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La Troisième Jeunesse de Madame Prune/38

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Calmann Lévy (p. 200-201).



XXXVIII



26 mars.

Des nouvelles arrivées de Chine disent qu’à l’entrée du Peïho les glaces fondent : donc ce sera d’un moment à l’autre, le départ, et nous comptons les jours de grâce qui nous restent, nous sentant plus japonisés que nous ne pensions, à l’heure de tout quitter.

Ma petite amie Pluie-d’Avril est venue aujourd’hui me faire visite à bord, accompagnée de la vieille dame qu’elle appelle grand’mère. Une visite tout à fait bon enfant et sans cérémonie ; elle avait pris un costume qui, pour elle, était plutôt simple, mais où tout de même de grandes fleurs aux nuances fantastiques s’étalaient sur fond ivoire.

Elle est si connue, et d’ailleurs si bébé, que messieurs les agents de police la laissent aller et venir. À bord, les matelots aussi la connaissent, et disent : « Voilà le petit chat qui arrive. »

Aujourd’hui, elle s’est intéressée à nos canons ; qui aurait cru cela, et où la préoccupation de la guerre va-t-elle se nicher ? « Nos bateaux, à nous Japonais, en ont-ils de pareils ? Est-ce que ceux des Russes peuvent tuer aussi loin ? » Oh ! qu’elle était drôle, à côté de l’une de ces grosses pièces du Redoutable, que deux canonniers s’étaient amusés à lui ouvrir, et fourrant sa petite tête dedans, avec son beau chignon, pour examiner les rayures.