La région de l’Abitibi : terres à coloniser/45

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Département de la colonisation, des mines et des pêcheries (p. 49-55).

QUELQUES APPRÉCIATIONS DE L’ABITIBI



Connaissez-vous l’Abitibi ? — Non. — Eh bien ! il faudrait y aller. Sans ce voyage, vous ne comprendrez jamais tout : ce qu’il y a de richesse et d’avenir dans ce pays. Nous en arrivons et nous en sommes demeurés sous le charme. Quand bien même nous vous dirions tout ce que nous avons vu, il vous restera toujours nécessaire de contempler de vos propres yeux.

Non seulement le sol est riche là-bas comme dans les plus fertiles vallées des affluents du Saint-Laurent, mais combien vite il se colonise ! Déjà de tous côtés s’étendent de vastes défrichements, des prairies ou champs de céréales à perte de vue ; de reposantes fermes bordent les rivières et les lacs. Vous dirai-je que de forts villages, jusqu’à une ville, de fait quoique non de droit, s’y étalent en différents endroits.

Et quelle imposante et commode voie ferrée traverse la région, la reliant par ses deux bouts d’un côté à Québec, de l’autre à Winnipeg ! À y voir circuler les plus somptueux convois, se croirait-on en contrée si fraîchement conquise sur la forêt ? Véritablement, c’est à se croire le jouet de quelqu’illusion.

Demain on y trouvera un déboulement de la province de Québec, non moins prospère là qu’ici ; et combien française sera cette extension de l’ancien territoire ! Lisez, en arrêtant à chaque gare : LaReine, La Sarre, Dupuy, Authier. Partout on baptise de noms empruntés à la langue du siècle de Louis XIV. Surtout la population y aura bien la mentalité des enfants de la fille aînée de l’Église.

Les prêtres arrivent avec les colons, leur bâtissant des églises, des écoles, voire même des couvents. Tout y marche à pas de géants, d’autant plus vite que la forêt cède plus aisément sous la poussée des travailleurs. Dans les quelques derniers mois, la population y a doublé.

À tous les braves, fondateurs vraiment d’empire, redisons notre admiration et souhaitons des imitateurs.

Et il ne faudra pas craindre les froids et gelées, qui n’y existent pas si terribles qu’on les soupçonnerait à distance.

L’abbé J.-B.-A. ALLAIRE.
Dans le Coopérateur Agricole du 29 septembre 1917


Prenez une carte du Canada, et suivez le tracé du Transcontinental de Québec à LaReine ; vous aurez une bonne idée de l’étendue du territoire que nous avons traversé, dans une course de cinq cents milles, de Québec à la frontière d’Ontario.

Rappelez-vous, qu’il y a cinq ans, il y avait à peine une maison, sur quatre cent milles de ce parcours ; partout l’épaisse forêt, des rivières, des lacs immenses, rien autre chose.

Aujourd’hui, nous voyageons sur un chemin de fer qui peut être comparé avec n’importe quelle voie ferrée de l’Amérique, pour la solidité ; et nous rencontrons en route des trains de douze wagons tout à fait remplis de voyageurs. Nous avons six mille colons dispersés un peu partout, éloignés les uns des autres de un à vingt milles, établis dans des villages où règne une activité fébrile, et jetant les fondements de nouveaux foyers dans un désert encore vierge.


Caron - La région de l'Abitibi, terres à coloniser, etc, 1919 (page 72 crop).jpg
PARTIE NORD DU VILLAGE DE MACAMIC — Juin 1918

Ce pays fertile est situé au nord, au delà des Laurentides, sur un plateau dont la richesse égale, dit-on, celle des plaines de l’Ouest.

C’est simplement merveilleux de constater comment l’histoire se répète, et comment la persévérance de l’homme parvient à surmonter toutes les difficultés.

