La dernière Révolution du Pérou

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Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 3
anonyme

La dernière Révolution du Pérou

DERNIÈRE


RÉVOLUTION DU PÉROU




Vous m’avez souvent prié, mon ami, de tenir la Revue au courant des affaires politiques de ce pays, et depuis bientôt huit ans que je l’habite, c’est la première fois que je réponds à vos désirs. Depuis ces huit ans, en effet, sauf quelques démêlés avec nos voisins de la Colombie et de Bolivia, démêlés qui n’altéraient en rien notre repos à l’intérieur, nous avons joui d’une tranquillité passable. L’apathique Lima, engourdie sous son ciel toujours serein, tout entière à ses jouissances sensuelles qui en ont fait la Gomorrhe de l’Amérique, pouvait, à la distance où vous en êtes, paraître sage et heureuse en comparaison de ses sœurs les autres républiques. Mais aujourd’hui son tour est venu : le démon de l’anarchie, qui a élu son domicile à Buenos-Ayres et au Mexique, est en ce moment au milieu de nous, et Dieu sait quand il nous quittera. En vous racontant nos exploits, je ne crains qu’une chose, c’est que vous n’y preniez nul plaisir : nos héros sont de très chétifs personnages ; ils n’ont rien à s’envier les uns aux autres en fait de talens et de patriotisme, et vous ignorez probablement jusqu’à leurs noms. Nos armées et leur valeur sont aussi à la taille de nos héros, et la masse de la nation à celle de nos armées. Mais dussiez-vous siffler au lieu d’applaudir, j’entre en matière, et je serai aussi bref que possible.

En 1829, nous étions en guerre avec la Colombie au sujet de nos frontières dans le nord, et la présidence, occupée par le général Lamar, allait être vacante aux termes de la constitution ; le général Gamarra, qui commandait l’armée, entrevit la possibilité d’atteindre à ce poste élevé en sacrifiant sa patrie à l’ennemi. Par un traité secret, il s’engagea à livrer l’armée péruvienne à Bolivar, sous la condition que celui-ci, maître une seconde fois de la destinée du Pérou, relèverait au pouvoir suprême. Ce marché infâme fut exécuté fidèlement des deux côtés. Un traité de paix honteux ayant mis le congrès du Pérou sous l’influence colombienne, Gamarra fut élu président le 20 décembre de la même année, et en même temps le poste de vice-président fut confié au général La Fuente.

Le premier n’était pas, comme vous devez bien penser, d’humeur à se dessaisir paisiblement, après trois années de jouissance, d’un pouvoir qu’il avait acheté au prix de l’honneur. Dès son installation, il forma le projet de rendre son autorité viagère en dépit de l’opinion publique pour laquelle il affectait le plus profond mépris. Son premier soin fut de s’assurer du dévoûment absolu de l’armée en peuplant ses rangs d’officiers disposes à obéir à ses moindres caprices. Tout ce qu’il y avait d’hommes recommandables par leur moralité et leurs anciens services fut renvoyé dans ses foyers et remplacé par des Espagnols dont la présence était à peine tolérée dans le pays, et par des individus choisis dans une classe d’hommes très nombreuse à Lima, classe sans honneur, perdue de dettes et de débauches, et prête à tous les crimes. Gamarra trouvait au besoin des sicaires parmi ses officiers. Un imprimeur lui ayant déplu, cinq colonels, déguisés en gens du peuple, l’arrachent de son domicile, l’entraînent hors des murs de la ville et le poignardent de sang-froid. Par cette manière d’exercer la censure, jugez du reste. Pour s’assurer encore davantage de ses créatures, Gamarra avait organisé une espèce de loge maçonnique où chacun des affiliés s’engageait par serment à le maintenir au pouvoir, moyennant quoi le président devait, son autorité affermie, leur distribuer les emplois les plus élevés de l’administration et de l’armée. Non content de cela, et craignant l’opposition des habilans de la ville, il dirige sur Cuzco tout le matériel de la république et en fait une espèce d’arsenal, destiné à lui servir de centre d’opérations dans le cas où il faudrait défendre son usurpation future à main armée.

