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La Tunique de Nessus/Texte entier

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Un journaliste du siècle dernier, alias Le Nismois, alias
G. Lewis & Co (p. 7-222).

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LA TUNIQUE DE NESSUS




I

Il y avait un peu plus d’un an qu’Irène et Stanislas Breffer étaient venus s’installer à S…, leur ville natale, dans une vaste maison achetée de leurs deniers, après leur résolution subite de renoncer, Irène, à la haute courtisannerie où elle brillait sous le nom de Léna de Mauregard, Stanislas à sa maison de coulisse où il commençait à se créer une jolie fortune, pour ne plus vivre que de leur amour en se laissant béatement porter par les années.

Un an et quelques jours, une éternité !

Luxueusement aménagés, pourvus de très bonnes et très solides rentes, abonnés à tous les principaux journaux et revues de Paris, ils avaient sincèrement, loyalement, amoureusement essayé de s’embourgeoiser, de s’assouplir à cette existence de petite ville, où ils pouvaient trôner, entourés de leur famille, évitant de courir les fêtes locales par une prudence instinctive afin qu’un hasard imprévu ne révélât rien de leur passé, s’en tenant aux seules réunions de leurs parents et de quelques intimes.

Cinq mois durant, ils se firent illusion. Pour ne pas succomber à l’inévitable monotonie, ils s’accordèrent licence dans leurs goûts, Irène se bourrant de lecture et de musique ; Stanislas, de parlottes et de manilles au Café de la Comète pour se voir aux repas, se retrouver le soir sur les dix heures, s’aimer en bons époux, conjugalement, dans la stricte ordonnance de la manœuvre visant à la procréation.

Ils s’aimaient, ils le savaient, le sentaient ; ils voulaient noyer hier pour que demain, dégagé de toute compromission, fut bien l’expression de leur seule tendresse.

Une cuisinière, habile et réputée, prise dans le pays, s’occupait de leur confectionner de succulents déjeûners et dîners ; une fillette de seize ans et demi, la nièce du concierge de leur château d’Ecofleur, jolie et fine enfant nommée Annina, était exclusivement réservée au service d’Irène et servait à table ; une troisième fille, une forte gaillarde se voyait chargée des chambres et du gros ouvrage.

Les jours coulaient sans ennuis et sans difficultés, Irène se tenant au courant des évènements par les journaux qu’elle lisait avec attention, s’intéressant au succès de celles qui furent ses rivales ou ses amies dans le beau ciel de la galanterie parisienne. Stanislas n’abandonnant pas l’expérience acquise dans les affaires de bourse et se renseignant sur les moindres mouvements financiers par une correspondance très active avec l’acheteur de sa maison de coulisse.

On avait gardé, à tout évènement, le superbe hôtel d’Irène avec tout son mobilier, en le laissant sous la surveillance de la femme de chambre Mirette, avec un portier et deux domestiques choisis par Mirette, toute dévouée de cœur et d’âme à sa maîtresse.

Cette vie d’insouciance et de calme, après tant d’ambition et d’agitation, convenait-elle aux deux époux ? Cinq mois ils la vécurent religieusement, toujours empressés l’un auprès de l’autre, toujours cantonnés dans leur rôle officiel de riches propriétaires et de rentiers, affables avec tous, généreux avec les malheureux.

Un matin, après le cinquième mois, Stanislas décida de faire de la bicyclette ; Irène eut le même désir et les deux époux éprouvèrent une première fièvre à apprendre, à commander des costumes de genre pour excursionner ensemble dans les environs et au loin.

Une transformation s’opéra dans leurs habitudes : Irène négligea la lecture des romans, Stanislas sa promenade du matin et enfin, par un beau jour de mai, les deux époux résolurent d’effectuer une sortie jusqu’à un bois situé à huit kilomètres de S…

Avec des yeux ahuris, légèrement papillotards, les braves habitants de S… virent partir M. et Mme Breffer ; celle-ci vêtue d’un corsage pinçant la taille, avec une jupette ne descendant guère plus bas que les genoux, exhibant les mollets sous des bas noirs, répondant avec grâce et un fin sourire au salut des admirateurs promptement ramassés sur leur passage.

Irène et Stanislas, traversant la ville, allaient lentement pour s’habituer au roulement de la machine ; il fut donné à tout le pays oisif de se repaître de la vue des beaux mollets de Mme Breffer, de sa jolie tête malicieuse sous le béret qu’elle portait très crânement.

Suivis de la curiosité publique sur leur route, tantôt à côté l’un de l’autre, tantôt Stanislas un peu en arrière de sa femme pour se trouver plus à même de l’assister contre tout accident, ils riaient et s’amusaient comme des enfants et Irène épanouie, se secouant de l’assoupissement qui commençait de voiler sa beauté, s’écria :

— Ah, Stani, avons-nous été nigauds de ne pas penser plus tôt à cette distraction !

— Elle vient à l’heure opportune.

— Vraiment, monsieur le raisonneur, et pour quel motif ?

— Il fallait s’acclimater à la ville, pour ensuite mieux déguster le bonheur des champs, ajoute que le temps est beau depuis très peu de jours.

— Il me semble que toute la vie j’ai couru ainsi, et toi ?

— Pareillement, belle chérie.

Il roulait avec plus d’obstination derrière Irène. Devina-t-elle qu’il l’étudiait, l’examinait dans sa tenue légère, l’admirant et caressant peut-être des idées polissonnes, envolées depuis leur départ de Paris, elle se retourna, lui sourit et dit :

— Es-tu comme tous ces badauds à regarder mes mollets ? On t’en parlera ce soir au café, tu verras.

— Au café, je ne sais pas trop si j’irai.

Elle éclata de rire.

— Pourquoi n’irais-tu pas, Stani : ne change pas tes habitudes, voilà le meilleur moyen de ne jamais soulever un regret, un repentir.

— Bah, une fois par hasard !

— Que te prend-t-il de chercher une exception ?

Elle s’amusa à gaminer, lisant dans son cœur les impressions qui s’y succédaient. Il se rapprocha et murmura :

— Ces badauds, en s’extasiant devant tes mollets, y ont rappelé mon attention un peu trop négligente, depuis notre installation à S…

— Ah bah, toi aussi tu les regardes ! Tu te tiens en arrière à cause de ta contemplation, mauvais sujet de mari ! Avec ça que tu ne les connais pas sur toute leur contournure.

— Dame, mon ange, avec notre amour à la bourgeoise, on oublie les jolies choses qu’on aimait à voir et à embrasser.

— Chut, Monsieur le débauché, voulez-vous bien vous taire et revenir aux sentiments d’un bon, honnête et pudébond citoyen de la très décente et très vertueuse République.

Le chemin fuyait sous les pédales et ils arrivèrent au bois ; après quelques nouveaux tours de bicyclette, Stanislas s’arrêta devant un sentier qui s’enfonçait sous les arbres et dit :

— Si on se reposait quelques minutes et si on rêvait au ciel, au paradis !

Elle sauta à terre, approuvant de la sorte la proposition de son mari et, tenant à la main leur machine, sans mot dire, ils marchèrent dans le sentier une centaine de pas, aperçurent une clairière, la traversèrent pour s’arrêter à une seconde qui suivait, plus petite et plus discrète.

Ils appuyèrent les machines contre des arbres et Irène, remarquant une pelouse inclinée, vint s’asseoir sur un tronc, tandis que Stanislas s’allongeait sur le côté, tout près d’elle, un peu en contre-bas par la pente de la pelouse.

Ils ne parlaient plus et tout-à-coup Stanislas qui avait insensiblement rapproché le buste des pieds de sa femme, souleva une de ses jambes pour la placer de l’autre côté de son cou, sans qu’elle s’y opposât, se trouva sous ses jupes dans une demi-obscurité.

Elle les ramassa prestement à elle et, avec une légère pointe d’ironie lui dit, comme il s’égarait à la jonction du pantalon, constatant avec dépit qu’il était fermé :

— Pourquoi ne pas me prévenir que tu nourrissais des fantaisies, mon chéri, depuis que nous sommes à S… tout cela est bouclé.

Elle le contemplait sous ses jupes, le visage se dressant vers ses cuisses et baisant le pantalon, faute de chair ; elle ressentait elle-même l’excitation de la promenade, elle ajouta à voix basse :

— Ne risquons-nous rien ici ?

Rien, rien, nous sommes en pleine solitude : seul le garde pourrait survenir, nous l’entendrions et, dans tous les cas, il nous est acquis.

— Attends une seconde, je le détache, vilain, je croyais bien que c’était fini et bien fini.

Le pantalon détaché roula sur les mollets, Stanislas appliqua une ardente caresse aux cuisses, puis il imprima une pression pour qu’elle se retournât ; elle comprit, se laissa glisser du tronc d’arbre, se coucha tout de son long sur le ventre, lui offrit son cul sur lequel il se précipita et qu’il happa avec passion.

Les baisers succédaient aux baisers, les lèvres couraient sur toute la raie et s’y enfonçaient, il saisissait les fesses des deux mains, s’abattait le visage sur l’éblouissante sphère ; elle le favorisait, retirait sa jupette lorsque les mouvements la faisait retomber sur sa tête afin qu’il jouit bien à l’aise de ses caresses et elle l’entendit murmurer :

— Léna, Léna.

À ce nom, deux fois doucement répété, un tressaillement lui parcourut tout le corps, elle envoya la main aux lèvres de son mari, qui la baisa, se souleva le cul pour l’exciter à le caresser encore davantage et une troisième fois il dit :

— Léna, ma Léna.

Dans un souffle, la tête enfouie sous les bras, elle répondit :

— Léna, ta Léna ! Ah, mon chéri, tu aimes ta femme et tu aimes aussi la courtisane et la courtisane a du bon, n’est-ce-pas ?

— Elle devine, elle sait, elle s’enflamme, elle emporte la vulgarité, elle tue la décrépitude qui nous rongerait dans la vie bourgeoise.

Il haletait dans ses propos, ses caresses la firent vibrer ; elle le toucha aux cuisses avec ses bottines et lui dit :

— Viens, mon amour, ne lutte plus contre ton désir, prends-moi, prends-moi et rends-moi la félicité que nous éprouvions si souvent !

Il grimpa sur son dos et elle sentit qu’il dirigeait la queue dans son cul ; elle ne remua pas jusqu’à ce qu’elle y fut entrée et puis, bien enculée, se tournant à demi pour chercher ses lèvres, elle murmura la bouche près de la sienne :

— Presque un nouveau pucelage, mon mignon, il y a si longtemps.

Elle se souvint qu’il l’enculât après l’avoir surprise avec Christoval et ce souvenir, revenant en même temps à son mari, il le lui dit en suçant sa bouche.

Elle se trémoussa pour attirer la jouissance, il la tenait par la taille, elle se défit le corsage et lui mit les seins dans les mains.

— Tout, tout, puisque nous fêtons notre première escapade de S…

Ses seins avaient toujours la même perfection de finesse et de fermeté ; les lui pelotant, la jouissance s’accéléra chez Stanislas et il déchargea soudain, tous les deux se traînant convulsivement sur l’herbe et s’affolant dans la sensation.

L’ondée ne cessait pas et elle jouissait de son côté, dans une radieuse expression de visage, balbutiant :

— Mon petit homme, mon petit homme, reste bien dedans, tout entier.

Il répondit, la bouche collée sur sa nuque :

— Tu me serres, mon adorée, à me faire sortir tout ce que j’ai dans le corps.

Le spasme cependant s’arrêta, ils demeurèrent quelques instants immobiles, savourant la possession de la femelle par le mâle, le cul toujours enfilé et ne rendant pas encore la liberté au membre enculeur.

Elle murmura :

— Dis, et de l’eau.

— Il doit bien y avoir un ruisseau par là !

— Va voir, pendant que je reprendrai mon sang froid.

Il retirait la queue ; il fut vite reculotté, disparut derrière la clairière et ne tarda pas à trouver un petit ruisseau qui serpentait sous les arbres ; il accourut la chercher et l’aperçut, le pantalon sur les bras, debout, guettant son retour.

— Par ici, lui cria-t-il.

— Bon, reste à garder les machines, toi.

Ils se croisèrent ; elle avait reboutonné son corsage : il l’embrassa encore au passage et, gloutonnement, leurs lèvres se reprirent dans un long baiser, après lequel elle courut vers l’eau.

Elle demeura absente sept à huit minutes, reparut souriante, cette fois sans le pantalon sur le bras, par la raison qu’elle l’avait remis, mais avec son mouchoir à la main.

— Monsieur mon mari, dit-elle, si dans nos promenades vous devez avoir de telles velléités, vous me préviendrez afin que j’emporte le nécessaire. Vous me comprenez.

— Ne quittons pas encore ce paradis.

— Restons-y tant que tu voudras, mon amour, mais soyons sages.

— Je te le promets.

Elle se réinstalla sur le tronc, il se coucha en travers, la tête appuyée sur ses genoux, les yeux sur ses yeux et elle le câlina gentiment, un brin d’herbe dans la bouche.

— Tu es belle, belle, mon Irène, ma Léna !

— Les deux à la fois, pour toi seul maintenant, cher aimé.

Elle se pencha pour l’embrasser, il saisit de ses lèvres le brin d’herbe qu’elle mordillait, ils le tirèrent chacun de leur côté, tant et si bien qu’il se coupa en deux.

— Ah, s’écria-t-elle, notre part est faite à chacun, elle est égale, vois, mon Stani, nous nous accorderons toujours et l’amour nous transformera pour des délices infinies.

Le soleil montait, il fallait songer au retour. Le déjeûner attendait ; ils revinrent et la même curiosité les suivit à travers la ville.

Satisfait de sa matinée, il alla le soir au café comme d’habitude et, ainsi que sa femme l’avait préjugé, il n’était question que de ses mollets.

— Veinard, lui dit un de ses manilleurs en lui tapant sur l’épaule, nous savions que Mme Breffer était la plus jolie femme de S…, nous ignorions qu’elle en était aussi la mieux faite. Vous ne devez pas vous ennuyer ensemble, hein, mon farceur ! Nom d’une pige, quels mollets et quel galbe ! Rien d’exagéré, mais ce que ça pince les yeux !

— Vous avez regardé, mon vieux salop, tant pis pour vous, vous aurez les yeux troubles et vous perdrez à la manille.

— J’y perdrais bien une quinzaine de soirs, pour voir plus haut que les mollets.

— Qu’est-ce que c’est, père Sénedain, vous ne rougissez pas d’émettre de pareils discours.

— Ne vous fâchez pas, mon vieux Breffer, c’est histoire de reconnaître la beauté et le mérite de votre dame.




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II


Trois jours après ils repartaient et Irène présentait une nouvelle tenue plus sensationnelle.

Une veste et une culotte bouffante de velours bleu, la veste boutonnée au cou par deux boutons et entr’ouverte sur une chemise plastron rouge, des bas rouges, une toque noire.

Il y avait foule dans le faubourg et Stanislas constata avec ennui qu’une demi-douzaine de cyclistes paraissaient les guetter pour les suivre.

Irène lui dit à demi-voix, avec un sourire :

— La meute est lancée, gare le chemin.

— Crois-tu qu’ils auraient le toupet de nous accompagner ?

— Ils en sont bien capables. Pédalons avec calme, nous jugerons l’affaire. Ne t’en préoccupe pas.

— Sacré pays, on n’est pas libre de se **promener avec sa femme.

Ils firent plus d’un kilomètre sans distinguer après eux trace de cyclistes.

— Nous nous sommes trompés, dit avec un soupir de satisfaction Stanislas.

— Je ne crois pas et la défiance nous devient une nécessité.

Elle le regarda du coin de l’œil, le vit désappointé et ajouta avec un sourire :

— C’était donc dans le programme, comme l’autre jour, chéri ?

— Peut-être.

— Tu es un drôle de mari dans ce cas ; que signifie cette manie d’attendre d’être en pleine campagne pour se livrer à ses débordements !

— Drôle, je n’en disconviens pas ; mais chez nous, je ne sais pas pourquoi, ce n’est plus ça. Nous sommes entrés dans la peau bourgeoise de notre rôle et nous n’avons plus la même attitude que sur cette route.

Elle réfléchit et répliqua :

— À quoi cela tient-il, si ce n’est à notre séparation de presque toute la journée, à ton retour du café le soir avec un peu d’énervement, un peu de fatigue et qui te pousse à aller droit au but sans apprécier les hors-d’œuvres.

— T’en plains-tu, mon adorée ?

— Le ciel me garde de me plaindre ! Tu accomplis régulièrement ton devoir conjugal et bien des femmes s’en déclareraient plus que satisfaites.

— Et toi ?

— Moi, je le suis ! Je parie que tu ne sais pas combien de fois tu as été mon mari en cinq mois ?

— Je ne les ai pas noté.

— Moi, je puis te le dire.

— Tu comptes, friponne.

— Dis le chiffre ?

— Par à peu près à quatre fois par semaine, avec quatre semaines et demie dans le mois.

— Sans à peu près, mon chéri, tu m’as honoré cent seize fois. Un batelet pourrait voguer dans la cuvette où nous aurions ramassé ta liqueur. Je l’ai conservée en moi et il n’y a pas trace d’enfant, cet enfant que nous voulions.

— Nous sommes jeunes, il viendra un moment ou l’autre. Quelle idée de marquer le chiffre !

— Marquer, non ! Toutes les fois je mets un louis dans une cassette pour lui faire sa petite bourse de jeune homme, plus tard…, s’il vient. Ah, ah, tourne-toi, vois, la meute court à notre chasse.

— Que le diable…

— Ah, mon pauvre chéri, ah, mon pauvre Stani, tu perds l’habitude de la réflexion ! Si réellement l’aventure du bois exerce de l’attrait sur ton cœur, il y a moyen de se la procurer en faussant compagnie à ces jeunes chiens.

— Indique le moyen.

— En prenant le chemin de traverse qui conduit à Ecofleur, où nous serons chez nous, dans notre petit bois si ça te sourit, dans le parc ou dans l’île, ou même dans le château, si le grand jeu te tente.

— Vivat ! Irène, Léna, tu es ma femme, ma maîtresse, tu as compris mon désir ; vite, en route pour Ecofleur, nous y serons dans une vingtaine de minutes ; le domaine est clos de murs, ils feront un nez.

Dans le délai fixé, ils descendaient devant la grille que leur ouvrait Jacopin, le concierge, en les saluant très bas.

— Vous, Monsieur, Madame, vous n’avez pas prévenu !

— Nous venons nous reposer au château, Jacopin, dit Stanislas en rentrant sa bicyclette et celle d’Irène, passez-moi la clef.

— Voilà, Monsieur, et toujours en bonne santé ? On va vous accompagner et vous préparer quelque chose.

— Rien du tout, rien du tout, nous venons avec Madame examiner les pièces pour des changements de meubles et nous tenons à ce que personne ne nous dérange.

— Soyez tranquilles, personne ne s’en avisera.

— Ensuite, Jacopin, il y a des coureurs qui encombrent la route, vous veillerez à ce qu’ils ne s’introduisent pas dans la propriété.

— Entendu, entendu, on ne viendra pas chipper nos fleurs, ni se ballader par nos allées.

Irène, pendant cet entretien, se dirigeait vers le château que son mari avait désigné comme but de leur promenade.

Stanislas la rejoignit en quelques enjambées et, cinq minutes après, ils pénétraient dans la très confortable habitation, décorée du nom de château, et s’y enfermaient.

— Que veux-tu aujourd’hui, Stani, interrogea Irène ?

— Montons au premier, dans nos appartements réservés.

Ils montèrent en silence et entrèrent dans un salon luxueux, dont Stanislas ouvrit les fenêtres.

— Est-ici que nous stationnons, demanda-t-elle ?

— Pour un instant.

— Que désires-tu, chéri ?

Il lui saisit les deux mains et murmura :

— Que tu me reçoives comme tu as reçu Christoval la fois où je t’ai surprise.

Elle fronça les sourcils et répondit à voix basse :

— Oh, Stani, pas ça, pas ça, où tous nos efforts de vie paisible risquent d’être compromis.

Il s’agenouilla, lui baisa les mains, reprit :

— Cela, eh, une simple comédie où tu te révéleras artiste, ma Léna.

Elle porta les mains à sa tête et s’écria :

— Tu veux remplir le rôle d’un autre, être pour moi le passant que j’assujétirais à mon caprice et à qui je verserais dans le sang la folie d’une ivresse affreuse et terrible ! Stani, nous n’aurons ni l’un ni l’autre la force d’arrêter le jeu et tout le passé ressuscitera, la tunique de Nessus se fera sentir à nos épaules et nous retournerons à l’inconnu, à l’imprévu.

— Je te veux, comme je te vis sur lui, tu es ma femme, ces impressions délirantes je les ai trop peu ressenties avec toi ; nous sommes ici dans ce pays pour nous, que crains-tu de l’inconnu, de l’imprévu ? Je veux être pour toi Christoval et après je redeviendrai Stani. Je veux qu’une frénésie de plaisir altruiste m’entre dans les veines, je veux que tu t’abuses absolument, que tu croies bien voir en moi Christoval et que tu agisses comme tu as agi à son égard.

Les yeux d’Irène brillaient comme du feu, son petit sourire avait repincé ses lèvres : avec des gestes saccadés elle se dépouilla rapidement de tout son costume, se mit entièrement nue, déroula les cheveux sur ses épaules et répondit la voix brève :

— Soit, tu le veux, je serai sincère dans mon rôle, tache de retrouver les répliques de Christoval ou je te les soufflerai impitoyablement, dussent-elles te déchirer l’âme ; Stani, il en est temps encore, fuis ce jeu qui nous mènera plus loin que tu ne le supposes.

— Je suis Christoval.

— Ah, c’est trop, trop d’entêtement, allons-y à une condition, c’est que lorsque tu sentiras l’effet se produire, tu entends, tu entends bien, tu m’arrêteras et me prendras, rentrant dans ton rôle de là-bas, ton rôle à toi. Si tu passes outre, je te le jure, demain je te quitte et rentre à Paris, m’y relance dans la vie de fille, cette fois jusqu’à la vieillesse, jusqu’à la décomposition.

— Je suis Christoval.

— Et bien, sors et rentre dès que j’aurai dit : « Mirette, fais entrer ».

Il s’empressa d’obéir et sortit ; elle se planta devant une glace, ses cheveux sur les épaules, les yeux fixés sur son nombril dans la glace et prononça le : « Mirette, fais entrer ».

Stanislas entra comme un fou, vint sur elle, qui sourit, et dit :

— Tu es dans la parfaite imitation, attends.

Elle lui fit face, une mèche de ses cheveux rejetée par devant sur une de ses épaules, le regarda avec des yeux mourants et dit :

— Te voilà, petit Christoval, tu vois, je t’attendais et j’apprêtais la vue de mon corps pour le régal de tes yeux.

— Régal exquis, dit Stanislas.

— Tu n’y es pas, Stani, Christoval me saisit par les épaules avec les deux mains, attira mon visage près du sien et les yeux féroces, me siffla : « Damnée putain, mortel poison, on meurt de ton amour, on ne s’échappe pas à ta glu ». Allons, mon ami, tu es dans la peau de Christoval, traite-moi comme la fille qu’on a le droit de baiser et d’injurier.

Stanislas posa brutalement les mains sur les épaules et récita la phrase.

Elles approcha les lèvres des siennes, lui jeta les cheveux autour du cou, le baisa lentement de façon à ce que ses paroles s’imprimassent sur ses lèvres et dit :

— Damnée putain, mortel poison, mes cheveux s’enroulent autour de ton cou, mes lèvres mouillent les tiennes : tout à l’heure elles s’abaisseront, je boirai ta force virile et une, deux, trois années de ton existence tomberont dans le gouffre de l’Éternité.

— De suite, de suite, répliqua Stanislas.

Les yeux railleurs d’Irène lui firent signe que non et elle reprit :

— On ne remplace pas aussi facilement que cela les autres. Christoval de ses deux mains m’attrapa les seins comme pour les déchirer, puis me repoussa : je l’enlaçai de mes bras, je me collai contre lui et une de mes mains courut dans sa culotte comme elle court dans la tienne ; il tomba sur les genoux et, presque pleurnichant, murmura : « D’autres, d’autres voluptés pour oublier celle-là ; tu es belle, tu es prêtresse d’amour, deviens la maîtresse adorée et non la goule qui suce le sang ». Vas-y, mon petit Stani.

Elle commençait à s’amuser au jeu ; quand il eut achevé, elle dit :

— Stani, toi, tu as le choix de la volupté, dis, veux-tu arrêter la substitution du personnage ?

— Que tu es belle, ma Léna, marchons, marchons encore dans nos rôles.

Elle le considéra avec grand amour et lui frappant légèrement la culotte avec le pied, continua :

— Sors ta queue, Christoval, je le veux ; je la veux toute dans ma bouche, toute sur mes lèvres ; je veux que son suc coule goutte à goutte à travers mes entrailles, car, tu le devines bien, si je suis la plus belle et la plus jolie de Paris, je le dois au philtre masculin que je pompe à la queue de ceux que j’ai condamnés à servir ma passion. Tu es de ceux-là, mon beau Christoval et, à cette heure-ci, nulle force humaine ne te soustrairait à mon attrait. L’homme que j’aime le plus au monde, s’il survenait, je lui rirais au nez, je lui cracherais mon mépris, il ne te sauverait pas. Allons, mon Christoval aimé, tu me trouves belle dans ma nudité, montre la tienne.

Elle avait posé les mains sur les deux épaules de Stanislas, le dévorant des yeux dans l’évocation de ces paroles du passé, son corps se penchait en avant et tout son buste admirable planait au-dessus du visage de son mari ; de ses chairs, mille fluides lascifs s’élançaient vers le corps mâle, le pénétraient, exaspérant ses ardeurs et elle se trouva saisie par les bras de Stanislas qui luttaient pour la ployer, l’attirer à lui, dans un fol élan d’amour, dans un fougueux désir de possession.

Un sourire ironique plissa ses lèvres, et elle dit :

— Ici, tu n’as pas besoin d’être remis dans le bon chemin de l’imitation, tu agis comme lui, voyons si tu suivras aussi bien le rôle.

Elle recula les jambes, le buste se défendit contre la pression des bras, elle parut comme cassée en deux, le haut du corps courbé presque en ligne droite, le visage face à face avec celui de Stani et un phénomène extraordinaire de magnétisme s’opéra, transformant les traits de l’un et de l’autre dans un jeu de physionomie surhumain où la femme domina l’homme.

Le joli visage d’Irène s’auréolait d’une volonté indomptable, ses yeux se dardaient sur ceux de Stani, la bouche s’entr’ouvrait doucement dans ce sourire lancinant qui enlevait l’énergie virile à ses amants et Stani, prostré d’admiration devant cette femme, la sienne, développant toute la beauté de son corps à ses regards, la condensant dans les traits du visage, saisit haletant l’expression du désir qu’elle voulait satisfaire.

Les yeux ne se quittaient plus, le sourire se figeait sur les lèvres d’Irène, ses seins parurent se soulever, apportant l’élément de leur attirance au visage, le visage s’approcha presque à toucher celui de Stanislas et ce visage eut un long mouvement d’oscillation où, sous les yeux stupéfiés du mâle en rut contenu, celui-ci vit sur le bord des lèvres s’avancer un tout petit bout de langue ; le cou subit l’ondulation serpentine, la langue paraissait à peine et disparaissait ; il sentit sur ses épaules les mains crispées de sa femme, le contraignant à demeurer immobile et la vision s’élargit, la femme se métamorphosa en une statue merveilleuse, où le corps en catalepsie, la tête seule trahissant la vie, une vie d’une force intensive inouie.

Les mains, avec lesquelles il l’enlaçait, retombèrent inertes ; le sourire d’Irène sembla s’étendre sur tout le visage qui se détacha en relief, annihilant le reste de la personne ; la langue, petit point rouge, vint se fixer sur les lèvres dont elle effaça le sourire et alors, le visage avec ses yeux hypnotisants, frôla le visage de Stani, la langue s’agita et le heurta de coups précipités sur le nez, un souffle lui caressa la bouche, il entendit Irène qui disait :

— Ta queue mouille, Christoval, et tu n’es pas encore nu.

