La colonie Canadienne-Française de Chicago/La Colonie Canadienne-Française

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Strombert, Allen & Cie (p. 7-11).


LA COLONIE
Canadienne-Francaise
de
CHICAGO.



1831-93.




Quelle différence présente le Chicago actuel avec le Chicago des Beaubien, en 1831 ! M. Tassé, l’auteur des « Canadiens de l’Ouest, » dit : « Quels bonds prodigieux ! Il a suffi de quelques années pour que Chicago prenne un développement que plusieurs siècles souvent n’ont pu réussir à donner à maintes grandes villes du vieux monde. »

Lors des premières explorations de nos compatriotes, Chicago était occupé par des sauvages de la confédération des Miamis, dont faisaient partie les Illinois.

Il a été visité avant le commencement de ce siècle par des Canadiens-Français, dont les noms suivent : Sieur Jean Nicolet, en 1634 ; Nicolas Perrot, en 1671 ; le Père Jacques Marquette et Louis Joliet, en 1672-74 ; le Père Claude Allouez, en 1675 ; La Salle, en compagnie des Pères Membre et Ribourde, en 1679 ; Durantaye, en 1679 ; Le Mai, en 1696.

Chicago s’appelait Eschikagou, mot en langue indienne ayant la signification de « Puant. »

En 1801, le site de Chicago était encore un marais, une fondrière sur laquelle se trouvaient les huttes grossières d’un certain nombre d’indiens. En 1804, le gouvernement américain y bâtit le fort Dearborn pour tenir en respect les sauvages.

« Ce fort, » écrit M. Tassé, « détruit en 1812 par les Patouatomis qui avaient surpris et massacré sa garnison, avait été reconstruit en 1816. Deux familles de blanc seulement occupaient Chicago : Celles de John Kinzie et d’Antoine Guilmette, traiteur canadien marié à une indienne, qui demeurait là-même où l’on a érigé depuis le hangar à fret du chemin de fer de Galena. »

Baptiste Point De Sable, un beau nègre, instruit, et fort dévoué aux Français, a habité Chicago avant eux. Car, d’après le colonel Peyster, il y était en 1779, et Pierriche Grignon, de la Baie Verte, qui a visité l’endroit de Chicago en 1794, vit ce nègre intéressant.

De 1816 à 1821, le nombre des pionniers de la ville de Chicago ne devait pas être plus considérable. C’est ce que prouve la relation suivante d’un voyage fait par le colonel Ebenezer Childs, de Lacrosse, Mich., vers cette époque.

« Lorsque j’arrivai à Chicago, » dit-il, « je dressai ma tente sur les bords du lac, et je me rendis au fort pour acheter des vivres. Je ne pus cependant en obtenir, le commissaire m’ayant informé que les magasins publics étaient si mal approvisionnés que les soldats de la garnison ne recevaient que des demi-rations, et qu’il ignorait quand ils seraient mieux pourvus. Je me rendis alors auprès du colonel Beaubien, qui put m’en vendre une faible quantité. Deux familles seulement résidaient en dehors du fort, celles de M. Kinzie et du colonel Beaubien.

En 1821, l’abbé Gabriel Richard, missionnaire dans le Michigan, vint à Chicago, dans l’intérêt des Indiens. Chicago n’était alors encore qu’un poste militaire insignifiant.

En 1825, Chicago ne montrait encore que quelques cabanes à l’aspect bas et misérable. M. John H. Fonda, en fait la description suivante : « Chicago n’était alors qu’une agence de traite, il comptait environ quatorze maisons et pas plus de 75 ou 100 habitants. Les principaux étaient l’agent de la Compagnie, M. Hibbord, un français du nom de Guilmette et Jean-Baptiste Beaubien. Je ne pensais nullement à cette époque qu’une grande cité surgirait à cet endroit. »

« En 1829, » dit M. Tassé, « la petite bourgade se grossit d’un certain nombre d’immigrants, attirés par la perspective de la construction du grand canal qui relie les eaux de la rivière Illinois au lac Michigan. Des commissaires furent autorisés à diviser en « lots » la future ville, dont l’avenir commençait à se dessiner sous un aspect plus brillant. »

Deux frères du colonel Beaubien, Marc et Médard, vinrent se fixer cette même année à Chicago.