Gamarra était admirablement secondé par sa femme, qui à elle seule en faisait autant que tous ses partisans ensemble pour le maintenir à son poste. Dona Francisca Subiaga, ou simplement Dona Panchita, comme on l’appelle ici, est une jeune et jolie femme qui, dans des temps moins prosaïques, eût fourni matière à plus d’un roman. Irritable et nerveuse à l’excès, au point, dit-on, d’être sujette à des attaques du mal caduc, cette infirmité donne à sa physionomie une expression de langueur qui séduit tous les jeunes officiers, dont les hommages ne l’entourent pas toujours en pure perte. Malgré son rang, il n’est pas rare de la rencontrer à pied dans les rues, vêtue de la saya qui presse sa taille flexible, et la figure coquettement voilée du rebozo, à l’exception d’un œil dont elle joue avec un charme tout particulier. Dans ce costume agaçant, elle aime à attacher à ses pas l’étranger novice qui ne sait encore reconnaître les femmes de Lima à leur seule démarche ; elle l’entraîne sur ses traces jusqu’au palais qu’elle habite, découvre tout à coup sa figure, et rentre dans ses appartemens en riant aux éclats du malheureux mystifié. Dona Panchita est en outre une écuyère intrépide ; elle n’a point de rival à Lima pour le tir du pistolet, la danse du huachambe et la guitare ; enfin, en fait de révolutions, voici un échantillon de son savoir-faire : elle avait à se plaindre du vice-président La Fuente qui ne secondait pas ses projets comme elle l’eût désiré. Au mois d’avril 1831, elle profite de l’absence de son mari qui était alors dans l’intérieur, se met en personne à la tête d’un régiment dont le colonel lui était entièrement dévoué, et marche sur le palais du gouvernement où La Fuente ne s’attendait à rien. Le pauvre vice-président est pris, conduit à bord d’un brick de guerre en rade du Callao, et dona Panchita s’installe en son lieu et place. Pendant quelques jours, la république eut la satisfaction d’avoir une présidente au lieu d’un président. Je reviens à Gamarra. Tous les actes ostensibles et secrets de son administration mettaient de plus en plus en évidence ses pro- jets ambitieux. L’époque de l’expiration de son pouvoir appro- chait ; mais avant d’employer la violence, il crut devoir recourir aux formes légales pour se maintenir en place. Une première tentative de séduction sur les collèges électoraux ayant échoué, quoique tous les moyens imaginables eussent été mis enjeu, il feignit tout à coup d’être las de la présidence, et fit mettre en avant par ses journaux le général Bermudez comme le seul homme capable de lui succéder. Cette manœuvre trompa d’abord quelques esprits peu clairvoyans ; mais on apprit bientôt que ce général, satisfait du vain titre de président, s’engageait à abandonner à son patron le commandement de toute l’armée, c’est-à-dire en réalité le pou- voir tel que l’avait exercé Bolivar pendant son séjour au Pérou. Bermudez, qui jusque-là avait été assez bien vu du public, devint sur-le-champ aussi impopulaire que Gamarra. Tous deux néan- moins, trompés par leurs flatteurs, parurent ne pas douter du succès de leurs projets, et attendirent, sans commettre de violen- ces, la réunion de la convention, qui eut lieu au mois de décembre de l’année dernière.

Plusieurs des membres de cette assemblée ayant à leur tête M. Luna-Pizarro, qui la présidait et était en même temps le chef de l’opposition, ayant montré des sentimens d’indépendance, Gamarra alarmé crut d’abord prudent de restreindre ses attributions au pouvoir de réviser la constitution, ce qui lui permettait de rejeter toute nomination contraire à ses intérêts ; mais auparavant il sonda le terrain. Les députés, de leur côté, dissimulèrent et promirent tout ce qu’il voulut, en ayant soin d’informer M. Luna-Pizarro des manœuvres dont ils étaient l’objet. Gamarra, trompé par ces promesses mensongères, crut la majorité assurée à Bermudez. Par une dépêche officielle, il reconnut à la convention le droit de lui désigner un successeur, et l’invita à procéder à cette nomination. Tout se passa avec ordre et dignité ; l’assemblée s’entoura de toutes les formes légales, afin d’enlever jusqu’au moindre prétexte à la malveillance, et le 20 décembre, le général Obregoso fut élu à une majorité considérable.