Il porta inconsciemment la main à sa culotte ouverte, il bandait, la queue s’humectait ; à ce moment Irène abandonnait ses épaules, s’écroulait la tête en bas sous ses cuisses, le buste en pente inclinée, lui saisissait la queue et vorace, l’engloutissait dans sa bouche.

Elle ne bougeait pas, elle ne suçait pas, gardait la queue entre ses lèvres. Stanislas se perdait dans l’extase d’esprit qui le gagnait, avant qu’il ne fut emporté par l’extase physique, elle murmura, sans lâcher le membre viril :

— Oublies-tu que tu es Christoval ?

— Ah oui, qu’est-ce qu’il a fait, Christoval ?

— Christoval m’a fessée, m’a couchée sur le tapis et, comme j’avais été surprise, il m’a souffletée.

— Malheur, Christoval t’a souffletée !

— Tu es Christoval ; marche donc, puisque tu veux la scène, ou sinon prends-moi, car je jouis déjà, moi, et dans un instant je n’aurai plus la force de me contraindre, je te traiterai comme j’ai traité Christoval, je ne pourrai plus me dominer pour t’empêcher de râler à ton tour.

La main de Stanislas s’abattit sur son cul en claques violentes et retentissantes ; ces coups le secouèrent de sa torpeur ; il repoussa sur le tapis le corps d’Irène et il s’apprêtait à la giffler, lorsqu’elle lui saisit le bras et le mordit au pouce.

— Christoval, dit-elle, on ne bat pas une femme, une femme qui est reine de volupté comme Léna de Mauregard.

— Il n’a pas frappé ?

— Non, chéri : à toi la réplique.

— Ma réplique ! Dame, je t’aurais peut-être étranglée.

— Tu n’es pas lui ! Il m’a apporté sa queue dans la bouche, me plaçant le cou entre ses cuisses et il s’est déshabillé.

— Comme cela ?

— Oui, et maintenant à l’action.

Entre les cuisses de son mari, accroupi par dessus sa tête, elle suçait à larges sucées, à pleine bouche, sans mignardises et sans **fioritures. Stanislas se dévêtissait, s’appliquant à ne pas la déranger dans ses caresses, lesquelles n’agissaient ainsi que relativement, son attention se concentrant à rejeter au loin veste, culotte, chemise.

Quand il fut nu, elle roula sur le dos pour approcher la tête sous les jambes qu’elle commença à baiser, puis se glisser sous le cul qu’elle larda à coups de langue.

— Oh, oh, Irène, tu as fait çà !

Elle sortit de dessous lui, se mit à quatre pattes, comme il l’avait surprise, le poussa sur le dos et le déchaussa. Elle l’étendit alors tout de son long sur le tapis et vint s’asseoir sur sa poitrine, les jambes autour de son corps, faisant face à la queue.

Elle ne remuait plus, mais il sentait ses regards fixés sur la queue, dont une de ses mains finit par s’emparer pour la caresser délicatement dans une demi-masturbation. Peu à peu elle se coula lentement, lui frôlant la poitrine, la ceinture, le ventre avec les fesses ; elle se remit à quatre pattes et ses lèvres happèrent la queue, la tortillant de la langue, des dents, l’excitant de plus en plus.

Tout à coup il se rappela sa recommandation et murmura :

— Irène, Irène, viens, ou je ne réponds plus de moi.

Tel un arc qui se détend, elle s’allongea dans ses bras avec un tressaillement d’indicible volupté, les yeux extatiques, en disant :

— Je meurs, tire, tire-moi donc !

La queue était entre ses cuisses, elle enfilait le conin, l’inondait d’une ondée brûlante ; une fougueuse sensation la tordit sous les violentes secousses de son mari, elle s’évanouit dans un bonheur divin, où tous les deux se rendirent vraiment compte de la puissance de l’amour et des idées imaginatives qu’il suggéra.




Bannière de début de chapitre



III


Il n’y avait pas à se le dissimuler : ils brisaient l’engourdissement bourgeois qu’ils subissaient depuis leur arrivée à S… Le mari et la femme ne pouvaient, en pleine jeunesse, Irène avait vingt-huit ans, Stanislas trente-et-un, se contenter du roulement monotone des jours, dans le même cadre d’habitudes, avec le même ciel de lit béat, se satisfaisant d’une chevauchée ordinaire, où n’a rien à voir le culte de la beauté et où parle seul le besoin de nature.

À des types grossiers et primitifs, le jeu simple de la procréation suffit ; à des raffinés éduqués et instruits, la beauté impose son admiration et cette admiration se traduit par l’adoration physique de la déesse, de la beauté féminisée, adoration qui commande le baiser, l’aspiration, l’extase sentimentale dans la pratique de tous les charmes servant au plaisir.

La femme qui aime et qui veut être aimée, a le respect de son corps et le soigne en conséquence pour en faire le temple où se consacrera son culte, où s’exercera sa puissance.

Irène avait le respect de son corps et elle comprenait que ce respect ne va pas sans les sacrifices aux fidèles.

Stanislas revenait à la volupté, il lui réveillait les sens.

Elle eut un moment de trouble, au retour de cette seconde escapade et se décida à analyser s’il lui serait possible de jeter le voile sur le passé ; elle s’effara à l’idée qu’après une série plus ou moins longue d’ivresses, son mari, comme tous les hommes, éprouverait le besoin du changement.

Irène avait trop d’intelligence pour ne pas comprendre que toute surexcitation sensuelle suit les phases : 1° d’attente, pendant laquelle les forces s’équilibrent et se réparent ; 2° de fermentation, pendant laquelle on idéalise l’objet dont on a le désir ; 3° de débordement, où l’on croit le monde fixé à la sensation qu’on éprouve ; et enfin 4° de sommeil, où la nature souffle sur les exagérations morales et matérielles pour assoupir l’esprit et le corps, l’obliger à l’inertie, afin de le ramener à la phase première.

Une même femme pourrait certes, avec de l’observation, bénéficier longtemps du même amour, en étudiant ces phases successives de la masculinité, en veillant à ce que, dans les deux périodes de fermentation et de débordement, nulle image autre que la sienne s’interposât devant l’amant aimé ; mais cette étude, avec l’instinct d’individualisme développé dans la société, paraissait chimérique.

Irène, qui eut été capable de la diriger, la repoussa et manœuvra d’une autre manière. Elle pensa à assurer son avenir et celui de son mari sur les mêmes bases d’entente absolue que celle acceptée à Paris.

Elle demeurerait l’idole adorée, idole de chair et d’os, ayant aussi ses seifs passionnelles à satisfaire, seifs que son mari ne lui calmerait qu’en partie et qui ne sauraient l’inciter à prendre un amant dans leur petite ville de province, ce qui lui apparaissait comme une monstruosité, avec d’autant plus de raison que si elle prenait un amant, elle perdrait le droit de reprocher à son mari de courir après d’autres femmes ; elle demeurerait l’idole, mais l’idole complice des caprices mâles et en profitant.

Donc, Stanislas pouvait courir après d’autres femmes et il y aurait moyen de combiner leurs fantaisies sur cette voie.

En somme, si on habitait en Turquie, si Stanislas était un pacha, elle serait bien obligée, même en ayant le titre de sultane favorite, de le laisser commercer avec d’autres femmes. Elle avait été lesbienne avec Elvire, avec Lucie, avec la comtesse de Clamaran, pourquoi ne le serait-elle pas à S… et ne transformerait-elle pas sa passion de suçage en passion de minettes. Elle en avait eu le goût ; ce goût à S… aurait du piquant.

Pendant qu’à plusieurs reprises, dans leurs excursions, le même besoin charnel les jetait l’un et l’autre dans la frénésie des diverses voluptés, elle travailla cette idée et en entrevit les avantages. Faire venir des femmes du dehors, on risquait de soulever l’animosité du pays ; attirer les femmes de la ville, sans doute le danger apparaissait plus grand, une indiscrétion parvenant aux mères occasionnerait un gros scandale ; mais, qui commettrait l’indiscrétion ! Irène, se créant la reine d’un sérail possible, ne ressentait plus aucune inquiétude ; elle avait déjà sous la main les femmes qui convenaient à ses plans et de ces femmes elle savait que jamais elle n’aurait rien à craindre.

Depuis leur installation à S…, Irène s’intéressait à une formation de personnalité féminine qu’elle avait entreprise, par dilettantisme, et qui répondait à merveille à l’éducation qu’elle donnait.

La jeune Annina, engagée comme fille de chambre, n’eût pas été à proprement parler une beauté éblouissante : blonde-châtaine, avec des yeux gris, le visage régulier et bien pris, elle était plutôt grande que petite, ce qui lui imprimait une allure dégingandée et exagérait sa maigreur.

Peu aimée de son oncle Jacopin, à la charge de qui elle était restée, par la fuite de sa mère avec un officier, orpheline de père, elle entra au service d’Irène et lui voua une adoration des plus vives, lui obéissant au moindre signe, cherchant à l’imiter dans ses grâces et ses attitudes, ce qui finit par amuser Irène. Celle-ci s’accoutuma à son service de poupée vivante, de mannequin intelligent, pour essayer des effets de nuances dans les étoffes, lui inspirant ainsi sans s’en douter le goût de la coquetterie.

Voyant un terrain facile pour exercer son empire Irène, enchantée de la transformation qui s’opérait chez sa petite fille de chambre, l’initia à mille finesses féminines et, en ces quelques mois, fit de l’insignifiante Annina une réelle jolie fille, bien nippée par les robes et le linge qu’elle lui fournissait, séduisante par les soins de sa personne qu’elle lui inculquait, sortant peu à peu de sa condition subalterne pour être traitée plutôt en jeune compagne qu’en servante, quoique accomplissant toujours son office avec la plus scrupuleuse exactitude.

Le rayonnement de la beauté d’Irène affinait tellement sur tout ce qui l’entourait, que Stanislas n’apporta aucune attention à cette création humaine, approuvant cependant sa femme dans l’intimité qu’elle accordait à une enfant, qu’on sentait reconnaissante pour le maître et la maîtresse.

L’amour de son mari se ravivant fougueux, Irène, qui riait chaque soir au retour de Stanislas du café, lui racontant le prodigieux effet qu’elle produisait dans le pays, et qui observait sur son passage les regards lubriques des provinciaux mis en concupiscence par la seule vue de ses mollets, en vint à rechercher ce qui pourrait en résulter, examina la recherche amoureuse dont elle ne manquerait pas d’être l’objet, conclut que ce qui se passerait pour elle par le clan masculin, se passerait aussi pour son mari par le clan féminin et, ayant déjà bien étudié toutes les phases de la question, décidée à se calfeutrer encore plus chez elle en dehors de ses charmantes pérégrinations cyclistes, résolue à éviter les moindres compromissions, rendant justice à cette fleur qui s’épanouissait sur son influence, en la personne de sa fille de chambre, estimant que plus tard elle serait l’aimant qui retiendrait Stanislas et en même temps lui offrirait à elle un dérivatif à sa sensualité, marqua Annina comme première étoile du sérail conjugal à former.

Elle marquait cela pour plus tard, un petit événement précipita la chose.

Une grande fête fut donnée chez un des frères de Stanislas, qui avait acheté la charge de notaire de Me Auquedan, après avoir épousé sa fille, en l’honneur du baptême de leur premier né, fête que clôtura un bal à la grande joie des parents très nombreux et des intimes.

Stanislas et sa femme ne purent se dispenser d’y assister et d’un autre côté, Armand Lorin, père d’Irène, resté veuf, y conduisait sa fille cadette Gabrielle, charmante jeune fille de dix-huit ans, retirée depuis peu du couvent et qui habitait avec lui à la campagne.

La ville fut en ébullition à la pensée de ce que serait la toilette d’Irène, réputée comme élégance et comme genre.

Les femmes s’ingénièrent à se surpasser et, sous le prétexte qu’à Paris on se décolletait, se déshabillèrent presque le haut du corps. C’était miracle que les corsages ne laissassent pas échapper leurs gentils prisonniers ; il est vrai qu’une majeure partie des dames de S… s’en trouvaient à peu près dépourvues, probablement en compensation aux quelques-unes qui en avaient trop.

L’espérance des habitants ne fut pas déçue. Pour la circonstance, Stanislas fit venir d’Ecofleur le coupé et, comme la maison de son frère était située à l’autre extrémité, Irène traversa triomphalement les rues de S… le visage souriant, sa beauté délicieusement parée d’une toilette blanche, enguirlandée de roses soulignant la pureté de ses épaules, les seins tout juste recouverts, que ne purent hélas admirer les passants et les curieux, la jeune femme se tenant enveloppée de sa sortie de bal.

Elle fit une entrée sensationnelle chez Sigismond Breffer : un murmure laudatif la salua du côté des hommes ; des narines, des lèvres pincées du côté des hommes. La Mairesse, grosse femme, indignement décolletée, dans un mouvement désordonné pour mieux la voir, exhiba une de ses boules, que précipitamment son mari réintégra.

Irène s’imposait comme beauté, comme élégance ; elle ne chôma pas de danseurs et sourit intérieurement à ces yeux mâles, détaillant le contour de ses seins et essayant de préjuger l’au-delà avec des mines où se trahissaient leurs secrètes pensées.

Un autre frère de Stanislas, Maxime, âgé de vingt-trois ans, maréchal-des-logis de chasseurs venu en permission, dansant avec Irène, ne put s’empêcher de lui dire :

— Tu es trop belle pour ce pays, ma sœur, tous ces croquants te casseront la tête par les promenades qu’ils feront sous tes fenêtres.

— Ils ne me troubleront ni moi, ni Stanislas, mon ami.

À ce bal il y avait aussi, nous l’avons dit, Gabrielle Lorin, la jeune sœur d’Irène et cette sœur, quoique conservant encore les gestes un peu empruntés des pensionnaires du couvent, accusait la même beauté, le même éclat que son aînée ; blonde, tournant sur le roux, blonde vénitienne, déjà gracieuse, coquette d’instinct, d’une très grande ressemblance avec Irène, Stanislas s’en fit le cavalier assidu.

Le beau-frère et la belle-sœur n’avaient eu jusque là que de très lointains rapports : à peine dans les six ans que datait le mariage, s’ils se rencontrèrent une dizaine de fois. Mais Gabrielle savait que par sa grande intelligence, Stanislas, cependant réputé au début comme un garçon très ordinaire, ramassa rapidement une très jolie fortune ; elle savait qu’il rendait sa sœur très heureuse, elle voyait le degré de beauté que celle-ci atteignait et elle se montra très sensible à l’accaparement de Stanislas.

Stanislas conservait cette attraction gagnée au contact des belles demi-mondaines ; il devait plaire à Gabrielle, nourrissant forcément les mêmes penchants que son aînée. Il comprit la portée de la recommandation de sa femme, lorsque dans un court tête-à-tête qu’ils eurent tous les trois, elle dit à sa sœur :

— Et bien, Gabrielle, que penses-tu de Monsieur mon mari ?

— Que je désirerais en trouver un comme lui, c’est le meilleur compliment à lui adresser.

— En attendant de l’avoir, tu ne serais donc pas malheureuse si je demandais à père de te laisser avec nous, lorsqu’il repartira pour la campagne. Tu ne dois pas t’y amuser et il doit être gêné par ta présence.

— Demande, Irène, on s’entendrait si bien tous les trois.

— Entendez-vous tous les deux.

Irène s’élança sur ces mots avec un cavalier qui l’avait invitée pour une valse.

Le mari et la femme, dans les voluptés courues à travers champs, se surexcitant les sens, les avaient introduites dans l’alcôve conjugale. Irène appréhendant cette fougue, qui se manifestait de façon ininterrompue, jugea l’heure venue de fixer son rôle de sultane favorite.

Simultanément, elle vit dans cette soirée les deux femmes sur lesquelles il lui serait facile d’étayer sa puissance et de se reposer des intermittences de passion que subirait son mari : d’abord Annina, puis sa propre sœur Gabrielle.

La morale ne comptait pas pour les choses de la chair dans l’esprit d’Irène. Elle connaissait trop les désirs sensuels, pour ne pas savoir qu’aucun être ne reculait devant l’ardeur imprévue inspirée par le rêve d’un contact charnel, ce contact visa-t-il la personne la plus sacrée et la plus défendue par son caractère de parenté.

Annina l’avait habillée et alors qu’elle arrangeait ses seins pour qu’ils n’échappassent pas de son corsage, dans un élan subit, elle tomba à ses genoux et s’écria :

— Vous êtes trop belle, Madame, on voudrait prier devant vous, comme on prie devant le bon Dieu !

Irène avait tiré un de ses seins et répondit :

— Fais un bécot sur cette perle, et dis-moi l’effet que tu en ressens ?

— Moi embrasser là, et Monsieur !

— Embrasse, nous en parlerons après.

— Vous le voulez ?

— Puisque je te le dis ! Dépêche-toi, il faut que je rejoigne Stanislas.

Avec quelle dévotion et quel tremblement la fillette baisa la pointe rose de ce sein, de ce sein si blanc, si rond, si pur ! Elle ferma les yeux comme Irène la fixait, attendant son impression, et murmura :

— Ce baiser me répond partout, partout !

— Partout, en ce moment c’est ton cul, ma petite, rends-t’en compte et ne te couche pas avant notre retour : tu embrasseras l’autre et tu nous montreras, à Stanislas et à moi, l’effet que ça te produit.

— Oh, Madame !

— Ne m’appartiens-tu pas, ma petite chérie ?

— Jusqu’à la mort.

— Jusqu’au paradis. Nous te prendrons, te garderons et tu auras par nous le bonheur.

Que signifiaient ces paroles qui tourbillonnaient dans son esprit et l’enveloppaient d’un air chaud, lui infusant mille langueurs dans les veines. Annina ne cherchait pas à se l’expliquer. Sa maîtresse lui disait qu’elle la prendrait avec Monsieur, elle n’était pas assez naïve pour ignorer ce que comportait le mot de prendre pour une fille, elle se donnait, on ferait d’elle ce qu’on voudrait, elle ne voyait rien au-dessus de sa maîtresse.

Irène était toute prête : la contemplant figée dans le plaisir cérébral qui engourdissait ses facultés, Annina voyait bien en elle la déesse attendant la prière de l’humble mortelle. Irène lit un simple signe, elle comprit et le cœur presque mort, obéit.

D’un doigt Irène avait montré un petit coin de sa bouche et sur et petit coin, Annina posa les lèvres.

La sensation fut si vive pour la fillette qu’elle tomba de nouveau à genoux, la tête sur le tapis, aux pieds de sa maîtresse, qui recula lentement et lui dit :

— Range tout et, à notre retour, sois belle et parée.

Elle releva la tête, joignit les mains et répondit :

— Soyez tranquille, ma jolie Sainte-Vierge.

Elle avait choisi cette expression qui rendait le mieux sa pensée.

Au bal, Irène, après avoir embrassé sa sœur et l’avoir d’un seul coup d’œil mesurée dans toute sa contexture physique et dans toute sa valeur morale, reconnut en elle une autre nature apte à la suivre partout et à se ranger comme satellite autour de sa royauté d’épouse légitime.

— Celle-là aussi en sera, se dit-elle et il y aura pour moi un régal particulier à me retrouver dans ses ivresses qui me renverront ma propre image. Quelles orgies, si Gabrielle comprend vite, et elle comprendra.

On ne dansait pas trop tard chez Sigismond Breffer. À deux heures du matin, Stanislas et Irène rentraient chez eux. Dans la voiture, Irène s’appuyant contre l’épaule de son mari, lui dit :

— Chéri, tu ne me baiseras pas cette nuit.

— Je ne te baiserai pas, et pourquoi ?

— Parce que tu en baiseras une autre et que cette autre je te l’ai préparée.

— Une autre ! Que me contes-tu là, Irène !

— Je te dis qu’il faut prévoir l’avenir, que je l’ai prévu et que, pour éviter la résurrection du passé enterré, passé que ressusciteraient nos chères folies actuelles, résurrection où la passion individuelle jouerait un autre rôle que la passion d’intérêt qui motiva ma vie de courtisane, j’élève un autre avenir dont tu seras le vrai roi, en te créant un sérail dont je jouirai avec toi. Mon doux époux, ce soir tu baiseras une pucelle, après que je l’aurai secouée de mes caresses et cette pucelle, c’est Annina, une enfant qui deviendra une femme remarquable, et plus tard une autre Irène.

— Irène, Irène, toi seule, toi, tu domines tout.

— Je dominerai bien davantage et mon rayonnement ne diminuera pas dans ton cœur.

Annina les reçut dans l’antichambre et Stanislas eut le même étonnement qu’Irène. La jeune fille s’était arrangée dans ces quelques heures une toilette de très bon goût, avec une jupe de surah abandonnée par sa maîtresse, un corsage échancré, une fleur dans les cheveux. Son attitude coquette et gamine témoignait l’instinct de la science qu’on allait lui révéler, avec une certaine timidité de n’être pas à la hauteur de ce qu’on attendait d’elle.

Irène monta la première l’escalier, puis son mari et docilement Annina suivit sans qu’aucune parole n’eût été prononcée.

La chambre d’Irène était brillamment éclairée de toutes ses lampes, ainsi que les pièces qui la précédaient ; l’ordre le plus parfait régnait partout.

Irène se débarrassa de sa sortie de bal qu’elle remit à Stanislas pour la déposer plus loin et, embrassant Annina, lui dit :

— Tu m’as obéie, tu est prête, c’est bien.

— Regarde-moi ce joli petit visage, Stani, ne serait-il pas idiot de le sacrifier à quelque vilain sire qui le dévasterait par le chagrin et la douleur ! Tiens, embrasse cette fossette, pendant que j’embrasse l’autre.

Placée entre le mari et la femme, Annina se sentit envahir de la plus absolue confiance, frissonna quand sur chacune de ses joues se posèrent leurs lèvres, eut un tremblement de tout le corps quand les lèvres d’Irène tendirent à se réunir à celles de Stanislas sur les siennes.

Puis Irène se recula et dit :

— Elle m’a embrassé ce sein avant le départ, elle va embrasser l’autre.

Les deux seins dehors, elle appela les lèvres d’Annina qui y coururent et, la laissant se repaître des caresses dont elle les dévorait, elle dégrafa son corsage, causant avec Stanislas qui était assis sur un canapé.

— Tu sais, chéri, ils s’enflamment à S… Ils m’ont bien amusée.

— On t’a assassinée de déclarations ! Et nous étions entre parents et amis !

— Pas un de mes danseurs qui ne s’y soit hasardé ! Ton cousin Boullignon y est allé de son billet doux. Où l’ai-je mis ? Ah, dans ma poche. Lis-moi ça tandis qu’Annina achèvera de me déshabiller. Assez de baisers, petite, pour un instant, ne te désole pas. Place ma toilette à la salle des costumes. Tu lis, Stani.

— Écoute cette tarte : « Ô ma cousine, le ciel, en vous donnant cette qualité, a voulu favoriser le ver de terre qu’est votre cousin et qui ose lever sur votre majestueuse beauté ses faibles regards, craignant toujours de perdre la vue sous l’éclat de vos rayons. Vous aimer et vous le dire, on hésite : moi, je m’y risque. Lorsqu’on est belle comme vous l’êtes, on ne peut rester le bien d’un seul homme, c’est indigne, c’est impie : on doit avoir pitié de ceux qui meurent à petits feux à votre aspect ; moi, je meurs. Sauvez-moi, ma cousine et permettez-moi de venir vous brûler un cierge en l’honneur du dieu Cupidon. Je vous assure que vous serez satisfaite de votre cousin. Une jolie femme aime toujours ça. Puis, ma ravissante cousine, quand on montre les jambes, comme vous le faites, en allant courir avec Stanislas, on ne le fait que pour attirer les regards des gens et, si on veut attirer les regards des gens, ce n’est pas pour des prunes, n’est-ce pas ! Demain dans l’après-midi, je passerai vous dire un bonjour, et si vous êtes seule, oh, si vous êtes seule, je n’ose y penser, je vous embrasse à deux genoux, ma jolie cousine, à deux genoux, oh, ce que j’embrasserais bien… vous ne voulez pas, dites… Votre cousin pour la vie ».

Irène se tordait ; maintenant en chemise, debout devant son mari, elle se pencha et s’écria :

— Il y a tout ça, dis ?

— En toutes lettres.

— Quel imbécile ! Dire que ça m’a fait la cour du temps de mon premier mari.

— Ce que je lui tirerai les oreilles !

— Tu t’en garderas bien, il devinerait que je t’ai remis le papier et il ne le faut pas. Donne, je conserverai précieusement sa lettre, pour la lui fiche à la figure, si jamais il faisait le malin. Et c’est marié, et c’est père de famille, et ça vit moralement dans sa petite ville, ah zut !

Emportée, elle ne se préocuppa pas de la présence d’Annina et s’envoya une forte claque aux fesses.

— Vous allez vous faire mal, intervint Annina saisissant la main.

— Tu es de retour, va voir si je me suis fait mal !

Elle souleva la chemise et le cul apparaissant, Annina, toute rouge, répondit :

— Vous avez frappé là, ça n’a pas marqué.

— Stani, attrape le sien et marque-le moi.

Elle ne résista pas à la main de son maître qui l’attirait, la troussait et saisissait son cul non voilé par un pantalon.

— Montre, montre-le, murmura Irène.

Stanislas tourna Annina et Irène, s’accroupissant rapidement sur le tapis, elle prit dans les mains ses fesses, commença les feuilles de roses et dit :

— Voilà ce qu’on fait, dès qu’on aperçoit le cul d’une femme, Annina : tu n’as pas deviné tout à l’heure quand tu as vu le mien.

— Oh, si ! Mais je n’osais pas ! Ah, ah, Monsieur Stanislas, elle me mord, elle me mange.

Stanislas bandait, il tenait dans ses jambes, contre lui, Annina qu’il pressait pour la livrer aux caresses de sa femme, celle-ci glissa en dessous, déboutonna son mari, sortit la queue, l’appliqua dans les cuisses d’Annina, qui eût une velléité de recul, mais se colla davantage le cul sur Irène, laquelle, la queue de son mari dans la main, en caressa le bouton de la fillette.

— Que je voudrais caresser, murmura Annina.

Instantanément Irène s’arrêta, se releva, laissa tomber sa chemise, et attirant Annina dans ses bras, lui dit :

— Que veux-tu caresser ?

— Toute, toute, toute vous, vous êtes si belle !

— Toi aussi, tu me le dis ! Et bien, toi, tu en profiteras ! Tiens, je me mets à cheval sur mon mari, caresse-moi à ton idée et s’il enfonce sa machine, regarde bien où elle va, je veux qu’il te l’enfonce ensuite, sur le lit.

— Tout ce que vous ordonnerez.

Irène, à cheval sur son mari, se trouva immédiatement enfilée et quand Annina, accroupie au-dessous pour lécher le cul et les cuisses, la vit ainsi enconnée, elle considéra avec plus d’attention la queue, partageant ses baisers entre les chaire masculines et les chairs féminines.

Irène, penchée sur la poitrine de son mari, lui souriait et lui offrait ses lèvres qu’il dévorait de suçons ; elle se pressait de plus en plus dans ses bras, à mesure qu’au-dessous les caresses d’Annina devenaient audacieuses, et il se sentait maîtrisé par l’amour de cette femme qui, gravissant l’échelle paradisiaque des voluptés, savait jusque dans une vie bourgeoise de petite ville, faire surgir du sol l’ivresse sensuelle.

Leurs amours se fondaient dans l’union de leur individualité et Annina, presque oubliée, devenait comme un accompagnement harmonique de leurs caresses.

Du corps d’Irène, la volupté irrésistible s’élançait à l’amant : elle pouvait s’abandonner aux doux suçons dont son mari assaillait ses lèvres et ses seins, sans troubler Annina dans la recherche des félicités à laquelle elle s’accoutumait.

On ne parlait plus, et cette femme nue, entre un homme encore vêtu et une fillette encore innocente, recouverte de sa robe, exerçait sur l’âme une molle langueur, portant à savourer le plaisir sans désirer l’action violente.

Elle gardait toujours dans le con la queue de son mari, gonflée mais paisible, et au bout de quelques instants de cette félicité, elle la laissa échapper pour que les yeux d’Annina l’examinassent de près et s’y habituassent.