Nous voyons les pionniers du sol poursuivre la grande œuvre de la colonisation au milieu des mêmes difficultés que rencontrèrent autrefois leurs ancêtres, mais en employant toutefois des méthodes plus modernes, et en faisant usage d’instruments que les anciens connaissaient pas.

FRANK CARREL.
Daily Telegraph, 29 septembre 1917.


Peu de souvenirs agricoles me sont plus précieux que ceux que j’ai rapportés de la terre abitibienne, lors de la première exposition d’Amos, en 1916.

Je suis reconnaissant au sympathique agronome, M. Leclair, de m’avoir mis en contact avec la population agricole de sa région. J’ai causé avec une classe industrieuse, laborieuse et remplie de foi en l’avenir.

Ils ne seront pas déçus, ces nobles pionniers, ces puissants propagateurs de notre race, parce que la terre est bonne, les cœurs et les bras solides.

GEORGES BOUCHARD,
Professeur d’Agronomie au Collège Ste-Anne-de-la-Pocatière.


Le sol de l’Abitibi est excellent, fait de glaise parfois trop pure, sans roche, bien arrosé de rivières et de lacs, sans autres côtes que de légères ondulations qui facilitent l’égouttement. Le défrichement est aisé ; parfois même on n’a pas à bûcher, comme dans les brûlés. La Morandière et Duverny, au nord-est d’Amos, où un explorateur a trouvé « des centaines de lots où l’on peut labourer en arrivant, et si le gouvernement veut ouvrir deux chemins d’une douzaine de milles, pour les relier au Transcontinental, nous mettrons des milliers d’acres en culture dès l’an prochain. »

La forêt se compose d’épinettes longues et fines, que l’on vend sept piastres la corde sur le char, et dont les souches viennent facilement, les racines n’entrant pas dans les glaise mais s’étendant dessus comme des pattes de canard ; on les arrache en les ceinturant d’une simple chaîne tirée par un cheval. Le brûlage des abatis est soumis à des lois strictes, pour prévenir les feux de forêts, mais ça brûle tout de même.

Les déserts ne sont pas encore bien grands sur chaque bout de lot ; les champs de grain et les troupeaux sont rares. La besogne de l’heure est négative : on supprime la forêt par le défrichement intensif, pour éloigner les chances de conflagration, pour avancer la fonte des neiges et reculer les gelées d’automne, en ouvrant la terre à l action du soleil, et surtout parce que les pulperies s’arrachent à des prix fous le bois de défrichement, tous ces arbres qu’autrefois on brûlait sur place et qui rapportent aujourd’hui au colon quatre ou cinq mille piastres à grignoter, en attendant les revenus de la terre : on met de l’argent à la banque.

ALEXANDRE DUGRÉ, S. J.
Petit Canadien, octobre 1917.


L’Abitibi, comme tous les pays neufs, n’offre pas encore toutes les facilités de transport de Montréal et de Québec, malgré que le Transcontinental le traverse de l’est à l’ouest et que tout un réseau de rivières et de lacs le sillonne. Avec cela que la région comprend une superficie de terrains très vastes à parcourir.

J’ai étudié plus spécialement la partie colonisée, si riche dans sa production, si intense dans son développement commercial et industriel.

Amos « La Superbe », comme je me plaisais à l’appeler dans ma tournée d’étude à travers l’Abitibi, est une petite ville d’une surprenante activité, qui possède une banque — « Hochelaga » — cinq ou six moulins à scie, des magasins généraux dont le chiffre d’affaires de quelques-uns atteint plus de $500,000 par année.

Vous trouverez à Amos tout ce que vous voulez et le colon ne saurait s’approvisionner mieux à Québec ou à Montréal. Je ne parle pas du superflu, il va sans dire.

Il faut avouer qu’Amos est en même temps le cerveau et le cœur de l’Abitibi.

Tout se transige à Amos, et c’est d’Amos que les colons partent pour se répandre dans les cantons qui jalonnent le Transcontinental.