Un historien de la ville en parle dans les termes suivants, à la date de 1831 : « Sur le côté est de la rivière Chicago résidait Marc Beaubien, frère du colonel J.-B. Beaubien, il tenait une auberge. Son habitation avait pris, en 1831, les proportions d’une maison à deux étages, bien peinturée, qui fut bientôt connue sous le nom de Sagonash Hotel — nom sauvage de Billy Campbell, chef de guerre célèbre, et l’un des habitants les plus importants de Chicago. Plus loin, sur le bras sud de la rivière, s’élevait la demeure d’un traiteur français du nom de Bourrassa. La maison de traite de Médard Beaubien, une très modeste cabane, était située dans cette partie de la ville appelée sixième division, le colonel Beaubien résidait sur les bords du lac, à une petite distance au sud du fort dans la maison qu’il avait achetée de la Compagnie Américaine de Pelleteries en 1817, et que les colons désignaient sous le nom de « Ouigouan. » Près de sa demeure se trouvait son magasin, où il tenait pour la Compagnie Américaine de Pelleteries un assortiment d’articles pour la traite. »

Voici comment le major S. H. Long apprécia Chicago en 1836 : « Comme place d’affaires, » dit-il, « l’endroit n’offre aucun avantage aux colons, attendu que le montant annuel du commerce du lac ne dépasse pas la cargaison de 5 ou 6 goëlettes, même lorsque la garnison reçoit ses provisions de Mackinaw. Il n’est pas impossible que, dans un avenir très éloigné, quand les rives de l’Illinois seront habitées par une population nombreuse, et quand les basses prairies qui s’étendent entre cette rivière et Fort Wayne seront cultivées par autant de colons qu’elles peuvent nourrir, Chicago puisse devenir l’un des points de communication entre les lacs du nord et le Mississipi. Mais même alors, je suis d’opinion que le commerce s’y fera toujours sur une échelle très limitée. »

« Quel sanglant démenti l’avenir a donné à cette prédiction, » dit M. Tassé. En 1837, par un acte de la législature, passé le 4 mars, Chicago devint city.

De cette date au grand feu de 1871, la marche de la ville est bien connue. On a encore sous les yeux son développement rapide en population, en richesses, en ressources et en améliorations, etc.

Son commerce de gros, en 1871, a fourni le chiffre de $450,000,000. Ses progrès étonnèrent le monde, et à peine ses habitants pouvaient y croire.

En 1871, Chicago occupait une superficie de 35 miles carrés. Elle avait un tonnage de 95,395,99 tonneaux, importait des marchandises au montant de $2,042,499, et exportait au montant de $5,580,174. Alors au milieu de ces succès éclatants, vint la grande conflagration qui en une seule nuit anéantit tous les signes de sa prospérité et lui attira les sympathies de tout le monde civilisé.

De cette époque néfaste, Chicago a fait des progrès encore plus étonnants.

La population de Chicago s’élève aujourd’hui à 1,500,000 âmes. Nos compatriotes y sont nombreux actuellement. D’après ceux qui s’y connaissent, il y aurait maintenant 20,000 des nôtres dans la Métropole de l’Ouest.



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Paquin - La colonie Canadienne-Française de Chicago, 1893, illust 02.png
RÉV. PÈRE ACHILLE BERGERON.
 
Paquin - La colonie Canadienne-Française de Chicago, 1893, illust 03.png Paquin - La colonie Canadienne-Française de Chicago, 1893, illust 04.png
RÉV. PÈRE E. J. THÉRIEN. RÉV. PÈRE A. D. GRANGER.