La Troisième République française et ce qu’elle vaut/49

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CHAPITRE XLIX.


Le dilemme est pressant. C’est un de ces cas où pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire la vie, il convient d’écarter les préférences les plus naturelles et même les convictions les mieux fondées. Savoir si la France sera république, savoir si elle redeviendra monarchie et sous quelle dynastie, ce sont des questions graves, mais vivre est plus pressant encore.

À quoi bon rechercher si les anciens gouvernements ont eu tort ou raison de fortifier leurs moyens d’action comme ils l’ont pu ? Tous ont passé au plus pressé ; M. le Cardinal de Richelieu se défendait de son mieux contre les intrigues des princes du sang et des favoris et ne se doutait pas qu’il faisait de la centralisation. Assurément il eût préféré lutter un peu plus contre M. de Cinq-Mars que d’avoir à compter avec les majorités. Ceux qui l’ont suivi ont descendu la même pente. Aucun ne cherchait, ne prévoyait ce qui arrive et mettra la population française dans les mains administratives, de telle sorte qu’elle en arrivât à être malléable comme une cire, ne semblait pas devoir produire l’anéantissement complet du pays et en réduire les habitants à ne plus être que l’espèce de bouillie gélatineuse, l’amas de monères, diraient les physiologistes, avec lesquelles on fabrique ces majorités transformables, muables, indéterminables dans leurs métamorphoses sans fin et sans repos, aujourd’hui royalistes, demain impérialistes, après-demain radicales, non d’elles-mêmes mais au gré de l’impulsion que donne le coup d’aile de la fortune.

Et sur cette confusion inorganique plane cette légalité, émanation putride, reflet exact de l’état des majorités elles-mêmes et qui ne pouvant ni ne devant, vu son origine, conquérir rien qui ressemble à du respect, ne saurait non plus servir de fondement à quoi que ce soit. Il ne faut pas savoir beaucoup d’histoire pour avoir appris que lorsque la démocratie athénienne et les républiques de Florence, de Pise, de Lucques en furent là en fait de légalité que leurs codes n’étaient plus que des arsenaux fournis d’armes aiguisées contre telles ou telles factions, ce jour là, elles avaient pris fin et la destruction allait les saisir. Or, la France en étant au même point, doit faire quelque chose pour éviter un pareil sort et se tirer du gouffre.