Macamic, Privat, La Reine, La Sarre, Goulet, Senneterre, sont des villages prospères qui se sont développés sur le Transcontinental dans une période de deux ou trois ans, malgré la guerre et la pénurie d’hommes et d’argent.

Comme je l’ai publié ici même, malgré la stagnation des affaires, l’Abitibi a vu sa population s’augmenter chaque année, ses colons croître en nombre et en valeur, son sol défricher davantage, les animaux de ferme se multiplier, son commerce prospérer et son industrie quintupler. Les chiffres que j’ai publiés dans ce journal ne sauraient être mis en doute, car ils sont puisés sur le terrain même et sans autre but que de les compiler d’une façon sérieuse.

Il n’est pas un canton dont la population n’ait compté des unités de plus, des familles nouvelles et cela, toujours malgré la guerre.

C’est dire que maintenant qu’elle est terminée — et combien glorieusement pour nous et nos alliés — l’Abitibi sera, demain, le rendez-vous de tous ceux, ouvriers et cultivateurs, qui voudront devenir leur maître et posséder non seulement un patrimoine à eux qu’ils pourront laisser à leur famille, mais également des économies et un petit capital.

Peu de sol produit aussi facilement et peu d’endroits procurent autant de travail aussi bien rémunéré.

J’ai fait connaissance à Amos, à Macamic, à La Reine et ailleurs, de gens venant de toutes les parties du Québec. Partis pauvres de chez eux, ils sont venus dans l’Abitibi avec quelques piastres, beaucoup d’esprit de travail et du courage plein le cœur.

Après deux ans, je les ai vus à l’aise, possédant un lot bien bâti, souvent un petit commerce ou travaillant à bon salaire dans les moulins avoisinants.

Tous se sont déclarés enchantés et ne voudraient pour aucun prix retourner dans le village ou la vieille paroisse où ils végétaient. Tous sont fiers de leurs efforts ou du résultat obtenu.

Combien de fils de cultivateurs, combien d’ouvriers de nos villes, combien de petits négociants devraient s’acheminer vers ces terres nouvelles où tout est à créer, où la fortune sourit rapidement à tout être qui veut travailler, se bien conduire et économiser ?

Posséder sa liberté d’action, avoir à soi une maisonnette, un coin de terre, pouvoir cultiver ses légumes, produire des denrées, c’est là la légitime ambition de tout homme de cœur.

Élever sa famille, lui laisser un toit hospitalier, un patrimoine qu’on a soi-même gagné à force de travail et de bonne sueur, ne constitue pas un mince bonheur au soleil couchant de la vie. Il faut y penser et très sérieusement.

Combien de nos ouvriers des villes, pères de familles, laisseront-ils ce patrimoine à leur femme et à leurs enfants ?

Combien de fils de cultivateurs des vieilles paroisses pourront rester heureux sur la terre paternelle ? Très peu…

Plutôt de s’acheminer vers les grands centres et aller brûler leur activité dans les usines, gaspiller leur salaire et leur santé dans des plaisirs factices et éphémères, combien seraient-ils plus heureux, colons dans l’Abitibi, maîtres de leur vie et libres de leurs actions.

« Emparons-nous du sol » — voilà ce que nous devons comprendre et pratiquer.

Puis, ce n’est pas demain qu’il faudrait y penser sérieusement, mais tout de suite et agir en conséquence.

Le sol argileux de l’Abitibi est un des plus fertiles qui soit. Il fait partie de la fameuse « clay belt » qui forme les plaines les plus réputées de l’ouest. Les céréales, les graminées, les légumes, tout y pousse en abondance.

Là plus qu’ailleurs, c’est le temps de s’écrier en s’adressant aux colons : « Travaillez, mes amis, travaillez, c’est le fond qui manque le moins. »

Le colon qui ne sait pas cultiver son terrain n’a pas d’excuses s’il persiste dans son ignorance parce qu il n’a qu’à s’adresser à M. Fortier, surintendant de la Ferme Expérimentale, près d’Amos, pour obtenir les renseignements désirés et le tout gratuitement.