Qu’allait-elle faire ? Suspendrait-elle les baisers qu’elle commençait à activer, le pelotage nouveau qui lui allumait le sang, l’apprêtait à joindre ses yeux à ceux du mari et de la femme.

Elle n’hésita pas, sa main vint toucher la queue, la caresser, et sa langue se porta avec plus de frénésie sur les fesses et le conin d’Irène.

— Elle est dans notre ardeur, murmura Irène à son mari.

Stanislas, excité par les douces caresses qu’Annina partageait entre lui et sa femme concentrait son plaisir sur cette gorge royale dont il entendit toute la soirée rabâcher les divins attraits.

À S…, comme à Paris, sa femme remportait un véritable triomphe par ses épaules et par cette poitrine harmonieusement dessinées, qui subjuguaient à première vue tous les instincts virils et même féminins. N’avait-il pas entendu sa propre sœur Olympe, brune de vingt ans, mariée aux percepteur Desbrouttiers, ex-beau-frère d’Irène, lui dire :

— Quel homme heureux tu fais, Stanislas, on mangerait pendant vingt-quatre heures les tétés d’Irène, et la bouche ne serait pas rassasiée.

Irène, enfiévrée par les caresses de son mari, s’y prêtait de toute son âme, caresses que suspendirent les soupirs d’Annina. Ils se séparèrent : Irène se levant de dessus les genoux de Stanislas, se pencha sur la jeune fille et lui demanda :

— Qu’as-tu, Annina ?

— Le bonheur m’étouffe, Madame, je suis toute chose.

Irène la fit se redresser et lui dit :

— Déshabille-toi, comme moi je vais déshabiller mon mari et tu éprouveras encore plus de bonheur.

Avec un léger embarras, la fillette se mit en chemise et, toute rouge, aperçut Stanislas déjà tout nu. Elle hésitait à quitter son dernier vêtement, Irène vint à la rescousse, le lui retira, l’assit sur les genoux de son mari, la déchaussa ainsi et s’écria :

— Enfin, nous voici tous les trois pareils !

Annina n’était ni maigre ni grasse ; elle n’avait certes pas les formes adorables de sa maîtresse, mais les seins mignonnets ne manquaient pas de charme et les hanches accusaient l’ampleur des contours ; le poil était brun, le conin, bijou fermé, bien placé ; la ligne des fesses nette, accentuée ; les reins souples, déliés.

L’embarras disparaissant, Irène la fit tenir droite devant elle, pour bien l’étudier, et dit :

— Tu as tout ce qu’il faut pour devenir une jolie femme ! Ton père était bien le frère de Jacopin !

— Oui, et ma mère la fille bâtarde d’un monsieur de Paris.

— Tout s’explique ; tu as de la race, ma fille et on peut t’élever.

De plus en plus confuse de voir sa maîtresse si belle à ses genoux, l’adorer sur tout son corps et la baisoter, Annina se laissa aller sur Stanislas, se coula dans ses bras, d’où Irène l’enleva pour la conduire sur une coucheuse et lui faire de savantes minettes.

Le tableau formé par les deux femmes, précipita les désirs de Stanislas qui vint s’agenouiller derrière Irène, pour la posséder.

— Tu veux, murmura-t-elle

— Oui.

— Dépucelle-la.

Annina n’avait plus sa raison : inconsciemment elle se laissa mener sur le lit, pour y recevoir dans ses bras son maître. Irène, sirène dominatrice, se plaça à quatre pattes sur le côté, tête bêche avec les deux jouteurs, prête à seconder son mari par le jeu de ses caresses et de ses manipulations.

Dans un rêve, Annina sentit la queue s’agiter et heurter le conin ; elle écarta les cuisses et s’abandonna, noyée dans une telle félicité qu’aucune souffrance n’altéra la jouissance. La queue raide et dure attaqua la virginité, Irène, léchant le cul de son mari, assista de près à cette féminité qui se créait.

Ah qu’elle eût voulu avoir la tête juste au-dessous, pour aider de ses manœuvres le travail de la queue.

Le pucelage fut rapidement enlevé et Stanislas éjacula plus vite qu’il ne l’aurait cru. Annina, les yeux pâmés, se demandait qui elle aimait le plus du maître et de la maîtresse. Celle-ci, dans un moment d’accalmie, l’embrassa avec tendresse et murmura à son oreille :

— Te voilà la petite femme de mon mari, je l’ai voulu et je le voudrai encore. Tu garderas pour toi ce secret et tu n’oublieras jamais ce qui s’est passé entre nous. À partir d’à présent tu ne seras plus ma fille de chambre, mais une demoiselle de compagnie, pour que je te traite en petite amie, même devant le monde. Tu respecteras les situations et nous pourvoirons à ton bonheur.

— Je suis votre esclave, je l’ai dit.




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IV


Annina appartenait de corps et d’âme à ses maîtres ; cependant on ne l’initia que de loin en loin aux plaisirs de la chair. Irène avait posé le jalon, établi le paratonnerre qui devait faire profiter le foyer conjugal des premiers besoins d’infidélité qui travaillaient son mari. Avec cette réserve des attraits d’Annina à sa disposition, elle se retourna toute à lui, toujours fervent adorateur de ses charmes ; leurs excursions se prolongèrent encore plus de trois mois, leur valant sans cesse de brûlantes phases de passion.

Stanislas aimait à prendre la place de ses anciens amants, comme il avait prise celle de Christoval et il voulait être pour elle tout ce qu’ils furent dans leurs manies.

Dans cette période, la toquade des seins joua le principal rôle. Irène s’en réjouit par cela que connaissant son faible pour les feuilles de roses, elle jugea que tant qu’il caressait d’autres fantaisies, elle conserverait son attention.

Au milieu de ces scènes érotiques, qu’ils provoquaient à toute occasion, le passé se réveillait et la tunique de Nessus rongeait la peau des deux époux. Mille faits revenaient à la mémoire, en parlant des amants et des maîtresses qui défilèrent dans leurs bras et jamais ménage bourgeois de petite ville n’entendit de telles conversations.

Peu à peu, Stanislas apprenait toutes les adorations qui assaillirent sa femme et tous les excès qu’elle autorisa. Tout en croyant parler d’une personne qui n’existait plus, il la regardait avec des yeux qui la fouillaient, évoquant les images vécues et ces images, on cherchait en commun à les revivre, appelant Annina à la rescousse, lorsqu’elles agissaient la présence d’un troisième comparse, soit homme, soit femme, dont on lui indiquait le rôle et qu’elle remplissait avec une intelligence des plus remarquables.

Irène n’avait pas renoncé à s’adjoindre sa sœur Gabrielle ; un retard avait été apporté à ses projets par son père, qui tint à conserver près de lui, au moins pour quelque temps, sa fille cadette.

Les deux sœurs eurent l’occasion de se rencontrer plusieurs fois, de mieux se connaître, et Irène en profita pour envelopper Gabrielle de ses séductions, exciter adroitement ses curiosités de jeune fille. Elle se piqua à l’entreprise, résolut d’être au début sa seule initiatrice et observa en conséquence à son sujet, vis à-vis de Stanislas, une réserve qu’elle n’eût pas pour Annina.

Un jour, M. Lorin conduisit enfin sa fille cadette chez son gendre, pour l’y laisser deux à trois semaines : il avait des intérêts à régler dans le département voisin.

L’arrivée de Gabrielle se produisit mal à propos pour les intentions d’Irène à son égard. Elle coïncidait avec l’installation au château d’Ecofleur, pour la saison d’été, où l’on s’était réfugié en compagnie de M. et Mme Desbrouttiers de M. et Mme Sigismond Breffer.

On allait y mener la grande vie de famille ; Desbrouttiers et Sigismond descendant en ville tous les matins pour rentrer le soir, grâce au coupé, remisé dans les écuries du château avec un char à bancs et quatre bons chevaux confiés à la garde d’un cocher et d’un palefrenier, aménagés, bêtes, gens et matériel dans des pavillons près de la maison d’habitation du gardien.

Ces messieurs, partant et ne revenant que pour le dîner, les dames, en la société de Stanislas, disposaient de leurs journées comme elles l’entendaient ; Irène, maîtresse de maison, délégua sa demoiselle de compagnie Annina, à la direction des services, représentés outre ses servantes, par les deux bonnes du ménage Sigismond et par celle du ménage Desbrouttiers.

Pendant les deux premiers jours on s’organisa, puis on prit ses habitudes et, malgré tout son désir de diriger ses attaques sur Gabrielle, Irène dût battre en retraite devant un inattendu, la poursuite inconsciente de sa belle-sœur Olympe, toujours attachée à ses pas, l’accablant de démonstrations de tendresse, vivant presque dans son ombre tout le temps que durait l’absence de ces messieurs

Après le déjeuner où, à la grande surprise de ses parentes, Irène avait fait mettre à table Annina, se formant de plus en plus, Céline Breffer, femme de Sigismond, se retirait dans un salon et s’y délectait à jouer au piano les partitions : Annina montait s’occuper des robes et du linge de sa maîtresse ; Irène, avec Olympe Stanislas et Gabrielle, allaient s’asseoir sous un magnifique bouquet d’arbres, où l’on devisait et lisait.

Les jours ne paraissaient pas longs, mais le petit cénacle éprouvait le besoin de s’agiter, et les chaleurs n’étant pas excessives, parfois on se disloquait pour aller les uns d’un côté, les autres de l’autre, se réunir à nouveau, se séparer encore, jusqu’à une après-midi, où Gabrielle, ayant manifesté le désir de monter à cheval, Stanislas, qui était un bon cavalier, se jeta sur ce désir pour décider des excursions avec sa belle-sœur, excursions qui commencèrent dès le lendemain.

Irène se trouva alors seule avec Olympe et, à peine installée sous le bouquet d’arbres, pour s’offrir une distraction, lui proposa de se rendre au kiosque qui se trouvait dans l’île ; Olympe accepta avec joie.

Pour parvenir à ce kiosque, il fallait monter dans une barque accrochée à une planche, traverser un petit lac qui entourait un îlot, où l’on débarquait par quatre points, l’îlot étant très boisé et très broussailleux, avec des allées s’entrecroisant en labyrinthe, jusqu’à un cercle de très beaux arbres, entourant une pelouse, au milieu de laquelle s’élevait un kiosque japonais assez grand, vaste salon meublé d’un divan tout autour des murs, de tentures, d’épais tapis, avec une table au milieu, des tiroirs sous les divans, où on avait mis divers objets.

Irène et Olympe n’étaient pas embarrassées pour ramer ; elles eurent vite détaché la barque, riant comme des folles de leur équipée. Olympe prit les rames, s’assit face à face avec Irène, genoux contre genoux, l’esquif étant très étroit.

Elles débarquaient quelques secondes après, attachaient le canot à un anneau en fer et se trouvaient tout à fait seules, comme Robinson dans son île déserte, ce canot servant seul à la traversée, avec un autre accroché au bras de rivière dont on avait détourné les eaux pour faire les diverses rigoles du parc, celui-là réservé à Stanislas qui avait le clef du cadenas, bouclant la chaîne le retenant.

Quatre à cinq pas parcourus dans la première allée, elles purent se croire au bout du monde et, comme il avait plu le matin, que les herbes encombrant les allées étaient mouillées, Irène, qui marchait la première, souleva le bas des jupes. Olympe lui dit tout-à-coup.

— Dis, tu ne montres pas tes jambes, comme lorsque tu vas en bicyclette avec Stanislas ? Ce qu’elles ont fait parler, tes jambes !

— Il faut bien qu’on jase de tout dans un petit pays ! On ne pouvait en dire du mal, je suppose.

— Oh non, mais on en serinait tous les salons, et ce qu’on te jalousait.

— Toi aussi !

— Moi, le ciel m’en garde ! Je les trouvais admirablement jolies et je me cachais derrière ma fenêtre quand tu passais, pour les regarder comme les hommes.

— Vraiment, petite sœur, et bien, tiens, vois-les ici, toi toute seule.

Sur ces mots, Irène troussa ses jupes à hauteur des genoux et exhiba ses mollets, couverts de bas de soie rose.

Olympe s’arrêta et murmura :

— Oui, elles sont jolies, bien jolies, les jambes d’une femme, surtout d’une femme comme toi.

Irène suspendit aussi sa marche, se retourna en riant et dit :

— On supposerait que tu n’as jamais regardé les tiennes ! Je suis sûre que, grassouillette comme tu l’es, elles ne doivent rien avoir à envier aux miennes.

— Ce n’est das la même chose. Tes mollets sont ce qu’on appelle stylés, artistiques ; les miens sont plus gros, mais ils semblent lourds et alourdissent en effet ma personne.

— Tu te calomnies, montre-les ; nous sommes mauvaises juges de notre corps : ou nous nous flattons trop ; ou nous nous dénigrons à tort.

Elles étaient en face, Irène les jupes levées un peu au-dessus du genou, Olympe l’imita et montra des mollets plus gros, mais bien rebondis sous des bas de fil, rayés noir et gris, bien tirés sur la jambe et Irène s’écria :

— Tu es coquette, plus que je ne le soupçonnais ; très bien, très bien ajustés, il font très belle mine.

Au milieu d’un entrecroisement d’allées, face à face, elles se contemplaient le bas des jambes, Olympe très émue ; Irène reprit :

— Marchons, continuons notre route jusqu’au kiosque et puisque mes jambes te plaisent à, voir, je reste ainsi troussée : nous sommes seules, nous pouvons nous accorder ce plaisir. Moi aussi, j’aime admirer les jambes de femme, avant d’entrer au kiosque, tu passeras la première.

— Irène, murmura Olympe, j’ai vu tes nénés lors du bal de Sigismond, je vois tes jambes, pourquoi ne me montrerais-tu pas… tout.

Irène tourna la tête, en continuant de marcher et répondit :

— Alors fais comme moi, nous sommes nos maîtresses, vive la fête.

D’un mouvement brusque, elle attira les jupes sur ses bras et se dévoila jusqu’à la ceinture.

— Oh, dit Olympe, tu as le cul digne de tout le reste.

Irène, prévoyant la scène et ne voulant pas se risquer à des écarts sur des herbes humides, pris sa course, les jupes troussées, et répliqua :

— À qui arrivera la première au kiosque.

Elle courait bien, Olympe lui emboîtait le pas, les jupes troussées comme elle, bégayant :

— Oui, oui, au kiosque, qui arrivera la première.

Elles traversèrent ainsi, étrange vision pour qui les eût aperçues, la petite pelouse, le cul à l’air et pénétrèrent dans le kiosque, qu’on ouvrait tous les matins et dont elles n’avaient qu’à tourner la clef. Elles ne refermèrent pas la porte, laissèrent retomber une tenture et, sans se préoccuper des grandes vitres ouvertes, Irène s’écroula sur un divan, ayant Olympe par derrière elle, la tête déjà fourrée sur ses fesses, qu’elle baisait avec furie.

— C’est de famille, murmura-t-elle dans une accalmie !

— Stanislas te l’embrasse.

— Il en raffole, il y vivrait dessus.

— Je te crois. Oh, que c’est bon, que c’est bon de fourrer la langue partout là-dedans.

— Tu ne l’as encore jamais fait, sœurette ?

— Jamais avant cette heure-ci ! Et toi ?

— Je suis la femme de ton frère Stanislas et je t’ai répondu. Et ton mari ?

— Desbrouttiers ! Ah, celui-là, s’il se tue jamais, ce ne sera pas en fabriquant des enfants, ni en dépensant ses caresses pour sa femme.

— Il paraissait amoureux fou.

— Il le paraissait ! Son feu s’est vite calmé.

Du cul, elle commençait à expédier la main un peu partout, chatouillant le clitoris, lançant des coups de langue vers le con, elle s’animait, soupirait. Irène, très excitée depuis l’arrivée à Ecofleur, par cela qu’elle recommandait la sagesse à Stanislas, sous prétexte de ne pas éveiller les idées de Gabrielle, qui couchait dans une chambre voisine et qu’elle se privait du contact amoureux, Irène eut les sens qui vibrèrent promptement à ce déluge de caresses fureteuses : elle les arrêta à grand peine et, y étant parvenue, lui proposa de se dévêtir en entier et de s’aimer toutes les deux.

— Nous aimer toutes les deux, oh oui, oh oui, tu m’apprendras, Irène, car tu dois être une savante.

Elles n’avaient pas grand chose à quitter, elles furent bientôt nues, Olympe se pâmant presque sous la simple contemplation du corps d’Irène ; celle-ci l’examinant avec attention, et hochant la tête en signe d’approbation.

— Tu es très bien faite, ma chérie, dit-elle enfin.

— Ne te moque pas de moi, Irène.

— Il te manque peu pour arriver à la divinité amoureuse : tu as le marbre, tu n’es pas encore la statue. Tes seins sont ronds, bien séparés, au contraire des miens, mais ils n’ont pas l’expression de leur beauté parce que tu n’étudies pas l’attitude du corps : tu es massive sur tes jambes, avec des hanches volumineuses et un très beau cul, petite coquine, que je te caresserai comme tu as caressé le mien.

— Toi, tu me le ferais ?

— Je veux que tu connaisses tout par moi.

— Irène, je t’adore.

Elle voulut se mettre à genoux, Irène l’en empêcha, et continua :

— Tes poils sont très fournis et soulignent la blancheur de ton ventre ; ton petit bijou révèle un restant de pudeur que nous lui ferons passer ; tu as les cuisses plus fortes que les miennes.

— Elles ne produisent pas un si bel effet !

— Affaire d’habitude ! Une femme doit s’appliquer à harmoniser l’ensemble de son corps, avec la nuance de beauté qui s’affirme dans le visage. Tu es brune, espiègle d’apparence, on dirait presque hardie, et nue, tout te tasses, tu laisses pendre tes bras, on jurerait que tu vas t’écrouler.

— Tu me fais un cours d’amour !

— Peut-être ! Viens dans mes bras.

— Dans tes bras !

— Oui, là, sur le divan, ta bouche sur la mienne, ton petit trésor contre le mien, ta main à mon cul, comme la mienne sur le tien, et tu te transformeras aussitôt.

— Tu veux que je meure de volupté !

Quand elles furent ainsi dans les bras l’une de l’autre, toutes les deux à peu près de la même taille, Irène commença cette science de baisers, de caresses qu’elle connaissait si à fond, sur les lèvres d’Olympe qui, secouée dans tout son corps, donna des coups de ventre à celui de sa belle-sœur, lui frottant le conin avec le sien, lui chatouillant les fesses avec les mains, comme elle faisait sur les siennes, et murmura :

— Mon Dieu, mon Dieu, je n’eusse jamais rêvé pareilles délices ! Qui t’a enseigné cela, mon Irène ? Mon frère, un seul homme n’est pas assez puissant pour diviniser une femme et ses caresses.

— Marions nos langues, qu’elles ne se quittent pas. Attends, laisse-moi faire, ne bouge pas.

Irène, après le mariage des langues, glissa lentement par dessus le corps d’Olympe, traçant sur son cou, sur ses seins, sur son ventre, un sillon humide de voluptueuses caresses, qui vinrent se fixer sur le clitoris et le conin en ardentes minettes et, tout-à-coup, Olympe se tordit, tressaillit, jouit, s’écriant :

— Assez, Irène, assez, je ne vois plus, je vais mourir, la félicité est trop grande !

Cette brune, qu’instruisait la blonde, avait les nerfs trop surexcités ; Irène le comprit : elle arrêta ses caresses à cette pâmoison, dorlota Olympe à demi évanouie, comme on dorlote un enfant, et peu à peu la détente des nerfs se produisit, Olympe ouvrit les yeux et se vit la tête appuyée sur l’épaule d’Irène.

— Quelle ivresse, ma sœur, quelle ivresse !

— Il faut être raisonnable pour une première fois et nous habiller. Ton mari s’apercevrait de quelque chose.

— Le penses-tu ?

— Oui, mais nous reviendrons tous les jours par ici.

— Et nous recommencerons ?

— Tu me le demandes !

Olympe ne résista pas davantage ; elles se revêtirent, sortirent du kiosque pour aller s’asseoir sous un grand arbre, y causer à leur aise, éviter les tentations qui pourraient renaître.

Mille curiosités assiégeaient l’esprit d’Olympe elle questionna avec tact Irène, qui sut choisir un juste milieu entre les confidences les plus intimes et la réserve que commandait l’éducation étroite de province, pouvant encore exercer son action sur le cœur de la jeune femme.

De ce jour, le kiosque fut leur refuge de toutes leurs après-midi, sauf les jours où Desbrouttiers ne descendait pas en ville, ou ceux où l’on recevait des visites.




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V


Stanislas, toutes les après-midi, vers les trois heures, partait à cheval avec sa belle-sœur Gabrielle. Ils s’habituaient l’un à l’autre.

Le premier jour ils galopèrent franchement ; le deuxième, ils ralentirent leur allure pour échanger quelques paroles sympathiques ; le troisième, ils chevauchèrent au petit trot, côte à côte et Stanislas put s’extasier sur les grâces de sa compagne, sur la pureté de son teint, sur un je ne sais quoi qui parlait au cœur ; Gabrielle lui fournit une réplique coquette et aimable.

Le quatrième jour, les mains se rencontrèrent souvent et le cinquième, s’étant arrêtés à une métairie pour prendre du lait, les chevaux attachés à un arbre, Gabrielle dit :

— Stanislas, explique-moi comment tu as fait si vite fortune ? Papa prétend qu’il y a un mystère, que même avec une grande chance à la bourse, on ne peut aussi vite devenir millionnaire, archi-millionnaire.

— Archi-millionnaires, nous ne le sommes pas tant que ça !

— Irène a une fortune personnelle qu’elle ne possédait pas ; vous êtes séparés de biens : il y a une raison, papa l’affirme.

— Pourquoi ne me le demande-t-il pas ?

— Parce que cela ne le regarde pas, à ce qu’il dit, moi, j’ai des idées.

— Quelles idées, Gabrielle ?

Elle se pencha et lui murmura :

— Irène t’a aidé pour ta fortune : elle a eu des galants et, comme elle est très belle, on lui a donné beaucoup d’argent qui, joint à tes affaires de bourse, vous ont enrichis.

Il était très pâle et s’inquiétait sur ce qui se passait dans l’esprit de cette jeune fille : elle posa la main sur la sienne, et avec des yeux voilés, reprit presque bas :

— Ça te fait-il de la peine que je pense ainsi ! Tu as tort, Stanislas, si c’est vrai ! À sa place j’eusse agi de même et si nous nous réunissons un jour tous les trois, que tu veuilles encore davantage de la fortune, je me vendrais… comme elle s’est vendue.

Son cœur battait très fort, et il balbutia :

— M’aimes-tu ?

— Oui.

— Gabrielle !

— Parlons bas, sois franc, est-ce la vérité ?

— En partie.

— Je l’avais deviné et je devine aussi qu’Irène a des arrière-pensées. Elle s’est avancée avec moi, puis elle a reculé. Peut-être nourrissait-elle l’intention de m’apprendre.

— Quoi ?

— Ce qu’est le plaisir.

Ces quelques paroles suffisaient à bien préciser ce qui s’accomplissait en eux ; ils n’allèrent pas plus avant dans leur conversation ; ils se sentaient unis et alliés, ils révèrent à la façon dont se réaliserait leur entente.

Ce jour-là, Stanislas de retour au château, ne put contenir plus longtemps ses sens : profitant de ce qu’on dînait sur la terrasse, il monta à son cabinet de travail sous prétexte d’une lettre pressée à écrire et, sachant qu’Annina s’occupait de babioles dans la chambre de sa femme, il l’appela.

Elle le rejoignit de suite et comme il poussait la porte, elle comprit ce dont il s’agissait, se mit rapidement à cheval sur ses genoux à son simple signe ; il l’enconna avec ardeur et lui murmura :

— On ne fait plus ce qu’on veut ici, trouve-toi sur mon chemin, j’ai souvent soif de la chose.

— Tu n’as qu’à me regarder dans les yeux, Stani, je te rejoindrai immédiatement.

Le lendemain, avec sa belle-sœur, ils s’arrêtèrent devant quatre murs en ruines, au milieu d’une plaine, d’où on voyait au loin ; ils descendirent de cheval et les chevaux attachés à un tronc rabougri, ils s’assirent au bord du chemin, sur une énorme pierre plate.

Il l’enlaça, ils se regardèrent, et leurs lèvres s’agrippèrent.

— C’est un aveu, Gabrielle, dit-il.

— Aveu provoqué, Stanislas : quand tu voudras tu me prendras, tu me feras femme.

— Es-tu instruite ?

— On parle entre élèves, je suis novice.

Ils étaient assis tout l’un contre l’autre, la main du bras avec lequel il l’enlaçait vint toucher la poitrine : elle sourit, et dit :

— Je ne les ai pas encore aussi beaux que ma sœur, mais ils sont ce qu’il faut et ils le deviendront.

Leurs yeux ne se quittaient pas ; il avait pris sa main et la pressait contre son cœur ; d’elle-même elle la descendit vers la culotte, toucha la queue qui bandait, et murmura :

— C’est avec ça, eh !

— Oui.

Elle la manipula par dessus la culotte, sans pudibonderie et il crut qu’il allait jouir à ce seul attouchement.

— Je crois que j’aimerai la vie de plaisir, Stanislas, tu n’as pas été jaloux de ma sœur qui est ta femme, tu ne le seras pas de moi.

— Qu’entends-tu par la vie de plaisir ?

— Être une grande cocotte. Je connais les noms de quelques demi-mondaines citées dans les journaux. Il y en a un qui m’a frappée plus que tous les autres, c’est celui de Léna de Mauregard.

— Tu dis ?

— L’as-tu connue, et Irène aussi ?

Il hésita, mais elle approcha la bouche de la sienne, déjà sirène séductrice et ajouta :

— Irène a été une grande cocotte, dis, elle était l’amie de Léna de Mauregard et elle aussi avait un nom de guerre : apprends-moi ce nom, tu ne peux rien me refuser.

— Irène s’appelait Léna de Mauregard.

— Elle, elle ! Ah, Stanislas, je saisis tout ! Moi aussi j’aurai un nom de guerre et je dépenserai des fortunes comme Léna de Mauregard ; Léna, ma sœur, Léna, la plus jolie femme de Paris, je le serai aussi.

En ce moment un coup de tonnerre retentit dans le lointain ; ils remarquèrent que le ciel se couvrait, ils se relevèrent promptement, détachèrent les chevaux, sautèrent dessus, et Stanislas dit ;

— Nous sommes trop loin du château, il y a un village à une demie-lieue, gagnons-le, nous y attendrons la fin de l’orage.

Une demie-lieue, il y avait bien une lieue, et un premier nuage creva comme ils commençaient à peine à apercevoir les maisons. Heureusement pour eux qu’une belle auberge, une hôtellerie se trouvait avant et ils purent s’y réfugier, évitant la pluie torrentielle.

Néanmoins, comme ils étaient mouillés, Stanislas, en entrant, dit à la maîtresse de l’auberge, qui les saluait :

— Une chambre, un bon feu, du Malaga et des biscuits.

— Ce sera prêt dans une seconde, Monsieur mais entrez dans la salle, Madame séchera son corsage.

Gabrielle, à cheval, portait un costume ordinaire, sauf la jupe un peu plus longue.

Elle était assez mouillée : la maîtresse d’auberge lui conseilla d’ôter son corsage, pour ne pas prendre mal, et de revêtir une camisole qu’elle lui prêterait.

La jeune fille, appelée Madame, ne fit pas de manières, passa derrière un paravent pour revêtir la camisole à la place du corsage, qu’on approcha du feu pour sécher.

Le temps de cette petite opération, et une bonne accorte annonça que tout était prêt dans la chambre de Monsieur et Madame.

Ils se trouvèrent seuls dans cette chambre d’auberge, pas trop mal meublée, mais dépourvue du luxe auquel ils étaient habitués.

Seuls, debout, se chauffant les pieds à la flambée d’un grand feu de bois, Stanislas jeta un regard sur sa compagne, qui lui sourit.

Il s’approcha, lui retira la camisole, sans qu’elle s’y opposât et plaqua un gros baiser sur le gras des bras et aux épaules.