Se voyant ainsi joués, Gamarra et ses amis devinrent furieux : les plus déterminés de ceux-ci voulaient s’opposer à l’installation du nouveau président ; mais l’indécision de leur chef s’y opposa. Il crut possible de faire accepter à Obretoso les mêmes conditions qu’il avait imposées à Bermudez, et qu’effrayé des dangers de sa position, il consentirait à se contenter de l’ombre du pouvoir. Obregoso s’étant montré récalcitrant, sa mort fut résolue, et l’exécution du complot fixée au 5 janvier de cette année. La situation du nouveau président était des plus critiques ; il avait pour lui la partie la plus saine de la population et la convention ; mais la majeure partie de l’armée était à ses adversaires, qui occupaient en outre le Callao qu’on peut regarder comme la clef de Lima. Obregoso usa de ruse : le jour même où les conjurés devaient l’assassiner, il invite à dîner le colonel commandant la garnison du Callao, et sous prétexte de lui parler d’affaires en particulier, l’engage, au sortir de table, à faire une promenade en voiture. Arrivés à moitié chemin du Callao, dont le cocher avait pris la route suivant les habitudes de son maître, Obregoso lire un pistolet de sa poche et menace le colonel de lui brûler la cervelle, s’il ne lui livre à l’instant la forteresse et ne le fait reconnaître par les troupes de la garnison. Le colonel, tremblant de frayeur, fit tout ce qu’il voulut. Obregoso, maître de la place, changea sur-le-champ tous les officiers dévoués aux conjurés, et attendit les événemens de la nuit.

Lorsque la nuit fut venue, les conjurés se rendirent au palais pour accomplir leurs projets, et apprirent là ce qui venait de se passer. Comptant encore sur les troupes du Gallao, ils espérèrent qu’elles leur livreraient le président ; mais ils furent détrompés le lendemain, et ils résolurent d’entreprendre le siège de la forteresse.

Bermudez prit le titre de chef suprême de l’état ; la convention fut chassée ; plusieurs de ses membres furent poursuivis, toutes les presses mises sous séquestre, et la calomnie, s’ouvrant un champ libre, accusa le général Obregoso d’avoir voulu livrer le Pérou à l’étranger.

Le peuple de Lima protesta par son silence contre une aussi flagrante violation des lois du pays, et partout l’opinion publique se montra unanime en faveur du général Obregoso. Celui-ci, maître de la mer, arma quelques bâtimens marchands et déclara en état de blocus tous les points de la cote où l’autorité de Bermudez et de Gamarra était reconnue : les hommes actifs et entreprenans s’échappèrent de la capitale pour se joindre au nouveau président, et bientôt il se vit en état d’envoyer sur la cote un détachement, afin d’y lever un corps de troupes et gêner de ce coté les communications de Lima avec l’intérieur.

Gamarra partit aussitôt à la tête de quatre cents hommes de ses meilleurs soldats, pour dissiper cet orage et faire sa jonction avec une compagnie d’infanterie exposée à être surprise par l’ennemi. L’opinion publique se prononça partout contre la révolte, des guérillas s’organisèrent sur toutes les routes dans le voisinage de la capitale, et les communications de Gamarra avec Bermudez se trouvèrent ainsi interceptées. Le 27 janvier, le bruit se répandit en ville que le premier, trahi par un de ses officiers, avait été livré au général commandant les forces constitutionnelles à Huacho. Bermudez était depuis plusieurs jours sans nouvelles de son complice. Le 28 au matin, une désertion considérable a lieu du camp des insurgés à la citadelle du Callao ; vers deux heures, le fort se pavoise et fait un salut ; ne sachant comment expliquer ces signes de réjouissance, Bermudez ne doute plus du malheur de Gamarra, et craignant sans doute de partager son sort, ou de se voir entièrement abandonné par ses troupes, il se résout brusquement à lever le siège, à évacuer la capitale et à se retirer dans l’intérieur.

