos botanistes, mais si modeste qu’à près de quatre-vingts ans il n’est pas encore de l’Institut ; à M. Prudhomme, directeur du Jardin Colonial de Nogent-sur-Marne, si vivant, si charmant et avec qui la science avait toujours figure de bonne compagnie ; à M. Bussard surtout, aux mains duquel m’avait confié sa femme, la grande romancière normande Marion Gilbert : nous ne nous retrouvions qu’à l’étape, car nous occupions des cars différents, et qui se montrait toujours si empressé, si fraternel.

Enfin, je remercie mon jeune compatriote et ami Charles Chassé d’avoir bien voulu accepter de relire ces épreuves que la maladie me voilait. Paysages lumineux du Sud, dont s’enchantèrent mes derniers soirs et que je n’ai pu revoir sans mélancolie, même dans leur transcription. Peut-être y auraient-ils trop perdu.

Ch. L. G.

Lannion, 25 Janvier 1932.




Ces lignes, vraisemblablement les dernières de l’auteur, ont été écrites par Charles Le Goffic quelques jours avant sa mort, survenue à Lannion le 12 février 1932.

l’éditeur.