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La Vie nouvelle/Commentaires/Pérennité de l’image de Béatrice

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La Vita Nuova (La Vie nouvelle) (1292)
Traduction par Maxime Durand-Fardel.
Fasquelle (p. 209-210).


PÉRENNITÉ DE L’IMAGE DE BÉATRICE


Le théâtre et le roman ont créé des êtres de pure imagination auxquels nous avons prêté tous les attributs de la vie.

Nous les avons doués de formes et de couleurs auxquelles nos yeux se sont attachés, de pensées auxquelles nos pensées se sont associées, de joies et de douleurs que nous avons partagées.

Avec quelles émotions ne devons-nous pas suivre le poète de la Vita nuova, alors que, sous l’enveloppe romanesque dont il a recouvert son récit, nous sentons tressaillir la vie dans toute son intensité ! Il ne nous montre pas les traits qui l’ont séduit, il ne nous fait pas entendre la voix dont il s’est enchanté. Mais nous savons quel jour Béatrice est née et quel jour elle est morte. Et nous savons quel jour elle est apparue pour la première fois à celui qui devait l’immortaliser.

Qu’importe le reste si nous savons aussi que c’est l’âme de Béatrice dont nous percevons le reflet dans l’âme du poète ?

L’œuvre de l’Alighieri viendrait à disparaître tout entière comme ont été anéantis, par le feu du ciel ou des hommes, tant de chefs-d’œuvre enfouis dans la bibliothèque d’Alexandrie, qu’il nous resterait encore l’image de la divine Béatrice.

C’est que si parmi les œuvres humaines il en est d’impérissables, c’est sans doute l’image de la Grâce et de la Beauté.