Il se rend au camp pour donner ses ordres et faire les préparatifs de son départ : le chef d’état-major reste au palais avec une trentaine d’hommes à la garde des équipages. Vers cinq heures du soir, la foule, attirée par la curiosité, se pressait devant la porte : plusieurs mécontens manifestaient par des huées et des sifflets l’impopularité des troupes et de leurs chefs. Fatigué de ces cris importuns, l’officier de garde croit les étouffer par un coup de fusil ; il ordonne de faire feu sur le peuple, et un enfant tombe grièvement blessé. L’exaspération arrive à son comble, et chacun s’anime pour repousser une aussi brutale agression. Je me trouvais alors avec cinq compatriotes près de la fontaine de la place ; les soldats, montes sur le toit du palais, dirigeaient leur feu de tous côtés. Nous crûmes le moment venu de nous armer pour notre propre, sûreté ; je fus obligé de descendre le pont et de le remonter avec mon fusil, sans autre munition qu’une seule cartouche, sous le feu du balcon du palais ; heureusement j’en fus quitte pour le bruit des balles qui me sifflèrent aux oreilles. Deux Français arrivèrent les premiers sur la place avec un Américain du Nord, et répondirent au feu que les soldats continuaient du haut du palais. Les Liméniens, excités par l’exemple d’étrangers, qui exposaient leurs jours pour les défendre, volèrent aux armes, et la fusillade devint plus vive. La résistance, à laquelle il manqua un chef pour l’organiser, s’établit sur les toits, sur les balcons, et la division de Bermudez, forte de six cents hommes, eut à soutenir un feu roulant pour traverser la ville, prendre ses équipages et repartir. L’obscurité de la nuit et le défaut d’ordre rendirent cette petite guerre plus bruyante que meurtrière ; néanmoins il y eut une vingtaine de morts et plus de cent blessés. Les Liméniens, tout fiers du bruit que nous avons fait, se croient autant de héros ; il n’est point d’éloges qu’ils ne donnent à notre courage et à notre dévouement ; les chaires, les journaux, les places publiques, tout retentit d’actions de grâces en faveur des étrangers. Mais je crains bien qu’une fois le danger et la peur évanouis, le naturel ne revienne au galop, et que nous ne soyons, comme auparavant, que des étrangers entachés du vice originel pour lequel le Péruvien ne connaît pas d’eau lustrale. Quoi qu’il en soit, une aussi forte secousse développa, chez cette population sans énergie, un enthousiasme dont le gouvernement aurait pu tirer les plus grandes ressources. Au lieu d’en profiter, le général Obregoso, entouré de peureux, ne se crut en sûreté à Lima qu’après que Bermudez et Gamarra, tous deux échappés, furent arrivés de l’autre côté de la Cordillère, le premier à Tarma et le second au Cerro de Pasco, qu’il frappa d’une contribution extraordinaire de 100,000 fr. et d’une réquisition considérable de draps.

Au lieu de poursuivre l’ennemi avec vigueur, tout retomba ici dans la tranquillité la plus profonde ; sans la paralysation du commerce, sans l’interruption de nos relations avec l’intérieur, nous aurions cru, à l’attitude du gouvernement, que la paix régnait dans le pays. Il n’en était malheureusement pas ainsi : chaque jour apportait la nouvelle de la défection des troupes sur tous les points de la république ; ce plan de révolte ou plutôt de domination, combiné depuis plusieurs années, était tellement bien arrêté, qu’à l’exception de trois cents hommes de cavalerie, toute l’armée s’est prononcée en faveur de la rébellion, et le général Nieto est le seul de l’immense état-major du Pérou qui ait entrepris de défendre les lois de son pays sans arrière-pensée et sans ménagement.

