La colonie Canadienne-Française de Chicago/Saint Jean-Baptiste

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Strombert, Allen & Cie (p. 24-26).


SAINT JEAN-BAPTISTE.



Cette paroisse eut une naissance très modeste. Un prêtre canadien, du nom de Michaud, vint à la demande de quelques familles, célébrer la messe sur la rue Halsted, dans un espèce de salle, près de la rue 31ième. Mais la mort trancha quelques mois après le fil de ses jours.

Un prêtre breton, venu des Antilles, continua l’œuvre de messire Michaud. Il construisit un sous-bassement en briques, dont une partie était affectée au culte religieux et l’autre servait de presbytère provisoire. Mais Bridge Port offrait peu d’avantages à la fondation d’une paroisse canadienne-française. Le site n’était pas favorable, et nos nationaux de cette partie de la ville se trouvaient trop disséminés au milieu d’éléments étrangers.

Ces propriétés furent vendues, en 1889, et les catholiques de notre origine dans Bridge Port furent, en cette même année, enveloppés dans la nouvelle paroisse de Saint-Joseph, organisée, à Brighton Park, par le Rév. Père J. Lesage.

Saint Jean-Baptiste, patron de notre nationalité, ne veut pas que les églises érigées sous son vocable disparaissent pour toujours.

Voilà pourquoi, en 1892, sur la 50 Court, près de la rue Halsted, le Rév. Père Alf. Bélanger, C. S. V., a réorganisé cette paroisse de Saint Jean-Baptiste, qui doit exister dans Chicago.

Ce digne prêtre était venu dans l’Illinois pour chercher un peu de repos. Mais les hommes, doués d’un caractère trempé comme le sien, ont un genre de repos qui leur est particulier. Habitué aux grandes entreprises, il a cru devoir vaincre les difficultés qui devaient se présenter dans la fondation de cette paroisse au milieu d’un district nouveau environné de sept églises catholiques. Naturellement nos compatriotes, connaissant plus ou moins l’anglais, et disséminés dans ce nouveau quartier de plusieurs milles carrés, étaient portés à fréquenter ces églises. Pour obvier à la plus grande difficulté, il a jugé nécessaire de situer l’église au cœur de cette région de Chicago. Il acheta à l’angle de la rue Peoria et la 50ième Court des lots de 100 pieds par 125, pour la somme de $2,800, dont $2,100 sont encore à payer.

Il y fit transporter un temple protestant qu’il convertit en église catholique.

Cette église, les frais de transport, l’ameublement et les ornements nécessaires, ont occasionné une dépense de $6,000, que le Rév. Père Bélanger a réussi à payer, durant cette année !

Quand on considère les misères qui accompagnent le début d’une paroisse dans des circonstances semblables, on ne peut se défendre de l’idée que ce zélé prêtre a dû s’imposer beaucoup de sacrifices et un travail d’hercule pour mener son entreprise à bonne fin.

Aujourd’hui, nous pouvons vous dire que cette paroisse est solidement établie et peut sans crainte envisager le futur.

Il se propose de faire un emprunt de $5,000, pour payer les arrérages et pour la construction d’un presbytère.




RÉV. ALFRED BÉLANGER, C. S. V.


Ce dévoué religieux de la Communauté de Saint-Viateur est né le 27 Avril, 1835. Après avoir complété son cours classique, il fit son entrée au noviciat des Clercs Saint-Viateur, le 6 Janvier 1854. En 1855, on requis ses services à l’Institution des Sourds-Muets, de Montréal, où il passa trente ans à faire de cette institution ce qu’elle est actuellement, une des plus belles de l’Amérique du Nord. On dit qu’elle représente une valeur de $200,000. Les talents remarquables d’administration et les mérites du Père Bélanger l’appelèrent bientôt à la tête de cette grande œuvre de charité.

En 1860, il en devint donc l’âme. Pendant les nombreuses années que ce dévoué père la dirigea, « il la fit bénéficier de sa grande expérience dans les affaires et d’un dévouement qui ne s’est jamais rebuté, malgré les difficultés nombreuses et parfois bien pénibles qu’il eut à surmonter.

À trois reprises, il dût se rendre en l’Europe pour y étudier les méthodes suivies dans les établissements consacrés à l’enseignement des sourds-muets. En 1870, d’abord, il emporta les principes qui lui permirent de commencer l’enseignement de l’articulation, qui jusqu’à ce jour a produit de si beaux résultats ; ensuite, en 1880, pour assister au congrès de Milan et se renseigner sur les avantages de l’instruction des sourds-muets par la méthode orale pure.

« Ce fut sous l’administration du Père Bélanger, en 1860, que furent commencés les premiers ateliers au nombre de trois : la reliure, l’imprimerie et la cordonnerie.  »


RÉV. PÈRE A. BÉLANGER.

Le 27 Avril 1873, le Père Bélanger fut ordonné prêtre par Mgr. Bourget. Le soir de son ordination, il y eut un banquet où un cadeau consistant en vases sacrés et ornements pour sa chapelle qui en avait grandement besoin, lui fut présenté par des amis de l’Institution.

Épuisé par des travaux si fatigants, il vint chercher du repos à Brimfield, Ill., dans l’exercice du ministère.