Un bout de ruban attachait la chemise au cou ; il dénoua le ruban et vit alors tout le buste de Gabrielle jusqu’au nombril, avec les seins mignonnets et attirants, jolies petites pommes qu’elle lui laissa contempler et embrasser.

Il y avait en elle une résolution extraordinaire ; il lui dégrafa jupes et pantalon, la mit en chemise devant lui, elle ne ressentit aucun embarras.

Elle sentit qu’il saisissait ses fesses avec les deux mains, alors seulement elle éprouva un léger trouble, se cacha le visage sur sa poitrine.

Il le lui souleva, la fixa dans les yeux et demanda :

— Veux-tu que je te prenne, le ciel semble te pousser dans mes bras.

L’ouragan faisait rage : les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient, le jour s’assombrissait de plus en plus, ils ne s’en occupaient pas, elle remit les lèvres sur les siennes, et répondit :

— Prends-moi.

Il l’emporta sur le lit, comme on porte un bébé, en un rien de temps il fut dévêtu et étendu à son côté.

Ils avaient gardé leur chemise ; il lui guida la main sur sa queue, la lui fit manipuler, ainsi que les couilles, tandis qu’il lui pelotait le cul et le clitoris. Les ventres se rapprochèrent, il s’arrêta dans sa fièvre, il voulut embrasser la chapelle d’amour dont il allait ravir la virginité : elle ne le repoussa pas et, sous son impulsion, entrouvrit les cuisses. Il la contempla dans son duvet très roux, dans son conin, missel fermé et baisa ardemment cette arche sainte, créée pour le bonheur et la félicité.

Elle était pucelle ; pour goûter à la volupté, il importait qu’elle ne le fût plus ; il la saisit à une contraction nerveuse qui l’agita, grimpa sur elle et l’attaqua

C’était la seconde pucelle qu’il pressait dans ses bras depuis son installation à S… Gabrielle offrit un dépucelage plus pénible que celui d’Annina ; elle ne faiblit pas. Ses dents claquaient, elle versait des larmes, elle-même l’obligeait à persévérer quand il reculait devant la souffrance qu’elle éprouvait. Elle se rassérénait et, comme il avait l’habitude de la femme, il se modérait, avançait peu à peu pour ne pas la mettre en sang, pour ne pas l’épouvanter.

Oh, ce premier pas, il faillit lui-même s’y estropier, en appuyant un peu trop sur son gland en forte érection. Il murmura :

— Écarte, écarte les cuisses, tire tes jambes à toi.

Elle essaya de les soutenir dans les mains, de les relever en l’air, présentant dans son complet épanouissement l’entrecroisure ; elle fut obligée de les rallonger, ressentant vivement l’écorchure qui s’accentuait.

Enfin, il enfonça, enfonça et les larmes se séchèrent, une béatitude infinie se répandit dans l’être de Gabrielle, elle souffrait encore, mais ce n’était plus la même chose, l’homme la possédait, l’amant choisi pénétrait dans le vagin, elle se sentait rattachée à lui par ce morceau de chair qui disparaissait dans son conin et ses lèvres, s’entrouvrant pour appeler une dernière caresse, murmurèrent :

— Mon amant, mon amant, tu es mon amant, Stanislas. Il ne faudra pas encore l’avouer à Irène.

L’éjaculation suivit, la terre comptait une pucelle de moins.




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VI


Se douta-t-on de quelque chose à Ecofleur ? La seule femme qui eût pu soupçonner la vérité, Annina, était occupée par trop de choses, pour s’immiscer dans les actes de sa maîtresse ou de son maître, qui lui avaient pris avec son corps, son âme.

Elle étudiait pour mériter l’attention qu’on lui témoignait, ne négligeant pas son travail ; elle observait comment se conduisaient à table ces dames près de qui elle s’asseyait au déjeuner ; elle apprenait les nuances de réserve vis-à-vis des servantes, vis-à-vis de son oncle Jacopin qui, étonné de l’affection dont on l’accablait, cherchait à en découvrir les motifs.

De même qu’Irène et Olympe ne pouvaient se rendre tous les jours au kiosque des amours nom donné au lieu de leurs félicités, de même Gabrielle et Stanislas ne pouvaient tous les jours s’accorder une heure de volupté dans leurs excursions équestres.

Cependant Stanislas instruisait peu à peu sa jeune maîtresse dans l’art des caresses, comme Irène instruisait Olympe, et dans cette instruction les deux époux révélaient petit à petit à l’objet de leur tendresse, une partie de l’existence qu’ils menèrent à Paris.

Devenue la maîtresse de son beau-frère, Gabrielle éprouvait un tel charme de cet amour, qu’elle oubliait le rêve de poursuivre les triomphes charnels obtenus par Léna de Mauregard.

Elle appartenait toute à Stanislas et elle pressentait qu’elle serait aussi unie à Irène dont elle apercevait parfois les yeux la caresser, la chatouiller de leur doux fluide.

Irène, avec Olympe, accomplissait des prodiges ; elle la formait, l’affinait, lui enseignait les poses naturelles du corps, l’art de la toilette, des couleurs, des parfums et, adorée par cette sœur de son mari, ne manifestait aucune surprise de sa passion pour les feuilles de roses, dont elle se repaissait toujours un gros moment au début de leurs rencontres.

Elles parlaient du passé et Olympe, sachant comme le savait Gabrielle, la personnalité galante d’Irène, ne s’étonnait plus du succès de son frère.

— Quel malheur d’avoir épousé Desbrouttiers, murmurait-elle, jamais il ne comprendra la beauté et l’utilité d’une telle entente. Je saisis, je saisis, moi ! Nous pouvons beaucoup, nous les femmes, par la cochonnerie des hommes, et quand nous aimons notre mari, que notre mari n’est pas jaloux, s’il est intelligent comme Stanislas, et qu’il ait de la peine à se débrouiller, il nous devient facile de lui ouvrir le chemin par nos galanteries et comme vous en avez profité, sous tous les rapports !

On parlait des maîtresses qu’avait eues Stanislas, on parlait des amants d’Irène et elles s’amusaient à s’étendre sur l’étrangeté de leurs goûts.

Irène qui, dans ses relations saphites, cherchait à transporter sur la femme sa passion de suçage, se livrait à des expériences de toilette et de jeu de physionomie pour agir sur la cérébralité d’Olympe, comme elle agissait sur la cérébralité de ses amants et celle-ci, à qui elle confia la toquade qu’elle avait pour sucer les hommes, s’en émerveilla, lui demandant sans cesse sa théorie sur la chose, s’énamourant lorsqu’elle disait :

— Un homme qu’on suce ou qu’on veut sucer, ma chérie, il faut qu’il sente toute notre personne dans le pli de notre bouche, dans l’expression de nos yeux ; il faut, pour le soumettre à notre charme, faire un poème de ce plaisir. Ça ne m’est venu qu’avec le temps, et j’y étais si passionnée, si maîtresse du mâle que j’y attirais, que je n’eusse jamais cru possible de m’en passer. Il a fallu la crainte de tuer Stani. Vois-tu, quand je sentais ce désir chez l’homme qui me fréquentait, je savais figer mes yeux dans une telle expression d’amour et de volonté, que déjà il était paralysé dans ses facultés. Puis ma bouche se rapetissait, rapetissait et pour eux, elle leur apparaissait, j’en suis certaine, comme l’entrée du paradis. Mon visage se mettait à l’unisson, et si j’avais besoin de l’effet de mes chairs, elles n’en restaient pas moins qu’une chose accessoire.

— T’entendre parler de cela, Irène, donne des frissons.

— Maîtresses de notre bouche, entends-tu, nous sommes les maîtresses des sens de l’homme : et je me suis rendu compte de ce qu’on voulait dire de telle ou telle femme, lorsqu’on avançait qu’elle avait la figure cochonne. Cette femme était née pour être une suceuse, si toutefois elle ne le pratiquait pas.

— Ai-je cette figure ?

— Oui.

— Ah !

Olympe et Gabrielle savaient donc qu’Irène avait été une horizontale et l’une et l’autre en conservaient le secret.

La liaison de Gabrielle et de Stanislas subit un arrêt. Malgré les supplications pour la garder encore quelque temps, M. Lorin, dans le délai fixé, vint chercher sa jeune fille et l’emmena.

Les deux amants éprouvèrent un réel déchirement de cœur ; mais Gabrielle dit à Stanislas :

— Je reviendrai bientôt et pour toujours ! Et si papa hésite à reprendre sa vie d’autrefois, et bien je partirai pour Paris et tu m’y rejoindras avec Irène.

— Pas de coup de tête sans me consulter, ma petite chérie, je t’en conjure. Nos amours ne sont qu’au premier acte.

— Ne t’inquiète pas ; tu connaîtras, avant toute décision, les déterminations que je prendrai. Nous nous écrirons poste restante, eh ?

— Oui, ma minette.

Gabrielle partie, Stanislas se trouva désœuvré.

De temps en temps, Desbrouttiers ne descendait pas en ville : ils faisaient une partie de billard. D’autres fois, il allait écouter la musique de sa belle-sœur Céline. Il demeurait encore dominé par les séductions de Gabrielle.

Il finit néanmoins par s’apercevoir des disparitions de sa femme et de sa sœur, se rendant au kiosque et cette fréquence de promenade l’intrigua.

Une après-midi, mis en éveil par les allures qu’il surprenait chez les deux femmes dans quelques moments d’oubli, il démarra son bateau, quand il les sut au kiosque, débarqua dans l’île, du côté opposé où elles avaient attaché leur canot et, comme il était chaussé d’espadrilles, qu’ensuite l’herbe étouffait le bruit de ses pas, il arriva sans qu’elles l’entendissent.

L’auraient-elles entendu ! Elles étaient dans leurs premières délices. Irène, toute nue, étendue sur le ventre, abandonnait son cul à Olympe, étendue à la suite, toute nue aussi et le cul d’Irène se soulevait, s’abaissait, à mesure que la langue d’Olympe le parcourait de haut en bas, de bas en haut, s’enfonçait dans la raie, s’allongeait sur les parois des fesses.

Immobile devant une fenêtre ouverte, d’où il contemplait ce spectacle, Stanislas ne voyait que la langue de sa sœur aller et venir, promenant sans répit sur les blancheurs dodues de sa femme.

Il banda de suite et, entrant sans bruit dans le kiosque, il attrapa Olympe par le cou, lui releva la tête et la surprit dans l’égarement de ses yeux.

Irène s’agitait tout comme si elle jouissait, et ne se doutait pas de la cause qui suspendait les caresses de sa belle-sœur.

Celle-ci, arrachée à sa volupté, éprouva d’abord de la colère, puis, se touchant le cul, s’écria :

— Prends ta place là-bas et laisse-moi.

Cette exclamation arracha Irène à son émotion, elle tourna la tête, vit Stanislas, et dit :

— Ah, chéri, il y a longtemps que tu aurais pu venir ; tu préférais courir avec Gabrielle, et tu ne l’as plus ! Va, va à la suite, Olympe l’a dit, tu n’as pas à te plaindre.

Déjà la langue d’Olympe était repartie sur les fesses d’Irène et celle-ci reprenait sa posture.

Que se passait-il dans l’esprit de Stanislas ? Sa jeune sœur lui offrait son cul et la surface qu’il contemplait, lui montrait qu’il y avait à caresser.

La volupté ne dirigeait-elle pas toutes ses actions depuis son mariage avec Irène. Les divans s’allongeaient à la suite les uns des autres, les robes des femmes gisaient au milieu, ses vêtements les rejoignirent, et il vint lécher le cul d’Olympe.

Léchant et léchée, celle-ci se contorsionna et balbutia :

— Ah, nous y montons au Paradis, ah, quelle bonne idée, Stani ; ah, Irène, Irène, il me rend les caresses que je te fais !

Elle caressa avec plus de frénésie les fesses d’Irène, qui les tortilla davantage : imitant ce mouvement avec les siennes, Olympe favorisa Stanislas de sa pleine lune et les langues se multiplièrent dans leurs ivresses.

De temps en temps Stanislas, sur un baiser plus fougueux, se soulevait sur un coude, le cul d’Olympe se relevait pour le frapper au menton et il le pelotait de la main, pour qu’il s’abaissât, le laissât jouir de la vue de celui d’Irène.

Il pouvait ainsi comparer, et découvrir dans chacun d’eux leur beauté spéciale.

Irène possédait les formes plus rondes, plus cerclées, plus élégantes, mais Olympe, si elle les avait plus massives, plus étendues, offrait une large surface blanche, coupée par une raie accentuée, où la ligne traçait une large voie à ses exploits. Le type aristocratique caractérisé par les fesses d’Irène, se mariait à merveille au type plébéien soigné que présentaient celles d’Olympe.

L’échauffement s’emparait des sens : l’esprit de chacun des trois jouteurs voltigea loin des préoccupations de ce monde, emporté dans les rêves réalisés de ces chairs bouleversées par la volupté.

On voulut un répit pour coordonner le plaisir dans une entente définitive. À grand regret, on suspendit les feuilles de roses et sur les genoux de Stani, s’assirent les deux femmes, Olympe maintenant un peu embarrassée.

Irène brusqua la situation. Se penchant sur elle, elle lui saisit les deux joues avec les mains et, les yeux dans les yeux, elle joua le jeu des lèvres et de physionomie qu’elle lui avait révélé pour entraîner l’homme à désirer le suçage, murmurant ;

— Essaye sur lui, je verrai si tu m’aimes assez pour tout retenir de moi.

— Oh non, je n’oserai pas.

— Il n’existe plus d’autre lien entre nous que la volupté, tu es femme, et par moi un peu prêtresse d’amour, je voudrais juger l’effet en spectatrice.

Stani ne s’arrêtait pas au langage ; il pelotait à droite, il pelotait à gauche, il baisait les seins il tripotait les poils de chacune, il glissait un doigt fureteur dans leur conin, Olympe reprenait sa nature friponne, elle n’hésita plus, elle se tourna vers lui, lui prit les joues comme Irène venait de le faire aux siennes, le regarda les yeux clignotants, entrouvrit légèrement la bouche, dont les lèvres tremblèrent par défaut d’habitude et entraînée par la surprise que témoigna Stanislas, elle simula une courte aspiration de la bouche, qui le fit s’écrier :

— Elle t’a enseigné cela ! Avec qui ?

— Avec personne, répondit Irène. Tu es le premier homme qui se glisse dans notre intimité, elle ne l’a jamais fait, et tu as compris.

Tout-à-coup Olympe appuya la tête sur l’épaule de Stanislas pour se la cacher, Irène debout, lui retira le bras et dit :

— Quand on propose, on s’exécute, vas-y.

— Oh !

Elle se laissa pousser sur les genoux, entre les cuisses de Stanislas et, pour la première fois de sa vie, contempla aussi près de son visage une queue d’homme.

Irène, agenouillée derrière elle, par dessus ses jambes, le ventre contre ses fesses, saisit la queue de son mari dans ses doigts et la dirigea vers la bouche d’Olympe, en dictant la manœuvre.

— Ouvre les lèvres, reçois ce qui fait notre joie, aspire lentement, essaye de tout engloutir, laisse échapper, reprends du bout des lèvres, serre bien au fur et à mesure que tu réingurgites. Le jeu a peu de variantes dans l’action, il en a d’innombrables dans les nuances. Tiens, recule-toi, vois-moi faire, tu auras une idée.

Irène prit la place d’Olympe, dont le sang bourdonnait aux tempes et la fit mettre sur le côté pour mieux voir ; alors, face-à-face avec la queue de son mari, elle s’accouda une seconde sur ses cuisses, la tête penchée en avant, la bouche juste au-dessus de cette queue droite, en pleine érection et lui envoya sur le gland un furtif coup de langue, se recula comme pour la magnétiser, bomba en avant les seins dont la pointe vinrent la heurter.

Revenant au-dessus, elle se tourna vers Olympe, lui montra sa bouche à peine entr’ouverte, avec le sourire étudié et stéréotypé qui l’ornait, se courba sur la queue, les mains derrière le dos, et la queue peu à peu disparut en entier entre ses lèvres. Elle la laissa échapper, regarda sa belle-sœur et dit :

— Nous n’en abuserons pas, ma chérie, pour une fois on peut faire une exception. Elle a du piment dans le sang, ta sœur, je suis heureuse, Stani, de lui apprendre les plaisirs, surtout avec toi.

Elle appuya une joue sur ses cuisses, prit la queue dans sa main, la fit tourbillonner sur le bord de ses lèvres, la gratifiant de quelques baisers et de quelque suçons.

Se redressant ensuite, elle dit :

— En voilà assez sur ce chapitre : tu as vu, Olympe, il va s’étendre sur le divan, chacune de nous couchera la tête sur une de ses cuisses et nous nous amuserons quelques secondes à le sucer presque ensemble.

Étendu sur le dos, les deux femmes la tête sur ses cuisses, Stanislas vécut une minute inoubliable ; elles lui baisaient la queue, se la repassait de bouche à bouche, se pigeonnaient les lèvres collées au bord du gland, se chatouillaient mutuellement le clitoris, entrecroisaient leurs jambes, unissaient leurs seins.

Irène sentit que le gonflement de la queue annonçait le prochain paroxysme du plaisir, elle arrêta le jeu et s’écria :

— Maintenant, chéris, allez-y du baisage, rompez avec les préjugés, tirez un bon coup et prenez mon cul ou mes cuisses pour oreiller.

Elle les poussa dans les bras l’un de l’autre, Olympe, la tête appuyée sur le gras de ses cuisses, Stanislas attaqua sa sœur.

Les forces décuplées, après une rude chevauchée, où Olympe crut perdre le souffle, tant la sensation fut fougueuse, sans désemparer, il enfila Irène par dessus la tête d’Olympe, reprenant ses sens, et envoyant des coups de langue au con et aux couilles des deux amants.

L’après-midi touchait à son déclin lorsque ces exploits prirent fin. Stanislas prouvait une fois de plus cette vérité, qu’un homme avec une seule femme, peut fournir le service d’amour à peu près tous les jours ; qu’avec deux femmes, il peut faire un service quotidien et qu’avec trois et plus, il parviendrait à assurer un service plus que bi-quotidien. La régénérescence des forces s’accomplit rapidement avec l’élasticité voluptueuse, il ne s’agit que de l’entretenir par une sage alimentation et une hygiène appropriée.




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VII


Le trio n’en resta pas là, mais le séjour au château d’Ecofleur ne se prolongea pas au-delà de trois mois et l’on se réinstalla chacun chez soi dans sa maison de S…

Passer l’hiver comme l’année précédente ne semblait plus possible aux deux époux. Ils reprirent cependant leur existence ordinaire et en furent tirés par trois évènements qui les rapprochèrent encore davantage, afin de parer aux éventualités.

Ce fut d’abord la constatation qu’Annina était enceinte, qui vint les surprendre dans la sécurité des plaisirs qu’ils entretenaient avec leur jolie suivante, se formant de jour en jour en grâce et en beauté. Irène rejaillissait bien sur ce qui l’entourait.

L’astre d’Annina n’avait pas pâli au milieu des félicités que le mari et la femme recherchaient avec Olympe.

Avec une demi-position fausse à la campagne par Son retrait du service et par son effacement devant les membres de la famille, Annina se tenait presque constamment enfermée dans les appartements particuliers de ses maîtres, dont sa chambre dépendait, ne se promenant que le matin avec Irène dans le parc, pour l’aider à cueillir des fleurs, ou le soir après le dîner, courant avec les uns et les autres, chacun s’habituant à la considérer dans l’élévation où l’appelait sa maîtresse.

Enfermée durant la majeure partie de la journée, elle lisait ou s’occupait des toilettes d’Irène, ce qui l’intéressait beaucoup. Celle-ci avait fait aménager une galerie dans les combles du château pour ses costumes, posés sur des mannequins, afin qu’ils ne prissent pas de faux plis et recouverts d’étoffes préservatrices. Baisée une fois à la hâte par Stanislas, il arriva que charmé de la façon dont elle le reçut, il s’arrangea parfois pour la rejoindre et la manœuvrer avec plus de fougue. Elle répondait de son mieux à son assaut et, à peine de retour en ville, elle remarqua que pour la seconde fois, ses époques ne survenaient pas.

Il n’y avait pas là de quoi s’effrayer, Irène et Stanislas prévenus, décidèrent qu’on ne pouvait la faire accoucher à S… et que d’un autre côté on ne devait pas la laisser seule quand le moment arriverait. On convint qu’on dissimulerait la grossesse tant qu’il le serait possible et que le jour où elle deviendrait trop visible, où l’on approcherait du dénouement, on partirait soit pour Paris, soit pour toute autre ville, où elle ferait ses couches, entourée de ses maîtres et qu’on mettrait l’enfant en nourrice, pour l’élever ensuite et lui créer une situation. Irène, toute émue, ajouta que les louis qu’elle économisait pour celui qu’elle avait espéré, seraient placés sur sa tête et lui constitueraient une première prime pour l’époque de sa majorité.

S’amuser est fort bien ; veiller au sort des enfants qui résultent du plaisir est encore mieux et le contrat social devrait le consacrer.

Cette affaire n’était donc pas pour faire dévier les deux époux dans la ligne de conduite qu’ils avait adoptée.

Deux autres évènements suivirent qui les obligèrent à réfléchir, en apportant une ombre au milieu de leurs joies.

Irène, rentrée en ville sortit davantage que l’année précédente, rendant de fréquentes visites aux parents et amis, surtout à Olympe, avec laquelle elle entretenait des relations lesbiennes les plus actives. Or, une après-midi, chez celle-ci, Isidore Desbrouttiers, le mari qu’on n’attendait pas, apparut brusquement dans leur tête-à-tête et surprit sa femme, la tête sous les jupes d’Irène.

Elle eut juste le temps de se relever et de S’écrier :

— Dieu, que tu m’as fait peur ! Est-il permis d’entrer ainsi sans s’annoncer !

Isidore était demeuré tout bête ; Irène rajustait tranquillement sa robe, sachant par expérience que le meilleur moyen d’en imposer à un homme consiste à ne pas se départir de son calme.

— Que faisais-tu aux genoux d’Irène, interrogea Isidore, la voix légèrement tremblante.

— Je lui appliquai sur la cuisse un morceau de sparadrap, elle s’est blessée et un peu plus tu voyais… ce qu’il ne t’est pas permis de voir.

— Je ne m’en serais pas plaint, dit-il rassuré et devenant galant. Cette blessure, pourquoi avoir attendu ? Comment s’est-elle produite ?

— Quel curieux ! Elle n’y a pas pris garde ! Elle changeait un de ses linges. Est-il admissible de vouloir tout savoir. Le linge était noué, elle a essayé de couper le nœud avec les ciseaux les ciseaux ont glissés ; elle n’a rien ressenti sur le moment : ici, ça a commencé à lui cuire très fort, elle me l’a dit et j’ai eu l’idée de la soulager ainsi.

— Oh, les femmes, les femmes !

C’était son refrain habituel. L’histoire passa ; il eut le tort de la colporter et, dans toute la ville, on parla bientôt des cuisses de Mme Stanislas Breffer, que pansait Mme Desbrouttiers, non qu’on y attachât de la malignité, mais pour le simple plaisir de parler des jambes d’une jolie femme.

Stanislas et Irène en rirent pendant quelque temps, puis ça les agaça. À force d’en causer, de subtiles mauvaises langues n’exploiteraient-elles pas le récit et Dieu sait les proportions qu’on lui donnerait.

Le troisième évènement suivi de près.

Stanislas avait continué ses habitudes de manille le soir : les jours étant courts, le temps lui pesa avant le dîner, il alla au café absorber l’apéritif.

À la suite de la lettre écrite à Irène par le cousin Boullignon, lors du bal chez Sigismond, on lui battit froid pendant quelques semaines, puis on se raccommoda. Il s’appliqua à faire oublier son intempestive missive, et il parvint à ne plus porter ombrage ni à l’un ni à l’autre des deux époux.

Boullignon était un homme de trente-cinq ans, pas beau, mais très gai, marié à une femme laide, acariâtre, qui aurait rendu la vie malheureuse à tout autre qu’à lui. Il l’avait épousée pour son argent, qui lui assurait une certaine indépendance, n’ayant à s’occuper que de la gestion de ses terres, toutes de bon rapport dans les environs de S…

Très gai, il avait un répertoire d’histoires amusantes, avec lesquelles il excitait l’hilarité de ses auditeurs, ce qui lui facilitait l’accès de bien des maisons.

Il devint l’un des familiers de chez Stanislas, qu’il sût flatter et qui n’attacha plus aucune importance à ses anciennes velléités, surtout depuis le retour d’Ecofleur.

Familier, il profita du nouveau goût de Stanislas pour l’apéritif et vint quelquefois chez lui à ces heures ; Irène, seule dans son salon, lisait ou brodait, s’en remettant à Annina du soin de veiller aux divers services.

Elle le reçut, parce qu’il se montrait très réservé et qu’il la faisait rire par ses contes.

Il arriva qu’à une de ces visites, il eut un récit assez grivois, très folâtre, qui souleva de tels éclats de rire chez Irène que, comme elle était debout, lui sur le point de partir, il simula l’air le plus niais et s’écria :

— Je parie, cousine, que vous en pissez.

Avant qu’elle n’eût cessé de rire, sa main toute prête se faufilait sous les jupes, agrippait le conin et les fesses.

Elle riait encore, dans un moment d’oubli, se secouant mal de la main qui la chatouillait ; ne recouvrant son sang-froid que, lorsque devant ses yeux, elle aperçut la queue de Boullignon, hors de la culotte et se dirigeant dare-dare vers ses cuisses.

— Êtes-vous fou, cousin, dit-elle, ou cela est-il dans l’histoire ?

Elle se défendit ; il l’a tenait bien. Il ne l’aurait pas lâchée si, lui attrapant la queue avec les doigts, elle ne l’eût fortement pincée, au point de lui arracher un cri.

Reculant de deux pas, elle lui dit d’un ton très sec :

— En voilà une de belle ! Stanislas sera joliment furieux, lorsque je lui raconterai votre sottise.

— Vous ne raconterez rien du tout, cousine, parce qu’autrement je jaboterai qu’il n’y avait pas de coup de ciseaux à votre cuisse et que je l’ai vue votre cuisse. Vous allez faire patte de velours sur ce petit là, pour lui demander pardon de votre méchanceté, sans quoi j’en dégoiserai qui ne vous sembleront pas drôles.

— Vous, un parent, vous inventeriez des histoires sur mon compte !

— Je passe mon temps à en inventer ! Il faut bien amuser. Patte de velours là-dessus.

— Racontez tout ce que vous voudrez, je m’en moque.

— Vous avez tort On écoute toujours les histoires qui roulent sur les machinettes des femmes. Puis ne lui devez-vous pas la main de velours, après l’avoir si vilainement pincé ?

En somme, elle ne posait pas à la pudibonderie outrée, elle obéit avec une sage réserve : elle fit la main de velours sur la queue de Boullignon qui n’insista pas davantage, se reculotta gravement et dit :

— Voyez, c’était la fin de l’histoire et, pour rire un brin, ça n’a pas d’importance. Nous restons amis, eh !

— Vous êtes un mauvais sujet, cousin ! Soyez plus raisonnable et on oubliera.

— On ne demande pas mieux.

Elle l’accompagna, comme les autres fois, jusqu’à la porte ; en traversant un couloir étroit et mal éclairé, il l’attrapa de nouveau, l’eut vite troussée, en la poussant contre le mur.

Elle n’osa bouger de peur que le service peu éloigné ne l’entendit ; elle donna des coups sur les mains qui lui tenaient les jupes relevées, et murmura :

— Cette fois-ci, nous nous brouillerons.

— Oh que non pas ! Il ne sera pas dit que ma queue, ayant été touchée par votre main, ne vous aura pas chatouillé… le nombril.

Elle n’opposa aucune résistance à cette lubie, immobile, prête à recouvrer la liberté de ses mouvements, à la moindre hésitation qu’il montrerait. La queue toucha le nombril, les poils : l’hésitation se produisit quand, descendant vers les cuisses, il lâcha les jupes pour la pointer vers le conin.

