La chanson des hirondelles

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De quelques ouvriers-poètes
Labbé (pp. 62-63).


LA CHANSON DES HIRONDELLES


Adieu, pays des lauriers roses,
Où dans les fleurs écloses.
Chantent les colibris.
Sous le chaume, au toit des tourelles
Nous revenons fidèles
Chercher nos vieux abris.

Nous les hirondelles frileuses
Nous avons traversé les mers
Et des cités tumultueuses
Nous revenons peupler les airs.
Notre aile noire fuit le givre.
Notre duvet craint les autans ;
Avec l’homme nous aimons vivre
Et nous ramenons le printemps.
 
Des palais aux vastes arcades,
Où les rois se tiennent blottis.
Sous l’acanthe des colonnades
Nous voyons naître nos petits.
Et pendant que la sentinelle
Veille au seuil de la royauté
Nous fendons l’air à grand bruit d’aile
Et nous chantons la liberté.


Nous aimons la vieille mansarde
Où la marjolaine est en fleurs,
Où l’ouvrière nous regarde
Avec des yeux mouillés de pleurs.
Il suffit à notre famille
D’une mouche ou d’un vermisseau.
Elle ! bien tard pousse l’aiguille
Pour nourrir son fils au berceau.
 
Quand nous rasons les cheminées
Des prisonniers, pauvres martyrs,
Hélas ! nous sommes consternées
De leurs sanglots, de leurs soupirs.
Ainsi que vous, les hirondelles,
Hommes, construisent leurs maisons.
Mais elles s’aiment trop entre elles
Pour se construire des prisons.