Le Cuzco, où existe le matériel de la république, Puno, Ayacucho, Truxillo, tout le pays se déclarait contre l’autorité légale, et le gouvernement paraissait attendre que le ciel fît un nouveau miracle en sa faveur, lorsque heureusement le général Miller arriva. Il ne voulut point s’arrêter à Lima, et se mit aussitôt en route, à la recherche de l’ennemi, avec une compagnie d’infanterie forte de cent sept hommes et de vingt-cinq chevaux ; il fallut bien alors songer à soutenir le général Miller, et les opérations du gouvernement devinrent plus actives. Par un bonheur inespéré, une partie des troupes qui marchaient pour s’incorporer avec Gamarra se rangèrent sous les ordres d’un officier fidèle, qui les conduit au général Miller, au moment où je vous écris. Enfin, c’est entre les mains de cet officier-général, dont le corps d’armée s’élèvera bientôt à sept cents hommes, que se trouvent aujourd’hui les destinées du pays. L’opinion publique se prononce partout en faveur du général Obregoso ; mais les ressources de Gamarra sont trop considérables pour que cette lutte, à moins d’un événement extraordinaire, se termine avant six mois. Il est à craindre au contraire que la guerre civile n’étende ses ravages sur ce malheureux pays, appelé par le caractère de ses habitans à ne jamais devoir connaître un aussi terrible fléau. L’Indien n’abandonne jamais son toit paternel, la force seule peut l’en arracher ; traînant après lui sa femme et ses enfans, il ne s’attache jamais à son drapeau, il ne renonce point à ses habitudes domestiques, et lorsque le jour du licenciement arrive, il rentre chez lui sans y porter le moindre souvenir de la vie des camps. Soldat intrépide, il sert à son poste sans que rien puisse le lui faire abandonner ; si son officier, en mourant ou en prenant la fuite, ne change pas sa consigne ou ne l’entraîne point avec lui, il meurt où il a reçu l’ordre de rester : d’une sobriété enfin sans exemple, il supporte sans murmures des privations et des fatigues auxquelles nul soldat européen ne pourrait résister. Vous jugerez, d’après ce portrait fidèle, si de pareils hommes, entre les mains d’officiers dévoués, ne sont pas les meilleurs instrumens d’un despote, comme ils seraient aussi les citoyens les plus paisibles et les plus faciles à gouverner, sous un chef fidèle exécuteur des lois de son pays. Ce n’est donc pas sur la population que doit peser la responsabilité de toutes ces révolutions qui nous agitent ; des généraux sans gloire comme sans morale sont les uniques auteurs des désordres du pays, et, par un hasard étrange, les partisans les plus chauds, les plus ardens avocats, les plus fougueux prédicans du despotisme militaire, sont des Espagnols libéraux, d’anciens membres des Cortès, des employés du régime constitutionnel, qui, renonçant en Amérique à leur foi politique, donnent à penser que le libéralisme, en Espagne, est encore une opinion de circonstance plutôt qu’une conviction profonde, tel qu’il commence à se propager parmi nous.

Nous autres étrangers, nous sommes au milieu de tout ceci dans la position la plus fausse et la plus fâcheuse : les deux partis en ce moment aux prises ne nous pardonneront pas, l’un de l’avoir attaqué, l’autre de l’avoir défendu. Si le premier triomphe, nous avons mille vexations à craindre de sa part, sans compter les vengeances privées. Si c’est le second, ces services qu’on exalte aujourd’hui seront oubliés demain, et la jalousie invincible qui anime les habitans contre nous, reprendra sa violence accoutumée. Ceux d’entre nous, et le nombre en est bien petit, qui, ayant acquis quelque aisance à force de travail et d’industrie, entrevoyaient le moment de revoir leur patrie, ne savent plus aujourd’hui quand ils pourront partir.


Lima, 8 mars 1834,


L. A.