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La Varsovienne

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Œuvres complètes de Casimir DelavigneFirmin-DidotVolume 4 (p. 119-123).

LA VARSOVIENNE.


Il s’est levé, voici le jour sanglant ;
Qu’il soit pour nous le jour de délivrance !

Dans son essor voyez notre aigle blanc
Les yeux fixés sur l’arc-en-ciel de France.
Au soleil de juillet, dont l’éclat fut si beau,
Il a repris son vol, il fend les airs, il crie :
       « Pour ma noble patrie,
Liberté, ton soleil, ou la nuit du tombeau ! »

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

« Guerre !.... À cheval, cosaques des déserts !
« Sabrons, dit-il, la Pologne rebelle.
« Point de Balkans, ses champs nous sont ouverts ;
« C’est au galop qu’il faut passer sur elle. »
Halte ; n’avancez pas ! ces Balkans sont nos corps ;
La terre où nous marchons ne porte que des braves,
         Rejette les esclaves.
Et de ses ennemis ne garde que les morts.

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

Pour toi, Pologne, ils combattront, tes fils,
Plus fortunés qu’au temps où la victoire
Mêlait leur cendre aux sables de Memphis,
Où le Kremlin s’écroula sous leur gloire.
Des Alpes au Thabor, de l’Èbre au Pont-Euxin,
Ils sont tombés vingt ans sur la rive étrangère ;
         Cette fois, ô ma mère !
Ceux qui mourront pour toi dormiront sur ton sein.

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

Viens, Kosciusko, que ton bras frappe au cœur
Cet ennemi qui parle de clémence.
En avait-il quand son sabre vainqueur
Noyait Praga dans un massacre immense ?
Tout son sang va payer le sang qu’il prodigua ;
Cette terre en a soif, qu’elle en soit arrosée ;
         Faisons sous sa rosée
Reverdir le laurier des martyrs de Praga !

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

Allons, guerriers, un généreux effort !
Nous les vaincrons ; nos femmes les défient.
O mon pays ! montre au géant du Nord
Le saint anneau qu’elles te sacrifient.
Que par notre victoire il soit ensanglanté ;
Marche ! et fais triompher au milieu des batailles
         L’anneau des fiançailles
Qui t’unit pour toujours avec la liberté.

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

À nous, Français, les balles d’Iéna
Sur notre sein ont inscrit nos services ;
À Marengo le fer le sillonna ;
De Champ-Aubert comptez les cicatrices.
Vaincre ou mourir ensemble autrefois fut si doux !
Nous étions sous Paris… Pour de vieux frères d’armes.
         N’aurez-vous que des larmes ?
Frères, c’était du sang que nous versions pour vous,

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

O vous du moins dont le sang glorieux
S’est dans l’exil répandu comme l’onde,
Pour nous bénir, mânes victorieux,
Relevez-vous de tous les points du monde !
Qu’il soit vainqueur, ce peuple, ou martyr comme vous.
Sous les bras du géant, qu’en mourant il retarde,
          Qu’il tombe à l’avant-garde
Pour couvrir de son corps la liberté de tous !

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !

Polonais, à la baïonnette !
Sonnez, clairons ! Polonais, à ton rang !
Suis sous le feu ton aigle qui s’élance.
La liberté bat la charge en courant,
  Et la victoire est au bout de la lance.
Victoire à l’étendard que l’exil ombragea
Des lauriers d’Austerlitz, des palmes d’Idumée !

        Pologne bien-aimée,
Qui vivra sera libre, et qui meurt l’est déjà !

Polonais, à la baïonnette !
C’est le cri par nous adopté ;
Qu’en roulant le tambour répète :
À la baïonnette !
Vive la liberté !