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Lausanne à travers les âges/Statistique/01

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Collectif
Librairie Rouge (p. 89-93).


I

Mouvement de la population.


D’APRÈS les recensements officiels, la population de Lausanne, y compris la banlieue, était, en 1709, de 7 432 habitants, en 1803, de 9 965, et à fin 1905, elle atteint les 54 000. Nous donnons plus loin, en note, un tableau indiquant, dès 1850, et de cinq en cinq ans, l’accroissement de la population, et nous mettons en regard l’indication des recettes et des dépenses de la Bourse communale.

On voit par ce tableau que, depuis un demi-siècle, l’augmentation du nombre des bourgeois a été très faible, tandis que la progression du nombre des Vaudois a été assez forte, celle des confédérés et des étrangers très rapide.

Sur 100 personnes qu’on rencontrait, il y a cinquante ans, dans les rues de Lausanne, il y avait approximativement : 15 ou 16 bourgeois, 63 Vaudois, 14 ou 15 confédérés et 7 étrangers.

Aujourd’hui il y a 5 bourgeois, 45 Vaudois, 30 confédérés et 20 étrangers.

La population au 31 janvier 1905 se subdivise comme suit : population urbaine, 48 301 habitants ; population rurale, 2 669.

La population rurale se répartit de la manière suivante : Chailly, 1 171 habitants ; Vennes, 693 ; Râpes, 528 ; Montherond, 132 ; Vernand, 145.

La population étrangère à la Suisse (10 625 habitants au 31 janvier 1905) se décompose comme suit :

Italiens 
4 076
Allemands 
2 187
Français 
2 002
Anglais 
818
Russes 
600
Autrichiens 
239
Américains 
204
Hollandais 
106
Espagnols 
53
Belges 
51
Bulgares 
49
Turcs 
49
Suédois 
34
Danois 
34
Roumains 
23
Grecs 
18
Norvégiens 
17
Arméniens 
5
Égyptiens 
5
Serbes 
6
Portugais 
4
Divers 
45

Le développement, très lent, du nombre des bourgeois de Lausanne est un fait qu’on remarque dans beaucoup d’autres villes ; on ne saurait en conclure qu’ils soient beaucoup moins prolifiques que les autres classes de la population. Il faut remarquer qu’aux 2827 bourgeois, qui habitaient Lausanne au mois de juillet 1905, viennent s’en ajouter plus de 3000 qui résident soit dans d’autres localités suisses, soit à l’étranger. Chaque année, un déchet se produit, par le fait d’expatriations ; mais, d’autre part, il y a eu des admissions qui, ces dernières années, ont été en augmentant : depuis le commencement du dix-neuvième siècle jusqu’à 1905, deux cent cinquante-trois chefs de famille, représentant, avec les femmes et les enfants, un total de 857 personnes, ont été admises à la bourgeoisie. À côté de ces admissions individuelles, il faut mentionner l’admission en bloc, en 1860, de la corporation française. Cette corporation comprenait 136 familles et 82 personnes isolées, au total 615 personnes ; elle possédait une fortune d’environ 250 000 francs dont 100 000 francs ont été versés à la Bourse communale, le reste à la Bourse des pauvres. À la même époque, 15 familles représentant 44 personnes, qualifiées « d’habitants perpétuels », ont été admises collectivement.

ANNÉES HABITANTS[1] RECETTES DÉPENSES
BOURGEOIS VAUDOIS CONFÉDÉRÉS ÉTRANGERS TOTAL
Francs Francs
1850 2 498 9 897 2 279 1 070 15 744 202 635 211 132
1855 2 386 10 432 2 815 1441 17 074 288 934 315 256
1860 2 597 11 028 3 544 1 640 18 818 407 074 418 930
1865 2 589 11 962 4 335 2 137 21 023 508 129 497 500
1870 2 585 12 724 5 146 2 545 23 000 635 267 776 124
1875 2 599 13 977 6 445 4 414 27 435 969 716 1 089 045
1880 2 575 15 106 7 106 3 871 28 658 1 099 188 1 010 639
1885 2 551 15 556 7 853 4 406 30 366 1 195 869 1 176 883
1890 2 473 16 525 8 977 4 944 32 919 1 535 882 1 598 823
1895 2 574 17 991 10 671 6 071 37 307 1 771 689 1 873 865
1900 2 748 21 092 12 597 9 067 45 486 2 739 399 2 808 255
1905 2 815 23 041 14 489 10 625 50 970 4 111 098[2] 3 997 594[2]
1905
31 déc.
2 826 23 676 15 321 11 754 53 577[3]

