La Troisième République française et ce qu’elle vaut/28

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CHAPITRE XXVIII.

L’Évangile dit que l’on connaît l’arbre par son fruit. Eh bien ! Voilà le fruit de l’arbre qui nous menace incessamment d’une nouvelle récolte et qui, à coup sûr, se voit à l’heure actuelle, planté, arrosé, soigné, par le libéralisme du centre gauche en pleine floraison. Les fruits furent-ils si bons qu’on en veuille goûter encore ? Que la responsabilité d’avoir commencé la guerre appartienne à l’Empire, soit ; mais celle de l’avoir reprise et ravivée après la catastrophe de Sedan qui devait être le coup de grâce, à qui appartient-elle ? Uniquement à ceux qui se poussent maintenant à la tête du pouvoir et qui vont demain diriger les destinées du pays.

Ils peuvent répondre qu’un intérêt supérieur à celui des populations pantelantes dirigeait leur conduite. Il ne s’agissait pas, peuvent-ils dire, et ils le disent, d’épargner à la France du sang et des ruines, mais bien de faire surgir de ces ruines et de ce sang l’idéal démocratique et s’il fallait beaucoup de sang et beaucoup de ruines, tant pis, mais l’avènement de la nouvelle couche sociale en était hâté. C’est dans ce sens-là qu’on a agi.

On a fait parcourir les campagnes par des bandes avinées qui n’attendaient pas pour disparaître la plus lointaine approche des Allemands. C’était contre la population régulière du pays qu’elles s’élevaient. Elles menaçaient ce qui ne passait pas pour républicain ; elles annonçaient le pillage et, sur plus d’un point, l’ont exécuté ; elles ont risqué d’allumer la guerre civile dans les provinces comme elles la savaient pratiquer à Paris, à Lyon, à Marseille, et les persécutions et les folies des préfets et sous-préfets de ce temps donnaient la main et l’appui à tout ce pandémonium et, en définitive, mettons-nous au point de vue des coryphées de cette politique ; d’une main, ils compromettaient, dispersaient, perdaient les dernières forces militaires, de l’autre, ils travaillaient de tout cœur à enrichir leur monde par les malversations, à démoraliser ce qui n’était pas démocratique, enfin à fonder au milieu de la tempête, de l’eau trouble, de l’écroulement universel, le triomphe de l’homme de la rue embrassant l’homme de l’estaminet. Ils ont eu bien les coudées franches. On était gêné par eux, inquiété par eux, tourmenté par eux, dominé par eux, et personne, pourtant, ne leur a refusé l’obéissance parce que l’on était uniquement préoccupé du fait de l’invasion. Les impérialistes les ont servis ; les royalistes les ont servis ; les catholiques les ont servis ; les Zouaves pontificaux sont venus se mettre sous leurs ordres ; les libéraux, qui ne donnent rien pour rien, se sont servis eux-mêmes en les servant, et à la fin de tout, quel a été leur succès ? D’une part, ils ont tellement dégoûté et effrayé que le pays, comme il a été remarqué plus haut, a voulu une nouvelle épreuve de ce que pouvaient lui donner de secours les royalistes, en a envoyé un bataillon compact à l’assemblée de Bordeaux, et que les .socialistes ne doutant plus de rien, surexcités, échauffés et pressés, ont gêné leurs amis par l’explosion trop hâtive de la Commune. En bref, les dictateurs se sont montrés aussi incapables que présomptueux, ce qui n’est pas peu dire, et voilà l’arbre et voilà les fruits.