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La Vie nouvelle/Commentaires/Chapitre XXXI

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 189-190).


CHAPITRE XXXI


« Il écrivit aux princes de la terre… »

On a dépensé passablement d’érudition et d’imagination à propos de ce passage, dont l’interprétation pourrait être beaucoup plus simple. Qu’étaient ces princes de la terre ? Les potentats qui gouvernaient les pays environnans ?… Les Cardinaux à Rome ? On peut s’étonner que l’on n’ait pas songé que le mot terra s’appliquait souvent au territoire, c’est-à-dire à un espace nettement déterminé. C’était donc sans doute aux notabilités de la république Florentine qu’il s’adressait. Il faut se prêter ici à l’exaltation du Poète, à la grandiloquence habituelle avec laquelle, dans la Comédie, il semble attribuer une si grande part dans l’univers et dans les vues de la providence divine à cette ville de Florence, qui après tout n’occupait pas une si grande place dans le monde. S’il veut que les pèlerins qui traversent la ville prennent part à son deuil et unissent leurs larmes à celles de la cité devenue veuve[1], il peut bien avoir eu la pensée de convier à ce deuil les gouvernans de son pays. Tout cela nous ramène aux mœurs de cette époque, au caractère de la poésie médiévale, et encore une fois à l’exaltation du Poète de la Comédie sur tous les sujets qui mettent en jeu ses passions, ou même ses idées.



  1. Voir au chap. XLI.