La « bourgeoisie d’honneur » a été conférée : 1° en 1816 au comte Capo d’Istria, originaire de Corfou, qui, comme ambassadeur de l’empereur de Russie auprès de la Diète helvétique et comme délégué russe au congrès de Vienne, en 1814, avait pris en mains la cause du canton de Vaud ; 2° en 1843 à William Haldimand, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre et ancien membre du Parlement britannique, de nationalité anglaise, originaire d’Yverdon, en témoignage des utiles fondations dont il s’était plu à doter Lausanne (buanderie, asile des aveugles, église d’Ouchy, etc.) ; 3° en 1862 à Mme Catherine de Rumine, née princesse Schakowskoï, d’origine russe, ainsi qu’à son fils Gabriel ; cette femme au cœur généreux s’était établie à Lausanne vers 1840 et s’était attirée la reconnaissance publique par ses libéralités ; 4° et 5°, en 1903, à l’occasion du premier centenaire de l’indépendance vaudoise, à MM. les docteurs Marc Dufour et César Roux, qui, le premier comme oculiste, le second comme chirurgien, se sont acquis une célébrité européenne et ont contribué par leurs talents à faire de Lausanne un séjour particulièrement recherché des étrangers.

Les origines du droit de bourgeoisie, dit Ernest Chavannes dans ses notes sur les manuaux[4], sont assez obscures. Au moyen âge, comme c’était le cas dans beaucoup d’autres villes, tout homme ayant demeuré « an et jour » à Lausanne était réputé bourgeois, mais cette qualité n’était pas héréditaire. Il en était encore ainsi en 1516, comme cela résulte d’une lettre du conseil de la ville de Lausanne à celui de la ville d’Évian. Mais des abus s’étaient évidemment produits ; avec ce système les malfaiteurs affluaient à Lausanne comme en un lieu d’asile. Il fallut y mettre ordre. Des restrictions furent apportées au système des admissions à la bourgeoisie : on ne considéra, semble-t-il, comme bourgeois que les habitants possédant une maison ; et ceux-ci devaient payer une certaine somme pour être admis à la bourgeoisie. La distinction entre bourgeois et habitants n’apparaît pas distinctement. Il n’était pas nécessaire d’être bourgeois pour revêtir des charges publiques. C’est ainsi que le jurisconsulte Gérard Grand, et l’hôte de l’auberge du Lion, Etienne Grand, qui, comme syndics, eurent une grande part aux négociations relatives au traité de combourgeoisie avec Berne, ne sont jamais qualifiés de bourgeois ; Nicod Bergier, qui avait été attaché à la cour du prince-évêque comme chirurgien et qui figure comme membre du rière Conseil en 1536, ne fut reçu bourgeois qu’en 1545. La taxe variait alors entre 5 florins et 20 écus d’or (soit de 12 francs à 400 francs si l’on tient compte de la valeur de l’argent).

À cette époque, on procéda à un recensement des différents quartiers de la ville ; 264 personnes, dont 58 propriétaires, furent admis à la bourgeoisie. Ceux qui ne payèrent pas la taxe furent assuffertés, c’est-à-dire qu’ils reçurent des permis de séjour, mais sans droit de bourgeoisie.

En 1568, alors que commencent à arriver de nombreux réfugiés quittant leur pays pour cause de religion, LL. EE. de Berne engagent les « nobles, honorables, prudents, très chers et féaux Bourgmestre et Conseils de la ville de Lausanne à recevoir bénignement et à traiter humainement les gens de biens et jouissant d’une bonne réputation. » Avec le temps, le prix d’admission à la bourgeoisie s’éleva graduellement. En 1621, il est porté à 400 florins, avec obligation de posséder dans la juridiction 1500 florins en fonds clairs et liquides. La qualité de bourgeois devient héréditaire ; les nouveaux bourgeois et leurs enfants déjà nés ne peuvent prétendre à aucune charge, sinon à celle de membre des seigneurs Deux-Cents, et seulement trois ans après leur réception. En 1668, le Conseil décida qu’il ne serait plus reçu de nouveaux bourgeois aussi longtemps que le nombre des chefs de familles n’aurait pas été ramené à 300. C’était là une mesure dans les idées de l’époque et dont on trouve l’équivalent, peu d’années après, à Berne, à Fribourg et dans beaucoup d’autres villes : elle souleva une vive opposition à Lausanne, et valut à ses Conseils une verte mercuriale du seigneur Bailli Bernard Tscharner. La décision fut annulée ; mais la taxe d’admission à la bourgeoisie fut alors portée à 1000 florins. On la voit s’élever graduellement, en 1720, à 2000 florins ; en 1740, à 2500 florins pour le chef de famille, plus 250 florins pour chaque enfant non marié ; en 1749, à 3000 florins ; en 1768, à 4000 florins ; en 1779, à 5000 florins plus 500 florins par fils.

