La Sève immortelle/XXII

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Bibliothèque de l’Action française (p. 227-228).

XXII


La traversée fut très heureuse. Quand la brume se dissipait, Thérèse tâchait de se tenir sur le pont. La vue du ciel et de la mer enchantait sa tristesse, lui rendait plus sensible le mystère qui est en nous et hors de nous.

Loin de la fatiguer, le voyage semblait la fortifier. Mais elle ne fit que toucher la terre de France. À peine était-elle débarquée au Havre qu’elle tomba malade. Un refroidissement, pris en Angleterre, causa une pneumonie qui l’emporta en quelques jours.

Cette frêle enfant fut courageuse devant la mort :

— Dieu lui-même m’a préparée, dit-elle à sa mère. Je le vois maintenant, il a tout disposé et il me fait la grâce d’aller à lui sans crainte… comme un enfant va à son père.

Dans les instants de répit que lui laissait la souffrance, elle voulut écrire à Jean de Tilly, et en s’y prenant à plusieurs fois, elle parvint à tracer ces mots : « Dieu n’a pas voulu que vous eussiez la douleur de me voir mourir. Si mon heure est venue, comme je le crois, ne vous désolez pas, ne me confondez pas avec mon cadavre. Je vous aimerai tant que mon âme vivra. »