Irène recula subitement et, avec ironie, lui dit :

— À abuser, cousin, on perd ses avantages.

— Je m’en souviendrai, cousine ! Hein, nous avons été bien près de la chose ; avec un peu de bonne volonté ça y était. Vous y viendrez plus tard.

— Jamais, mon bonhomme.

— Ne le jurez pas.

Le soir même, Boullignon imaginait une histoire sur cette visite où, sous un léger voile, il parut désigner l’héroïne.

Cette histoire que son mari lui raconta, elle le sentit, devenait comme une épée de Damoclès sur sa tête. Elle fit part à Stanislas de ce qu’il en était réellement et celui-ci, encore plus irrité que de la lettre, parla de châtier son cousin.

— Pas de bêtise, conseilla Irène, il est homme à faire du scandale ; ignore, c’est le plus sage. Quant à moi, jamais, jamais avec un tel magot, sans argent et je ne me vends plus.


Fin du Tome I

Tome II

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VIII


On n’était pas encore en hiver, il y avait de très belles journées.

Irène et Stanislas décidèrent de se séparer le moins possible, pour faire tête aux potins, s’il en surgissait, reprirent leurs promenades à bicyclette, courant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, quelquefois à Ecofleur où ils décrochaient le bateau pour aller s’enfermer dans le kiosque et s’y repaître des mille délices de la volupté. Ils s’étreignaient en d’ardentes fièvres que leur provoquaient les souvenirs de Paris, et Irène se multipliait pour représenter aux yeux de son mari les jolies femmes qu’il aima.

Au milieu de leurs amours, ils examinaient les sujets qui les préoccupaient ; la grossesse d’Annina, la passion d’Olympe qui, sevrée pour le moment par prudence de ses relations avec eux, leur conseillait de repartir pour Paris où elle les rejoindrait en envoyant promener son mari Desbrouttiers ; les manœuvres du cousin Boullignon, établissant des approches assez habiles avec la maison où l’on continuait à le recevoir et où il trouvait toujours maintenant Stanislas.

La venue prochaine de Gabrielle, qu’enfin M. Lorin consentait à leur confier, faisait aussi le sujet de leurs conversations.

Sur ce point, Irène ignorait encore le dépucelage de sa sœur par son mari ; celui-ci n’ayant pas parlé dès le début, n’osait pas revenir sur le passé. Elle-même, du reste, conservait une arrière-pensée : elle aspirait à être l’initiatrice de la jeune fille et Stanislas éprouvait une certaine appréhension sur l’ennui qu’elle aurait en apprenant la façon dont il la devança.

Un matin, comme ils rentraient de leur promenade, ils aperçurent un landau arrêté devant leur porte et ils s’interrogèrent des yeux pour deviner quelle visite leur survenait.

— Des amis de Paris, murmura Stanislas.

— Ils ne viendraient pas ici, sauf les très intimes qui nous aviseraient et, quant au monde galant, nul ne sait où nous nichons.

Ils remarquèrent que quelques groupes semblaient suivre avec curiosité leur retour.

Annina les reçut sur la porte et dit avec une certaine emphase :

— Madame, c’est un roi qui demande à vous voir !

— Un roi !

Soudain elle tressaillit et se rappela le roi de Thessalie. Elle prit le bras de son mari et murmura :

— Entre avec moi.

Dans le salon, ils virent un homme de haute taille qui étudiait les tableaux et les meubles et qui s’approcha les mains tendues à leur apparition.

— Vous, Sire, s’écria Irène.

Présentant de suite son mari, elle ajouta :

— Monsieur Stanislas Breffer, mon mari.

Elle serra la main qui lui était tendue et le roi offrit l’autre à Stanislas, en disant :

— Vous êtes un homme heureux, Monsieur, mais aussi un grand criminel d’arracher une telle perle au beau Paris.

— Criminel ! dites égoïste ce sera moins dur.

Le roi sourit et Irène ayant pressé la main à son mari, celui-ci comprit qu’elle voulait rester seule avec le roi, il s’inclina et ajouta :

— Vous permettez, Sire, que j’aille m’occuper de nos pneus, Madame Breffer vous fera les honneurs de notre modeste logis.

Le roi salua et ne dit rien.

Dès qu’Irène fut seule avec lui, comme il s’était assis, elle vint se mettre sur ses genoux, lui offrit les lèvres, et dit :

— Vous êtes bien gentil de ne pas m’avoir oubliée et d’être venu jusqu’ici me voir.

— On ne vous oublie plus, lorsqu’on vous a connue. Mon chagrin a été bien vif de ne pas vous trouver à Paris, d’apprendre votre retraite.

— Qui vous a indiqué où j’habitais ?

— Votre femme de chambre, Mirette.

— Elle a donc compris, qu’en votre faveur, elle pouvait enfreindre sa consigne.

— Vous mariée, vous petite bourgeoise, est-ce possible, est-ce un rêve !

— Vous voyez que pour vous, la femme mariée, la petite bourgeoise a gardé un souvenir et qu’elle vous témoigne sa confiance.

— Hélas, cela ne rendra que plus cruel le sacrifice !

— Quel sacrifice ?

— Le passé irressuscitable.

Étonnée parce que le roi avait baisé ses lèvres, la gardait sur ses genoux, elle crut qu’il ne reconnaissait plus en elle la même femme, et elle s’écria :

— Quoi, Carle, ai-je donc enlaidi, ai-je perdu de ce charme que vous aimiez, ne suis-je donc pas cette perle que vous disiez ! Supposez-vous que quoi que ce soit ait déchu en ma personne ! Regardez, Carle, prononcez, ce corps que vous déclariez si beau, l’est-il moins ?

Elle portait une blouse, serrée à la ceinture, avec des ailettes bouffantes ; elle ouvrit la blouse, sa chemise montra son éblouissante poitrine et les seins nus, continua :

— Ne suis-je pas toujours festin d’amour, festin de jouissances et de voluptés ?

— Sirène, ô sirène que vous êtes ! Votre beauté est toujours triomphale ! Mais l’épouse peut-elle ce que pouvait la femme indépendante !

— Pour vous, oui. Baisez, mon roi, ces seins, jetez un regard à travers la ceinture, dites, pensez-vous que mon corps refusera de vibrer au feu de vos désirs ?

— Tu consentirais encore ! Oh, quand, dis !

— Pas ici. Ce pays a des yeux sur les murs et cela vous gênerait. Pour combien de temps êtes-vous à Paris ?

— Trois jours.

— Après-demain, à partir de midi, Léna de Mauregard vous attendra dans son hôtel des Champs-Élysées.

— Vous le ferez !

— Aussi vrai que j’abandonne ces seins à vos caresses, aussi vrai que je favorise la curiosité de vos regards.

Il lui reboutonna la blouse, après une caresse passionnée sur sa chair ; il la souleva de dessus ses genoux et, se levant, dit :

— Je serai de bonne heure chez toi, Léna, et je t’adorerai. J’attendrai avec impatience cette heure de volupté ; je t’ai vue, je vais repartir.

— Ne voulez-vous pas demeurer ici un peu plus longtemps ?

— Non, il ne faut pas. Ne mêlons pas les choses.

Elle appela son mari qui accourut ; tous deux accompagnèrent le roi Carle à sa voiture : il donna l’ordre du départ, après leur avoir serré la main.

Dans le salon, Irène répondit à la muette interrogation des regards de Stanislas :

— Après-demain matin j’irai à Paris ; je lui ai donné rendez-vous à partir de midi. Stani, nous sommes trop jeunes pour renoncer à une vie d’activité, ayant vécu comme nous le fîmes. Cherche ce que nous pourrions faire, je chercherai de mon côté pendant les quarante-huit heures que je resterai à Paris et nous déciderons. Cette ville va être en ébullition en sachant que nous avons reçu la visite d’un roi. N’y a-t-il pas danger à ce qu’on remonte aux sources d’une telle amitié ? Il faut disparaître quelque temps.

— Disparaître, n’est-ce pas prêter le flanc à toutes les attaques.

Ce jour-là, il y eut foule chez les Breffer. En effet, le roi de Thessalie venu expressément pour le ménage Stanislas, il y avait là plus qu’il n’était nécessaire pour alimenter les bavardages de toute la région. Les parents, les amis affluèrent, afin de se renseigner sur une telle marque de sympathie.

Les femmes surtout se montraient avides de détails et parmi celles-ci, Céline Breffer et Olympe Desbrouttiers ne cachaient pas leur stupéfaction.

Irène fut très ennuyée de tout ce bruit, de toute cette agitation et n’en conçut que plus vivement le désir de ne pas passer l’hiver à S…

Elle redouta que ses sens ne se satisfassent pas du seul contact féminin, apporté comme appoint aux ivresses de son mari et, ayant étudié les hommes de la ville, pour découvrir parmi eux un amant possible, elle ne put s’arrêter sérieusement à aucun, les uns accusant une vantardise qui l’effrayait, les autres une brutalité qui ne lui convenait pas. Seul, son beau-frère Sigismond, le notaire, eut présenté les conditions requises pour répondre à ses désidératas mâles, mais Sigismond s’affichait en homme sérieux et moral, fidèle à son contrat conjugal, aimant sa femme Céline, comme on aime l’épouse choisie et respectée, comme on aime la mère de ses enfants. Il rencontrait en cette jeune femme les sentiments réciproques de vertu et de réserve et ils formaient le ménage le plus assorti du pays.

Le surlendemain matin, à la première heure, Irène descendait à son hôtel, à la grande joie de Mirette qui, prévenue par une lettre de Stanislas, avait mis les appartements particuliers de Madame, en état de la recevoir.

Ce ne fut pas sans une certaine émotion qu’Irène, redevenue pour quelques heures Léna de Mauregard, se retrouva dans ce palais de ses triomphes et de sa gloire.

Et deux Jours après, Stanislas, au lieu de la voir arriver, lisait, à demi surpris seulement, cette lettre qu’elle lui écrivait :

« Mon cher petit mari, je viens vite te causer de ma vie depuis ces longues heures de séparation, avec l’espérance de te mettre l’eau à la bouche pour l’amour de ta chère petite femme et que dès la réception de ces lignes tu accoureras chercher ton bien pour le ramener au bercail, si tu ne veux pas t’exposer à ce qu’il roule la prétantaine.

Tu brûles du désir de connaître mes actes et tu me dispenses de commentaires superflus. Notre accord étant bien scellé, je ne te marchanderai pas le récit de mes… exploits. Tu jugeras, à cette lecture, s’il y a lieu de persévérer dans notre retraite, ou s’il te souriait de m’autoriser à nouveau pour une période plus ou moins longue, à jouer mon rôle ébouriffant de grande demi-mondaine. Il y aurait déjà preneur.

Carle n’a pas manqué son rendez-vous. À une heure, il me trouvait toute nue dans ma chambre, parée de la seule ceinture de diamants qu’il me donna.

Ses yeux brillaient, son cœur lui battait, son émotion était le plus doux des compliments, je me laissai aller dans ses bras, ses transports commencèrent.

Il me couvrit les épaules, les seins, de baisers, me tourna, me retourna pour bien me contempler, s’écriant :

— Oh Léna, encore plus belle, toujours plus belle ; le mariage, la vie bourgeoise, n’ont rien terni de ta splendeur et tu es vraiment une femme sans pareille, digne d’une couronne et qu’on ne saurait oublier, lorsqu’on a une fois joui de ton corps. Léna, retire cette ceinture, même ces diamants sont indignes de tes charmes, que je veux adorer de tout l’amour de mon âme.

Tu comprends ce qui suivit et qui, je te l’avoue, ne laissa pas que de m’être agréable. Il n’est pas un point de mon corps qu’il n’ait baisé, léché, sucé. Il se fit un collier de mes jambes et ce qu’il enfonça la langue dans le petit trou, que tu as été le seul à visiter depuis bientôt treize mois, tu t’en doutes ; je crus qu’il n’en finirait pas.

Je n’étais pas venue à Paris pour lui disputer son bonheur. Chéri, il m’a baisée trois fois et est resté deux bonnes heures. Il m’a encore demandé de le suivre dans son royaume, m’assurant qu’il t’y ferait une belle situation, à la condition que tu fermes les yeux et je n’ai dit ni oui, ni non. Je ne crois pas que cela nous convienne. Un roi, aussi moderne qu’il soit, a de tels moyens de vous supprimer, lorsqu’il a assez de vous !

Carle parti, je me suis habillée et j’ai commencé mes visites. Je voulais revoir tout notre monde. Il me plaisait de me retrouver Léna de Mauregard. Je n’ai rencontré ni Lucie, ni Bertine, et suis arrivée chez Esther Fostana, où je suis tombée on ne peut mieux.

Elle donnait à sept heures et demie un dîner pour fêter son premier succès, et elle m’a retenue. Ah, ce qu’on s’est amusé !

Peu d’hommes, par exemple : Shempal est un malin, il aime les pelotages ; il s’arrange pour avoir un nombreux personnel féminin, heureux de se laisser tripoter.

Avec lui, il y avait tout juste deux autres cavalier : Barfleur et le compositeur Edmond Letoutard, homme d’une quarantaine d’années.

Des femmes, il en pleuvait, et bien de tes anciennes, scélérat de mari : Marguerite des Fusains, Pauline Sternier, Sophie Dincourt, Bertine des Sableuses, Émilienne d’Argos et, je te le donne en mille, tu ne devines pas, Aimette de Provence, avec qui Esther m’a réconciliée.

Ce que Barfleur a été heureux de me voir, tu ne saurais l’imaginer. On aurait dit qu’il retrouvait sa jeunesse et le pauvre est joliment décati. J’en ai eu de la pitié ; en somme, il nous fut un bon ami et, après la soirée, je l’ai emmené coucher avec moi et j’ai pu lui fournir une bonne fin de nuit. Un coup de canif de plus ou de moins, eh, je ne suis pas de celles que cela abîme. N’anticipons pas.

Esther, à mon entrée, m’avait sauté au cou.

— Vous ou toi, que dois-je dire, s’écria-t-elle !

— Toi, je suis encore Léna.

— Tu abandonnes la province ?

— Pour deux jours.

— Bon, ne fais pas de sottises ; quand on a le bonheur chez soi, on ne le lâche pas. Ton mari continue à t’aimer ?

— Moi aussi je l’aime. Nous nous ennuyons.

Elle m’apprit alors le dîner qu’elle donnait et m’entraîna dans sa chambre, pour me débarrasser de ce qui me gênait, me prêter un corsage décolleté, harmonisé à ma robe, afin que je fisse figure au milieu des autres femmes.

Shempal entra en manches de chemise pour qu’elle lui nouât sa cravate et m’aperçut, essayant le corsage.

— Vous, Irène ou Léna ?

— Léna aujourd’hui, répondis-je en riant.

— Dans ce cas je t’embrasse les épaules.

— Et au-dessous, si ça te plaît.

Il ne refusa pas le bécot aux seins que je présentais et, comme Esther ne protestait pas, il m’envoya la main sous mes jupes pour me peloter les fesses à travers le pantalon.

— Et bien, et bien, dit alors Esther, où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.

— Son mari a assez souvent touché le tien, pour que je touche le sien.

— Et la vision ! Tiens, regarde-le, mon petit Shempal.

Je me troussai, ouvris le pantalon et lui montrai ma… lune.

Cela débutait bien.

Esther me conduisit au salon, où étaient déjà réunis Barfleur, Marguerite des Fusains, Sophie Dincourt la Dugazon, plus gracieuse que jamais, très alléchante avec son allure garçonnière.

Barfleur m’embrassa sur les deux joues, s’informa de toi, vanta notre intelligence, notre bonheur. Je lui mis la main sur la bouche pour l’empêcher de trop exagérer, il la lécha et se tut.

Peu d’instants après, Shempal me ramena dans la chambre d’Esther, le grand sanctuaire, à ce qu’il paraît, où Aimette venait d’arriver.

Elle eut d’abord un mauvais regard ; je lui tendis la main, en disant :

— Pourquoi nous bouder ? Je ne suis plus rien et tu demeures un des plus jolis diamants de Paris.

Elle sourit et répondit :

— Tu n’as pas amené ton crustacé de mari : est-ce qu’il garde les marmots ?

— Nous n’en avons pas. Il me parle de toi et chante ta merveilleuse beauté.

— Et vous êtes toujours d’accord ?

— Toujours.

On parla gentiment quelques secondes, elle quitta son air revêche et ma foi, j’employai le grand moyen, un baiser sur la bouche, qu’elle me rendit très chaudement.

À table on fit honneur au menu exquis ; on parla théâtres, arts, philosophie, et nous nous intéressâmes toutes à la conversation.

Letoutard avança que le rêve prédisposait à la générosité, à saisir les choses les plus sérieuses, de même que l’amour et le plaisir apprenaient le mérite des sociétés civilisées.

Il glissait, sous ses lunettes, de furtifs regards sur les épaules de ses voisines, Marguerite et Bertine, les faisait courir au-delà et on lui souriait.

Shempal à son tour dit que le corps de la femme était le monument artistique par excellence, il s’amusa à le démontrer en appelant l’attention générale sur mon cou, sur mes seins que le corsage décolleté d’Esther ne garantissait presque pas ; il se tourna aussi du côté d’Émilienne ; on ne se priva pas plus de se regarder entre femmes, que les hommes ne se privaient d’inspecter nos corsages.

— La musique, dit Letoutard, enveloppe les sens, lorsqu’on évoque la beauté et qu’on voit l’idéal se dessiner dans la personne d’une femme.

— L’idéal règne autour de nous, Letoutard, répondit Shempal.

— C’est-à-dire qu’on est étonné de conserver la vue en admirant d’aussi jolis visages et d’aussi jolis décolletages, on ne pourrait décerner la palme.

— Ne la décernons pas ; elles sont toutes si parfaites, qu’elles n’ont ni l’envie, ni le besoin de se jalouser. Quand vous composez, avouez que vous rêvez à une interprète.

— À Esther, à Sophie, à Pauline, à toutes, toutes les femmes que je connais.

— Vous voyagez dans les royaumes éthérés, vous y entraînez vos artistes et vous leur prêtez les couplets qu’elles chantent ensuite dans la réalité.

Letoutard se renversa sur sa chaise, jeta un regard circulaire, et murmura :

— La belle ronde qu’on écrirait sur le balancement rythmé de toutes ces riches épaules.

On parlait et on ne négligeait ni les mots, ni les vins.

Pour moi, sortie de notre vie bourgeoise, il me semblait bien ne plus être la même femme que la veille, ni même que les années précédentes.

Chacune de nous apportait son mot dans la conversation engagée, et je t’assure qu’on échangeait de très belles théories.

La Femme ensoleille la vie : pourquoi ne pas l’appeler à embellir les sociétés par son admission dans tous les cadres de l’administration. Une femme est créée pour attirer et grouper les sympathies. S’il n’existait pas de sots préjugés sur l’amour et ses plaisirs, les hommes d’élite se réuniraient autour de belles et irrésistibles sirènes, d’où ils rayonneraient plus facilement sur les masses et bouleverseraient l’aspect du monde.

On en émit à perte de vue sur ces données et on ne s’ennuyait pas.

On raconta aussi des histoires et le temps ne durait pas. On ne quitta pas la table pour le café et nous fumâmes toutes des cigarettes pour tenir compagnie à ces messieurs, et les laisser patouiller selon leur fantaisie, ce qui illumina les regards de flammes polissonnes. On ne se retenait pas non plus entre femmes et Esther me câlina tant et si fort, que Shempal la surprit et lui dit :

— Bêtasse, si tu as envie de lui fourrer un coup de langue ne tourne pas autour de ton désir, elle ne te refusera pas, à la condition toutefois que cela se passera au milieu de nous.

— Vieux salop, pour t’exciter.

— Va donc, va donc, Esther, crièrent presque toutes ces dames. Léna est comme un nouveau fruit, tu nous en révéleras la saveur.

Shempal souleva la nappe devant moi, me tira les jupes sur les genoux et dit :

— Vite, enfourne-toi, ma fille.

Je flanquai une tape sur les doigts de Shempal, et m’écriai :

— Et bien, et bien, tu ne sais pas si elle veut et puis, j’ai mon pantalon.

— Oh, elle a son pantalon, hurla toute la table !

— Je sollicite de le lui retirer, intervint Letoutard.

— Vous êtes myope, mon cher, répliqua Shempal, vous ne trouveriez pas.

— Je l’aiderai, dis-je, en lui faisant une grimace.

Letoutard s’agenouilla devant ma chaise que j’avais reculée, je me levai debout, me troussai, lui dirigeai la main au nœud du pantalon ; il le défit très adroitement, il me l’ôta et je n’arrêtai naturellement pas le plaisir qu’il éprouva à me contempler une seconde, à déposer un baiser sur mes cuisses.

Je m’étais rassise, Esther était déjà sous moi y allant de ses minettes, tandis que je me renversais en arrière.

— Spectacle divin, murmura Shempal.

Il tourna la tête vers Sophie qui, debout à son côté, lui tirait les moustaches, en disant :

— Tu en laisses faire de raides, à ta maîtresse !

— Tu es jalouse, Sophie ?

— Jalouse, moi ? Jamais de la vie, et je te le prouve en permettant ton pelotage, petit paillard.

L’assemblée ne nous imitait pas ; je suspendis les caresses d’Esther au bout de quelques secondes et je repris une cigarette.

Esther était toute rouge d’émotion, avait les cheveux ébouriffés de la passion qu’elle mit à me lécher ; Sophie échappa aux mains de Shempal, l’attrapa à bras le corps, la troussa et la fessa fortement.

— Méchante, cria Aimette, Shempal ne se trompait pas, tu es jalouse.

— Sotte, répondit Sophie, je fais descendre son émotion, pour qu’elle ne lui reste pas à la gorge. La jalousie, pour les caresses entre femmes, est tout ce qu’il y a de plus idiot. Moi je les aime toutes. Je ne puis en vouloir à celles qui ont les idées ailleurs.

À partir de ce moment, Barfleur me reprit et nous bavardâmes : lui, prétendant que je me faisais de plus en plus jolie à chacune de mes réapparitions. Je répondis à ses avances. N’est-ce pas un des premiers qui contribuèrent à ma fortune et aussi à la tienne ? Il commença à me peloter et j’eus caprice de lui donner une nouvelle vigueur. Je l’échauffai et il me demanda de me raccompagner, ce à quoi je consentis.

On avait bu des liqueurs fines, on avait rigolboché, Shempal s’était payé l’universel petotage qui, aujourd’hui, constitue ses plus chères délices et Aimette, profitant d’un va-et-vient général, m’avait invitée à dîner pour aujourd’hui, pour ce soir, invitation acceptée et où j’irai tout à l’heure.

Dans le trajet que nous fîmes avec Barfleur pour revenir à l’hôtel, il se rafraîchit quelque peu, en me parlant de cette vache d’Elvire qu’il avait lancée et qui le reniait, posant à la femme sérieuse, à la fleur immaculée réservée au seul bonheur du prince Lubrinsky, lequel s’apprêtait à commettre la sottise de l’épouser.

Je crus qu’il allait pleurer en rappelant ses anciennes relations et j’augurai fort mal de mon caprice.

Mais, dès qu’il fût dans ma chambre, qu’il m’aperçut toute nue, il se reprit, me tapa le cul et s’écria :

— Quelles parties nous avons faites tous les trois, tu t’en souviens !

— Si je m’en souviens ! Tu le vois bien, puisque moi, légitimement mariée, reconciliée avec mon mari, je ne te boude pas et te permets toutes tes folies.

— Toutes mes folies, Léninette. Oh ! oui, et c’est bon avec toi, parce que tu sais associer ton plaisir à celui des autres : tu y gagnes ta grande supériorité sur les dindes qui font la vie et qui la font en s’embêtant, après avoir assommé leurs amants.

Il ne se comporta pas mal au lit et je jetterai un voile sur cette dernière partie.

Il m’a laissée seulement ce matin après le déjeûner de dix heures et, comme j’allais t’écrire, on m’a annoncé Arthur Torquely, le fils d’Isaac.

Je te le confesse, j’avais avisé Isaac de mon passage à Paris, en le priant de venir me voir.

Isaac est cloué par la goutte et ne peut sortir. Il m’a envoyé son fils, un grand brun de trente-sept ans, qui a été charmant et qui, sans s’embarrasser dans de faux détours, m’a affirmé que bien souvent il envia son père ; que maintenant, si j’y consentais, il briguerait bien sa succession amoureuse, dans des conditions tout aussi larges et aussi raisonnables par rapport à mes fantaisies personnelles… maritales ou autres.

— Hélas, lui ai-je répondu, malgré toute ma bonne volonté, il m’est impossible de vous prendre au mot, cher monsieur Arthur. Je suis devenue une humble bourgeoise ; j’habite la province et le respect du foyer conjugal m’est imposé.

— Vous, Léna, vous résignée à une petite vie ! Toute votre personne proteste et vos yeux eux-mêmes attestent que vous ne vous confirmerez pas longtemps dans une telle existence.

— Mes yeux ne voient que par mon mari.

— Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?

La question m’embarrassa.

— Une escapade, n’est-ce pas, continua-t-il, et bien pourquoi, puisque vous éprouviez le besoin de remettre les pieds à Paris, de revoir mon père, ne permettriez-vous pas que je profite de cette bonne aubaine ?

Ses yeux imploraient très bien en disant cela, il m’avait pris la main. Ah ! Stani, viens vite me chercher, je te le répète, le vertige me saisit, comme il saisit tout le monde dès qu’on foule le pavé de Paris ; comme il s’empare de l’esprit d’une femme dès qu’elle se sent le point de mire des désirs mâles. J’irai jusqu’au bout de mon récit.

Arthur m’attira sur ses genoux et la bouche se posant sur mon cou, il murmura :

— Réfléchissez bien, Léna. Avec un amant riche et ne demandant qu’à vous être agréable, un amant plus jeune que ne l’était mon père, vous ressentirez plus de bonheur et une nouvelle période de triomphes vous attend.

— Je ne puis quitter ma famille.

— Qui vous en empêche ?

Avec mon mari, nous avons repris la vie normale : tous les nôtres nous condamneraient et vous êtes trop juste pour vouloir que j’affecte père, sœur, beaux-parents, toute une ville.

— S’ils ont connu le passé, ils ne s’étonneront pas d’un réveil.

— Ils l’ont ignoré.

— Ils ignoreront cette nouvelle phase.

— Mon mari et moi, nous n’avons plus le prétexte de nous créer une situation pour venir à Paris.

— Vous pouvez préférer le séjour de Paris.

— Pour qu’on vienne nous y relancer.

— Ou la vie de voyages.

Ses lèvres couraient sur mon cou, sur mon visage, frôlaient vers le haut de la matinée ; je ne rendais pas encore les baisers, Stani.

— Léna, que vous donnait mon père ?

— Il ne comptait pas. Il ouvrait mon secrétaire et j’avais toujours mes tiroirs garnis.

— Ouvrez-le.

— Non, Arthur, c’est inutile, je ne resterai pas à Paris, à moins que mon mari…

— Que vous restiez ou ne restiez pas, ouvrez-le.

— Vous êtes entêté autant qu’un… enfant. Non, je ne l’ouvrirai pas, mais puisque… tu veux, soit, tu me connaîtras au moins une fois.

J’approchai les lèvres et il me donna un baiser fou.

Puis, ah ! puis, et bien oui, il succéda à Barfleur, comme Barfleur avait succédé à Carle ; il me baisa comme un enragé et nous jouîmes tous les deux. Que veux-tu, tu le sais bien, je suis une sensuelle, il n’y a pas de ma faute.

Il a laissé le contenu de son portefeuille, malgré mon refus et sa candidature d’entreteneur très sérieux est nettement posée.

Stani, à cette lettre, prends le train, accours, mène avec toi au besoin Olympe, Gabrielle, si mon père te l’a confiée, Annina ; vous ne serez pas assez de tous pour me faire revenir à S…

Si, mon mignon, ta volonté seule dictera la mienne ; viens chercher ta femme qui t’aime toujours, nous resterons ensemble à Paris un couple de journées, mène Olympe, que nous lui apprenions les délices d’une nuit d’orgie et nous déciderons ensuite de la vie que nous adopterons.