Au commencement du dix-neuvième siècle, le prix d’admission à la bourgeoisie était de 1400 francs de Suisse (2030 francs actuels). Il a été ensuite ramené à des proportions plus modestes : depuis 1882 il est de 1000 francs pour le chef de famille, plus 200 francs par enfant non marié et de la moitié de cette somme pour les personnes nées à Lausanne ou y habitant depuis cinq ans. On est assez sévère pour ces admissions : on n’admet généralement que des gens domiciliés à Lausanne, de bonnes mœurs et ayant des moyens d’existence assurés ; on ne reçoit pas les déserteurs et autres gens ne pouvant produire des papiers en règle de leurs pays d’origine. Une récente loi fédérale (du 25 juin 1903) oblige les bourgeoisies à réintégrer dans leur giron les veuves, femmes divorcées et leurs enfants qui ont perdu leur bourgeoisie par leur mariage, ainsi que leurs enfants mineurs.

Le rôle des bourgeois était jadis fort sommaire : M. le syndic Cuénoud, qui a voué un soin tout spécial à cette question, a fait établir, en 1885, trois registres de bourgeoisie ; sur le registre A figurent les familles éteintes, mais dont la plupart sont encore représentées par une descendance féminine ; sur le registre B, les familles reçues à la bourgeoisie ou constituées avant le 1er janvier 1876 ; sur le registre C, les familles reçues ou constituées postérieurement à cette date.

Les admissions à la bourgeoisie prononcées depuis 1850 à 1905, considérées au point de vue de l’origine, se décomposent comme suit :

Vaudois 
5
Confédérés 
20
Allemands 
84
Français 
52
Italiens 
18
Alsaciens 
10
Russes 
5
Polonais 
2
Belges 
2
Danois 
2
Autrichiens 
1
Hollandais 
1
Espagnols 
1
Enfants trouvés 
2
Heimatloses 
1


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Beaucoup de ces nouveaux bourgeois étaient nés dans le pays ; plusieurs avaient pour mères des Vaudoises, et, ne connaissant pas la langue de leur pays d’origine, ne se souciaient pas d’aller y faire le service militaire.

Jadis, les bourgeois avaient certains avantages matériels dont ne jouissaient pas les habitants : ainsi que cela a encore lieu dans certaines communes rurales, du pied du Jura ou du Pays d’Enhaut, ils recevaient, chaque année, une provision de bois. Ces distributions ont pris fin depuis longtemps à Lausanne, mais la qualité de bourgeois a cependant encore son prix : en cas de revers de fortune les Lausannois, leurs femmes et leurs enfants sont généreusement secourus[5].

Le montant des secours accordés par la Bourse des pauvres en 1904 s’est élevé à 73 428 fr. 20, qui se décompose comme suit :

1° secours fixes
à 80 familles assistées régulièrement 
Fr. 47 131 40
à 34 hommes placés dans des asiles ou chez des particuliers 
à 31 femmes » » » »
à 51 enfants » » » »
2° secours casuels à 247 familles, pour pain, loyer, vêtements, maladie, apprentissage, etc. 
» 22 357 40
3° Secours aux pauvres passants 
» 3 949 40

Les étrangers, comme on l’a vu plus haut, sont de plus en plus nombreux à Lausanne. C’est un phénomène qu’on remarque également à Zurich, à Bâle et Genève, et même dans des proportions beaucoup plus marquées encore. Les trois nationalités les plus fortement représentées sont les Italiens, les Allemands et les Français, qui généralement viennent à Lausanne pour y gagner leur vie, les uns dans l’enseignement, d’autres dans le commerce ou comme artisans, tandis que les Anglais, les Américains, les Hollandais viennent y dépenser leurs revenus et y sont attirés soit par le climat, soit par les ressources qu’offre Lausanne pour l’éducation de leurs enfants. Il y a proportionnellement plus de Français à Lausanne que de Suisses à Paris ; en effet, 2 000 Français à Lausanne représentent à peu près le 4 % de la population, tandis que 40 000 Suisses à Paris ne représentent que le 1,6 %.

  1. Les chiffres indiqués sont ceux de la population au mois de janvier de chacune des années.
  2. a et b Les recettes et dépenses que nous avons mises en regard du recensement de janvier 1905, sont celles de l’année 1904.
  3. Plus 928 personnes logeant dans les hôtels, ce qui donne un total général de plus de 54 000 habitants.
  4. Voir Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande, t. xxxvi.
  5. Sur la question de l’admission à la bourgeoisie, on pourra lire un rapport très intéressant, présenté le 4 octobre 1895, au Conseil communal par M. le syndic Cuénoud. Voir Bulletin officiel des séances du Conseil communal, année 1895, page 762.