Dans l’Abitibi, chaque colon est maître chez lui, maître du sol et de son bois qu’il coupe et vend à son bénéfice aux moulins environnants ou aux agents des manufacturiers de bois de pulpe.

Il y a toujours sur le marché une grande demande pour la confection de dormants, et les compagnies de chemins de fer ne cessent d’en réclamer. Il est donc assuré de le vendre à bon prix s’il a un tant soit peu d’initiative.

Une autre source de revenus assurés vient se joindre à celles qu’il possède par son bois et son terrain : le commerce du bois.

Il peut toujours travailler à couper du bois l’automne, l’hiver et le printemps au compte de certaines compagnies qui font chantier.

Il peut gagner de l’argent en toute saison dans le transport du bois soit par chemin de fer, soit par eau.

C’est un item que d’être assuré d’un travail rémunérateur et constant pour celui qui s’enfonce dans les terres neuves, dans un pays nouveau et qui ne possède pas grand argent.

Cet appoint, il en est certain et c’est très important pour lui et sa famille.

Le climat de l’Abitibi est très salubre et très agréable. Il n’y fait pas plus froid que dans les autres pays de colonisation.

Chacun comprendra que dans un pays boisé le froid se fait sentir plus tôt l’automne et que le printemps se fait tirer l’oreille pour secouer les derniers frimas de l’hiver ; mais cela ne signifie pas que le climat ne soit ni salubre ni agréable.

Bah ! On a bien dit que le Canada n’était que quelques arpents de neige, ce qui ne nous empêche pas d’y vivre heureux et prospères.

Pas d’hôpitaux dans l’Abitibi et peu de médecins.

Vous me direz que c’est peut-être là la cause que la population se porte à ravir ! !

Non ! Ne soyons pas méchants ! Un air salubre et du travail voilà ce qui sauve bien des comptes de pharmacie.

Comme dans l’Abitibi tout le monde prend son rôle à cœur, personne n’est malade ou à peu près, et c’est déjà beaucoup.

Le bois constitue une des principale sources de revenu de l’Abitibi. L’épinette noire et le cyprès y sont en abondance. On y vend annuellement pour des centaines de mille dollars de bois de pulpe.

Chaque de nouveaux moulins se construisent sur le bord des nombreux lacs et rivières. Ces moulins sont utiles aux colons d’abord, parce qu’ils coupent leurs bois facilitent la construction et qu’en outre, procurent du travail et dépensent de l’argent en salaire et aménagements


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LE MOULIN À SCIE DE LA COMPAGNIE TOBIN, À MACAMIC (en construction) — Juin 1919

divers. Chaque année l’industrie, sous une de ses nombreuses formes

s’implante dans l’Abitibi.

On y trouve un peu de tout, de là l’utilité de la main d’œuvre et les forts salaires qu’on y paie.

Sur la rivière Bell, une compagnie américaine fait de la pêche sur un pied assez élevé. On m’assure qu’au printemps on y édifiera une fabrique pour la mise en conserve du poisson et le paquetage des œufs d’esturgeon préparés à la mode russe, à la « caviar ».

À Amos, une compagnie est à s’organiser pour la fabrication de briques argileuses propres à la construction. On sait que la glaise bleue de l’Abitibi ne le cède en rien à celle de Laprairie.

À Macamic une compagnie est à faire souscrire des fonds pour utiliser les déchets des moulins à scie et les transformer en briquettes économiques.

À La Sarre et à La Reine des personnes entreprenantes veulent également se livrer à l’empaquetage et à l’emmagasinage du poisson pris sur le lac Abitibi.

En tournée d’étude dans les terres neuves de l’Abitibi, septembre, 1918. — « La Presse » Montréal.