Mille tendres caresses d’Irène, et aussi de Léna, ta femme ».




Bannière de début de chapitre


IX


Cette lettre mit en effervescence Stanislas. Qu’en aurait-il été s’il eût connu réellement tous les actes de sa femme durant ces quelques heures d’absence. Elle parlait des plus importants, en les revêtant d’un certain voile, elle ne parlait pas de ses hauts faits d’initiative personnelle.

Carle parti, elle s’habilla promptement, envoya chercher un fiacre et se fit conduire rue Cambon.

Elle sonna à la porte d’un deuxième étage, et une domestique âgée qui lui ouvrit, s’écria en la voyant :

— Tiens, c’est vous ! Ah, vous voilà ! C’est Madame qui n’a pas été contente de ne plus avoir de vos nouvelles. Est-ce qu’on disparaît de la sorte !

— Mme Beaugitard y est-elle ?

— Parbleu, qu’elle y est. Vous la trouverez au salon, venez-y.

Introduite dans un salon d’aspect fort respectable, Irène salua une grosse dame d’une cinquantaine d’années, d’apparence honnête qui, à son apparition, eût un haut le corps et se précipita à sa rencontre.

— Toi, mon petit, clama-t-elle, te revoilà, tu te souviens de la maison ! Que t’y avait-on fait que tu n’aies plus reparue ? Nous causerons plus tard, tu arrives comme le Messie. Aimes-tu toujours la queue ?

— Toujours.

— Une affaire exceptionnelle ! Tu n’auras rien à payer pour le bougre : un Arabe, un superbe Arabe ; il m’a déjà refusé trois de mes plus jolies femmes : s’il te refuse, je le fous à la porte. Il paye, celui-là.

— Vous garderez l’argent.

— C’est juste, juste. Tu es pour la passion, toi ! Cependant, ici ça me chiffonne : l’Arabe dépense beaucoup dans la maison, sans quoi… On a eu la bêtise de lui parler de ta toquade de queue et il veut une femme pour lui procurer cette jouissance. Il veut un type pour le sucer, et je ne sais où le lui dénicher. Ça te convient-il ?

— Oui.

— Viens vite.

Mme Beaugitard entraîna Irène à travers un couloir sombre ; elle fit glisser une porte et pénétra avec elle dans un salon oriental, d’un luxe de bon goût où, sur un divan, les jambes allongées, les bras sur des coussins, se tenait un arabe de trente à trente-cinq ans, la figure ornée d’une barbe brune taillée en pointe.

— Je te présente la déesse du plaisir que tu souhaites, Sidi-ben-Mohammed, dit Mme Beaugitard : l’agrées-tu ?

D’un long regard, l’arabe examina Irène debout devant lui, les yeux baissés, le sourire engluant sur les lèvres qu’elle savait prendre, l’attitude du corps langoureuse dans sa fine sveltesse ; il balança la tête en signe d’assentiment et murmura :

— Voilà la fille que j’espérais, laisse-nous.

Irène se trouvait en cheveux devant l’arabe qui, de la main, lui fit signe d’approcher.

Elle obéit et debout, tout près, elle darda les yeux sur les siens en un rayon fulgurant, qui sembla lui produire l’effet d’une pile électrique ; il tressaillit et brusquement tirant à lui la robe qui cachait ses jambes, il se montra les cuisses nues, le ventre très velu, la queue longue et droite.

Irène eut un mouvement gracieux de tête, s’agenouilla entre les cuisses, porta la bouche sur la queue et, à ce simple baiser, il lui prit la tête par le menton, la souleva pour la regarder de nouveau dans les yeux, regard infini et insondable qu’ils échangèrent ; il lui repoussa la tête sur sa queue, elle suça très, très lentement les mains posées sur les poils du ventre.

Voulut-il qu’elle précipita la sucée, il appuya sur sa nuque et voilà que la langue remplaça les lèvres, se mit à voltiger tout autour du gland, à courir tout le long du membre, les mains patouillaient les parties sexuelles et les fesses ; l’arabe étala davantage le ventre et les cuisses.

La queue continuait à bander, mais n’éjaculait pas. Irène ne s’en plaignait pas, elle prolongeait son plaisir.

L’Arabe, de temps en temps, dirigeait lui-même le jeu de la bouche par des indications de la main et Irène le satisfaisait sur le champ. Dans un moment d’exaltation, il lui pressa le visage sur son ventre et s’en farfouilla tous les poils. Elle le mordilla à la naissance de la queue, elle tourna et retourna la tête dessous les couilles, les cuisses et il se trémoussa, murmurant :

— Allah, Allah, elle est du paradis, elle est une femme du Seigneur, Allah, je jouirai bientôt, je veux te voir auparavant.

Elle s’arracha avec ennui à son suçage, se leva debout, il lui fit signe de quitter sa robe, de se mettre en chemise ; quand elle fut ainsi, il lui souleva ce vêtement par derrière, contempla ses fesses et dit :

— Beau cul, beau, beau, je le pensais, lui aussi, il aura sa part Place-le sur la pointe.

— Non. Ici, je ne donne le plaisir que par la bouche ; j’accorde la vue de mon corps, je ne vais pas plus loin. Je n’ai pas besoin de ton argent, on ne me paye pas.

— Moi, je paye et je veux payer. Tu es une fille du Seigneur et tu ne te refuseras pas à ton serviteur. S’il te plaît de faire jouir par la bouche, je jouirai par ta bouche. Je te demande ensuite de m’accorder ton cul : le veux-tu, femme ?

Il avait bon air en parlant ainsi, elle sourit et répondit :

— Tu es gentil pour la femme, tu mérites son amitié. Baisse ton outil et j’appuierai mon cul dessus. Je te donnerai après le plaisir par la bouche et, s’il te reste de la liqueur, je t’accorderai mon cul pour la verser.

Il abaissa sa queue, Irène vint s’asseoir par dessus, pesant sur elle du poids de ses fesses. Il bandait tellement que la queue la souleva, et qu’elle se jeta prestement dans ses cuisses pour le sucer avec toute sa science de mignardises.

— Allah, Allah, dit l’arabe, qu’elle houri, elle est la fille du prophète.

Il ne se contint plus et la jouissance fut telle que le désirait Irène. Les battements de la queue calmés, elle demeurait prostrée sur les cuisses de l’homme, les bras ballants, accroupie sur ses jambes, presque sans souffle.

Cette masculinité exotique, à saveur plus caractérisée, l’avait secouée dans toutes les fibres de son corps et elle tremblait sur ses cuisses, humectées de sa propre jouissance.

Sidi-ben-Mohammed lui caressa gentiment le visage de la main, comprenant son émotion ; il l’attira peu à peu, molle et flasque sur ses genoux, lui appuya la tête sur son épaule et il commença à prendre connaissance de ses seins de son buste, de ses poils, lui ôta la chemise, aidé par elle.

Dans ce pelotage, dans les caresses qui suivirent, il rebanda promptement et un de ses doigts, descendant le long de l’épine dorsale, courut au cul, s’y enfonça, témoignant ainsi le désir qui renaissait.

— Va, Sidi, dit-elle, je te l’ai promis, goutte ton plaisir et ressuscite le mien.

Il la grimpa sur le dos et bientôt il l’eût enculée ; les mêmes ébats les emportèrent dans l’entente de la sensation voluptueuse, ils jouirent encore abondamment et ils se contemplèrent dans une joie extatique.

— Tu es la femme du harem, dit l’arabe, autour de toi les gazelles viendraient apprendre l’amour, veux-tu m’accompagner au pays du Grand Soleil ?

— Je ne le puis, j’aime le plaisir, je le donne, je n’oublie pas qu’il appartient d’abord à l’homme qui est mon époux.

— Tu as un époux, un seigneur du harem, et il ne te garde pas ?

— Les mœurs des chrétiens ne sont pas celles des musulmans.

Ils parlaient et leurs nudités s’aspiraient encore, car l’arabe s’était dévêtu, il dit :

— Je suis pour peu de temps à Paris, je voudrais te revoir, reviendras-tu ?

— Ici, non. Si tu sais être discret, je te révélerai la maison où je suis la maîtresse et où je te recevrai.

— Tu me recevrais dans ton logis ?

— En garderas-tu le secret ?

— Parle sans crainte.

— Viens demain, sur les deux heures, demander Léna de Mauregard, à son hôtel des Champs-Élysées. Te rappelleras-tu ?

— Je me rappellerai et je serai exact.

Ils échangèrent encore quelques baisers, puis, Irène ayant l’habitude de la maison, elle sonna un groom apparut, garçon de dix-sept à dix-huit ans, à l’air vicieux ; elle lui fit signe d’enlever ses affaires, salua Sidi et, toute nue, sortit par une porte de côté, pour se rendre à un vaste cabinet de toilette.

Dans un salon de débarras le précédant, le groom avait déposé les vêtements et, de la porte de communication ouverte, d’où il la considérait dans ses ablutions, il lui dit :

— Te voilà de retour, Amourette, on a joliment parlé de toi dans la boîte.

— Tu ne l’as pas quittée, Singenet ?

— Oh, j’y resterai bien jusqu’à mon service militaire ; le métier y est commode, de bon rapport, les clients et les clientes en général convenables la patronne pas mauvais caractère. Tu t’es amusée à ta soif avec l’Arabe ?

— Pas besoin de supplément.

— Pas besoin, bien vrai ?

— Tu vois bien que non, puisque ma toilette est terminée et que je me rhabille.

— Pas même un petit bécot, tu ne le refuses jamais.

— Mauvais sujet de Singenet, je n’ai pas le temps, j’ai à causer avec ta maîtresse : tiens, aide-moi à passer les manches de mon corsage.

— Tout de suite, on a tant de plaisir à voir tes nénés.

— Tu en vois des quantités

— Pas tant que tu crois. Toutes ne se servent pas de moi pour remplacer la femme de chambre et toutes ne sont pas d’humeur pareille. Ah, si j’étais riche !

— Que ferais-tu ?

— Je t’entretiendrais.

— Ça ne t’avancerait pas davantage qu’à ce que je t’accorde : baise mes nénés et puis je rejoindrai ta patronne.

Ces seins, qui faisaient les délices des plus fortunés et des plus puissants, le bonheur de son mari, elle les abandonna aux lèvres de ce gigolot qui les embrassa et les gratifia d’une languette ; il reboutonna ensuite le corsage et ne s’opposa pas à sa sortie du cabinet de toilette.

Mme Beaugitard attendait Irène dans son salon, avec une attitude pleine de morgue ; elle lui dit :

— Mon petit, tu m’as rendu service aujourd’hui, je ne te chercherai pas chicane ; néanmoins il m’importe de savoir si je puis compter sur les femmes qui fréquentent ma maison. Es-tu dans l’intention de paraître et de disparaître ?

— Pardon, Beaugitard, vous déplacez la question. En général, vous payez les femmes qui fréquentent votre maison, et c’est moi qui vous paye. Vous encaissez donc des hommes auxquels vous m’offrez et de moi.

— Cette situation n’est pas régulière et je ne tiens pas à tes deux louis ; je préférerais t’en donner cinq, dix de ma poche et que tu sois ici presque tous les jours.

— Il ne faut pas penser à cette combinaison, j’ai mon ménage.

— Laisse moi cette blague tranquille ? Une femme de ton genre n’est pas une femme qui vit dans son intérieur.

— Je n’y vis pas, je cours les salons.

— Tu as trop de crânerie pour être une femme du monde. Et puis, à quoi bon finasser. Tu n’étais plus la même dans les derniers temps, je t’ai fait suivre et je sais qui tu es.

— Dans ce cas, Beaugitard, c’est un adieu définitif entre nous : Je vous l’avais défendu.

— Je n’abuse pas du secret des autres. Tu es Léna de Mauregard, la grande entretenue, tu as des passions à côté de tes amants, je les admets, tu viens ici tu les payes, c’est ton affaire. Où commence la mienne, c’est que j’ai des hommes qui sont restés toqués de ta bouche, d’autres qui sont devenus amoureux fous de ta personne depuis qu’on ne te voit plus ; tu avais un préféré, tu as même dédaigné celui-là et il ne paraît plus chez moi. C’était un prêtre riche. Écoute, viens une fois par semaine et je te donne cinquante louis de ton après-midi, avec autant d’hommes à sucer que tu l’exigeras.

— Puisque vous savez qui je suis, vous ne devez pas ignorer que j’ai quitté Paris, il y a déjà plus d’un an. Je n’y suis qu’en passant et, vous le voyez, ma première visite a été pour vous.

— Quoi, avec tout ce qu’on raconte, tu as renoncé à Paris ! Quel mystère que cette femme !

— Aussi, Beaugitard, nous allons nous dire adieu jusqu’à une nouvelle fantaisie.

— Sois bonne, sois gentille, n’es-tu pas descendue chez toi, à ton hôtel ?

— Si, et j’y serai probablement pour un ou deux jours.

— Reçois-y ton ancien préféré, l’abbé Déculisse, il ne me boudera plus et continuera à me recommander.

— Apprendre à l’abbé ma véritable personnalité, jamais.

— Il te cherche, il le saura tôt ou tard, pourquoi n’y consentirais-tu pas ?

— Je me méfie des prêtres dans la vie courante ; ils ont des relations partout, je ne veux pas frayer d’amour avec l’un d’eux.

— Que tu es bête ! Puisque tu n’habites plus Paris, que tu résides à l’étranger ! D’ailleurs, il sait qui tu es, je le lui ai appris.

— Vous, vous, Beaugitard, vous avez commis cette indélicatesse !

— Dans ton bien. Ne lutte pas avec ton désir ! quand tu te retrouveras avec ce chien-chien de Déculisse, tu n’en seras pas fâchée. Du reste, il saura bien que tu es passée par Paris et il te dénichera, je te le garantis.

— Et bien soit, je serai chez moi demain vers les trois heures et demie, je consens à le recevoir pour une fois, parce que mon amant ne s’y trouve pas ; mais qu’il m’attende ici pour une visite future à Paris.

— Ton amant pourrait-il soupçonner un prêtre ! Je te remercie quand même et n’oublie pas ma maison, ma petite gougoune, tout le monde y est à tes ordres.

Irène était-elle mécontente de cette indiscrétion ? Non. Elle voyait son après-midi du lendemain réservée à sa passion de suçage entre l’arabe et l’abbé et elle se réjouissait de son voyage à Paris.

Dans la soirée chez Esther, dont elle raconta les principaux épisodes à son mari, elle n’omit de parler dans sa lettre, que du rendez-vous qu’elle accorda à Letoutard pour le lendemain soir aux Fantaisies-Musicales, où elle devait se rendre avec Aimette.

Elle arrêtait son épître après sa faiblesse pour Arthur Torquely, sous le prétexte que c’était l’heure où l’attendait la Marseillaise, il s’en fallait de beaucoup. Arthur était venu après le départ de Barfleur et elle terminait à peine d’écrire à Stanislas, que Sidi-ben-Mohammed arrivait et était introduit dans son boudoir.

Il portait un costume resplendissant et ses yeux brillants donnaient à sa tête une allure encore plus virile que la veille.

Cet homme exerçait de l’ascendant. Elle se jeta dans ses bras dès son apparition et s’y pelotonna comme une petite enfant, il lui dit :

— Tu es donc celle qu’on appelle Léna, la maîtresse divine et tu m’as permis de te connaître. Le Seigneur aime son serviteur.

— Tu as donc gardé un bon souvenir de notre après-midi, Sidi ?

— Nomme-moi Mohammed : je suis très riche, très puissant. Quand on t’a aimée, on ne cesse de rêver à toi. J’ai rêvé toute la nuit et des houris, en nombre aussi grand que les étoiles du ciel, n’auraient pu effacer ton impression.

Ils se laissèrent tomber sur un canapé, enlacés, se pigeonnant.

Cette femme infatigable, qui sortait à peine de la secousse d’Arthur Torquely, qui venait d’écrire à son mari une longue lettre de confidences, éprouvait un tendre émoi près de cet enfant du désert, robuste cavalier au teint bronzé, aux yeux de feu, occupé à lui baiser les cheveux, aspirant les effluves de son corps à travers l’échancrure de la matinée, la serrant contre lui et savourant l’attente de la volupté.

Elle se faisait petite, guettait sa fantaisie, certaine qu’il débuterait comme la veille et elle se délectait à cette minute d’amour extatique, précédant les actes.

Il lui défit sa matinée pour lui saisir les seins et elle se plaça sur ses genoux, où elle l’entendit lui dire :

— Tu es une merveille des merveilles, on passerait une éternité à t’adorer et tes yeux cependant savent vous soumettre au plaisir que tu souhaites. Dis, permets-moi de diriger nos ivresses.

Ses lèvres sur les siennes, elle répondit :

— Commande tes désirs à ton esclave, mon doux seigneur.

— Laisse-moi te prendre avant que tu ne me suces, sans quoi l’impatience me tracasserait.

— Veux-tu maintenant ?

— Dans quelques secondes ; te peloter est félicité céleste.

— Mohammed, tu sais donc l’amour à la française ?

— L’amour est partout le même.

Elle le sentait vibrant de désirs, dans le tremblement des mains qui caressaient ses chairs ; très échauffée elle-même par ces baisages successifs qui saluaient sa beauté depuis son arrivée à Paris, après une aussi longue constance à son mari, elle ne demandait pas mieux que de s’abandonner et de sacrifier au besoin le suçage dont elle se délectait.

Nus tous les deux, ils jouirent d’un premier spasme, ventre contre ventre, et elle se vit vraiment possédée moralement et matériellement.

Sidi-ben-Mohammed se devinait le type dominateur de cette Circé, jusqu’alors suzeraine d’amour ; il avait ce qu’il fallait pour s’imposer à une aussi ardente voluptueuse.

L’ayant baisée, il l’admira étendue inerte sur le tapis, son beau corps palpitant de fièvre, les yeux mourants et, assis près d’elle, il plaça la main sur son ventre et murmura :

— Si tu étais la houri de Mohammed, aucun autre homme ne s’appuierait là.

— Je suis la chose de Mohammed en cet instant, mais je suis la femme de Stanislas Breffer qui, lui, permet à ce ventre d’inspirer la passion et de l’inspirer. À ce titre, il vaut mieux que je ne sois pas ta houri. Je te le dis cependant, tu es l’homme qui atteignit le plus loin dans ma jouissance.

— Allah, tu es une femme qui dépasse toutes les femmes de la terre et peut-être, en effet, est-il préférable que tu sois une chrétienne et que je puisse m’enivrer de ton corps avec ton mari et les autres chiens qui te courent après.

Sur ces mots, il approcha le visage de ses seins, se mit à les sucer et soudain, rebondit sur elle pour la posséder de nouveau.

À cette possession, ils roulèrent en sauts précipités de par le boudoir, elle le mordant dans son délire sensuel ; lui, la maintenant sous lui, la queue encore plus raide qu’au premier coup, manœuvrant sans désemparer le conin. Des bras de fer la secouaient, elle se soulevait sur les reins et retombait, frappant le tapis de violents coups de cul. Sur son visage, elle apercevait celui de Mohammed, ne perdant rien, dans son extase, de sa marque d’autoritaire volonté ; elle s’effarait sous cette puissante prise d’elle-même, tout disparaissait, les yeux de l’arabe flambaient, elle dit dans un souffle :

— Tu me prends, je suis à toi, toute à toi, Mohammed ; pourquoi t’ai-je connu, je ne t’oublierai plus et tout apparaîtra fade, loin de ton amour.

Ils jouissaient, ils étaient collés par les cuisses, par le ventre, par la poitrine, par le visage ; elle eut des convulsions qui l’agitèrent, elle ferma les yeux, elle perdit la notion des choses dans une félicité inexprimable et, quand ses paupières se relevèrent, elle se trouva toujours dans les bras de Mohammed, la tête sur son épaule, tous les deux couchés côte-à-côte sur le tapis.

— Tu as joui comme moi, dit Mohammed, tu étais faite pour vivre reine dans le désert et commander aux désirs du serviteur de Dieu.

— Je suis la femme de Stanislas Breffer.

— Tu me l’as dit. Pourquoi t’appelle-t-on Léna de Mauregard ?

— Parce que Léna de Mauregard fut mon nom de courtisane, alors que j’oubliais mes devoirs conjugaux pour prendre des amants. Je te l’avoue à toi, qui est vraiment un maître pour ma chair ; redevenue la femme de Stanislas, j’ai eu soif de l’homme et j’ai voulu me replonger pour deux, trois jours, dans mon ancienne existence de courtisane. Qui a bu la volupté ne saurait plus jamais s’en passer.

— Ton mari, ton seigneur, t’a autorisée !

— Je lui permets d’autres femmes.

— Peut-être avez-vous la sagesse ! Je le répète, tu es une femme à ne pas permettre à l’éclat des autres d’effacer le tien.

— Près de toi, Mohammed, je te reconnais mon seigneur, parce que ta chair et la mienne semblent se reconnaître et aspirer à ne plus se séparer ; loin de toi je serai encore Léna de Mauregard, la courtisane et aussi Irène Breffer, la femme aimante de Stanislas Breffer. Mon maître aimé, ta soif n’est pas désaltérée, voilà que dans mes cuisses court ta virilité ; qui es-tu donc, pour ainsi, coup sur coup, t’emparer sans faiblesse de la même femme, jusqu’à trois fois.

— Je suis celui qui t’a reconnue comme sienne, dès hier, à ta première apparition, chez la vendeuse de chair féminine, je suis celui qui t’attendait depuis des années, en te cherchant de par le monde, je suis celui pour qui tes lèvres sont sources d’inépuisable force.

— Viens, viens vite, prends ton bien, nos paroles s’exprimeront ensuite.

Une troisième fois, l’arabe enconna Irène et, dans l’élan de ce coït, leurs os craquèrent, leurs chairs s’incrustèrent, les seins d’Irène parurent fondre sur la poitrine de Mohammed, les poils de Mohammed parurent se coller aux blanches chairs satinées d’Irène.

Ils se tordaient, se contorsionnaient et, cette fois, Mohammed retirant par moment la queue du conin, queue de plus en plus forte, il en frappait les cuisses, les hanches, le ventre de sa maîtresse qui, jetant les bras autour de son cou, luttait pour le ramener en elle, y parvenait et se voyait enfilée en un clin d’œil.

Elle baisait, elle baisait, Irène, depuis la veille ; elle n’avait pas baisé ainsi depuis longtemps, elle s’enfiévrait, elle aspirait à ce que la journée, la nuit devinssent un baisage ininterrompu.

Sous la domination de l’arabe, elle ne pensait plus à rien ; elle éprouvait encore davantage la sensation de jouissance avec le sperme qui jaillissait dans ses entrailles et elle demeura prostrée après ce nouvel exploit, tandis qu’il murmurait à son oreille :

— Je t’ai trouvée, ma gazelle, ce n’est pas pour te reperdre : tu ne veux pas me suivre dans le désert, je te suivrai là où tu habites.

— Me suivre là où j’habite !

— Le mari, ton seigneur, te laisse aller aux amants, il ne peut te disputer à mon amour.

— Mon mari, Stanislas !

— Où est-il ?

— Il est dans la ville de province que nous habitons.

— Pourquoi n’est-il pas ici ?

— Je suis venue seule.

— Je veux être le frère de ton mari, cela se peut-il, femme de Mohammed.

— Frère de mon mari !

— Il ne sera pas jaloux de son frère l’arabe, je ne serai pas jaloux de lui ; il a d’autres femmes, as-tu dit, il aimera ses autres femmes et il te laissera à ma soif.

— Mohammed, ce que tu demandes est impossible.

— Pourquoi, ma houri ?

— Parce qu’il m’aime plus que ses autres femmes et qu’il ne renoncera pas à ses plaisirs sur ta servante.

— Je ne serai pas jaloux, puisqu’il ne le sera pas. Nous aurons les mêmes femmes, nous les aimerons et les servirons avec les mêmes sentiments, nous serons frères, te dis-je.

Elle se serra encore plus dans ses bras, referma les yeux et, la bouche sur sa bouche, répondit :

— Laisse-moi réfléchir.

Il la tint plaquée sous lui, sa bouche sur la sienne, les yeux sur ses paupières, suivant la méditation à laquelle elle essayait de se livrer.

Quelle combinaison se présentait dans l’arrivée de Mohammed ! Était-ce l’élément voulu pour colorer sa vie de province, pour donner à l’idée de harem qu’elle rêvait de créer, un stimulant par la présence de ces deux hommes de race différente, de religion et de mœurs contraires, qui en seraient les maîtres ? Comment s’entendrait-on, comment vivraient-ils, que penserait-on dans le pays de cette étrange maison ?

Tout cela traversait son esprit, une solution ne pouvait s’improviser aussi rapidement ; elle sentit une pression de cet amant extraordinaire, ses mains lui poussaient les fesses, ses doigts couraient dans son cul, elle comprit qu’une quatrième joute se préparait, celle-là par l’enculage, et elle ouvrit les yeux, dit :

— Mon cœur est dans tes paroles, Mohammed ; mais ta volonté et la mienne ne sont pas les seules à consulter ; il y a celle de mon mari, de mon seigneur, comme tu dis ; puis, vivras-tu dans mon pays sans regretter le tien et, comme mon mari, souffriras-tu si j’ai caprice d’autres hommes, que je me satisfasse ?

— Lorsque Mohammed sera le frère de ton époux, tu n’auras plus soif d’autres hommes.

— Je veux te croire. Cependant, je te préviens, jamais je ne renoncerai à une sensation que me dicteront mon âme et mon corps. Je ne suis pas élevée à l’impossibilité sexuelle, comme on élève, les femmes de ton pays, par rapport à tout ce qui n’est pas leur époux. Écoute, demain soir je t’éprouverai, demain ou après-demain. Mon mari sera ici, j’en suis certaine, viens dîner avec nous, il y aura peut-être d’autres hommes, d’autres femmes, je veux te juger sur ce que tu éprouveras, si je m’amuse avec ces autres hommes, ces autres femmes.

— Les femmes chrétiennes ne sont pas les femmes musulmanes. Je consens à ce que tu juges et, demain soir, je viendrai dîner avec qui tu voudras.

Il la tourna brutalement comme un maître tourne une servante, posa une main sur sa bouche pour l’empêcher d’ajouter un mot, et l’encula prestement.

La sensation de la veille, celle des coups précédents, ne furent rien à côté de celle-ci. Il la couvrit comme un poulain couvre une jument, se tenant tantôt agenouillé, la faisant tantôt se dresser debout, sans que la queue s’échappât du trou. Il était comme un levier qui la portait dans le sens qu’il voulait et elle jouissait sous la moindre impulsion qu’il lui imprimait, dans la possession absolue sous laquelle il la soumettait.

Oh, ce que seraient les caresses avec un tel amant ! L’heure fuyait et elle était prise, reprise ; elle sentait sa raison s’égarer.

Il arrêta lui-même cette séance de fièvre et, les bras croisés, debout, il la contempla, amoureusement agenouillée, lui enlaçant les jambes de ses bras, disant :

— Oui, oui, assez, Mohammed, habille-toi, va-t-en, c’est toi qui me tuerais ; jamais je ne vécus pareille volupté.

— As-tu aimé ?

— Mon mari ? Je ne sais plus si je l’aime.

— Un homme, il y a longtemps, cela dura quelques semaines ; jamais je n’éprouvai ce que j’éprouve par toi.

Ses yeux buvaient les rayons qu’il jetait de ses regards, l’adorant dans sa beauté ; elle baisa la queue, encore respectable, quoique en demi-érection, il l’en souffleta sur les deux joues et dit :

— À demain donc la suite de cet entretien, Léna de Mauregard.

— Irène Breffer, de son nom légitime, du nom de son mari.

— À quelle heure dois-je venir ?

— Un peu avant sept heures. Si, contre mon attente, mon mari n’était pas arrivé, je te garderais quand même.

Mène-moi à la salle des ablutions.

Elle se releva et le conduisit dans sa salle de bains, véritable joyau d’élégance coquette, une piscine de marbre rose tenant tout un côté, avec des supports à chaque extrémité, pour permettre de s’adosser à l’aise ; il passa dans le cabinet suivant où était aménagé le tub, fit sa toilette, s’habilla ensuite et partit.

