La Troisième République française et ce qu’elle vaut/47

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CHAPITRE XLVII.


Puisqu’il avait adopté le suffrage universel et la fiction de la volonté nationale, il lui devenait impossible de livrer cette marionnette à elle-même. Elle n’eût jamais remué ni bras ni jambes, mais les factions hostiles en eussent immédiatement saisi les fils et déterminé les mouvements. Ou s’en charger lui-même ou s’en laisser frapper. Il n’y avait pas de troisième alternative. Il serait curieux de voir le suffrage universel fonctionner une seule fois sans qu’on lui imposât son action. Pour débuter, la grande majorité des électeurs ne se dérangerait pas pour aller voter ; puis, les amateurs de scrutin ne sauraient absolument que faire et des urnes on verrait sortir les résultats les plus hétéroclites. Mais il y a peu de danger que la liberté des suffrages, comme on dit, se pratique jamais. Si le gouvernement n’est pas libre de faire dire ce qui lui plaît, c’est une faction qui l’ordonne et elle envoie tout droit de Paris, à chaque département, une liste de gens inconnus à ceux qui vont les nommer mais qu’ils nomment faute d’en savoir plus long. On fit donc remarquer à l’Empereur que les petites circonscriptions et l’état d’apoplexie étaient indispensables pour produire les plébiscites, les bonnes élections, les maires dévoués et le reste, ce qui était parfaitement exact. Aujourd’hui la même machine, fonctionnant de la même manière, donne les résultats opposés, ce qui est également naturel.

Il est inutile d’énumérer d’autres faits qui viendraient démontrer de la façon la plus concluante que l’Empereur Napoléon III avait aperçu ce qu’en définitive la centralisation produit maintenant qu’elle livre ses dernières conséquences. On a bu le vin et on épuise la lie. Les mérites, on les connaissait. Une grande facilité d’allures pour le gouvernement, une facile concentration de tous les genres de ressources avait assuré une supériorité marquée sur les autres pays d’Europe et la France s’était trouvée en état d’entreprendre et d’opérer les conquêtes de François I, de Louis XIV, de la Révolution, de l’Empire, et nommément les cinquante-trois invasions dont elle a bouleversé l’Allemagne.