Lausanne à travers les âges/Commerce/01

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Collectif
Librairie Rouge (p. 177-178).


I


Banques.

On ne peut se représenter une ville sans commerce et sans industrie, car la vie sociale est faite de relations d’affaires.

A l’époque romaine, grâce aux voies qui sillonnaient l’empire, Lausanne devait être le centre d’un commerce de transit. Au moyen âge, les jambons de Westphalie, déjà fort appréciés des gourmets, les fourrures du Nord et les draps flamands, destinés aux marchés de la péninsule italique, traversaient notre ville. Sous le régime épiscopal, les marchés et les foires de Lausanne eurent une certaine importance ; mais à aucun moment elle ne s’est trouvée dans les circonstances voulues pour devenir un grand centre industriel. Ce n’est guère que depuis l’établissement des chemins de fer, c’est-à-dire depuis cinquante ans, que son commerce, tout en restant essentiellement local, a pris essor et qu’un certain nombre d’industries s’y sont créées. Lausanne possède plusieurs banques. Citons en premier lieu la Banque cantonale vaudoise, Société anonyme au capital de 12 millions de francs. Institué par décret du Grand Conseil du 19 décembre 1845, cet établissement a pris un développement considérable. Il possède 22 agences et le mouvement général de ses opérations s’est élevé en 1904 à 1 milliard 642 millions de francs. Le Crédit foncier, Société anonyme, a été fondé primitivement avec un capital de 3 millions, sous le nom de Caisse hypothécaire d’amortissement, par le décret du Grand Conseil du 1er décembre 1858 ; son capital fut porté à 12 millions par décret du 15 août 1874, il portait alors le nom de Caisse hypothécaire cantonale qu’il échangea contre celui de Crédit foncier, suivant décret du 12 février 1901 ; son capital fut enfin porté à 30 millions. Son directeur, comme celui de la Banque cantonale, est nommé par le Conseil d’Etat sur une triple présentation du Conseil de l’établissement. La Banque fédérale, (Société anonyme) au capital de 25 millions de francs et dont le siège est à Zurich, a, à Lausanne, une succursale ayant un large mouvement d’affaires. L’Union vaudoise de crédit, fondée en 1864, dans le but d’affranchir du cautionnement l’industrie et le commerce vaudois, comptait 1743 sociétaires à fin décembre 1904. Cet établissement possède 12 agences dans le canton. Le mouvement général de ses affaires a été en 1904 de 218 millions de francs. La Banque d’escompte et de dépôt, fondée en 1890, au capital de 2 500 000 francs, est en pleine voie de prospérité. Le mouvement général de ses comptes s’est élevé en 1904 à 560 millions de francs. La Société générale alsacienne de banque, dont le siège est à Strasbourg, a, à Lausanne, une succursale qui travaille surtout avec la clientèle étrangère et s’occupe de toutes les opérations de change. La Caisse populaire d’épargne et de crédit, au capital de 500 000 francs, a été fondée en 1865 sous le nom de Caisse d’épargne des ouvriers et dans le même but que l’Union vaudoise du crédit. Lausanne possède, en outre, quinze banques privées[1].

Nous avons à Lausanne une Bourse qui se réunit chaque jour, mais qui ne traite que des affaires au comptant. Il est évident que, sous cette forme, notre marché ne saurait prendre l’ampleur de ceux de Zurich, de Bâle ou de Genève ; mais cette réunion quotidienne de nos financiers sert au moins à fixer les cours des actions de la Banque cantonale vaudoise, du Crédit foncier vaudois et de diverses valeurs locales (hôtels, chemins de fer, fabriques de chocolat, etc.).

  1. Les banques lausannoises, avec le concours des banques des autres villes du canton et des capitalistes de la Suisse romande, ont beaucoup contribué à la prospérité du pays. Elles ont fondé un grand nombre d’entreprises, soit dans le canton de Vaud, soit dans les cantons voisins. Mentionnons la création de la ligne de Jougne, le Lausanne-Echallens, le Lausanne-Ouchy, le Territet-Glyon, le Viège-Zermatt, le Glyon-Naye, le Montreux-Oberland, le Bulle-Romont, l’Yverdon-Sainte-Croix, le Bex-Villars, l’Aigle-Monthey, le Martigny-Châtelard, les tramways de Lausanne, etc. — Des hôtels en grand nombre, dont : il serait trop long d’indiquer les noms : à Lausanne, Vevey, Montreux, Aigle, Bex, Leysin, Gimel, Yverdon, Zermatt, Sierre, etc. — Les forces motrices des Clées, du Jura, de l’Avançon, du lac Tanay, de la Grande-Eau, de la Kander et de Hagneck, les usines métallurgiques de Vallorbe. — Les fabriques de ciment de Baulmes, de Grandchamp et Roche, de Paudex. — Les fabriques de chocolat Cailler, Peter et Kohler, Séchaud et fils, Ribet & Cie, Tobler & Cie, de lait condensé de Nestlé, la grande boulangerie et meunerie lausannoise, la grande brasserie lausannoise, les brasseries de la Rosiaz, de Beauregard, Fribourg et Montreux. Les carrières de Saint-Triphon. — Les banques lausannoises ont contribué aussi au placement des emprunts des digues du Rhône, de la correction de la Gryonne, des marais de l’Orbe, de l’endiguement de la Broyé, et de plusieurs emprunts communaux : Lausanne, Vevey, Châtelard-Montreux, etc. — Cette énumération montre que les banquiers lausannois ne sont point animés de l’esprit de clocher et qu’ils savent étendre au dehors leur féconde activité.
    B. v. M.