Lorsqu’il eût disparu, Irène courut se plonger dans l’eau tiède et parfumée du bain, pour recouvrer des forces, de la vigueur, de l’élasticité.

Son esprit se dilatait de joie ; elle trouvait l’amant rêvé, l’amant qui dorerait le séjour de S… et avec lequel elle entreprendrait des parties en tous genres ; il l’aiderait dans son désir de création de harem : Annina, Olympe, Gabrielle et puis, pourquoi pas, des amies de Paris ou de nouvelles conquêtes ; cette vie serait une nouvelle vie de plaisirs et de bonheur, où elle marcherait appuyée sur Stanislas et sur Mohammed.

Que dirait-on à S… ? Stanislas acceptant l’arabe, qui aurait le droit de médire ? On s’installerait au besoin à Ecofleur, ou dans un autre pays et l’on se moquerait des mauvaises langues.

D’ailleurs, elle s’en rendait bien compte, Mohammed ne pourrait tout à fait sacrifier son pays, sa religion, il s’absenterait et, avec ces absences, on s’arrangerait pour voyager, se retrouver ailleurs, ce qui attirerait moins l’attention de la ville qu’un séjour constant.

Elle se complaisait dans mille châteaux en Espagne, Mirette lui apporta la carte de M. Déculisse.

— Je n’y pensais plus, dit-elle en riant, fais-le entrer.

— Madame le reçoit au bain ?

— J’aurais juste le temps de m’habiller pour aller chez Aimette.

La femme de chambre hocha la tête, et dit :

— Je crains bien, Madame, que vous ne vous fatiguiez beaucoup… vous ne décessez pas depuis hier.

— Ne t’inquiète pas ma bonne, j’ai treize mois d’honnêteté conjugale à enterrer dans le passé, et je me rattrape un tout petit peu. Ensuite je suis forte, tu le sais bien.

Mirette se tut et alla chercher Déculisse.

Un homme de taille moyenne, un brun de trente-quatre ans, aux épaules carrées, la démarche pas empruntée, le visage ovale et souriant, entra. Il était vêtu d’un complet noir de très bonne coupe et Irène, le voyant, s’écria :

— Ah, te voilà, mon beau Jasmin, tu as fini par me dénicher : tu es bien gentil de t’être rendu à mon invitation.

Elle lui tendit la main au-dessus de l’eau, il se pencha et la baisa galamment, tandis que Mirette se retirait.

— La Beaugitard m’a fait annoncer ta réapparition dès hier, en me disant le rendez-vous que tu me fixais ; je suis accouru. Tu es bien méchante d’avoir ainsi disparue.

— J’ai mes devoirs, je suis mariée.

— Toi !

— Moi, Léna de Mauregard. Déshabille-toi, mignon et viens dans l’eau, nous causerons de plus près et… je te prouverai que mes goûts ne changent pas.

— Ton mari ?

— Est dans notre petite ville de province, tu n’as rien à en craindre.

Il hésitait, elle murmura :

— N’as-tu plus envie ?

— Plus que jamais : tu as en toi un nouveau charme et, dans ces quelques mois, tu as encore gagné en attraits, en séduction.

— Et bien, déshabille-toi vite, nous agirons et nous parlerons en même temps.

Elle sortait à peine de cette orgie de l’arabe et elle acceptait cette autre aventure. La légère fatigue, qu’elle ressentit une minute, s’était dissipée dans l’eau et elle se reprenait à désirer la volupté.

Jasmin Déculisse, l’abbé Déculisse, tout nu, montra une blancheur de peau remarquable chez un homme, ornée de très peu de poils, mais avec une queue grosse, ramassée, toute autre que celle de l’arabe.

— Il me semble qu’elle a engraissé, dit Irène en souriant, entre dans l’eau et porte-la moi, je vais lui adresser mes premières tendresses.

Déculisse s’empressa de suivre ses indications et, ayant de l’eau jusqu’aux genoux, il approcha de la bouche de la sirène, sa queue, qu’elle happa avec gloutonnerie tout en s’amusant à lui tapoter les fesses.

Les jeux d’amour recommençaient, elle fit jouir l’abbé par le suçage, et puis, tous les deux dans l’eau, ils s’amusèrent à batifoler et il la baisa.

Elle devenait insatiable, riait comme une fille, ne cherchant dans cette passe que le plaisir sans l’apport de la moindre sentimentalité ou d’une arrière-pensée quelconque. Elle l’invita aussi au dîner du lendemain soir, estimant qu’il serait très drôle de réunir un musulman et un prêtre catholique dans une partie sensuelle, que son mari y fut ou n’y fut pas.

Elle ne s’embarrassait pas pour si peu ; elle serait fixée dès que Stanislas aurait reçu sa lettre, parce qu’il lui télégraphierait certainement son départ, s’il venait la chercher. Donc, si elle n’en recevait pas, elle prendrait ses dispositions en conséquence.

Quand elle monta en voiture pour se rendre chez Aimette, elle ne ressentait plus aucune lourdeur de ses exploits et si ses yeux étaient légèrement cernés, son teint conservait le même éclat, son corps la même sveltesse.

Chez Aimette, elle se trouva à table avec des anciennes connaissances de Spa : M. et Mme Benjamin Renaud, Francine peu changée. Il n’y eut aucune froideur de part et d’autre. On se rappela le vieux passé de quatre ans : elle apprit qu’Amédée Bloquefosse avait la gérance du caveau pour le compte de Benjamin, et qu’il y vivait maritalement avec une femme qui figura dans les tableaux vivants des tournées artistiques. On la sonda de nouveau pour savoir si elle consentirait à faire une de ces tournées et Aimette lui conta qu’il s’en préparait une d’ultra-chic, où Benjamin nourrissait l’intention d’emmener les principales demi-mondaines avec des appointements folâtres, pour une série de cent soirées, où elles seraient libres d’accepter ou de refuser les passes, d’être accompagnées de leurs amants et où elles n’auraient qu’à paraître dans deux tableaux ; l’un, sous leurs toilettes luxueuses, l’autre toutes nues. En dehors d’elles, il y aurait la troupe habituelle qui exécuterait les pantomimes et serait à la disposition des galants. Elle était prête à accepter, comme Lucie des Étoiles, Bertine des Sableuses, Émilienne d’Argos, Léona des Charmilles, la dernière venue, etc. et elle accepterait sans hésitation, si Léna de Mauregard acceptait et entrait dans cette combinaison.

— Lucie, je ne l’ai pas rencontrée chez elle, dit Irène.

— Elle passe son temps à Versailles avec un officier, et elle partira pour s’arracher à cette toquade, tu serais donc entourée d’amies.

— Non, je ne puis renoncer à ma vie de petite bourgeoise.

— Une occasion d’amusement comme celle-là ne se refuse pas. La vie est courte et la jeunesse plus encore. Tu auras tout le temps de la réflexion, la tournée est pour le printemps prochain.

— Dans ce cas, nous en recauserons.

— Quand, interrogea Francine Renaud ?

— Au jour de l’an, je viendrai à Paris, et je sais que vous y êtes d’habitude.

L’idée ne lui déplaisait pas ; elle avait tant de choses en tête qu elle attendait de revoir Stanislas pour se décider. Il fallait d’abord savoir ce qu’il penserait à sa lettre.

Elle fut fixée le jour suivant, à la première heure, comme Letoutard, avec qui elle avait couché cette nuit là, venait de la quitter.

Son mari lui télégraphiait qu’il arriverait avec Gabrielle et certainement Olympe, vers les trois heures de l’après-midi et la priait de se trouver à la gare.




Bannière de début de chapitre


X


Au départ de sa femme pour Paris, Stanislas éprouva un immense ennui, un grand vide et, pour chasser cette impression, qu’il ne s’expliquait pas, il prit sa bicyclette et courut à Ecofleur, dans l’intention d’y tuer sa journée en y chassant et en allant rêver au kiosque. Il redoutait d’autre part les questions et il s’effrayait de ce qu’il résulterait de cette condescendance de sa femme pour le roi de Thessalie.

Pourquoi cette condescendance ?

Une exception en entraîne toujours une autre et il ne doutait pas que, pour qu’elle se fut jetée sur ce voyage, la saison en était à ce qu’elle s’ennuyait de son séjour à S… d’où il concluait le refroidissement de son amour.

En somme, s’il ne s’opposa pas à cette escapade, il le fit pour ne pas s’exposer à la voir s’y entêter, pour ne pas risquer de perdre toute influence sur ses déterminations futures.

Quelque chose se déclenchait donc dans leur union si parfaite !

Il chassa avec assez de chance, tua quelques perdreaux, se fit apprêter son repas par Jacopin, hésita de coucher au château et retourna à sa maison de S… comme minuit sonnait.

Annina l’attendait, en tricotant dans le petit salon du rez-de-chaussée.

— Tu n’es pas fatigué, demanda-t-elle, j’étais inquiète.

Elle s’était levée pour l’aider à se débarrasser de ses affaires ; elle se pencha pour qu’il l’embrassât.

— Pourquoi t’inquiéter, Annina, dit-il, je t’avais prévenue que je chasserais à Ecofleur, que j’y dînerais, que j’ignorais l’heure à laquelle je rentrerais : tu ne devais pas veiller.

— Irène étant en voyage, ne suis-je pas de droit ta femme, pour la remplacer dans tes moindres désirs.

Touché de la réponse, il la serra contre son cœur, l’assit sur ses genoux, et dit :

— Sans doute, ma petite Annina, mais il ne faut pas oublier que tu es enceinte et qu’il importe de te ménager pour le petit être que tu portes.

— Oh, ce n’est pas encore bien avancé.

— Ne coquette pas, ma mignonne, il est tard, je suis de méchante humeur, on se reposera cette nuit. Nous verrons demain. Rien de nouveau dans la maison ?

— Si fait. Mlle Gabrielle est installée. Son père l’a amenée et, comme j’ai dit que Madame était en course à Paris, toi en chasse, qu’il avait pris ses dispositions pour la laisser, il n’a pas voulu la ramener, ce qui a joliment paru faire plaisir à Gabrielle, à Mlle Gabrielle.

Il sourit et lui dit :

— Ne te reprends pas.

Il y eut un moment de silence, puis elle se pencha sur sa poitrine et, les yeux dans les yeux, murmura :

— Elle est aussi ta femme, Gabrielle ! Préférerais-tu aller avec elle cette nuit ? Je crois qu’elle dort. Je me suis rendue vers les onze heures dans sa chambre, pour m’informer si elle ne manquait de rien et elle ne m’a pas entendue. Elle était très fatiguée ; ils ont voyagé toute la nuit, avec son père.

Il lui tira l’oreille et répondit :

— Tu en sais plus long qu’Irène, petite Annina, mais si je devais coucher avec quelqu’un cette nuit, ce serait avec toi. Comment avez-vous passe le temps avec Gabrielle ?

— Très gentiment. Nous avons dîné ensemble ; elle m’a posé beaucoup de questions. J’ai répondu en laissant soupçonner ce qu’il en était entre ta femme, toi et moi, tu me l’avais recommandé et elle, de son côté, s’est en partie confessée. Elle m’a complimentée sur la manière dont je me formais, je lui ai répliqué de même et, en se couchant, après m’avoir bien embrassée, elle a affirmé que nous serions de bonnes, bonnes amies, toutes, toutes, de bonnes amies pour lui. J’ai compris.

— L’arrivée de Gabrielle compense donc le départ d’Irène ; espérons qu’Irène ne sera pas longtemps absente et va te reposer, ma mignonnette, comme je vais le faire. Tu m’éveilleras demain matin vers les neuf heures et… nous nous occuperons de mes devoirs maritaux à votre égard, ma jolie petite femme.

Elle l’embrassa avec passion, et répondit en souriant :

— Et si Gabrielle ne dort plus, faudra-t-il la mener ?

Il posa la bouche sur la sienne, et répliqua :

— Tu es la deuxième femme comme rang, Annina, tu décideras ce qu’il te plaira.

Elle lui rendit son baiser et ils se retirèrent chacun dans leur chambre.

Gabrielle se leva la première et descendit dans le jardin, qui était derrière la maison et qui était très grand. Elle ne voulait pas troubler le sommeil des uns ou des autres, sept heures n’était pas sonnés.

Vers les huit heures, comme elle terminait un bouquet avec des fleurs cueillies dans les serres, elle vit Annina qui ouvrait ses contrevents et lui disait bonjour.

Elle s’empressa de la rejoindre et lui demanda presque de suite :

— Stanislas est rentré tard ?

— À minuit.

— Fi du mauvais sujet ! Il sait que je suis ici ?

— Je le lui ai appris.

— Ah ! Pourquoi n’est-il pas venu me dire bonsoir ?

— Il était fatigué, fatigué.

Gabrielle plissa les lèvres et murmura :

— Vous avez longtemps causé ?

— Quelques minutes, il a voulu que j’aille me coucher.

— Ah !

— En me recommandant de l’éveiller vers les neuf heures.

— Et moi ?

— Il a pensé que vous dormiriez.

Annina était à demi-vêtue, après avoir arrangé ses cheveux et donné les divers soins à son corps.

Gabrielle lui prit les deux mains et dit :

— Annina, ne jouons pas l’ignorance et établissons de suite notre amitié. Mon beau-frère Stanislas a eu ma virginité cet été, il est donc mon amant ; il est le tien et c’est de lui que tu es enceinte.

— Comment sais-tu cela ?

— Par tes demi-confidences, j’ai tout deviné. Irène l’a sans doute voulu. Pourquoi ? nous l’apprendrons plus tard ; il n’en est pas moins vrai que nous sommes les femmes de Stanislas. Je t’en supplie, laisse-moi entrer avec toi dans sa chambre.

— Je ne t’en empêcherai pas, et sais-tu ce que nous ferons ? Nous nous coucherons avec lui, l’une d’un côté, l’autre de l’autre, veux-tu ?

— Oh oui ! Quel dommage que ce ne soit pas encore neuf heures.

— Nous n’attendrons pas. Pourquoi es-tu toute habillée ?

— Je ne le suis pas sous ma robe.

— Bon, allons-y et imite-moi.

Elles contournèrent par des pièces réservées et où le service n’entrait pas sans l’appel des maîtres, entrèrent dans la chambre de Stanislas, plongée dans une demi-obscurité : il dormait.

Annina murmura à l’oreille de Gabrielle :

— Mets-toi en chemise, comme moi, glisse-toi du côté droit, je me glisserai du côté gauche : tu ne le toucheras que lorsque je l’aurai embrassé et que je te tendrai la main pardessus son cou.

Ce qui fut dit fut fait.

Les deux coquines d’accord plus tôt qu’elles ne l’eussent cru, en chemise, s’introduisirent dans les draps de Stanislas. Annina lui prit la tête, l’embrassa, et dit :

— Bien-aimé, voici l’heure du réveil.

Il s’éveilla instantanément, se secoua sous la douceur du bras qui l’enveloppait, attira Annina plus près, pour unir sa bouche à la sienne, et murmura :

— Mon Annina, tu guettais l’heure.

— Et ton autre femme, regarde, chéri.

Elle tendit la main à Gabrielle qui approcha son corps de celui de Stanislas, et dit à son tour :

— Mon adoré, aime Annina, mais reçois avant mon baiser de réveil.

Stupéfait, Stanislas s’assit sur le lit et vit les deux amoureuses s’appuyer chacune sur une de ses épaules et, dans un regard de bienveillance infinie, solliciter sa caresse.

Il baisa successivement ces deux bouches qui s’offraient, les pressa dans ses bras, unit leur tête et voilà que comme ses mains les pelotaient, elles s’embrassèrent sur les lèvres, en murmurant :

— Nous aussi, nous nous aimerons et nous serons ensemble les femmes de Stani et les femmes d’Irène.

D’instinct, elles entraient dans la pensée d’Irène et mettaient ainsi à exécution le plan primitif qu’elle forma.

Sous leurs agaceries, Stanislas bandait déjà ferme ; il leur dit :

— J’ai bien fait de me reposer cette nuit, mes mignonnes, je vous fournirai votre part à chacune et on organisera sa petite vie. Annina, ta grossesse ne te tourmente pas ?

— Aucune fatigue, il y a des fois où je douterais, si mes époques n’avaient pas cessées.

— Bon, place-toi là, que Gabrielle assiste à notre plaisir ; ce sera son tour après et tu contempleras notre duo.

Annina avait levé sa chemise jusqu’au cou, pour bien sentir les chairs de Stanislas attaquant les siennes.

Stanislas enfonçait la queue dans ses cuisses et Gabrielle, curieuse de l’acte, descendit vers le milieu du lit pour mieux voir. Ainsi elle assista à la queue s’engouffrant dans le conin et elle tressaillit lorsque les jambes d’Annina et celles de Stanislas se tortillèrent dans l’assaut amoureux.

Elle ne résista pas à la tentation de promener la main tantôt sur les fesses de l’un, tantôt sur les fesses de l’autre et ses attouchements précipitèrent la jouissance.

À peine eut-il fini, que Stanislas l’appela près de lui et la grimpa sans désemparer, murmurant :

— Je vous unis par ma machine.

Il y eut un peu plus de difficulté pour cette nouvelle joute ; décidément Gabrielle était étroite et, n’ayant plus été baisée depuis son départ d’Ecofleur, le pucelage semblait s’être reformé. Elle éprouva des tressauts qui désarçonnèrent Stanislas ; il s’arrêta, il avait besoin de reprendre haleine. Annina, qui venait de sauter à bas du lit pour se laver, apercevant la mine attristée de Gabrielle, se précipita sur ses cuisses, lui fit minettes, tout en patouillant le cul et les couilles de Stanislas, qui rebanda.

— Va doucement, dit-elle, tu l’as à peine trouée et la brusquerie vous nuirait à tous les deux.

En effet, cette fois, la queue franchit la petite ouverture du conin, s’y développa sans occasionner la même souffrance et le duo fut chanté à la complète satisfaction des deux amants.

Annina, prenant au sérieux son rôle de femme n° 2, dit :

— Reposez-vous quelques minutes, je vais m’habiller et m’occuper des services, je veillerai sur votre tranquillité.

— Repose avec nous, Annina, dirent Stanislas et Gabrielle.

— Non, non, nous reprendrons la partie ce soir, si Irène n’est pas de retour et, en attendant, empêchons les mauvaises suppositions des bonnes.

— Nous allons aussi nous lever, dit Stanislas.

— Ne sois pas si pressé, répondit Annina, tu vois bien qu’elle a besoin de se remettre.

Gabrielle, sa toilette faite, se prélassait sur le lit et ne cachait pas le plaisir qu’elle éprouvait à s’y voir à côté de Stanislas.

Annina se vêtit, allant et venant, apporta les jupons et la robe de Gabrielle pour qu’elle s’habillât à son aise.

Tous les deux couchés, ils lutinèrent comme des enfants, la jeune fille achevant de s’accoutumer à la masculinité de son beau-frère, celui-ci se régalant de la peloter.

Annina s’amusait de leurs jeux, auxquels par moments, elle s’associait sur leur invitation et Stanislas ne pensait pas à sa femme, de qui il aurait dû recevoir une lettre : puis Gabrielle sauta à bas du lit pour se chausser et s’habiller.

Elle venait de passer son pantalon et elle faisait des singeries devant une glace, sous les yeux charmés de son amant, lorsque soudain la porte de la chambre s’ouvrit et, avec stupeur, ils virent apparaître Olympe Desbrouttiers.

— Ah bon, s’écria celle-ci, il paraît que c’est le jour des surprises !

— Comment se fait-il que je ne t’ai pas entendue, répliqua Stanislas ! Où est donc Annina ?

— Annina ! je l’ai aperçue dans le jardin, comme j’entrais ; la porte de la rue était ouverte. En voilà une d’affaire ! Tu… concubinais avec Gabrielle ?

À l’apparition d’Olympe, la jeune fille s’était réfugiée dans la pièce voisine.

— Est-ce qu’ici, dit Stanislas, tout le monde n’est pas créé pour s’accorder ?

Il se leva et courut chercher Gabrielle.

Olympe, un peu essoufflée, se laissa tomber sur un fauteuil.

Stanislas revint, tenant par la main Gabrielle, toujours en pantalon.

— Reste avec nous, lui dit-il, Olympe n’a rien à nous reprocher.

— Rien à vous reprocher ! Et si Irène apprend ce qui se passe en son absence ?

— Irène accepte tout. D’ailleurs, elle est à Paris, où elle ne doit pas se priver de distractions, puisqu’elle n’écrit pas. Qu’as-tu donc que tu parais toute chose ! Est-ce toujours la surprise, ne s’est-elle pas encore dissipée ?

En silence Gabrielle mit ses jupes et sa robe se rassurant sur la sérénité qu’affichait Stanislas.

— Ce que j’ai, répliqua Olympe, je te le donne en mille et tu ne devineras pas. Je suis furieuse, ou du moins il me plaît d’être furieuse.

— Contre nous ?

— Et non. Contre mon mari, contre maître Isidore Desbrouttiers. Sais-tu ce que m’a fait ce cochon ?

— Quand tu me l’auras conté, je serai plus avancé.

— Mon cher Stanislas, je viens de surprendre… je puis parler devant Gabrielle, puisque tu l’as dépucelée, eh ?

— Tu peux parler.

— C’est étonnant comme elle ressemble à sa sœur ! Embrasse-moi, ma chérie, nous nous expliquerons ensuite.

Gabrielle ne refusa pas d’embrasser Olympe, qui reprit :

— Je te parlais de mon mari : je viens de le surprendre dans la chambre de Rosalie, en train de… oui, mon ami, de le lui faire. Il ne m’a pas entendue, quand j’ai monté l’escalier derrière lui doucement, me doutant de quelque chose. Rosalie avait laissé sa porte entrouverte ; il l’a poussée sur son lit et ce qu’il a été vite dessus. Alors, comme il… jouissait (elle sait ce que c’est, Gabrielle), je me suis élancée comme une furie et je t’ai fait un abattage ! Tout le quartier est au courant. Si tu avais vu le tableau ! Rosalie s’est enfuie, comme tout à l’heure Gabrielle, seulement, je l’ai agonisée de sottises, j’ai fichu une paire de gifles à Isidore, en criant que je ne resterai pas une minute de plus dans la maison. J’ai pris mon chapeau et me voilà. Papa et maman n’étant pas à S…, c’est chez toi, notre aîné, que je demande asile.

Stanislas demeurait abasourdi de la nouvelle, il murmura :

— Tu quittes ton ménage, pour ?

— Pour divorcer. À moins que… Comprends bien la chose et viens t’asseoir près de moi ou finis de t’habiller, si tu veux, nous causerons quand même.

— Il est prudent que je m’habille. Tu disais donc : à moins que…

— À moins qu’Isidore accepte toutes mes conditions et ces conditions, elles seront dures, je t’en réponds.

— Tu auras tort, il faut être raisonnable.

— Je veux ma liberté, pour venir souvent ici te voir, voir Irène, voir tes petites amies. N’en suis-je pas une, moi ! Tu sais, Gabrielle, j’en suis moi aussi de la… volupté !

— Toi ! Olympe.

— Peut-on résister à ce joli couple de mauvais sujets dont nous avons la chance d’être les sœurs ! Y es-tu, Stanislas, sur ce que je prétends imposer à mon mari ?

— Il est bien malheureux qu’Irène soit absente ; ton arrivée ici au moment ou je reçois Gabrielle.

— Et bien, gros nigaud, ma présence va vous couvrir, comme la sienne me couvrira.

— Ton mari ne manquera pas de venir, que lui dirai-je ?

— Tu lui diras que je veux le divorce et que je refuse de le voir. Nous gagnerons du temps, et ensuite nous marchanderons les conditions de mon retour. Ah ! si j’avais pressenti qu’avec Gabrielle, vous étiez ensemble dans le dodo, je serais accourue encore plus vite.

— Pas d’imprudence, pour l’instant.

— As pas peur. Tu es habillé, montre-moi la chambre où tu m’installes.

— C’est bien décidé, tu restes ?

— Voudrais-tu me flanquer à la porte ?

— Pour cela, jamais.

On entendit Annina qui entrait dans la pièce à côté et qui criait :

— Et bien, grands paresseux, n’avez-vous pas assez du lit ? Ou bien faut-il que nous recommencions tous les trois ?

Elle apparut et devint toute rouge devant Olympe, aussi saisie qu’elle l’était.

— Tu surveilles bien, ma petite Annina, dit Stanislas, heureusement qu’Olympe est une alliée.

— Ta sœur vous a vus ?

— Elle te tutoie, s’exclama Olympe, elle aussi alors ! Ah, le pacha, le pacha ! On ne s’embête pas dans ta maison, Stani ! Il y a longtemps qu’elle me plaît, la petite Annina et je ne me doutais de rien. Quelles noces, mes agneaux !

Stanislas prit le parti de brusquer la situation. Les bras croisés sur la poitrine, il dit :

— Oui, elle aussi, je l’ai enfilée ; entre nous pas de mystère ; vous êtes toutes… mes femmes.

— Madame Olympe, ta sœur, en est, fit Annina !

— Tu peux l’appeler Olympe, va. Quand nous sommes en petit comité. Mon joujou vous unit toutes.

On mit Annina au courant de ce qui venait de se passer chez M. Desbrouttiers et on installa Olympe dans une chambre du premier.

L’après-midi seulement, Stanislas, qui n’était pas sorti pour l’attendre, reçut la visite de Desbrouttiers, qu’accompagnait Sigismond Breffer.

Desbrouttiers n’avait pas osé se présenter tout seul et il était allé chercher son autre beau-frère, pour plaider sa cause auprès d’Olympe et de Stanislas.

Sigismond, très rigide moraliste, commença par se fâcher très vertement et lui dire sa façon de penser sur l’abominable trahison dont il s’était rendu coupable envers sa femme.

— Vous avez mille fois raison, répondit Desbrouttiers, mais tout le monde n’est pas vertueux comme vous. Si vous habitiez Paris, vous sauriez que mon cas y est très fréquent : votre aîné Stanislas, en l’absence d’Irène, ne se gênait pas pour courir les cocottes, et même pour s’afficher avec une.

— Mon frère Stanislas faisait ce qui lui convenait et vous me permettrez de trouver déplacé ce que vous m’en dites, alors que vous sollicitez mon concours auprès de lui, pour qu’il sermonne Olympe. Je comprends la colère de ma sœur. Néanmoins elle est trop jeune pour rompre son union et je veux bien vous accompagner.

Sigismond prit la parole auprès de Stanislas et dit :

— Je déplore l’odieuse conduite d’Isidore, mais j’estime qu’Olympe a eu tort de quitter le domicile conjugal et je viens joindre mes efforts aux tiens pour la décider à y retourner. Je pense bien que tu partages ma manière de voir à ce sujet.

— En tous points, et je chapitrais dans ce sens Olympe.

— Ah ! je te remercie, mon cher Stanislas, intervint Desbrouttiers, je n’attendais pas moins de ta sincère amitié.

— Je ne te cacherai pas qu’elle est très irritée et qu’elle m’a menacé de partir, si j’insistais. Aussi, que diantre, on prend ses précautions.

— Je me mettrai à deux genoux devant elle, je lui jurerai de ne plus jamais recommencer : oh ! qu’elle me pardonne.

— L’absence d’Irène, qui nous eût été d’un précieux concours en la circonstance, est bien ennuyeuse. Si tu veux voir Olympe, Sigismond, je vais te conduire à sa chambre ; elle est avec ma belle-sœur Gabrielle, nous jugerons si ton influence est plus puissante que la mienne.

— Si tu n’as pas réussi, Stanislas, toi l’aîné, je doute bien d’avoir plus de succès. Je le tenterai pourtant, mène-moi.

— Ne bouge pas d’ici, mon cher Isidore, elle serait dans le cas de fuir si elle t’apercevait. Prends patience.

— Plaidez bien ma cause, tous les deux.

À l’entrée de ses frères dans sa chambre, Olympe adressa un signe à Gabrielle, qui sortit, et le dialogue s’engagea :

— Tu viens me parler pour cette crapule d’Isidore, s’écria Olympe apostrophant Sigismond, je ne veux rien entendre. Un homme qui se moque s’il est marié ou non et qui court sous les jupes d’une sale cuisinière…

— Olympe, ce langage.

— Tu t’es chargé d’une vilaine mission : un monsieur peu recommandable, ton beau-frère, qui a fait des histoires parce que je soignais Irène ; qui noçait quand il allait à Paris et qui, depuis plus de cinq mois, tu entends, en fait d’amour, ne m’a régalé que de ses seuls ronflements.

— La rupture d’un mariage est chose grave ; tu est trop jeune.

— Tant mieux, si je suis jeune ; je trouverai un autre mari plus aimable… et plus galant.

— Vraiment, ma chère sœur, à tes paroles, on croirait qu’on se marie pour ne penser qu’à l’amour.

— Je crois bien que c’est le principal de l’acte et, dans tous les cas, toi qui fait des enfants à ta femme, tu en pratiques les devoirs.

— Ne t’emporte pas et causons sérieusement.

— Stanislas m’a dit tout ce que tu vas ressasser ; c’est non, non et non. Si vous m’ennuyez, je fiche le camp et tant pis si je fais des bêtises.

— Tu as trop d’exagération dans la colère, pour ne pas revenir à de meilleurs sentiments. Isidore ne demande qu’à implorer son pardon, à deux genoux, écoute le au moins.

— Il est ici ! Ah ! par exemple, je n’y resterai pas une minute de plus.

— Olympe, intervint Stanislas, ma mignonne, reste, reste. Ton asile est sacré dans ma maison et, je te le promets, je ne laisserai apparaître Isidore devant toi, qu’avec ton approbation.

— N’insiste pas, Sigismond, tu ne peux te rendre compte de ce que j’ai souffert avec ce vieux podagre.

— Vieux ! Il a à peine quarante ans.

— Et j’en ai vingt.

— Tu es dans de trop fâcheuses dispositions d’esprit, pour que je continue plus longtemps cet entretien ; je veux espérer que tu réfléchiras : je retourne auprès de ce malheureux Isidore.

— Emmène-le, Sigismond, Olympe est si agitée que je crains une indisposition ; je vais lui faire prendre un cordial.

— Oui, oui, reste avec elle.

Sigismond quitta la chambre et la porte ne fut pas plus tôt refermée sur lui, qu’Olympe, esquissant un pas de deux, comme rentrait Gabrielle, réfugiée dans une chambre à côté, se troussa les jupes, exhiba son cul tout blanc et superbe, et dit à Stanislas :

— Stani, un bécot dessus, tu le sollicitais tantôt, tu l’as mérité, mon chéri, cela nous ragaillardira, nous sommes les plus forts.

— Folle, folle, répondit Stanislas, les lèvres sur ses fesses.

Il redescendit ensuite auprès de son frère et de son beau-frère, celui-ci tout penaud, ne se décidant pas à se retirer.

— Ne te désole pas, lui dit-il, de si grosses irritations tombent d’elles-mêmes, et je profiterai de la moindre éclaircie pour plaider ta cause.

— Grand merci, mon cher Stanislas, je n’ai plus d’espoir qu’en toi.

Aimait-il sa femme ? La chose est difficile à préciser. Comme bien des maris, il redoutait le scandale, et de plus, la femme perdue, il s’apercevait de ce qu’elle pouvait valoir.

Cette première algarade franchie, Stanislas sortit comme d’habitude et se rendit à son café : il était bien aise de se tenir au courant des potins.

La nouvelle de la brouille du ménage Desbrouttiers était en effet le sujet de toutes les conversations ; on goguenardait quelque peu sur l’absence d’Irène et l’invasion sororelle dans la maison Stanislas Breffer.

Stanislas stimula le plus vif ennui, exprima l’espoir qu’au retour de sa femme la paix se rétablirait chez son beau-frère, et perdit à la manille, démentant ainsi le proverbe. Il se doutait bien des cocuages qui pleuvaient sur sa tête, il n’en soupçonnait pas l’importance.

Batifoler avec trois femmes, ce soir là, il s’en sentait bien encore la force : il craignit qu’on commit des imprudences, et il obtint la sagesse générale en promettant, si Irène n’était pas de retour le lendemain ou ne donnait pas de ses nouvelles, d’aller tous la rejoindre.

La lettre de la jeune femme arriva ; et sans la communiquer à sa sœur et à sa belle-sœur, il leur apprit qu’elle les attendait à Paris, ce qui leur causa une immense joie. On proposa à Annina d’être du voyage, elle refusa, préférant garder la maison et s’y trouver pour répondre aux visites qui se présenteraient.

Stanislas ne manqua pas d’aller voir Desbrouttiers, de lui dire qu’il allait chercher sa femme, qu’il emmenait dans son voyage Olympe et Gabrielle, lui assurant qu’il saisirait l’occasion de ce plaisir pour entreprendre la réconciliation du ménage et qu’il se ferait fort de la mener à bonne fin.

— Fais vite, mon cher Stanislas, ma reconnaissance sera éternelle.

Il avait le blanc-seing voulu, ils partirent,




Bannière de début de chapitre


XI


Irène les attendait à la gare et ne dissimula pas sa joie en les voyant descendre du train.

Sitôt dans la voiture, elle serra dans ses bras avec grand amour Olympe, en lui disant :

— Ah ! ma jolie cocotte, quel bonheur tu me procures et quelle fête t’en récompensera !

Se tournant vers Gabrielle, qui était assise en face d’elle et à côté de Stanislas, elle l’embrassa de même et susurra :

— Stanislas a été gentil pour toi !

Ce que signifiait la question, Gabrielle le comprit, elle glissa la bouche vers celle de sa sœur et répondit à voix basse :

— Tout à fait gentil.

Irène éprouva un certain étonnement, puis tout d’un coup elle engouffra la main sous les jupes de Gabrielle, arriva au conin à travers le pantalon, le toucha avec un doigt fureteur et s’écria :

— Il t’a dépucelée ! Mes compliments, monsieur mon mari ! Embrasse-moi, tu as bien fait !

Elle se retourna du côté d’Olympe assise près d’elle, dans le fond de la voiture, et l’enlaçant, lui dit :

— Avez-vous fait des folies ensemble en mon absence ?

— Il a commandé la sagesse.

— Ah ! bah !

On lui raconta alors la brouille du ménage Desbrouttiers.

Son avis fut de ne pas penser au divorce, mais de profiter de cette occasion pour imposer un joug tyrannique à son mari, joug qui lui assurerait sa pleine liberté.

— Tiens bien la dragée haute, ma chérie, lui dit-elle, et rentrée dans ton intérieur signifie ta volonté de sortir tous les jours, de venir avec nous dans nos parties de bicyclette et ailleurs.

— Tous les jours avec vous ? Quelle veine ?

— Tous les jours, non : tu t’en lasserais, et puis on finirait par trouver trop intime notre affection. Presque tous les jours, oui ; les autres tu iras chez les parents, les amis, pour bien savoir ce qu’on dit dans le pays.

— Compris, compris.

Stanislas considérait sa femme avec des yeux étonnés : il la trouvait changée d’allures et de physionomie. Ses yeux, très marqués, trahissaient l’ardeur des plaisirs amoureux ; son teint un peu pâle, la fatigue : les cheveux rangés à la chien, avec des frisons sur le front, qu’elle n’avait pas d’habitude, soulignaient la volonté voluptueuse de l’ensemble de la tête ; elle affirmait par la vivacité des mouvements la soif des ivresses sensuelles.

— Ta lettre m’a-t-elle tout conté, demanda-t-il ?

— Elle est écrite depuis hier, répondit-elle, et j’ai tout fait pour ne pas m’ennuyer ; devine.

— Irène, Irène.

— Voici mon programme pour ce soir ; j’espère que tu l’approuveras, pour notre plus grande joie à tous. J’ai invité deux amis à dîner.

— Deux amis, je les connais ?

— Non, mais vous serez vite très bien ! Un arabe et un prêtre.

Ce fut un ébahissement général.

— Dites donc, mes amours, continua Irène, nous sommes ici des cocottes, vous m’entendez bien, vous voulez de la noce avant de rentrer à S… Stanislas consent à vous la servir, il fera le troisième cavalier. Ça va-t-il ?

Il y eut un petit silence, puis Gabrielle prit la parole :

— Toi, tu es l’aînée et sa femme ; tu le prends donc de plein droit, et nous, nous aurons ceux que nous ne connaissons pas.

— Tu es une serine, ma fille ! On ne prend personne ; liberté de plaisir et pas de préférence ! Moi, je désire que tous les trois me passent dessus.

Gabrielle devint rouge comme une pivoine devant ce langage, auquel elle n’était pas accoutumée, devant le nouveau genre de sa sœur ; elle commença à penser que la cocotterie pourrait bien cacher de vilains aspect, dont elle se choquerait.

Elle jeta un regard langoureux à Stanislas, qu’Irène vit.

— Ne t’effarouche pas mignonne, dit-elle, ceci n’est que pour brûler nos vaisseaux. Tu veux mon mari comme cavalier attitré, je te le cède. Nous nous arrangerons avec Olympe, n’est-ce pas ?

— Moi, répondit celle-ci, je ne demande qu’à m’amuser. J’oublie notre ville de province, vive la noce et si nos trois cavaliers ont envie de moi, qu’ils me prennent.

— Bravo, Olympe, tu as du sang dans les veines.

La visite de l’hôtel d’Irène provoqua l’étonnement des deux jeunes provinciales qu’étaient Olympe et Gabrielle. Elles ne résistèrent pas à la tentation de se baigner dans la jolie piscine ; Stanislas courut au tube avec sa femme, afin d’en obtenir des explications complémentaires sur ces deux nouveaux amis.

Irène arrangea très bien son histoire de vieilles connaissances de voyage rencontrées à Paris dès son arrivée de S… Elle s’étendit surtout sur l’arabe, exprima l’opinion qu’il serait un ami sincère, un ami de durée et, quand Sidi-ben-Mohammed survint sur les six heures et demie, aucun mauvais visage ne l’accueillit.

Irène avait dirigé la toilette de sa sœur et de sa belle-sœur. Possédant tout ce qu’il fallait pour organiser des costumes appropriés à ses fantaisies, il lui était facile de réussir, surtout quand ils offraient peu de complications, comme ceux rêvés pour la soirée qu’elle désirait. Les trois femmes adoptèrent presque le genre du Directoire ; des toilettes d’étoffes voyantes, laissant les épaules nues, les seins à peine encastrés d’une mousseline vaporeuse, avec des jupes tombant sur le cou-de-pied, mais d’ampleur assez large pour favoriser toutes les audaces.

Elles étaient toutes les trois, radieuses beautés, dans le salon avec Stanislas, lorsqu’apparut l’arabe Mohammed.

Les présentations se firent, Mohammed salua en portant la main au cœur, puis vint à Stanislas, lui tendit la main, et dit :

— Je ne demande qu’à être ton frère, à toi le mari de cette splendeur, le maître de ce gentil harem.

Les deux hommes se serrèrent cordialement la main et Irène, forçant la situation, comme Mohammed venait de s’asseoir, s’installa franchement sur ses genoux, en disant :

— Mohammed a été mon amant. Maintenant qu’il vous connaît, j’ai permission de lui donner un baiser d’amour.

Elle se pencha à son cou et colla les lèvres aux siennes.

Gabrielle cette fois pâlit et éprouva comme une lueur de révolte devant cet acte si prompt, elle se glissa derrière Stanislas.

Mohammed s’aperçut de ce mouvement, en devina le sens, souleva Irène de dessus ses genoux, s’approcha d’une corbeille de fleurs, y prit trois roses de nuances différentes, vint offrir à Gabrielle la plus claire de couleur, en disant :

— Ta beauté s’ignore encore, gentille houri comme s’ignore cette rose à peine colorée : les roses, quelle que soit leur parure, sont belles et méritent qu’on les admire ; prête ta main, que je la baise. Je sais observer le sentiment des femmes et le respecter.

Gabrielle ne refusa ni la fleur, ni le baiser et Mohammed, se dirigeant vers Olympe, lui remit une rose plus foncée comme nuance, en disant :

— Ta beauté veut savoir et consent à aimer, jolie Odalisque ; cette fleur est belle, mais ne jouit pas de ton éclat. Je voudrais te baiser le cou, le permets-tu ?

Olympe ne fit pas plus de façon que Gabrielle. Mohammed vint alors à Irène avec une rose pourpre, éblouissante, s’agenouilla, et dit :

— Celle-ci serait pour pousser sous tes pas, ô femme qui a en toi la passion de l’amour ; accorde à mes lèvres le baiser qui te rend la reine du plaisir.

Doucement, Irène tira à elle ses jupes jusqu’à hauteur des cuisses et Mohammed lui baisa son fin et coquet joyau.

— Ceci est la porte du ciel, les hommes méchants sont seuls la cause qu’elle est fermée et cachée.

La glace était rompue : Stanislas lui serra de nouveau la main et Mohammed se trouva tout à fait à l’aise.

L’abbé Déculisse arriva à son tour, dans une tenue laïque et, malgré l’étrangeté du trio masculin, l’accord se scella rapidement, grâce à des madrigaux qu’il débita fort à propos à chacune des dames.

À table, pour qu’il n’y eût aucune gêne entre personne, Irène avait divisé les trois couples, s’installant à trois côtés d’une table carrée, sur des canapés faits exprès pour présenter toutes les commodités, reliant ainsi son festin moderne aux brillantes orgies romaines.

Stanislas et Gabrielle, Déculisse et Olympe. Irène et Mohammed, formaient les trois couples les plus parfaits qu’on pût souhaiter pour cette fête culinaire et amoureuse, que servaient deux gentilles soubrettes, engagées pour la circonstance par Mirette.

À peine assis à leurs places Irène se leva debout pour donner le ton à la réunion, un verre à la main, se tourna vers Mohammed, et dit :

— Que l’amour et ses plaisirs, mon cher convive, soit pour toi et pour vous, dans ce repas, où je veux que revive l’harmonie des joies délicates : prends ma taille, monte tes lèvres jusqu’aux miennes et bois la gorgée que j’y coule pour tes ivresses.

Son regard plana sur les deux autres couples, Olympe et Gabrielle comprirent son invitation, elles se levèrent à leur tour, le verre à la main, l’imitèrent pour leurs cavaliers, lorsqu’elle se plaça contre Mohammed pour lui offrir sa taille et chacun d’eux but aux lèvres de sa dame une gorgée de vin féminisé.

On commença le repas, un orchestre de six à sept instrumentistes, dans un salon voisin, exécuta de douces mélodies.

Les yeux de Sidi-ben-Mohammed, extasiés sur ceux d’Irène, la remercièrent de cette fête si complète qu’elle sût organiser, tandis qu’Olympe, se laissant enlacer par Déculisse, dont le type blond s’alliait à merveille à sa brune beauté, permettait à ses mains de voyager sous ses jupes et sur ses seins.

Gabrielle et Stanislas, se tenant par le cou, échangèrent un long, long baiser.

Les mets, succédant aux mets, accompagnés de leurs vins spéciaux, ce fut un doux murmure de conversations amoureuses, de tendres caresses, de chaudes privautés où Irène dirigea les services et… les libertés. Elle quittait de temps en temps sa place, passait derrière Déculisse, se penchait par dessus le canapé, près de sa tête et lui disait :

— Jouis. Il y a ici plusieurs vins, des mets variés, bois et mange, ne serait-il pas monstrueux de s’en tenir à un vin ou à un plat !

Déculisse levait la tête, il apercevait celle d’Irène penchée, il happait sur ses lèvres la caresse qu’elle sollicitait.

Posant la main sur l’épaule d’Olympe, elle continuait :

— Va rendre à mon cavalier la caresse que le tien m’a donnée.

Poussant Stanislas contre Gabrielle, elle s’installait à côté de lui, appuyait la tête sur son épaule et murmurait :

— Ses lèvres sont plus jeunes que les miennes ; elles ne possèdent pas la saveur du baiser, qu’on apprend que par le commerce de plusieurs hommes. Baise ma bouche mon cher époux, prouve que tu n’est pas jaloux de ta femme, prouve que tu ne ressens pas d’irritation de la volupté qu’elle procure.

Stanislas prenait dans ses lèvres celles de sa femme, la caresse s’échangeait, puis Irène tournait brusquement sur elle-même, se couchait les reins sur les jambes de son mari, apportait la tête sur les genoux de Gabrielle, lui tendait les bras et disait :

— Baise sur ma bouche la caresse que ton amant vient d’y faire.

Cette caresse faite, Gabrielle voyait sa sœur se relever, la prendre par la main, la conduire vers Mohammed et dire :

— Assieds-toi sur mes genoux, rend-lui le baiser que tu m’as pris, atteste ainsi que tu es digne d’être houri de harem.

Les cœurs battaient, les sens s’alanguissaient, Irène, la première, se renversa sur les coussins de son canapé, ouvrit les bras à Mohammed et, entre deux services, les soubrettes jetant des pétales de fleurs sur les deux amants, se fit baiser.

Olympe et Gabrielle n’osaient pas.

Déculisse sortit sa queue, Olympe avait inconsciemment exécuté la manœuvre d’Irène pour le suçage et cette manœuvre, amenant le résultat, elle tressaillit, glissa à genoux et suça.

Gabrielle, à cheval sur Stanislas, s’abandonnait.




Bannière de début de chapitre


XII


Dans la chambre de Stanislas, les trois hommes étaient montés se dévêtir ; dans celle d’Irène, les trois femmes faisaient de même.

Les esprits s’échauffaient : le repas fini, on voulait de la volupté.

Les trois hommes étaient nus : trois types différents s’accusaient dans les queues, dans les corps ; ils se regardaient, s’analysaient. Mohammed reconnut chez Stanislas les anciens rapports qu’il eût avec Paulet ; le prêtre Déculisse, avec sa blancheur de peau et la finesse de ses contours, trahissait des anciens vices masculins. Les trois hommes s’estimèrent devoir être plus que des alliés. Irène, venant les chercher, les surprit s’adressant des compliments réciproques sur leur sexualité.

Pure et blanche vision de perfection féminine ayant l’amour de l’homme, elle ne les gênait pas. Attirée sur les genoux au milieu, par son mari même, elle aperçut en face de son visage les trois queues alignées, dont on lui faisait remarquer les différentes structures, en sollicitant de ses lèvres le rapide suçage, qu’elle ne refusa pas.

Il ne fallait pas laisser Olympe et Gabrielle trop longtemps seules, pour ne pas s’exposer à ce que la réflexion refroidit leurs excellentes dispositions. Elle entraîna les hommes à sa suite, meute déjà affamée, courant sus à son cul et riant entre eux des pelotages qu’involontairement ils échangeaient, en franchissant les portes.

Dans la chambre d’Irène, le rut se déchaîna une fois de plus, avant qu’on put descendre dans les salons. Ce rut se prit au hasard, unissant encore Stanislas et Gabrielle, mais non plus les deux autres couples primitifs. Irène poussa Mohammed sur Olympe et attira à elle Déculisse.

On roula sur le tapis et les secousses, cherchant à se précipiter, des poses multiples animèrent les trois couples sur le milieu de la chambre où, rompant les enlacements, ils se livrèrent mutuellement à des satisfactions plus acres. Mohammed avait joui d’Olympe, il aperçut le cul d’Irène qui tressautait au-dessus des jambes de Déculisse ; il y vint tout contre, hésita entre la caresse et l’enculage ; ce dernier l’emporta et Irène se trouva prise des deux côtés à la fois.

Olympe, privée de son cavalier, tournoya du côté de Stanislas et Gabrielle ; celle-ci se pâmait sous la possession. Stanislas, distinguant le cul de sa sœur à sa proximité, se jeta dessus et l’encula, laissant Gabrielle se reprendre peu à peu.

Déculisse, gêné dans sa manœuvre, à moitié abandonné par Irène, qui se prêtait davantage à l’enculage de Mohammed, remarqua la solitude momentanée de Gabrielle, arriva prestement sur elle et, avant qu’elle eût résisté, l’enconna avec sa grosse queue, lui arrachant quelques cris plaintifs, qui se changèrent bientôt en ardentes caresses.

La fête se continuerait-elle dans les salons, ou se confinerait-elle à la chambre ?

Nul ne paraissait vouloir renoncer à la curée d’amour.

Un timbre qui résonna, rappela Irène à elle-même : quelqu’un se présentait. C’était le signal de Mirette, annonçant l’insistance d’une personne exigeant d’être introduite.

Elle avait bien fermé sa porte rigoureusement, mais les journaux avaient annoncé sa réapparition à Paris ; toute la journée les visites s’étaient multipliées, Mirette fut impitoyable ; il fallait une impérieuse nécessité, pour qu’elle en appelât à sa décision.

Elle laissa Mohammed achever de jouir, puis se dressa, jeta un coup d’œil sur l’ensemble du tableau, permit aux coïts de se satisfaire, arracha les femmes, les emmena à la salle de bains, pria les hommes de se rendre dans les salons et, sa toilette faite, couverte d’une simple matinée, chaussée de mules, vint voir ce que voulait Mirette.

Elle se trouva en présence de Lucie des Étoiles qui, de retour de Versailles, avait trouvé sa carte et accourait.

— Toi, Lucie, s’écria-t-elle, je ne t’attendais pas.

— Ta porte était consignée. J’ai eu toutes les peines du monde à décider Mirette de te prévenir de mon arrivée.

Que faire ? Elle la fit entrer dans un de ses salons isolés et Lucie, étonnée, demanda :

— Voyons, Léna, tu n’as pas changée, puisque tu es venue chez moi dès ton retour à Paris : on dirait que ma visite t’ennuie ?

— M’ennuie, non ; m’embarrasse, oui.

— Pourquoi ?

— Je ne sais comment te conter la chose.

— Tu as un rendez-vous ? Ce n’est pas pour nous jeter du froid ; baise ton coup et reviens-moi.

— Un rendez-vous ! Plus que ça. Tiens, regarde, je suis nue sous ma matinée ; j’ai là haut ma sœur et ma belle-sœur.

— Nues aussi. Vous marchez bien en province.

— Et avec nous il y a…

— Stanislas !

— Oui, plus deux autres cavaliers.

— Partie carrée à trois couples, des provinciaux en goguette.

— Non, des enragés d’amour. Ma foi, veux-tu en être ; quoique on ait déjà pas mal sauté, la soirée commence à peine et une femme de plus ; tant pis pour toi, s’ils ne sont pas à ta hauteur, il aurait fallu venir plus tôt, une femme de plus n’est pas pour les effrayer.

— Ta sœur, ta belle-sœur !

— Elles te recevront d’autant mieux que si tu veux rester, tu entreras toute nue.

— Ça me plaît. Je serai heureuse de revoir Stani.

— Tu l’as oublié depuis.

— Dame, que serais-je devenue autrement ! Où se déshabille-t-on ?

— Par ici, je te mènerai ensuite.

Lucie avait un peu grossie depuis le départ de ses amis pour la province : elle n’en présentait qu’un fruit encore plus savoureux.

Plus mutine et plus crâne que jamais, elle suivit Irène dans un salon, où elle n’aperçut que les trois hommes.

— Lucie, s’écria Stanislas, courant à elle.

— Ah ! Stani, tu me reconnais, c’est gentil.

Elle lui sauta au cou.

— Tiens, tiens, dit-elle encore, je reconnais celui-ci, l’abbé Déculisse, ah ! mince, je ne m’attendais pas à le voir dans le costume du papa Adam.

— Vous vous êtes rencontrés ?

— Une fois, à un enterrement.

— Parlons pas de ça.

— Monsieur, ravie… de vous admirer.

Elle salua gentiment Mohammed et Déculisse qui lui souriaient et, comme Irène revenait avec Gabrielle et Olympe, la présentation se trouva de suite terminée.

L’entr’acte s’imposait. On but, on causa, on pelota.

— Elles sont chouettes vos sœurs, dit Lucie et celle-ci, Irène, tu ne pourrais pas la renier ; c’est tout ton portrait, avec de l’innocence en plus.

— L’innocence se fane vite.

— Heureusement. Est-ce que Stani s’amuse aussi avec sa sœur ?

— Les circonstances l’y ont entraîné.

— Les principes ne vous étouffent pas dans les petits pays. Il doit y avoir en elle de quoi se satisfaire ! Belles, belles fesses ! Je les baiserais volontiers.

Irène riant, cria :

— Olympe ?

— Que veux-tu, Irène ?

— Mon amie Lucie désire te baiser le cul.

— Bon, je ne demande pas mieux, je le lui donne.

Olympe et Lucie se mirent à se gamahucher et Mohammed s’attacha après le couple de Stanislas et de Gabrielle qui s’étaient repris, se tenant amoureusement enlacés.

— Ah ! dit Irène à Déculisse, je crois bien que ma sœur en pince fort pour mon mari.

— Je ne l’ai pas moins baisée.

— Oui, en enlevant ta queue de mes cuisses, lâcheur.

— Nous pouvons recommencer la partie.

— Non, pas encore. Si on baise tout le temps, on s’arrêtera trop vite. J’ai envie de gamahucher ma sœur pour vous obliger à une sagesse mesurée.

— Enlève-la donc à Mohammed, qui n’a l’air de rien et qui ne tardera pas à la grimper, si ton mari a une distraction.

Irène louvoya, repoussa du dos Mohammed qui s’amusait à peloter Gabrielle, l’apprivoisant peu à peu et dit :

— Gabrielle, deux mots, viens par ici.

La jeune fille quitta Stanislas, accompagna Irène devant le tableau formé par Lucie, dévorant de feuilles de roses le cul d’Olympe, et murmura :

— Donne le tien, que je le mange ainsi.

— Quoi, tu veux Irène ?

— Ne sommes-nous pas réunies pour goûter à tous les plaisirs !

— Oh si, mais je préférerais te le faire pour commencer.

— Non, non, tu ne te défendrais pas si on t’attrapait et moi je me défendrai.

À la vue des deux sœurs, se lançant dans les mêmes exercices que Lucie et Olympe, il n’y eut pas de protestation masculine.

Les trois hommes contemplèrent le spectacle, essayèrent par moment de s’interposer, puis ils échangèrent des regards de malice et voilà que Déculisse se vit enculer par Stanislas, sur lequel grimpa Mohammed.

Quand ils furent enfilés, plus pour la farce que pour poursuivre la sensation, ils crièrent :

— Les femmes foutent entre elles, nous foutons entre nous.

Celles-ci suspendirent leurs caresses et, apercevant l’affaire, elles se précipitèrent sur Mohammed et sur Stanislas, luttèrent pour les jeter sur le sol et les fesser ; mais Déculisse saisit Lucie qui ne demandait pas mieux et la baisa ; avant que Stanislas eût échappé aux mains d’Irène et d’Olympe, qui le frappaient, Mohammed empoignait Gabrielle, la plaçait sous lui et la possédait en levrette.

— Amour, dit Irène à son mari, nous n’avons pas baisé ensemble, viens vite que je te fasse jouir, tu bandes.

Cette gigantesque partie d’amour se prolongea très tard et vit s’accomplir de réels prodiges ; elle s’acheva dans l’acceptation réciproque des couples formés au début, de dormir la nuit, Lucie s’étant retirée vers les deux heures du matin, Déculisse avec Olympe, Stanislas avec Gabrielle, Irène avec Mohammed.

Couchée sur l’épaule de l’arabe, enfin rassasié après de très brillants exploits, Irène, les yeux dans ses yeux murmura :

— Te voilà le frère de mon époux, le voilà le seigneur de ses femmes, Mohammed, suis-je toujours celle que tu cherchais, ta virilité continue-t-elle à vouloir ma féminité ?

— Tu es l’étoile de mes amours, tu es la reine de mes fièvres, Mohammed demandera à ton époux l’hospitalité, pour te voir dans le gynécée et t’y posséder avec les séductions des autres femmes.

— Tu les a toutes baisées !

— Ne fallait-il pas obtenir leur sourire.

— Tu seras pour moi la chaleur qui vivifie la félicité ; tu boiras à mes seins la volupté inlassable ; je puiserai à ta source même le suc avec lequel je resterai belle et passionnée.

Ils s’endormirent dans l’ivresse du plaisir. Une nouvelle incarnation allait illuminer la personnalité d’Irène Breffer.


Fin du Tome II